... et déjà des petits hommes et des petites femmes

Jusqu'à l'âge de 6 - 7 ans, le petit garçon, comme la petite fille porteront, le plus souvent, la robe "unisexe" qui sera utilisée pour l'un comme pour l'autre.

Cest à ce moment, que s'opère la distinction vestimentaire et que le petit garon se verra offrir sa premire culotte.

Très jeune, l'enfant devient un élément part entière de la main d'oeuvre communautaire. Aux plus petits, on confiera souvent la garde des troupeaux en pâture ou des porcs la glandée. Il sera également une main d'oeuvre désignée pour le glanage.

Glandée : droit accord aux paysans, de laisser pâturer les porcs dans les forêts de chênes après la chute des glands

Glanage : ramassage des épis laisssés sur les champs après la moisson

Les petits bergers et petites bergères ne font pas partie des légendes d'autrefois, mais furent bien la réalité de petits bouts d'hommes et de femmes à peine sortis des jupes de leur mère. De longues journées solitaires où la rêverie faisait le plus souvent place à la peur et à l'angoisse.

Et l'école, me direz-vous ! En vérité, à cette époque, c'était bien le moindre des soucis de ces chers petits et de leurs parents... Mais en quoi consistait l'enseignement il y a à peine 200 ans ?


 En ce temps-là, l'école n'est pas, comme aujourd'hui, obligatoire jusqu' à 18 ans. Elle n'est même pas obligatoire du tout.

D'ailleurs, peut-on parler d'une école ? Dans la classe que dirige avant 1666 le chapelain de Lorcé, Henri Lambotte, on n'apprend que des rudiments de catéchisme, de lecture, d'écriture et de calcul. Ceux qui veulent entreprendre des études plus étoffées, comme les candidats la prêtrise ou comme les ainés de la famille Charette qui espèrent reprendre la charge de greffier du père, ceux-là doivent quitter le village pour Stavelot ou pour Liège.

Le testament de Jonathas de Pardieu n'a rien changé, si ce n'est la gratuité des cours pour les enfants pauvres. Les parents des autres continuent rétribuer le maître d'une école ouverte seulement six mois par an, la mauvaise saison, du début novembre la fin avril. Du printemps à l'automne, les parents ne peuvent se passer de l'aide de leurs enfants.

Une autre classe ouverte dans le ban avant le milieu du XVIIIe sicle est celle que tiennent certains chapelains de Targnon. C'est auprès de l'un d'eux que Joseph Delvaux paie chacun de ses neveux orphelins, Jean-Jacques et Henri Delvaux un mois d'escolle . Il lui en coûtera pour chacun 12 patars et 2 liards. Il leur achète, toujours chacun, une critoire pour 10 patars, de l'encre, des plumes et du papier pour 5 autres patars, espérant ainsi qu'en l'espace d'un mois, ils auront appris prier, lire, écrire et compter ! ...

Pierre ISRAEL :   LORCE, Histoire d'une communaut rurale - Ed. Chauveheid 1989



Cartable en bois tel qu'on peut le voir au musée en plein air de Bokrijk

.....

L'écriture se bornait à la signature des noms et prénoms de l'élève. Le programme comportait en outre une sorte de calcul pratique et la lettre du catchisme. On se montrait un peu exigeant quant aux capacités de l'instituteur ; ainsi celui qui avait une belle voix pour chanter à l'église pouvait se mettre sur les rangs avec toutes chances de succès.

Les méthodes pédagogiques étaient bien simplifiées ; une solide baguette d'aubépine, sêchée au four, en tenait lieu. Cette baguette possédait des vertus multiples : elle servait montrer les lettres aux élèves, tenir leur attention en éveil, apaiser les conflits et réprimer au besoin la turbulence. Maniée d'une main sûre, elle opérait des résultats aussi prompts que merveilleux.

Le magister était grassement payé. Outre un traitement de quinze francs par mois (d'hiver), il allait à tour de rôle de maison en maison pour y recevoir sa nourriture ; un jour par élève. On aurait pu appeler cet usage : l'art de varier la cuisine sans en faire soi-même.

Le maître d'école n'était pas seul à jouir de ce privilège ; le porcher communal avait le même droit, sauf que pour lui les journées d'hébergement se comptaient non par tête d'enfant, mais par tête de porc. Celui d'hier - un malin - avait soin de faire concider ses jours avec ceux de l'instituteur, sachant par expérience que la présence de son collègue influait toujours heureusement sur le menu familial. Au surplus, les habitants d'hier préféraient recevoir à leur table les deux fonctionnaires communaux en même temps ; de cette façon, c'était fini d'un seul coup.

Lorsque nous aurons dit que la commune louait une chambre basse où s'entassaient les deux sexes et dont tout l'ameublement se composait d'une table et de planches en guise de bancs, nous aurons donné le tableau de l'enseignement primaire à cette époque. N'oublions pas cependant de mentionner que l'instituteur se louait le dimanche qui suit la Saint-Remi (1er octobre) et que son contrat, révocable chaque année, était limité à la saison d'hiver

Georges LECOMTE -  Un réfractaire sous Napoléon 

Après sa communion, le garçon se doit d'être un travailleur part entière.

Si l'exploitation familiale est assez importante pour le nourrir, il participera aux travaux des champs au même titre que son père.

Si ce n'est pas le cas, il ira en apprentissage chez un maître artisan, s'il a des relations ou, dans la plupart des cas, il louera ses bras comme valet de ferme dans des exploitations plus importantes.

Dans de nombreuses régions, ces contrats de louage étaient signés, en bonne et due forme, à l'une des deux  foires annuelles aux domestiques  : celle de la Saint-Jean (26 juin) - pour la saison des moissons et des labours d'automne - ou celle de la Saint-Martin (11 novembre) - pour l'année.

Ces  grands marchés de la main d'oeuvre  donnaient également lieu des festivités qui dans certaines régions, pouvaient durer trois jours.

louée aux domestiques - fin du 19e sicle


 

Les gages proposés aux valets étaient souvent modestes, voire symboliques. En compensation, le maître était tenu de leur offrir le logis et la nourriture, ce qui pour l'époque représentait la sécurité première.

Quant aux filles, si leur présence au foyer familial était considérée comme une bouche à nourrir en trop, elles étaient aussi louées comme servantes dans les fermes et pour les plus privilgiées, dans des domaines seigneuriaux.

Plus tard, avec les
débuts de l'ère industrielle, filles comme garçons constitueront une main d'oeuvre abondante et très bon marché, que ce soit au fond de la mine, dans l'industrie textile, celle de la porcelaine

voir document : " Le Travail des enfants "

Pierre ISRAEL dans   LORCE, Histoire d'une communauté rurale - 1989, nous brosse un tableau bien éloquent de la vie des adolescents d'autrefois, en milieu rural :

..En dehors du peu de temps que le jeune passe sur les tabourets de l'école avec son écritoire sur les genoux, à quoi peut-il bien occuper son temps ? Il garde le bétail familial lorsqu'il n'est pas à la herde, il se charge des corvées d'eau à la fontaine, il aide ses parents à la fenaison, à la moisson. Les filles en plus, secondent leur mère dans les travaux ménagers.

Gilles Boniver envoie deux de ses fils, Jean et Laurent, armés de houes pour creuser une rigole et dévier vers sa prairie l'eau d'une lavasse. A son tour, un autre de ses fils, Gilles-Joseph, n'a guère de difficultés pour trouver une occupation à ses enfants, que ce soit au moulin ou à la brasserie. Les charbonniers ne tardent pas pour emmener leurs fils travailler dans les bois et le maréchal initie très tôt son aîné au travail de la forge.

...Les enfants des familles pauvres, on les envoie le plus tôt possible travailler au dehors. Ils ne gagnent pas lourd mais c'est une bouche de moins à nourrir. Il arrive même que le maître leur offre un sarrau ou une paire de chaussures.

Jean Thiry-Noël n'a pas huit ans lorsque son père le met en service chez Jean-Pierre Germain aux Forges. Il y garde le bétail pendant six mois. A l'âge de 13 ou 14 ans, il conduit toute une année la herde de Houssonloge. L'année suivante, toujours à Houssonloge, il garde les boeufs de Hubert Gérard, puis il déniche une occupation fort semblable à Renier, entre Bru et Werbomont.

De là, il s'en va conduire la herde de Quareux, toujours pour un an. Plus tard, le herdier se mue en berger : il mène le troupeau de brebis de la ferme de la Picherotte, perdue au fond des bois dans le vallon de la Chefna. A la fin de ce dernier contrat, il rentre pour un temps chez son père. Il a alors 19 ans.

L'occupation suivante le mène pour la première fois loin de chez lui. Avec le fils le Caporal de Xhierfomont, il s'en va travailler quatre mois pendant la bonne saison de 1738 dans les bois de Cardie, du côté de Trèves. Il vit là du produit de son travail et il ramène à son père le solde de sa paie.

Après un bref séjour à Lorcé, il repart, cette fois à Bande, entre La Roche et Rochefort. Il y travaille pendant dix-huit semaines avec son frère Lambert, ses cousins Corbel et George Hubert et un certain Jacques Martin chez un Lorcéen du nom de Fouar installé depuis peu dans le duché de Luxembourg.

A l'age de 25 ans, il s'engage, en compagnie de Jean François de Chession au neuf fourneau en Allemagne pour une campagne de fonte qui dure sept semaines. Rentré à la maison, il remet de nouveau le reliquat de sa paie à son père.

Il a 26 ans et il est majeur lorsqu'il décide de quitter définitivement le toit paternel. Désormais, il travaille dans les bois et lorsque la saison n'est pas favorable, il se retire soit chez son frère Hubert, soit chez Pasquay le Bernier où, lorsqu'il rentre trop tard et que la porte est fermée, il doit se contenter du fenil.

Le deuxième frère Thiry-Noël, Hubert, a débuté lui aussi dans le service dès l'âge de dix ans, d'abord à Targnon, chez Bouxhetay, puis aux Forges chez Jean-Pierre Germain, chaque fois pour un an. Par la suite, il est occupé chez Jean Gérard à la Neuville, puis chez le curé de Chevron, chaque fois pour deux ans. Il termine sa carrière de domestique par un engagement d'un an chez Montgnoul, toujours à Chevron. Il rentre alors à Lorcé chez son père. Nous sommes en 1734. Il a 17 ans.

De là, jusqu'à son mariage en 1741, soit pendant sept ans, il travaille dans les bois. Il arrondit ses revenus en capturant du gibier, grues, bécasses et grives qu'il s'en va vendre à Liège.

Depuis l'âge de douze ans, un troisième Thiry-Noël, Lambert, a connu, lui aussi, une carrière de domestique et de vacher : un an à Chevron chez Antoine Adam, un an chez Cordonnier à Paradis.
L'année suivante, il garde la herde de Pavillonchamps, sur les hauteurs de Harzé. Il reprend le service, toujours pour un an à Paradis chez les Balthoset qu'il accompagne lorsque ceux-ci viennent s'établir dans la cense d'Aze. Après deux ans en Aze, il monte à Lorcé pour mener la herde, également pendant deux ans.

Il décide après de travailler dans les bois. C'est plus fatigant mais mieux payé. Il ne quittera cette occupation que six ans plus tard pour s'engager comme soldat dans la compagnie de Monsieur Jamar, au service de sa majesté la Reine de Hongrie, dont il est sortit il y a deux ans. Et depuis lors, il charbonne dans les bois de Froidcourt .

Quant aux filles, elles feront de bonnes servantes. On les place quelquefois très loin. Début 1696, une des filles de Jean Lespagnoul de Targnon s'engage pour cinq ans chez son oncle Henri Piron. Henri Piron, qui est originaire de Targnon lui aussi, est parti s'installer à Mittelbach, à deux lieues au sud-ouest de Hombourg, tout au sud de la Sarre.

Les deux beaux-frères conviennent des conditions de l'engagement de la fille Lespagnoul devant notaire. En échange des services de sa nièce, Henri Piron cède à Jean Lespagnoul un pré gisant dans /e fremonpreid, une pièce de terre al goffe dé Laveu, un demi journal au Wey, un morceau de cortil as Sansay avec ses arbres fruitiers.

Lespagnoul est heureux que sa fille s'en aille pour cinq ans, mais il espère que Piron la traiterat en bon pere de famille, luy donnerat ses aliments et entretients honnestement, et ne luy permetterat la conversation des huguenots.
Si pour l'une ou l'autre raison, la fille Lespagnoul venait à quitter le service de son oncle avant le délai de cinq ans, le père s'engage à la remplacer par une autre de ses six filles.