Je multiplierai les peines de tes grossesses,
dans la peine tu enfanteras des fils...

(Genèse, 3 verset 16)

« Il n'est jamais question de joie,
mais de cris, de douleur, des maux de ses couches,
des grands maux de l'enfantement
;
nécessairement les premiers balbutiements de la vie
s'accompagnent de l'irrémédiable souffrance
voulue par un Dieu vengeur »
(1)

 

Pour nos aïeules, la finalité de l'acte amoureux étant la procréation, l'annonce d'une grossesse était dans l'odre normal des choses et même considéré comme une bénédiction. En effet, comme nous le verrons plus loin, un couple stérile (et cette "tare" était toujours l'apanage de la femme !), était un couple maudit. N'oublions pas que bon nombre de reines furent répudiées pour cette raison.

Au Moyen-Age, une femme stérile était appelée "bréhaigne". De nos jours, cette appellation est encore attribuée à une jument stérile !!!


L'historien Guy Cabourdin écrivait : «
L'attente d'un enfant a toujours un goût de mort », tant le risque est grand pour l'enfant à naître comme pour la future mère.

La grossesse et l'accouchement appartiennent au monde des femmes et les seuls conseils médicaux dont elles peuvent bénéficier sont ceux des "matrones" et des aînées qui transmettent leurs expériences.

En tout état de cause, le travail de la femme enceinte ne peut pas s'arrêter ; il y va de la survie de la maison et de son honneur. Certaines arrivent même à vaquer à leurs tâches quotidiennes jusqu'au matin de l'accouchement. Les fausses couches à la suite d'accidents sont fréquentes.

L'accouchement est attendu avec un certain fatalisme comme toutes les épreuves qui frappent régulièrement les familles à ces époques et il se déroule dans une douleur acceptée. Pourtant, les décès en couches sont très nombreux et confrontés à la grande peur de l'enfantement, on n'hésite pas à avoir recours au curé ou au sorcier.

Talismans et amulettes peuvent s'obtenir chez l'un ou l'autre. Ceux du curé ont, évidemment, le mérite d'être bénits.


...Beaucoup portent des pierres plus ou moins précieuses, cachées dans quelque sachet. D'autres enfin, font des pèlerinages à l'une de ces nombreuses fontaines miraculeuses dédiées un peu partout en France à la Vierge ou à Sainte-Anne, sa mère. Elles promettent " Bon secours ", " Grâce ", " Délivrance ". Il suffit de boire leurs eaux ou d'y faire quelques ablutions pour se sentir protégée durant les mois à venir...(2)

Dans nos régions, un culte particulier est voué à Ste-Marguerite. Cette sainte, dont le culte est attesté à Ollomont (Nadrin) dès 1582 au moins, est réputée secourir les jeunes femmes, futures mères, pour les assister dans leurs souffrances.

Une sage-femme des Lumières, Madame de Coudray, scandalisée par l'ignorance de ses consoeurs, rédige un traité complet sur l'art de mettre au monde. De 1759 à 1783, elle entreprend un véritable tour de France et, à l'aide d'un mannequin, s'en va enseigner des aspirantes accoucheuses.
Elle parle ainsi de l'accouchement :


"En attendant le moment de délivrer la femme, on doit la consoler le plus affectueusement possible : son état douloureux y engage ; mais il faut le faire avec une air de gaieté qui ne lui inspire aucune crainte de danger. Il faut éviter tous les chuchotements à l'oreille, qui ne pourraient que l'inquiéter et lui faire craindre des suites fâcheuses. On doit lui parler de Dieu et l'engager à le remercier de l'avoir mise hors de péril. Si elle recourt à des reliques, il faut lui représenter qu'elles seront tout aussi efficaces sur le lit voisin qui si on les posait sur elle-même, ce qui pourrait la gêner..."

 

Les accouchements avaient lieu à la maison, en position assise, au lit et en tenue de jour.

Ce n'est qu'à partir du siècle des lumières que la position allongée commença à se répandre.

Le rôle principal est donné à une matrone de 50 ans au moins, appelée sage-femme qui intervient gratuitement. La sage-femme est élue par une assemblée des femmes de la paroisse ou de la chapellenie.(3)


L’accoucheuse de village est prise en charge par le clergé paroissial qui veille à surveiller ses moeurs. Dans son rituel de 1782, le clergé rappelle à la sage-femme ses obligations : ne pas user de méthodes " superstitieuses ", ne pas provoquer la destruction du foetus, respecter le secret des familles et en cas de danger, recourir au médecin ou au chirurgien. (4)


Jusqu'à la fin du 19ème siècle, on connaît un pourcentage important d'enfants morts-nés ou d'enfants anormaux, phénomène provoqué par le trop haut degré d'endogamie. La fièvre puerpérale - notamment - décime les mères. Parmi les causes de décès : une hygiène insuffisante, des périodes de repos trop courtes après les grossesses.


A certaines époques, la mortalité infantile atteint des sommets effrayants, la sélection naturelle est impitoyable : six enfants sur dix seulement arrivent en âge de mariage.




« L'Homme tient dans ses mains le monde...
La femme tient l'Enfant qui tient le monde et les hommes....»

Ch. BOBIN


Le cas de la famille Renard, de Lansival (Lierneux), est exemplaire : (5)


La femme d'Antoine Renard, Jeanne Lemaire, met au monde sept enfants de 1742 à 1756 : trois garçons et quatre filles.
Des sept, trois parviennent à l'âge adulte : un garçon et deux filles, les autres sont morts entre l'âge de 2 jours et de 13 mois.
Si la révolte est bannie, la souffrance justifiée, l'affliction des parents n'en est pas moins marquée. En témoignent les annotations du père :

  • août 1748 :
    "je prie Dieu qu'il fasse la grace a notre petit jean Baptiste de prier pour nous"
  • 4 janvier 1750 :
    "est decedee notre petite jeanne catherine apres avoir reste 28 jours dans cette vallee de misère que Dieu nous faste la grace d aller aupres d elle quand nous partirons de ce monde"
  • 1750 :
    "jean baptiste aprs avoir vecu 19 iours ille est retournez a son createur Dieu nous donne la grace de nous voir tous en paradis"

(1) : A.E.L., Cure de Lierneux, vol. 100, ca 1717. - A.E.L., J.P. Marichal, not .... 15/ 1/1784
(2) : J.L. BEAUCARNOT, "Ainsi vivaient nos ancêtres", Ed. Robert Laffont, 1989, p.59
(3) : Le choix d'une sage-femme dans G.S., n° 1, décembre 1974, p. 72. Pratique courante dans l'Est de la France sous l'Ancien-Régime. J. VARTIER, La vie quotidienne en Lorraine au XIXe siècle, Paris, 1973, p. 29
(4) : S. de LAUNOIS, A propos du serment des sages-femmes dans G.S.H.A., n° 5, décembre 1976, pp. 86-87
(5) : Charles LEESTMANS, Histoire d'une vallée, Ed. Chauveheid 1980, p.283

Ma maman, accoucheuse en 1928...

La déclaration de grossesse... un document original et méconnu

Un très beau texte de Francis Cabrel...

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