"Il faut garder la foie (et c'est pas rein de le dire)"
Sur le forum www.jeuxonline.com, Ilguegue, palefrenière exprime en ces termes son désarroi face à mon article de la semaine passée :
...Ca m'a profondément choqué comme chronique. Surtout sa "haine" contre les soit disant "humanistes" à qui il donne des propos assez idiots...
Et si vos humanistes ne collent pas avec mes "humanistes" à moi, c'est que nous ne
parlons visiblement pas du même type de personnes. Et tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Ensuite Ilguegue continue avec ceci :
Accepter la libre vente d'organe revient à une "fuite en avant" dans la marchandisation du monde, ce qui est
critiquable d'un point de vue théorique et éthique.
Et quand tu vas au supermarché acheter de la nourriture, ou un meuble fait en bois, n'est-ce pas là
des petits morceaux de monde que tu achètes?
Quand tu penses que cela fait des milliers d'années que le pêcheur VEND son poisson, que le menuisier VEND
son bois, etc. Bref que l'Homme vend des petits bouts de monde à gauche à droite.
Il faut bien se rendre à l'évidence Ilguegue : le monde EST une marchandise, et tu y participes, comme
n'importe quel être humain.
Il semble totalement impossible de parler de libre commerce entre personnes consentantes dans le cas d'un achat Pays riche-pays ultra pauvre,
puisqu'il existe un rapport de force inhérent au fait qu'il y a des millions de pauvres, et peu de "demandeurs d'organes". Par conséquent, l'échange
n'est plus aussi librement consentit, l'africain risquant d'être soumis à une vente "forcée" pour sa survie, mais parfaitement inéquitable.
Vois-tu, tous les matins, je me lève à 7h30 pour aller travailler, et pourtant si je pouvais, je resterais dans mon lit.
Mais en réalité, je suis libre de rester dans mon lit, alors pourquoi me lever? Tout simplement car des contraintes pèsent sur mes épaules :
il faut survivre, il faut payer la nourriture, la maison, la voiture, il faut donner une image de réussite sociale, il faut mettre de l'argent de côté pour
ses vieux jours, etc.
Je ne suis donc pas vraiment libre quand je signe un contrat de travail avec mon employeur pour gagner ma vie.
Mais alors pourquoi parler de contrat librement consenti? Car ces contraintes physiques, sociales, ..., qui me poussent
à accepter ce contrat ne sont pas dues à mon employeur. Ce n'est pas de la faute de mon employeur si la nature m'a donné
un estomac à nourrir, un corps à entretenir et un ego à satisfaire.
Ne confonds pas les contraintes que t'impose la nature (nous y sommes tous soumis)
et la contrainte d'un humain qui pointe une arme vers toi.
Ensuite Ilguegue nous dit que :
Je me suis rappelé qu'il existait le site du Président du Monde et je me suis dit qu'il avait peut être "répondu". C'est le cas en effet,
et je trouve sa réponse assez pertinente.
Ainsi le Président du Monde aurait répondu de façon pertinente à mon post. Hélas, je crains qu'à défaut d'avoir l'esprit critique, il ait l'esprit dans un état critique.
Dans un article intitulé "Il était une fois un vendeur de foie...", le PDM dit ceci :
Le tyran nous dit "les lois en Europe autorisent en effet le DON d'organe, mais interdisent la VENTE d'organes, histoire de bien rappeler
au peuple que notre corps n'est pas notre propriété".
Première erreur : confondre valeur et prix. Valeur d'usage et valeur d'échange. Erreur classique de tous les libéraux.
Si les organes sont notre propriété (et encore, peut on parler de propriété pour un organe ?), ils ont une valeur
assez incroyable : ils nous sont quasi indispensables,
très difficile à fabriquer, extrêmement complexes, et leur transfert d'une personne a une autre permet
de sauver une vie.
On touche au domaine du vivant, de l'humain, de l'éthique. La monétarisation, la marchandisation n'a pas de sens.
Alors : Ai-je confondu "valeur" et "prix"? A vrai dire je n'ai même pas parlé de valeur. Qu'est-ce que la valeur?
Que vaut à mes yeux ce stylo (prix:25€) qui a appartenu à mon arrière-grand-père? Ce stylo a A MES YEUX une valeur
inestimable. Et donc jamais je ne le vendrais pour son "prix du marché" de 25€. Par contre je m'en séparerais
peut-être pour 100.000€, mais personne ne me l'achètera pour ce prix là! Par le prix, j'objectivise, je "numérise"
la valeur que je porte à un "objet". Voilà tout. Mais RIEN à priori ne m'empêche de fixer un prix sur quelque chose,
et ce prix sera forcément le reflet de la valeur que j'y porte. Il n'y a pas incompatibilité entre valeur et prix.
Alors : "Si on touche au domaine du vivant, de l'humain, de l'éthique, alors La monétarisation,
la marchandisation n'a pas de sens".
Je me contenterai de quelques contre-exemples :
Il est aberrant de penser que le commerce puisse être "libre" et surtout entre personnes "consentantes", en parlant d'Africains.
Ce sont les tyrans qui pensent que le peuple (ou une partie du peuple) n'a pas les qualités requises pour "consentir".
Mais tout ça devient long à lire, alors une petite page de publicité :
Voilà une phrase qu'elle est belle, j'aurais aimé que PDM l'explique
un peu plus en profondeur, en essayant par exemple de justifier pourquoi ça n'aurait pas de sens.
Mais non, phrase lapidaire : "ça n'a pas de sens", et voilà!
°) Un couple qui adopte un enfant va payer, et payer cher. Pourtant nous touchons ici au vivant, à l'humain,
à l'éthique.
°) Un chirurgien qui pratique une opération à coeur ouvert va se faire payer sa prestation. Pourtant nous
touchons ici au vivant, à l'humain, à l'éthique.
°) Dans un procès, le Juge, les avocats, ..., vont se faire rémunérer. Pourtant nous
touchons ici au vivant, à l'humain, à l'éthique. Que dis-je, nous touchons au citoyen, au solidaire, au durable.
C'est exactement la même erreur que font les libéraux en considérant le contrat de travail comme la résultant d'une libre négociation entre deux individus,
seuls et égaux, alors que le patron est le seul à embaucher, et qu'il y a devant lui 100 personnes prêtent à travailler. La négociation est biaisée
, le travailleur peut alors être contraint d'accepter un contrat qui ne lui convient pas, s'il veut avoir un semblant de vie (sociale, économique, culturelle).
Mais le PDM nous ressort la vision (digne d'un bon communiste) du patron "gros cigare" qui n'a que
l'embarras du choix. Cette vision n'est pas nécessairement inexacte mais très partiale, et loin d'être
une vérité absolue comme présentée par le PDM.
Aaah, le doux monde idéal des libéraux, où tout n'est qu'intérêt bien entendu de chacun, n'échangeant que lorsque la situation se trouve profitable pour chacun.
Rappelons enfin qu'il y avait quelques mois de ça, il nous gratifiait dans ses "Jacquardise" d'une terrible conclusion pleine de bon sens. Alors que Jacquard
dénonçait les dérives de trafic d'organes, en mettant ça sur le dos des libéraux et de la logique de marché, LMDM remettait les choses à leurs places,
en criant au scandale : "Venir prétendre que les défenseurs du "libre marché" sont des gens qui veulent légitimer un acte criminel tel que celui de voler
des organes... Jacquard, tu es fou".
Sachez également que la vente libre d'organe n'existe pas (vu que interdite en Europe). N'existant pas, elle ne
peut donc pas dériver. Le trafic d'organe n'est donc pas une dérive d'un marché libéral de l'organe, ce marché
n'existant pas. Ca, Jacquard ne l'a pas compris, et le PDM non plus.
La vente d'organe existe, mais elle n'est pas libre. Comme l'Etat a criminalisé cet acte, il se réalise dans des conditions
d'hygiène douteuses, et profite surtout à la mafia qui prend sa commission de 99% (comme d'habitude).
L'Africain risque chaque jour de ne pas voir le lendemain. Il souffre de malnutrition, il a faim, soif, il est malade.
Il n'a pas accès à l'eau potable ni à des médicaments.
Ah vraiment, qu'il est beau notre Tyran.
Mais c'est une différentiation qu'un socialiste a sans doute du mal à faire,
habitué qu'il est à considérer l'impôt (ç.à.d le vol du peuple par l'Etat) comme un acte légitime
où le citoyen consentant "donne" son argent à l'Etat.
Si cette vente se passait dans un contexte légal, l'opération se ferait dans de bonnes conditions,
et le donneur toucherait des sommes considérables, car plus d'intermédiaires mafieux.
Malnutrition, sida,... leurs organes seraient inutilisables pour une transplantation.
Voilà.
Cet article était la 324567654e tentative (inutile) d'un libéral essayant de raisonner un socialiste. Mais comme le chante si bien Marylin Manson, "nothing 's gonna change the world".
Joyeux Noël à tous.
Next update : 30 Décembre 2005 (plus ou moins, hein).
Monsieur UE, éleveur, nous parle :
P.A.C, recommandé par les éleveurs de tiers-mondistes.
... comment tout a commencé :
Profitant d'une journée ensoleillée durant mon heure de table, je mangeais un sandwiche au crabe tout en
me promenant dans le grand parc situé juste à côté de mon bureau.
Une fois revenu sur mon lieu de travail, je constatais qu'un gros morceau de crabe mayonnaise
s'était écrasé sur ma chaussure gauche (150€ la paire, tout de même).
Etant debout, je posais donc mon pied gauche sur le bord de mon bureau pour essuyer prestement cette
trace de mayonnaise avec un mouchoir en papier.
C'est à l'occasion de cette manipulation que je constatais que
j'avais au préalable marché dans un gros
caca de chien (probablement lors de ma récente promenade dans le parc) et que je venais
d'en maculer le bord de mon bureau.
C'est justement à ce moment que mon chef débarqua dans mon bureau, avec
les auditeurs de chez PriceWaterhouse&Coopers, venus (entre autre) auditer la Clean Desk policy, sur laquelle
le chef en question avait lourdement insisté la veille ("je veux des bureaux nickel chrome" avait-il dit
d'un ton ferme).
Je ne suis plus tout jeune, j'ai passé l'âge d'avoir peur de mon chef, ou d'avoir peur d'un audit.
Et même si la situation aurait été embarrassante, il n'y avait clairement pas péril en la demeure.
Alors j'aimerais bien qu'un psychologue avisé m'explique pourquoi mon réflexe instantané face à cette situation
fût de m'asseoir sur mon bureau afin de cacher la trace de déjection?
Une chose est sûre, à l'instant même où je posais l'acte, ma voix intérieure me criait "mais qu'est-ce que tu fous?"
Mais voilà, trop tard. Le mal était fait. Au sprint de l'influx nerveux,
le réflexe l'emporte allègrement sur la réflexion.
Chers lecteurs, réalisez bien ceci : S'il est génant d'expliquer à son supérieur hiérarchique
et à des auditeurs de PriceWaterhouse&Coopers le pourquoi d'une grosse trace de merde canine sur le bord de son bureau,
il est absolument IMPOSSIBLE de donner la moindre explication rationnelle de pourquoi
on vient de s'asseoir dessus. On peut porter la trace de merde sur le compte de la malchance, mais s'asseoir
dessus, non! Et un "je ne sais pas ce qu'il m'a pris" ne sauvera pas les meubles.
A coup sûr on passe pour un désaxé ou un parano ou un hyper-anxieux (ou les trois à la fois).
Bref, on a l'air giga-con.
S'asseoir sur une merde c'est un peu comme sauter en parachute, c'est un point de non-retour.
Une fois qu'on s'est jeté par la lucarne, il faut assumer jusqu'au bout.
Mon patron et les auditeurs traversent mon bureau en coup de vent. Ils sortent, et mon chef me crie "tu veux
bien m'imprimer le petit document Qualité que tu rédiges actuellement et venir dans mon bureau l'exposer à
nos visiteurs?"
C'est l'horreur. L'horreur ultime.
Je réponds "oui, j'arrive, mais dans cinq minutes, je passe d'abord aux toilettes", retardant ainsi
de quelques minutes mon exécution publique.
Et je suis là, assis dans ces toilettes, seul, désespérémment seul. L'inéluctable s'approche à grand pas,
et un écrasant sentiment d'impuissance m'envahit. Je comprends soudain ce que les prisonniers
du couloir de la mort doivent ressentir.
Dans un monde normalement constitué, j'aurais pu m'enfermer dans les toilettes et nettoyer la tâche au lavabo
avec du savon. Mais ici, face à des éléments hostiles qui ont décidé ma perte, il n'en est rien.
Le lavabo se trouve dans le patio des toilettes, qui lui n'a plus de porte (bouffée par des vers à bois qui ont planifié
ma chute sociale des années à l'avance). Seule la cuvette en elle même est équipée d'une porte.
Ma vie défile devant mes yeux, mes premiers souvenirs remontent à mes 4 ans, à l'école maternelle,
puis mon enfance, mon adolescence, mes premières années à l'université, mon premier boulot... pour finir
assis sur cette chiotte, une merde de clebs collé au fute. Tout ça pour ça.
Neil Armstrong aura marché sur la lune, et ce fût un grand pas pour l'humanité.
Moi j'ai marché dans une merde, et je vais mourir dans cinq minutes.
Je réalise soudain que me terrer aux toilettes étaient sans doute la pire idée qui soit, surtout quand
on a une trace de merde à l'arrière du pantalon. J'ai vraiment signé mon arrêt de mort aujourd'hui.
Je ne peux quand même pas sortir de là en slip? matérialisant ainsi cet horrible rêve
que je fais parfois, et où je me retrouve à moitié nu au milieu de la foule.
Soudain la sirène d'alarme retentit. Exercice d'évacuation incendie.
je laisse tout le monde sortir, j'enfile mon grand manteau noir, je me casse et j'en profite pour rentrer
me changer chez moi.
Depuis ce jour, chaque fois que les pompiers viennent vendre des calendriers à Noël, j'en achète deux.