MALLEUS MALIFICARUM - INQUISITION...

Les bûchers de Satan...

" The Burning Times "...


 
Étymologiquement " diseur de sort ", le sorcier est lié au diable par un pacte et se rend aux assemblées nocturnes du sabbat ; accusé de faire intervenir les forces surnaturelles mauvaises pour nuire à autrui, il ne doit pas être confondu avec le magicien, qui prétend soumettre ces forces aux volontés humaines. Survivance du paganisme, le sorcier tient un rôle important dans la société paysanne du Moyen Âge, qui lui assigne une place assez mal définie entre le possédé et l'hérétique. (Encyclopædia Universalis 1998)
 
Les calamités que connut l'Europe aux 14e et 15e siècles, guerres, épidémies de peste,… etc eurent pour conséquence de développer au sein de l'Eglise, chez les intellectuels et forcément, dans les masses populaires, la certitude d'une intervention démoniaque dans la succession de ces fléaux.

Dès lors, on assista à un phénomène collectif où la croyance en Satan atteignit des proportions inimaginables : la sorcellerie fut prise très au sérieux. Bientôt, il ne fit plus de doute que les pouvoirs de Satan étaient bien réels et très puissants (envoûtements, capacités physiques supranormales, sabbats, séduction des femmes,...).

Au cours de la seconde moitié du 15e siècle, commencèrent à circuler nombre d'écrits établissant la réalité d'une conspiration contre la chrétienté, une sorte de Contre-Église des sorciers, fondée sur un pacte avec Satan et à un culte aux rites abominables, célébrés durant les sabbats (meurtres d'enfants, sacrilèges, rapports sexuels avec Satan, etc.).

La publication du Malleus Malificarum constitua le véritable point de départ du " Burning Times ", impitoyable " chasse aux sorcières " qui déferla avec une férocité inconcevable sur l'Europe durant plusieurs siècles.

Le Malleus fut écrit par deux moines dominicains, Jakob Sprenger et Heinrich Kramer, sous le titre " The Hammer of Witches
" (Le Marteau des Sorcières). Pour accroître sa crédibilité, la préface de ce livre terrifiant n'était autre que la Bulle papale d'Innocent VIII, publiée en 1484, laquelle fut réactualisée par Adrien VI, en 1523. Celles-ci prévoyaient l'excommunication pure et simple des " sorciers et hérétiques ".
Soumis à la faculté de théologie de l'Université de Cologne, le 9 mai 1487, le Malleus reçut une lettre d'approbation officielle des théologues.

Véritable guide de l'Inquisition, il fut conçu pour faciliter la recherche, l'identification, la poursuite et l'exécution de dizaines de milliers de sorcières sur le bûcher, après avoir subi les tortures les plus extrêmes.

Cette abomination, conçue par l'esprit de défenseurs de la foi chrétienne, demeura en usage pendant 300 ans.

Il est difficile de comprendre cette aberration collective, à laquelle participèrent les esprits les plus cultivés du temps.
Il faut pourtant noter que s'élevèrent un certain nombre de voix au sein de la communauté chrétienne, pour mettre en doute l'existence des sorcières et considérer une telle croyance comme simple superstition. Les auteurs du Malleus Malificarum réagirent violemment à de telles allégations en stigmatisant ceux qui les proféraient : " La croyance en des êtres démoniaques, telles les sorcières, est tellement essentielle à la foi catholique que toute manifestation d'opinion contraire serait considérée comme hérésie... ".
Ces menaces firent rapidement taire toute velléité d'opposition et la popularité du Malleus Malificarum devint telle que dans la conscience chrétienne générale, la croyance en l'existence des sorcières ne fit plus aucun doute, tout comme la menace qu'elles constituaient pour la chrétienté et les calamités dont elles étaient rendues responsables.

Le but était ainsi atteint et il ne faut plus s'étonner des atrocités qui furent commises au nom de la foi chrétienne, ni de la complicité passive ou active de populations ignorantes et soumises.

Guerres dévastatrices, famines éprouvantes, épidémies récurrentes, ne firent que conforter chez leurs victimes, le sentiment d'une punition divine et la nécessité de lutter contre toutes les forces du Mal, par un raffermissement de leur foi et de leur pratique chrétienne.

C'est ainsi que des dizaines de milliers (voire des centaines de milliers) de personnes (principalement des femmes) furent légalement assassinées pour nulle autre raison qu'une simple particularité : vivre seule - maladie mentale - culture d'herbes médicinales… ou marginalité.

En tout état de cause, toute personne dont la piété religieuse pouvait être mise en doute, était automatiquement considérée comme suspecte.

Il était également clairement admis que les pécheurs étaient plus vulnérables à la sorcellerie que les personnes pieuses et pratiquantes, les péchés sexuels comptant, bien entendu, parmi les plus graves.

De même, il était communénent admis que les femmes avaient des " désirs de la chair " plus ardents que ceux des hommes que par conséquence, elles comportaient plus de risques d'être sorcières ou de se faire ensorceler !!...

Il est fort possible qu'il ait existé des " sorcières " convaincues de certains pouvoirs, peut-être acquis à l'aide de substances hallucinogènes. Que des réunions nocturnes (sabbats) où se pratiquaient des orgies aient eu lieu dans des endroits déterminés, n'est pas exclu (certaines sources affirment que les sabbats avaient lieu des dates précises, correspondant à d'anciennes fêtes païennes). Mais il est certain également que des milliers d'innocentes ont avoué de tels faits sous l'effet d'une torture dont on a peine à imaginer l'horreur.

Sorciers et sorcières ne furent pas la cible unique des Inquisiteurs.

Plus généralement, tout qui, d'une façon ou d'une autre, professait des idées allant à l'encontre des dogmes de l'Eglise apostolique romaine de l'époque, devenait un ennemi de la foi qu'il fallait " éliminer ".
Et c'est ainsi que GALILEE, pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil, frisa le bûcher que ne put éviter le moine et astronome dominicain Giordano BRUNO (1548 - 1600).
Adepte de la théorie copernicienne, BRUNO alla plus loin en prétendant que l'Univers était infini et que les étoiles sont d'autres soleils immensément éloignés.
Déclaré hérétique en 1576, il séjournera durant plusieurs années dans les cachots humides de Venise, avant d'être conduit au bûcher il en sort pour être conduit au bûcher en tant que " hérétique impénitent " le 17 février 1600.
 
Divisé en trois parties, le Malleus Malificarum, probablement l'un des écrits les plus imbibés de sang de toute l'histoire de l'humanité, précisait règles et procédures par lesquelles les suspects devaient être identifiés, dénoncés, interrogés, torturés, puis mis à mort quand la " culpabilité " était décrétée.


La première partie est consacrée, entre autres, à :
  • Démontrer l'existence des sorcières, leur pacte avec Satan, grâce auquel elles acquièrent des pouvoirs magiques et maléfiques. Le nier serait une hérésie.
  • Etudier la question des accouplements possibles avec le Diable et la façon dont enfants peuvent être procréés par des Succubes et des Incubes.
  • Etudier les façons dont les sorcières peuvent agir au niveau des organes de reproduction de l'homme et de la femme afin de procréer des enfants de Satan.
  • Expliquer pourquoi les femmes sont les proies préférées de Satan.
  • Démontrer que Satan a le pouvoir de transformer des humains en bêtes.
  • Expliquer pourquoi les faits de sorcellerie sont en constante augmentation…
La deuxième partie est consacrée, notamment :
  • A la façon dont on peut identifier les sorcières, les dénoncer…
  • Aux remèdes prescrits par l'Eglise pour contrecarrer leurs pouvoirs maléfiques, leurs envoûtements… à la façon de lutter contre les Incubes et les Succubes…
  • Préconise les exorcismes légaux de l'Eglise et explique les pratiques de ces exorcismes à ceux qui sont ensorcelés, à ceux qui sont affligés de toutes sortes de maux ou infirmités dus à la sorcellerie
  • Explique les remèdes prescrits pour lutter contre des maux tels que averses de grêle, animaux ensorcelés…
La troisième partie est consacrée aux démarches juridiques qui seront appliquées aux sorcières (et à tout hérétique ) dans les tribunaux ecclésiastiques et civils. Elle définit, notamment :
  • La désignation de juges " adéquats " pour un procès de sorcellerie ;
  • La procédure pour commencer un procès ;
  • Le nombre de témoins, leur condition et qualité ;
  • La façon, pour les juges, d'échapper aux " charmes " des sorcières ;
  • Quand et comment utiliser l'épreuve du fer rouge ardent et d'autres méthodes de torture les plus horribles les unes que les autres pour arracher des aveux ;
  • Les façons de raser le corps afin d'y rechercher les marques diaboliques, y compris ceux cousus sous la peau (souvent une tache de naissance ou même des taches de rousseur, étaient interprétées comme des marques de Satan).
  • Les méthodes à utiliser pour rendre et faire appliquer les sentences…
  Pourquoi parlait-on bien davantage de " sorcières " que de " sorciers " ?

pourquoi elles ?
next" Les bûchers de Satan " - Document de Mme Françoise Valero

La sorcellerie était une contre-Église féminine. On a brûlé trois ou quatre femmes pour un homme, estiment aujourd'hui les historiens.

Crime de l'Église, selon Michelet, la sorcière est née d'un désespoir dont Alain Besançon a analysé les formes:
Dans le monde vassalisé du Moyen Âge, monde contrôlé par l'Église, qui n'a que des fils, l'individu n'a pu construire son moi par identification au père.
L'absence de tiers séparateur a fait de l'Église - figure de la loi, surmoi, interdit - une mauvaise mère, celle qui dit : " Renonce, diffère ton désir, ne jouis pas ".
L'inquisiteur du Marteau des sorcières , évoquant Marie, la " femme immense ", le mal de la mère, a justement traité l'espace de l'Église comme espace maternel.
La hantise du feu se soutient, chez lui, d'une phobie de la femme, porteuse du feu de la passion charnelle, foyer d'incendie pour le monde, signe de convoitise.
Car la femme est possédée, elle est du côté de la vie, du corps, de la nature - de Satan donc. Le serf peut la rêver fée, c'est-à-dire désexualisée ; la serve régresse vers l'image de la mère archaïque et passe un pacte avec le diable.
La sorcière guérit, en effet ; elle peut tuer aussi. Les pouvoirs dont elle use pour signifier sa protestation contre une situation par trop injuste, les guerres, les pestes, les famines, ne tiennent cependant leur valeur que de l'efficacité qu'on leur reconnaît.
Or celle-ci ne fait aucun doute dans la mesure où la nature est pour les contemporains de Paracelse, non pas un système de corps régi par des lois, mais une force vitale.

Le dynamisme de l'imagination, posé au départ de la contagion mentale, est aussi actif dans Les Évangiles des Quenouilles composés vers 1475. La nature y est présentée avec des caractères extérieurs, mais qu'accompagnent des qualités occultes. Elle est constellée de signes qu'il faut décrypter.
Leur interprétation oriente une action sur tout ce qui concerne la vie des hommes et celle des bêtes, la santé, l'amour, la sexualité, et surtout, ces deux monstruosités que sont la maladie et la mort.
L'action peut être bénéfique ou maléfique. Un sort jeté aura ainsi pour effets de tarir le lait des vaches, de gâter les moissons, de faire dépérir les maîtres. Haines et jalousies, le mal court dans les campagnes où la guérison magique est toujours espérée…

© 1998 Encyclopædia Universalis France S.A.
  La nature même de la sexualité était une véritable obsession chez Sprenger & Kramer, de même que pour l'ensemble de l'institution ecclésiastique, en cette fin de moyen-âge.

Les rapports des sorcières avec le diable ou avec des démons sous forme d'incubes (démon mâle qui, selon la tradition, abuse des femmes endormies) et de succubes (démon femelle qui s'introduit dans les rêves des hommes pour les séduire), constituaient les dangers primordiaux contre lesquels tous les moyens de lutte, même les plus horribles, étaient acceptables.

  • Par la copulation de sorcières avec l'incube, le fluide séminal qui a été tiré d'un mâle humain au moyen d'un succube donne naissance à une autre génération de sorcières soigneusement instruites pour continuer l'œuvre démoniaque et accroître la population des suppôts de Satan sur la terre.
  • La propension de la femme au plaisir charnel constitue donc, à leurs yeux, la source du mal qu'il faut exterminer.
La sorcellerie est vue comme une conspiration satanique dans laquelle les sorcières elles-mêmes sont protégées par leurs amoureux influents, augmentant de ce fait, leurs propres puissances.

Cette hantise de l'intervention diabolique dans la procréation normale se développe rapidement, entretenue par l'église et par beaucoup de membres de l'élite intellectuelle qui soutiennent que de telles procréations entraîneront, à terme, une génération de sorcières diaboliquement conçues qui vise à l'extermination de la foi chrétienne…

La finalité de ce combat est la destruction de Dieu dans son éternel combat avec Satan….

Les arguments figurant dans le Malleus sont aussi assez déroutants pour qui les étudie. Sans vraiment poser la question, les auteurs laissent entendre, citant les Saintes Ecritures, les Pères de l'Eglise et Aristote que Dieu pourrait utiliser le diable et les sorcières pour punir les humains du mal qu'ils commettent.

La peste, comme punition divine n'est-elle pas sans rappeler certaines harangues à propos d'une sexualité débridée que Dieu avait sanctionnée par le SIDA ???

Le Malleus n'était pas les premiers tels traités sur la sorcellerie mais par le fait de son origine scolastique, il s'est imposé par une uniformisation des croyances sur la sorcellerie.

Aucune des idées présentées dans le Malleus n'était particulièrement nouvelle, si ce n'est le fait qu'il mettait davantage l'accent sur le caractère démoniaque de la femme, mais le fait que celles-ci aient été consignées dans un volumineux document imprimé, contribua largement à leur diffusion jusque dans les régions les plus isolées.

Bien avant la télé, les médias et Internet, l'invention de l'imprimerie connut avec le Malleus, la première récupération " perverse " d'un outil conçu pour de tout autres objectifs…
.


En Wallonie, la dernière sorcière a été brûlée en 1689 à Marche-en-Famenne
et le dernier procès de sorcellerie a eu lieu à Haccourt en 1731 …

© Marcel Evrard - juillet 2001
flècheProcès pour sorcellerie en Ardennes

Persécution des sages-femmes au temps des sorcières


Retour page d'accueil