« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison, le même mouvement
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las… »


Victor Hugo

 

 

Apparue en Angleterre dès la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle eut pour conséquence une mutation capitaliste et industrielle, souvent cruelle, qui supplantera la civilisation rurale et féodale dans toute l'Europe.

Avec le XIXe siècle s'ouvre l'ère du "machinisme" et l'explosion démographique des villes C'est aussi l'apparition de nouvelles classes sociales lesquelles s'affronteront bientôt dans des luttes qui déboucheront, bien plus tard, à des régimes de sécurité sociale de plus en plus remis en question de nos jours.

Dans le même temps, on assiste à une explosion démographique dans toute l'Europe occidentale. De 140 millions d'habitants en 1750, elle passe à 187 millions en 1800 et atteint 274 millions en 1850. A l'échelle de la planète, qui compte 900 millions d'humains en 1800, c'est une croissance unique, qui bientôt nourrira l'exode vers les Etats-Unis.

A l'instar de ce que l'on a observé bien plus tard dans les pays du Tiers-monde, l'enfant prend un peu de valeur. Il n'est plus seulement une bouche inutile, mais il devient une force de travail supplémentaire que l'industrie peut employer, parfois dès l'âge de 4 ans, seize heures par jour, dans la fabrication des gants et des dentelles. Un appoint qui peut faciliter la survie d'une famille…


En 1913, le travail des enfants est encore bien présent.
Aussi, selon que l'on est né dans une famille bourgeoise ou modeste, à 9 ans on peut se trouver en col marin, dans la classe de 3e primaire à l'école St Barthélemy de Liège, soit dehors par tous les temps, en bleu de travail, taillant la pierre à Sprimont


Ces photos proviennent du site de Mme Thérèse Jamin et de ses étudiants de l'ESAS - Liège
Une visite s'impose sur :
http://www.hemes.be/esas/mapage

 

Dans la société rurale, on l'a vu précédemment, il est vrai que l'enfant est envoyé aux champs dès le plus jeune âge, et pas pour prendre l'air… Malgré tout, son sort est bien plus enviable que celui qui est réservé aux petits enfants des villes.

Les Petit Poucet, les Hansel et Gretel de tous les contes européens s'inspirent d'une réalité. Perdre des enfants dans la forêt était plus acceptable que l'infanticide...

 

Quelques repères de la législation belge
:
  • 1889 : le travail industriel est interdit aux enfants de moins de 12 ans - la durée de la journée est fixée à 12h pour les garçons de 12 à 16 ans et pour les filles de plus de 12 ans
  • 1911 : les travaux souterrains sont interdits aux garçons et filles de moins de 14 ans
  • 1914: le travail des enfants de moins de 14 ans est interdit - l'instruction obligatoire jusqu'à 14 ans est votée.

Ces lois seront mieux respectées dans le travail en usine et plus surveillées que dans le travail agricole familial.

Et en France :

Une enquête effectuée en France entre 1840 et 1850, montre que la main d'oeuvre enfantine représente près de 14% de la main d'oeuvre totale dans la grande industrie, dont 66% dans le seul secteur textile.
Une autre enquête de 1866 estime à 11.5% la main d'oeuvre des enfants (5% de 8 à 10 ans - 17.6% de 10 à 12 ans - 77.6% de 12 à 16 ans).
A la fin du XIXème siècle, le développement de la mécanisation conjugué à la dépression économique fait baisser lentement ce pourcentage.

En France, des lois seront progressivement votées pour réglementer le travail des enfants, mais leur application sera bien difficile à faire observer, tant par les patrons (surtout dans les petits ateliers) que par les parents :

Loi du 18 mars 1841 [extrait] : 

  • limitation du temps de travail à 8 heures pour les 8-12 ans, 12 heures pour les 12-16 ans

  • interdiction du travail de nuit pour les moins de 13 ans (entre 21 heures et 5 heures) - infractions très fréquentes.

    Un rapport de l'inspection du travail dans l'arrondissement de Beaupreau (France) en 1843 :

    • 4 entreprises textiles font l'objet de ce rapport. Le nombre total des ouvriers est de 620, dont 20 % sont des enfants ( de 9 à 16 ans). Parmi ces derniers, les deux tiers ont entre 9 et 12 ans.
    • Les conditions de travail des enfants sont très dures : ainsi le plus jeune de toutes les entreprises a 9 ans, la durée du travail quotidien est de 6 h pour les enfants de 8 à 12 ans et de 12 h pour les enfants de 12 à 16 ans.
    • II leur était imposé de se munir de leur livret ouvrier, cahier où sont marquées toutes les appréciations des employeurs sur le travail effectué par l'ouvrier, pour pouvoir travailler dans les manufactures. Sur la liste des ouvriers, les enfants et les jeunes sont repérables à leur salaire plus faible que celui des adultes ( 45 centimes par jour ) et à la mention de célibataire
    • Ce rapport fut rédigé lors de la réunion de la Commission à la sous- préfecture de Beaupréau. Cette Commission réunissait le sous-préfet, un notaire, l'inspecteur du travail et d'autres notables qui prenaient le point de vue des patrons .
  Loi de 1874[extrait] :

  • les enfants ne peuvent être admis dans les manufactures avant 12 ans.

  • de 12 à 16 ans, le travail ne peut excéder douze heures coupées par des repos. Tant que la scolarité n'est pas terminée un enfant de moins de 15 ans ne peut travailler plus de six heures par jour. Le travail de nuit est interdit jusqu'à 16 ans. Les filles mineures relèvent de la même disposition.

  • le travail des dimanches et jours fériés est interdit... La scolarité est obligatoire jusqu'à 12 ans et même jusqu'à 15 ans pour les élèves n'ayant pas assimilé l'enseignement élémentaire.

  • un livret individuel d'état-civil et de scolarité ainsi qu'un registre d'entreprise contenant les mêmes renseignements sont institués.

  • Est créée une inspection du travail des enfants, avec quinze fonctionnaires recrutés parmi les différentes catégories d'ingénieurs. Des procès-verbaux d'inspections peuvent être dressés et peuvent aboutir à des amendes. Un rapport annuel dressé par la Commission supérieure doit être publié au Journal Officiel.

Témoignage d'une fillette de 11 ans : dans "les débuts de l'industrie", p. 43, Enquête de la commission des Mines (1842)

" Je travaille au fond de la mine depuis trois ans pour le compte de mon père. Il me faut descendre à la fosse à deux heures du matin et j'en remonte à une ou deux heures de l'après midi. Je me couche à six heures du soir pour être capable de recommencer le lendemain. A l'endroit de la fosse où je travaille, le gisement est en pente raide. Avec mon fardeau, j'ai quatre pentes ou échelles à remonter, avant d'arriver à la galerie principale de la mine. Mon travail c'est de remplir quatre à cinq wagonnets de deux cents kilos chacun. J'ai vingt voyages à faire pour remplir les cinq wagonnets. Quand je n'y arrive pas, je reçois une raclée. Je suis bien contente quand le travail est fini, parce que ça m'éreinte complètement. "

  1. Procès-verbal d'inspection (archives départementales de la Loire 88 M 20/8)

    " Dans l'usine de tissage Dechelette au Coteau, le 7 décembre 1887, le chef ouvrier de bobinage a essayé de soustraire à notre contrôle, la jeune Renard Antoinette, née le 24 janvier 1874, en l'envoyant se cacher dans les lieux d'aisance."

  2. Procès-verbal d'inspection (archives départementales de la Loire 88 M 21)

    "A la verrerie du Sieur Irénée Laurent à Vauche, le 27 juillet à 5 heures du soir, Jean-Marie Januel, âgé de 8 ans, était en travail dans l'équipe dont le travail commence à 4 heures et se termine à minuit...avec cette circonstance aggravante que cet enfant ne fréquentait aucune école, ne possédait pas de livret et n'était pas inscrit sur le registre de la main-d'oeuvre, ce qui établit la préméditation de soustraire cet enfant à notre rôle protecteur". " Le 9 mai 1891 à 2 heures du matin, persuadés qu'on nous cachait des enfants travaillant la nuit, nous sommes montés dans un grenier servant de dortoir, où nous avons découvert le nommé Granger Joseph, caché dans un lit où il venait de se jeter tout habillé, chapeau sur la tête, chaussures encore aux pieds, et tenant encore à la main le crochet qui sert à retirer les fils du métier. Interrogé par nous, il nous a d'abord déclaré qu'il ne travaillait pas, qu'il couchait ainsi tout habillé, puis plus tard devant Mr Perrichon lui-même, qu'il faisait partie de l'équipe de nuit travaillant de minuit à midi. Alors n'osant pas pénétrer dans le dortoir des filles... nous avons arrêté nos investigations, persuadés du reste qu'on nous cachait des filles mineures couchées toutes habillées."

  3. Procès-verbal d'inspection (archives départementales de la Loire 88 M 18).

    "...Le travail de broderie mécanique commence le matin à 6 heures et se termine à 7 heures du soir. Les jeunes filles ont pour mission de soutacher des mousselines à l'aide de machines à coudre spéciales mues mécaniquement, leur travail consiste à pousser l'étoffe sous l'aiguille en suivant le plus régulièrement possible le dessin préalablement tracé en traits bleus sur la mousseline. Ce travail demande une attention très soutenue qui cause la fatigue des yeux et de la tête, que l'on observe sur presque toutes les physionomies du personnel de la manufacture ; la position du corps affaissé pendant onze heures sur la machine peut aussi avoir des conséquences fâcheuses. La surveillance des ateliers est exercée par des religieuses ; l'une d'elle placée sur une chaire rappelle à l'ordre les enfants qui interrompent leur travail. Le silence des ateliers et la manière dont les jeunes filles répondent aux questions qui leur sont posées font présumer que la discipline y est exempte de toute prévenance affectueuse. La même sévérité ne paraît pas être appliquée à l'égard du personnel de la localité.* Ainsi qu'il a été signalé dans la lettre du 30 juin 1887 déjà citée et qui probablement a motivé le retrait des enfants de l'Assistance Publique, le travail de broderie mécanique n'apprend absolument rien d'utile aux enfants ; ces jeunes filles occupées du matin au soir étant laissées ignorantes de tout travail de couture et autres, devront plus tard effectuer un nouvel apprentissage pour pouvoir parer aux nécessités de la vie..."

    rapport de l'inspecteur du travail Gouttes, 15 août 1888

* [ les jeunes ouvrières décrites dans le document sont des enfants de l'assistance publique et de jeunes Savoyardes qui ne revoient plus leurs parents pendant des années : usines internats]

1881 et 1882 : les lois Jules Ferry accélèrent l'évolution.

1893 : à 13 ans, la durée est limitée à 10 heures plus une heure de repos ; à 60 heures par semaine (dont un jour de repos) pour les 16-18 ans tandis qu'un certificat d'aptitude devient nécessaire.

Les lois se succèderont, mais il faudra attendre 1967 pour voir la scolarité rendue obligatoire jusqu'à 16 ans.

Du fait de leur petite taille, de leur souplesse et de leur agilité, les enfants constituent une main d'oeuvre très prisée dans le secteur textile où il faut savoir s'introduire sous des machines complexes et combien dangereuses pour y effectuer divers travaux d'entretien. De même, dans les mines où ils peuvent se tenir debout dans les galeries les plus basses pour y pousser les chariots.

Dans le secteur de la dentelle, ce sont des petites filles à partir de 4-5 ans qui sont exploitées ; dans des filatures de soie, la main d'oeuvre peut être exclusivement féminine (13 - 18 ans).

Bien rares sont ceux à qui la condition sociale de ces enfants pose des problèmes de conscience :

  • Pour la Chambre de Commerce de Valenciennes, « la résignation aux privations et à la misère est un enseignement malheureusement plus utile que l'instruction » !

  • Pour la Chambre de Commerce de Lille, « le travail est en réalité la meilleure gymnastique à leur imposer pour favoriser le développement physique » !

Auteur d’un « Discours sur la durée trop longue du travail des enfants » 2 mai 1837, le Dr. L-R. VILLERME, médecin aristocrate, écrivait :

« Les industries n'exigent guère, il est vrai, de la part des enfants, qu'une simple surveillance. Mais ils restent 16 à 17 heures debout, chaque jour, dont treize au moins dans une pièce fermée, sans presque changer de place. Ce n'est plus là un travail, c'est une torture ; et on l'inflige à des enfants de six à huit ans, mal nourris, mal vêtus, obligés de parcourir, dès cinq heures du matin, la longue distance qui les sépare de leurs ateliers, et qu'achève d'épuiser, le soir, leur retour de ces mêmes ateliers. C'est ce long supplice de tous les jours qui ruine principalement leur santé ».

Dans « Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie » Paris, 1840 - 2 vol.- Enquêtes de juin-juillet 1835 et septembre 1836 , le même Dr VILLERME écrit :

« Quelque triste que soit la condition de ceux-ci, celle des enfants employés dans un très grand nombre de nos manufactures doit surtout nous émouvoir ; car, trop souvent victimes des débauches et de l'imprévoyance des parents, ils ne méritent jamais leur malheur.
En Alsace, beaucoup de ces jeunes infortunés appartiennent à des familles suisses ou allemandes entièrement ruinées, que l'espoir d'un sort meilleur y attire, et qui viennent faire concurrence aux habitants du pays. Leur premier soin, après s'être procuré du travail, est de chercher un logement ; mais on a vu que le taux élevé des loyers dans les villes où sont les manufactures et dans les villages les plus voisins, les force souvent d'aller s'établir à une lieue de distance, et même jusqu'à une lieue et demie.
Il faut donc que les enfants, dont beaucoup ont à peine sept ans, quelques-uns moins encore, abrègent leur sommeil et leur repos, de tout le temps qu'ils doivent employer à parcourir deux fois par jour cette longue et fatiguante route, le matin pour gagner l'atelier, le soir pour retourner chez leurs parents.
Plus que partout ailleurs, cette dernière cause de souffrance s'observe à Mulhouse, ville qui, malgré son rapide accroissement, ne peut loger tous ceux qu'appellent sans cesse ses manufactures. Aussi, est-ce un spectacle bien affligeant que celui des ouvriers qui, chaque matin, y arrivent de tous côtés. Il faut voir cette multitude d'enfants maigres, hâves, couverts de haillons, qui s'y rendent pieds nus par la pluie et la boue, portant à la main, et quand il pleut, sous leur vêtement devenu imperméable par l'huile des métiers tombés sur eux, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu'à leur retour.
Les enfants employés dans les autres filatures et tissages de coton du Haut-Rhin et dans les établissements de même nature du reste de la France, ne sont pas, en général, il est vrai, aussi malheureux ; mais partout pâles, énervés, lents dans leurs mouvement, tranquilles dans leurs jeux, ils offrent un extérieur de misère, de souffrance, d'abattement, qui contraste avec le teint fleuri, l'embonpoint, la pétulance et tous les signes d'une brillante santé, qu'on remarque chez les enfants du même âge, chaque fois que l'on quitte un lieu de manufactures pour entrer dans un canton agricole.
Ces maux sont d'autant plus à déplorer, que les machines si admirables des manufactures actuelles, en permettant de remplacer avec avantage une grande partie des adultes par les enfants, augmentent nécessairement le nombre de ceux-ci dans les ateliers en même temps qu'elles retirent de plus en plus la fabrication des mains des agriculteurs. Mais, on l'a déjà dit, l'industrie, ainsi concentrée dans les villes, y crée une nouvelle classe dont le sort, plus instable que celui des ouvriers de l'agriculture, parce qu'il est soumis à toutes les vicissitudes, à toutes les crises du commerce, serait cependant plus heureux, dans les temps ordinaires que le sort des ces derniers, s'ils en avaient toujours les moyens, l'ordre et l'esprit de prévoyance.
Afin de mieux faire sentir combien est trop long la journée des enfants dans les ateliers, rappellerai-je ici que l'usage et les règlement fixent pour tous les travaux, même pour ceux des forçats, la journée de présence à douze heures, réduite à dix par le temps des repas ; tandis que pour les ouvriers qui nous occupent, sa durée est de quinze à quinze heures et demie, sur lesquelles il y en a treize à treize et demie de travail effectif. Quelle différence ! ».

Sources :

http://www.hemes.be/esas/mapage

Chirurgien des armées napoléoniennes (1804-1814), Villermé abandonne son métier en 1818 pour se consacrer à l'étude des questions soulevées par les inégalités sociales, notamment face à la maladie et la mort.
Ses enquêtes et ses recherches à ce sujet constituent, sinon une analyse sociologique, du moins une précieuse source d'information et d'observation sur les débuts de l'ère industrielle. Les travaux de Villermé sont reconnus comme des étapes très importantes du développement de la démographie et de la statistique.
Une première étude sur les conditions de vie des prisonniers (1820), laquelle s'insérait dans un projet de réforme du régime pénitentiaire, rend Villermé célèbre. Il entreprend ensuite des études comparées de la mortalité et de la mortalité infantile suivant les milieux sociaux, desquelles il ressort que la condition ouvrière dans les villes entraîne une mortalité très supérieure à la moyenne.
Élu à l'Académie des sciences morales au moment de la réhabilitation de celle-ci par Guizot (1832), membre de la section de statistique, Villermé est chargé ainsi que son collègue Benoiston de Chateauneuf de réaliser une étude sur l'état physique et moral de la classe ouvrière. Il limite son champ d'étude à l'industrie textile, laquelle connaissait du fait de l'introduction de la mécanisation de profondes transformations, et il reçoit des subsides appréciables pour mener une enquête qui donnera lieu à un rapport de plus de neuf cents pages, le Tableau de l'état physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie (1840). Cette étude est caractéristique des inquiétudes que font naître les débuts d'une société industrielle et en particulier l'apparition d'une paupérisation dont la classe dirigeante redoute les excès car elle perturbe le bon fonctionnement du marché et provoque des crises.
C'est en observateur minutieux - il tenait à assister aux repas, aux loisirs des familles ouvrières autant qu'à l'organisation du travail dans les ateliers - que Villermé s'attache à répondre à la demande de Guizot. Il note quelles sont les conditions de logement, quel temps est nécessaire pour aller du domicile au lieu de travail, la plus ou moins grande dureté des conditions de travail. Il fait valoir les avantages de la grande entreprise par rapport aux petites entreprises qui, selon lui, parce qu'elles peuvent disparaître rapidement et pour n'importe quelle raison, sont créatrices de paupérisation ; il dénonce les pratiques qui incitent les ouvriers à changer d'établissement sans motif autre que des promesses de salaires plus élevés non tenues. Il faut aussi souligner la force de l'analyse de Villermé lorsqu'il considère les conditions de travail des enfants et qu'il fait clairement apparaître la responsabilité du patronat en la matière. Par contre, c'est une tout autre explication qu'il propose lorsqu'il s'agit de prendre en considération les raisons de la paupérisation et du mauvais rendement des ouvriers adultes. Il les accuse d'être alcooliques et de dilapider leur salaire, de porter de trop beaux habits les jours de fête, d'avoir des mœurs dépravées, de s'éloigner d'un ordre moral qu'ils devraient respecter.
L'ambiguïté de la situation sociale de Villermé se manifeste là, qui l'empêche de saisir la réalité de la lutte de classe à l'intérieur de l'entreprise et, dès lors, l'incite à prendre - ce qu'il ne faisait pas lorsqu'il parlait des enfants - des symptômes pour des causes. Les conclusions de cette recherche eurent une influence sur l'élaboration de la loi qui en 1841 limita le temps de travail légal des enfants.
Jusqu'à sa mort, Villermé s'intéressa aux problèmes liés à l'industrialisation ; on lui doit, entre autres, une étude sur les accidents de travail produits par l'outillage mécanique (1850).

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