Un droit d'usage oublié de la forêt d'Ardenne

textes rassemblés par M. François Bellin et publiés dans le Bulletin n° 83 - sept. 2002
du Cercle historique "Terre de Durbuy" ASBL

Sur le Web : http://ibelgique.ifrance.com/weris/cercle.html

0n entendait par glandée, panage ou parcours, un droit en vertu duquel les porcs (1) étaient admis aux pâturages forestiers.
Ils s'y nourrissaient de glands, de faines, de prunelles, de pommes sauvages, etc.
C'était une bonne économie pour les agriculteurs de la région qui pouvaient réserver leurs grains à des besoins plus pressants. Comme les autres droits d'usage, la glandée fut, suite à la diminution du domaine boisé, réglementée d'une façon sévère.

A l'origine, le panage pouvait s'exercer facilement. La forêt d'Ardenne n'avait-elle pas, à cette époque, des chênes et des hêtres en suffisance ? (2). A cette époque, la glandée était la base de la nutrition de la race porcine.
Cependant, suite au développement de l'industrie, la forêt se vida progressivement.
Le panage en subit les conséquences : il se localisa et ne fut permis que pendant une certaine période de l'année ; il ne fut autorisé que durant les années où les glands et les faines étaient abondants.
De plus, on exigea des ayants droit un certain nombre de conditions pour pouvoir exercer leur prérogative.

Malgré cette limitation, le panage fut en honneur jusqu'en 1750, date à laquelle apparut la pomme de terre.
Après 1750, il se fit se plus en plus rare, tout en n'étant cependant pas négligeable.
L'importance du panage était due à l'abondance des chênes et des hêtres dans la forêt d'Ardenne. D'ailleurs, il n'est pour ainsi dire pas une loi ou une ordonnance du régime autrichien qui ne veillait à la protection de ces deux essences forestières.

Le droit de glandée (ou paisson) était pratiqué collectivement à l'époque celtique puisque, selon les historiens latins, les Gaulois élevaient déjà des troupeaux de porcs à demi sauvages, errant en liberté dans la forêt où ils se nourrissaient de glands ou de faines. Les Romains n'eurent certes pas à s'en plaindre, eux qui envoyaient à profusion dans leur capitale, nos viandes, lards et jambons fumés au genêts). (3)

L'élevage devint plus intensif encore et se réglementa avec les Francs : la loi des Wisigoths consacre un chapitre entier au parcours des porcs, et la Loi Salique, vingt articles au vol des porcs. Les Mérovingiens en firent un élevage systématique dans des centres spécialisés à proximité de leurs villas : la porcaritia du domaine de Paliseul donna ainsi naissance à Porcheresse.

Sous la féodalité, l'usage se codifiera et devra être remanié souvent pour préciser la redevance, la saison, le nombre de porcs autorisé, le parcours du troupeau. En 1205, Jacques 1er d'Orchirnont accorda le droit de partage sans redevance ; en 1328, Jean de Bohême confirma les aisances pour la paisson.

Dans l'Ardenne du Luxembourg belge, le panage, en tant que droit d'usage (
4) ne pouvait se faire n'importe où. Ainsi, il était interdit de mener les porcs dans les bois qui n'avaient pas atteint leur huitième feuille (septième année). Cette disposition avait pour but d'empêcher les détériorations des jeunes arbustes et de favoriser ainsi la croissance des bois.

Les officiers préposés à la garde de la forêt devaient veiller à l'exécution de cette mesure. C'est pourquoi, chaque année aux mois de septembre ou d'octobre, ils visitaient les bois qui étaient sous leur juridiction et examinaient non seulement s'il y avait de la paisson mais aussi si les arbres avaient atteint leur 7e année. Dans ce dernier cas, ils divisaient en trois ou quatre quartiers la forêt domaniale sujette au droit d'usage. Ces cantons forestiers étaient mis en adjudication et le plus offrant obtenait le droit de conduire ses pourceaux dans l'un des quartiers déterminés. Remarquons que celui qui "achetait" ainsi un droit d'usage était rarement un particulier ; presque toujours, c'était un représentant d'une communauté qui agissait au nom de celleci et dans son intérêt.

gandée
Habituellement, les porcs pouvaient être conduits vers la fin octobre et devaient en sortir pour la Chandeleur (2 février). En dehors de ces dates, les porcs qui étaient trouvés en panage, étaient confisqués. Quand le gland était particulièrement abondant, on pouvait distinguer deux périodes : la vive paxhonet la morte paxhon (d'octobre à la Noël et de la Noël à la Chandeleur). En général, le temps de la paisson ne pouvait être étendu ; cependant, en 1789, il fut prolongé jusqu'au 1er avril 1790, suite au manque de grains.

L'ordonnance du 29 janvier 1539 fixa, à l'intention des quatre mairies du duché de Bouillon, que les bourgeois étaient redevables « pour chascun porcq qu'ilz boutent aux forestz d'Ardenne, commençant au jour de SaintRemy jusques au jour de Noël, pour le pannaige un liard ; et s'ilz remettent des nouveaux porcqz jusques à Pasque, ou plus tempe ou plus tard, pour telz pourceaux doibvent demy liard.. ». Et la même ordonnance, confirmant d'anciens privilèges, nous donne une idée de l'importance de cet élevage : dans les forêts entre Bouillon et Sedan, le seigneur pourra mettre en pachon 500 porcs, l'officier de sa maison 50, hommes de fiefs et bourgeois chacun 18, les veuves pourront en mettre 9 sans redevance.

Nous apprenons toutefois en 1582 que « quand y aura pleine paschon » sur les aisances des bourgeois, les seigneurs ou leurs commis pourront mettre chacun 20 porcs avec la sonre des bourgeois, tandis que la pachon sur les bois seigneuriaux restera à leur seul profit ! II est bien précisé d'autre part, en 1625, qu'on ne pourra faire « pasturer les porcs dans les prez en quel temps que ce soit ».


Mais le mandement du 20 janvier 1656 nous apprend précisément que cette année s'annonce exceptionnelle et promet « d'avoir abondance de fruits et paschon... ce qui seroit un grand avantage pour la nourriture et graisse de porcques et une bonne épargne de grains, et par conséquent un notable profit à la subsistance du public, qui n'en a pas eu en ce regard il y a cinq ou six ans passez ».


En conséquence, le gouverneur défend d'abattre aucun arbre avant que les fruits ne soient tous tombés.

Parfois les glands manquaient. En 1514, le rapport du receveur de La Roche signale que, l'année précédente, les porcs menés au bois de Bérismenil sont presque tous morts de faim en forêt.

Les pourceaux envoyés dans la forêt venaient parfois de très loin. En 1572, le mayeur et les échevins de la ville de La Roche font savoir aux marchands de Bomal, Hamoir, Xhoris, Filot et Ferrières, que suite à la visitation faite des bois de la Haute Freyr, on peut cette année mettre dans la forêt 1.550 porcs en plus de ceux des banales sonres c'est-à-dire des troupeaux que les usagers habituels, notamment les habitants d'Amberloup et ceux d'une partie de Bastogne, ont le droit de faire paissonner.

glandée

La Glandée (détail) - Octobre

Les hommes s'affairent à la glandée. L’un d’eux lance sa gaule dans les branches des chênes pour en faire tomber le les glands Les porcs sont grossièrement figurés avec leurs poils durs.
Documentation Photographique n° 6007 - 197 -

"La vie paysanne au moyen âge" - La Documentation Française

La forêt de Freyr dépendait de l'ancienne "curia" d'Amberloup. Dans cette forêt, quelques 14 communes (soit 80 villages et hameaux) avaient des droits d'usage et la plupart d'entre elles disposaient du droit de panage pour leurs porcs. L'organisation pratique de la "paisson" des porcs dépendait du maire (et forestier) et des échevins d'Amberloup. Le 24 août de chaque année, ceux-ci procédaient au dénombrement des porcs des "masuyers" (usagers). Le 17 septembre, avait lieu l'adjudication du droit de "paisson". Chaque commune disposait alors d'une zone déterminée pour ses porcs. Le 1er octobre, l'ouverture de la "banna sonre" était annoncée à Bastogne. Dès ce moment, les usagers de chaque commune pouvaient, avec leur "sonre", prendre le chemin d'Amberloup. Là, tous les porcs des différentes communes étaient confiés à la garde des "sonreurs" (gardiens de porcs) attitrés, dépendant du maire forestier d'Amberloup. Ils formaient ainsi une "sonre" commune d'au moins 1.000 porcs. Ceux-ci passaient l'hiver en forêt. Durant la nuit, ils étaient rassemblés dans de vastes cabanes en bois.

Quand le troupeau des marchands approchait de la "sonre" des usagers, il était tenu de s'éloigner au son de la corne du porcher de la banale "sonre". Le haut forestier de La Roche devait être présent au bois "avant que les porceaux en peulent vuydier", afin de percevoir le droit de paisson qui, au XVIe siècle, s'élevait à un quart de patar par tête. Au XVIIe siècle, cette rétribution était de 7 deniers par porc d'un an envoyé à la glandée et le rapport d'une année commune est de 200 florins environ ; il est exceptionnellement de 1.308 florins en 1749 (comptes des receveurs). Mais, dit un mémoire de Georges de Baillonville, prévôt et haut gruyer «  il advient lorsqu'il est saison de retirer les porcs du bois que les sujets les viennent requérir en nombre de trois à quatre cents personnes à la fois, les reprenant par force et avec toute confusion et désordre, tellement qu'il est impossible de retrouver et faire payer le panaige ».

C'est le jour de la fête à Barvaux (fin septembre) que les porchers assermentés faisaient leur rapport sur la paisson (elle pouvait être déclarée « bonne, suffisante ou nulle ») et que la répartition des sonres était décidée. Le rapport de la paisson pouvait être fort irrégulier et d'autant que progressivement le nombre de chênes diminuait. En 1384, on envoyait dans les bois de la Terre de Durbuy, 5.163 porcs, 3.792 en 1499, 3.655 en 1541 mais après les coupes extraordinaires de 1591 à 1598, leur nombre avait diminué dans des proportions considérables. En 1591, le gentilhomme pouvait envoyer 8 porcs dans les Bois du Pays, le laboureur et le manouvrier 2, le seigneur de Durbuy 350 ; les pauvres pouvaient « rassembler de la fayne ». En 1766, il restait environ 1.700 porcs dans les 4 cours et les seigneuries foncières.

Aux IXe et Xe siècles, on estimait la richesse d'une forêt au nombre de porcs qu'on y pouvait engraisser. Il ne faut pas conclure qu'il en fut de même au XVIIIe siècle et spécialement dans sa seconde moitié. En effet, depuis le Xe siècle, le domaine n'a fait que diminuer. L'année 1754 marque une nouvelle phase de cette décadence ; la preuve nous est fournie par le règlement du 30 décembre de ladite année. C'est la mesure législative la plus importante après l'édit de 1617 en ce qui concerne les bois du Luxembourg. Ce règlement insiste sur le respect des lois antérieures. Il constate qu'on n'a pas voulu observer les mesures prises pour protéger les bois ; en conséquence, il édicte des mesures nouvelles : désormais, le bois ne pourra plus être obtenu que suivant certaines formalités et les mésus causés par le sartage, etc., seront punis sévèrement. Cela atteste la diminution du domaine forestier et en particulier la diminution du nombre de chênes que l'on entoure désormais de précautions nouvelles. Dans de telles circonstances, le panage ne devait-il pas en subir les conséquences ? En tout cas, rien ne prouve que, vers 1754, les glandées se faisaient encore tous les ans ; et ce qui est certain c'est que vers la fin du XVIIIe siècle, elles n'étaient plus permises que tous les 8 ou 10 ans.

Le panage était soumis à de nombreuses formalités (5). Si le prince ne pouvait supprimer ce droit de panage ou de parcours, il pouvait néanmoins réclamer une indemnité. C'est ainsi qu'il faisait procéder à une "vente" de ce droit lorsque la paisson était suffisante. Le bénéfice de l'adjudication était à son profit. Non seulement le prince mais aussi les seigneurs qui possédaient une partie quelconque de territoire boisé, devaient autoriser l'exercice du droit de panage lorsque les circonstances le permettaient ; à leur tour, ils avaient le droit de réclamer une redevance. Celle-ci consistait, à la fin du XVIIIe siècle, au bénéfice retiré de la vente de la glandée. Seuls les membres de la communauté qui avaient "acheté" la glandée pouvaient conduire leurs porcs aux pâturages forestiers.
Pouvaient-ils y conduire d'autres troupeaux ? Certes non, et à cet égard la loi était formelle : « Ceux qui pourront jouir de la glandée dans nos bois, ne pourront chasser ou mettre d'autres porcs que ceux qui ont été nourris avant la Saint-Jean ». De plus, le droit de paisson était limité à un certain nombre de têtes : quinze pourceaux avec la mère dans la forêt de Freyr. De là, on conclut que chaque paysan devait déclarer le nombre de porcs qu'il avait et depuis quand il les possédait. Si ces pourceaux étaient nés après la Saint-Jean ou bien s'ils avaient été achetés, ils ne pouvaient aller à la glandée. En dehors du temps de paisson, aucun porc ne pouvait se trouver dans les bois.

Ceux qui avaient obtenu le droit de glandée ne pouvaient conduire leurs chèvres ou leurs moutons dans le bois sous peine de confiscation ou d'amendes sévères. D'autres formalités devaient être remplies. On ne peut les citer toutes, cependant il convient encore de dire que lorsque le moment de la glandée était arrivé, chaque communauté devait se choisir un garde. Celui-ci recevait la mission de veiller sur les pourceaux communaux, de s'assurer qu'ils ne dépassaient pas les limites du canton assigné à la commune et en même temps d'empêcher les voisins d'empiéter sur le pâturage que celle-ci avait « acheté ». Chaque matin, il réunissait les porcs du village et s'en allait sur les chemins qu'on lui avait assignés ; ceci afin de ne pas circuler avec son troupeau dans des taillis en « défens ».

Le panage procurait des avantages au propriétaire, à l'usager et au sol. Le propriétaire, faisant procéder tous les ans à la vente de la glandée, obtenait un paiement soit en argent, soit en nature. Parfois, le prince, le seigneur ou le particulier ne faisaient pas procéder à la vente de la glandée ; les porcs des usagers pouvaient alors y entrer d'office au moment que la coutume déterminait et moyennant une redevance dont la nature et l'importance étaient fixées par la tradition.

Les avantages que l'usager retirait étaient bien plus importants : il pouvait engraisser à bon compte un nombre respectable de porcs qui serviraient soit à sa consommation personnelle, soit au commerce. Toutefois, vers la fin du XVIIIe siècle, cet appoint sérieux ne se retrouvait plus qu'une fois tous les huit ou dix ans et, lorsqu'il n'y avait plus de glands, le paysan devait sacrifier une bonne partie des grains récoltés péniblement dans les sarts.

Heureusement, depuis 1754, la pomme de terre se répandait dans la province et déjà remplaçait la glandée qui tendait à disparaître. Toujours est-il que c'était au contact de l'air parfumé des bois que les porcs de l'Ardenne acquéraient la finesse de leur chair. Mais à mesure que les glandées diminuaient, la race porcine perdait de son importance et de sa qualité.

Peut-on dire que le panage était nuisible à la forêt ? Bien au contraire. Les porcs ameublissaient et aéraient la terre en découvrant et en laissant exposées au froid, les chenilles et les chrysalides des insectes nuisibles. Ils enfouissaient une bonne partie des glands et des faînes et, en règle générale, un canton où les porcs avaient été en paisson l'année de la glandée, donnait beaucoup plus de jeunes chênes et de hêtres.

Lorsque le panage s'effectuait dans le respect des règlements, il ne pouvait être nuisible. Toutefois, lorsque la paisson était insuffisante et que l'on permettait aux pourceaux de paître dans des bois où les jeunes pousses avaient à peine atteint 2 ou 3 ans de croissance, à défaut de glands, ils s'attaquaient à ces jeunes tailles. Ce n'était donc pas sans raison qu'on attendait la 7e année de croissance. A cet âge, les jeunes arbres avaient assez de vigueur pour résister à « l'invasion » des porcs. En prolongeant la glandée alors qu'il n'y avait plus de glands, en permettant aux porcs d'aller dans des taillis de 2 ou 3 ans, on collaborait, d'une façon relative évidemment, à la décadence de la forêt.

A présent, les bois sont fermés au porc et, dans maintes régions, la futaie de chênes a disparu. La lande n'est plus.
En revanche, les moyens d'alimentation à la ferme se sont très fortement développés.
Le porc est ainsi devenu sédentaire, au grand avantage de sa rondeur.
Les troupeaux ont disparu. C'est dans le sud, où subsistent beaucoup de chênes, qu'ils se sont maintenus le plus tard ; on les y voyait encore au début du siècle dernier.

Textes rassemblés par François Bellin



(1) Les porcs d'Ardenne possédaient jadis une silhouette bien différente de ceux d'à présent. Ils avaient la tête allongée et forte, le corps mince, élevé sur jambes et couvert de longues soies, l'échine très saillante, la queue pendante, à goupillon développé. Cet être osseux et nerveux, qui au rebours des autres espèces ardennaises montrait une haute taille, ne donnait évidemment guère de lard; il était tardif à l'engraissement, qui ne se produisait que vers trois ou quatre ans. Qu'il fût destiné à la marche plutôt qu'au repos, ainsi le voulait jusqu'au bout sa destinée. Quoique omnivore, le porc se nourrit principalement, dans la nature, de fruits et de racines qu'il se procure en fouillant la terre avec son museau ou buttoir; il est très glouton et très vorace. Son naturel est plutôt sauvage que féroce. Tout sert dans le cochon : la chair nouvelle, fumée ou salée, les intestins, les viscères, les pieds, la langue, les oreilles, la tête, la graisse, le lard.

(2) Au moyen âge, d'importants défrichements furent réalisés par les moines cisterciens, par les princes et par les seigneurs féodaux. A cette époque apparurent également les premières villes. L'accroissement démographique entraîna l'expansion des aires cultivées et de nouveaux défrichements. Ce processus démarra aux Xe et Xle siècles en Flandre, tandis que l'Ardenne demeura une région agricole densément boisée pendant tout le moyen âge. N'oublions jamais l'importance de la forêt médiévale, encore immense, lieu d'effrois et de périls, mais aussi source de profit: bois, miel, fruits sauvages, glands, chasse, etc. C'est surtout au XIIIe siècle que l'on vit apparaître les premiers bois communaux appartenant à des collectivités jouissant de divers droits d'usage, dont ceux du pâturage en forêt des porcs (le panage), des chevaux et des animaux à cornes, de l'affouage (le prélèvement de bois de chauffe), de l'essartage (la mise en culture temporaire de terres forestières), de l'écorçage de chênes pour l'extraction du tanin, de l'exploitation de bois de construction et de menuiserie et de l'écobuage (l'enlèvement de la couche organique pour en faire de l'engrais ou de la litière à bétail).
(3) Les jambons d'Ardenne du porc furent de tout temps renommés grâce à l'enfumage aux genêts que chaque paysan, pendant de longs mois, pratiquait sous le manteau de la grande cheminée. (On utilisait parfois en mélange des genêts verts, des branches vertes d'épicéa et de pin sylvestre, des branches de hêtre, de genévrier.) La nourriture du porc et les plantes aromatiques qu'il absorbait n'étaient sûrement pas étrangères au succès qu'il obtint déjà du temps des Gaulois (ils étaient assez nombreux pour fournir des saies et des salaisons en abondance à Rome et à la plus grande partie de l'Italie).

(4) Les droits d'usage sont des concessions faites par les anciens seigneurs pour attirer chez eux une population agricole. Ils constituaient une servitude réelle à charge des propriétaires de la forêt. Leur origine remonte à la féodalité. Les seigneurs féodaux, propriétaires d'immenses forêts où les guerres et les calamités avaient fait de vastes solitudes, avaient besoin de bras pour mettre leur domaine en valeur. Pour cela, ils ont attiré, par toutes sortes de moyens, les populations errantes et ils ont cherché à les fixer autour du manoir féodal. Au début de leur existence, les droits s'exerçaient sans ordre ni méthode; il y avait trop de bois pour les populations existantes. Ces droits variaient de village en village. Tantôt ils visaient les biens d'une seigneurie (règlement de la Terre de Durbuy du 15 avril 1572) ; tantôt ils ne s'appliquaient qu'à la gestion d'une seule forêt, tantôt ils satisfaisaient les besoins d'une seule ou d'un groupe de communautés dans une même forêt déterminée (forêt de Chiny) ou encore des communautés avaient des droits dans des forêts domaniales et dans des forêts seigneuriales. Pour ce qui est des redevances, toujours légères, elles prenaient des formes différentes dans chaque forêt et même dans chacune des communautés profitant d'une même forêt. Redevances en argent ou en nature (gelines, franchards d'avoine, morceaux de venaison).

(5) Extraits de l'actuel Code Forestier 
-    Art. 82: La durée de la glandée est de trois mois au plus. L'époque de l'ouverture et de la clôture en sera fixée chaque année par l'administration forestière. Toutefois, elle ne pourra être ouverte avant le 15 octobre, ni se prolonger audelà du 15 février.
-    Art. 96: L'administration forestière fixera, d'après les droits des usagers, le nombre de porcs qui pourront être admis au partage. (...).
-    Art. 97: Chaque année, avant le 1er mars, pour le pâturage, et le 15 septembre, pour le panage ou la glandée, l'administration forestière fera connaître aux usagers les cantons déclarés défensables, et le nombre de bestiaux qui sont admis au pâturage ou au panage, ainsi que la durée du parcours. Les conseils communaux indiqueront, sauf recours à la députation permanente du conseil provincial et au Roi, combien de bestiaux chaque usager pourra mettre au troupeau commun. Le collège des bourgmestre et échevins fera publier, sans retard, ces deux décisions dans les communes usagères.
-    Art. 98: Les bestiaux ne pourront aller au pâturage ou au partage, ni en revenir, que par les chemins désignés par les agents forestiers. (...)
-    Art. 99: Les troupeaux de chaque commune (ou partie de commune) devront être conduits par un ou plusieurs pâtres communs, choisi(s) par l'autorité communale. (...)
-    Art. 100: Tous les bestiaux admis au pâturage porteront des clochettes au cou, et auront une marque spéciale qui sera différente pour chaque commune (ou partie de commune) usagère. (...)



Bibliographie


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Louis LEFEBVRE, "Les droits d'usage dans la forêt d'Ardenne, 17541795 (leurs Ibis )", Ed. du Sorbier, Arlon, 1942.
Léon MARQUET, "Histoire et folklore de l'Ardenne d'autrefois", Imp. J. Chauveheid sprl, Stavelot, 1981.
Albert MONIN, "Légendes et vérités du bon vieux temps", Ed. J. Petitpas, Bomal s/O., 198...
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Fernand PIROTTE, "La Terre de Durbuy aux XVIIe et XVIIIe siècles", Centre Belge d'Histoire Rurale, Liège/Louvain, 1974.
Philippe VERON, Michèle FEDERSPIEL et Gill SHEPHERD, "Les forêts et la foresterie en Belgique".
Victor WANTHOZ, "Si la forêt de Chiny m'était contée...", Ed. du Sorbier, Arlon, 1972.