Les étapes d'une vie    La naissance    Le baptême    Le premier âge    L'âge de raison   
Le travail des enfants
  La communion solennelle    Le service militaire   
Amour et mariage
      La femme et le travail domestique    Veuvage et remariage   
Grands maux et petits bobos
   La vieillesse    La mort

     Retour Accueil

 

Un bien beau vieillard...mon grand-père maternel

Les progrès de la médecine, les conditions d’hygiène, de vie et de travail ont allongé considérablement l’espérance de vie de nos contemporains. VIAGRA, DHEA,… sont sur toutes les lèvres : non seulement on veut mourir le plus tard possible, mais on ne veut plus vieillir ! Etre mère à 50 ans est devenu banal. La retraite à 75 ans n’est plus une utopie !

Chez nos ancêtres, par contre, les signes de vieillesse apparaissaient très vite et ils ne se résignaient à délaisser leur dur labeur qu’au moment où leurs forces les abandonnaient définitivement.

Dans les milieux populaires, la quarantaine arrivée, on était vieux. Les hommes brisés et usés par les travaux de la terre qui ne connaissaient encore aucune mécanisation, les femmes épuisées par la succession les maternités.

Il faut toutefois noter qu'ici, les avis et les appréciations divergent. Ainsi que le montre Monsieur Leestmans (cf. chapitre "La mort"), dans un relevé des décès dans la mayeurie de Lierneux à la fin du 18e siècle, la population de nos campagnes ardennaises a compté un nombre non négigeable de respectables vieillards. Cela dit, la sélection naturelle ayant opéré de façon drastique, ceux qui parvenaient à l'âge adulte, étaient destinés à une longévité remarquable pour l'époque s'ils échappaient aux ravages des guerres, épidémies et des maternités. Il se peut aussi que des variations importantes se soient produites selon les régions et les souches familiales.

A ce propos, Ch. Leestmans cite Courtois, parlant du sud-est de la province de Liège : « A mesure qu'on s'avance dans les montagnes, le tempérament bilieux-sanguin des habitants s'affirme et s'accentue. Cependant, dans les localités plus élevées, le tempérament lymphatique est dominant....ces montagnards vivant sous un ciel pur et vif, suivant un régime aussi simple, jouissent de la santé la plus florissante et sont exposés à très peu de maladies, qui ont en général un caractère très aigu...»

rouet

R. COURTOIS, Statistiques..., t. 2, p. 160

D'autre part, Thomassin se plait à souligner : «...la force, la robustesse, la bonne constitution et la beauté de la carnation de l'Ardennais ; il mesure en moyenne 1,65 m, mais il n'est pas rare de rencontrer des hommes atteignant 1,90 m. La race d'homme est assez belle et la plupart n'abandonne pas leur profession avant l'âge de 70 ans. Mais, ceux qui habitent les sommets des plateaux de l'Ardenne ou à mi-côte, sont plus robustes que ceux qui ont leur séjour dans les sombres vallées et notamment à Malmedy, où la carie des dents et les maladies scrophuleuses paraissent être endémiques. Ces montagnards ardennais sont patients, laborieux, d'une sobriété remarquable, se contentant de peu, aimant leur liberté par dessus tout...»

L.F. THOMASSIN, Mémoires statistiques..., p. 226

Certains historiens démographes ont estimé à 30 ans l'espérance de vie moyenne aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ce chiffre est toutefois à prendre avec de nettes réserves puisqu'il ne prend pas en compte le taux élevé de mortalité infantile et les ravages épisodiques des épidémies. Il ressort aussi des sources disponibles que l'on vivait plus ou moins vieux selon que l'on appartenait aux classes aisées ou aux classes populaires.

Ce que les registres paroissiaux nous apprennent aussi, c'est qu'il n'était pas rare que lors du mariage d'un enfant, un seul des quatre parents était toujours en vie.

Lorsque nos vieux avaient la chance de devenir grand-père ou grand-mère, leur tâche principale était de garder les enfants en bas âge auxquels ils transmettaient savoirs et souvenirs. Rôle qu'ils tenaient également lors des « veillées », haut lieu de la transmission orale qui survécut dans les campagnes jusqu’à l’apparition des postes de radio et autre télévision qui sonnèrent irrémédiablement la fin des veillées d’antan.

SOURCES

  • R. COURTOIS : "Recherches sur la statistique physique, agricole et médicale de la Province de Liège", t.1 & 2, Verviers, 1828
  • Charles LEESTMANS, "Histoire d'une vallée - La Lienne en Haute-Ardenne", Stavelot, 1980
  • L.F. THOMASSIN, "Mémoire statistique du département de l'Ourthe"


Les vieux

Paroles et Musique: J. Brel/G. Jouannest 1964

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un cœur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan
Que l'on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d'hier
Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s'ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s'ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C'est pour suivre au soleil l'enterrement d'un plus vieux, l'enterrement d'une plus laide
Et le temps d'un sanglot, oublier toute une heure la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent par la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit : je t'attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend.

Jacques Brel