Camp de concentration de Neuengamme :
Dernière demeure de l'abbé Jean Silvestre



 

Jean SILVESTRE était le fils de Henri SILVESTRE et Marie-Joseph EVRARD, laquelle était fille de mon trisaïeul Thomas EVRARD.

Il voit le jour à Ferrières en avril 1889. Lors de la première guerre mondiale, il est vicaire à Hollogne-aux-Pierres, puis à Soumagne et à Celles en 1923.

Son sacerdoce le conduit ensuite au Brésil en qualité de missionnaire. Il revient au pays et est par la suite professeur au Petit Sémlnaire de Saint-Roch.

En 1936, il est désigné comme curé à Lavoir.

Il fut un des premiers de la région à soutenir la solidarité au profit des familles des déportés et fusillés de la résistance. Puis son presbytère abrita des réfractaires, des chefs de la résistance, on y tint des réunions secrètes la brigade du Secteur F y complota des raids contre l'occupant, des milliers de journaux, des tracts y furent entreposés ainsi que d'autre matériel de la résistance et notamment des munitions. Il connaissait les risques, les tortures qu'il pouvait affronter.

 

Eglise Saint-Hubert à Lavoir (actuellement, commune de Héron)
photo Luc Vanguestaine

Il s'offrit à héberger des soldats russes, mais on refusa, la situation étant déjà très compromise. Il les aida quand même en leur envoyant des vivres et des dictionnaires russes.

En mai 44, naquit un nouveau mouvement, les Milices Patriotiques, dont il fut nommé aumônier. Le commandant s'établit en son presbytère et celui-ci fut dès lors connu comme assise de l'Etat-Major du secteur.
C'était à nouveau de son domicile que se dispersaient dans les sections environnantes les ordres de sabotage, les milliers de directives, de journaux, de tracts et de matériel clandestin.

Un aviateur américain destiné à être hébergé dans le secteur séjourne chez lui une quinzaine de jours pour ensuite être expédié ailleurs à la suite de l'arrestation d'un employé de l'Etat-Major séjournant au presbytère.

L'abbé redouble de précautions... mais le 19 août 1944, l' épopéee tourne à la tragédie. Des coups de feu éclatent dans le village. Le lieutenant SECRETIN, commandant le groupe de guérilla de l'Armée Secrète, vient rejoindre le prêtre au presbytère, suivi de la soldatesque prussienne. Dans la sacristie assez sombre, gît l'héroïque officier, agonisant aux pieds de l'abbé SILVESTRE qui lui administre les derniers sacrements. Mais les deux héros sont découverts et tandis que les Allemands hurlaient de rage, le prêtre trace tranquillement la dernière bénédiction rituelle.

Pris ainsi sur le fait, l'abbé SILVESTRE est conduit à la prison St-Léonard à Liège. La suite, ce furent les tortures... l'exil en Allemagne et son affreux destin dans les camps de concentration.

Josse ALZIN (1), dans son Martyrologe 40-45 " Le calvaire et la mort de 80 prêtres belges et luxembourgeois " s'adresse en ces termes à son malheureux compagnon :


«  Au camp de concentration de Neuengamme, les galériens qui travaillent avec vous prenaient votre pic ou votre pelle pour que vous puissiez souffler un peu. Mais le mal multiple - lassitude, faim, froid, dysenterie - vous ruina de plus en plus rapidement.

Bon vieux curé SILVESTRE, souvenez-vous. Un jour, nous étions au travail au Kommando SCHINLER. Vous, à cause de vos crampes d'estomac et d'intestins, vous fûtes obligé de vous asseoir, puis de vous laisser écrouler à terre, abrité un peu sous une énorme cuve renversée de fer rouillé.

Il neigeait. Une neige allemande, pesante, mêlée de pluie forte, de gros flocons grisâtres qui évoluaient peu dans l'air et s'empressaient de faire de la boue sous nos pieds. L'air était humide et glacé. On est venu vous rouer de coups et vous traîner au travail. Vous gémissiez sourdement.

Un autre jour, non loin de moi, vous avez remué la lourde terre allemande au bord des bois pour creuser, avec d'autres forçats par centaines, d'inutiles fossés anti-chars. Et je vous ai vu, entre deux coups de pioche dans la glaise, donner des bouts de pain sec - ces trésors - à des compagnons. Ce geste, là-bas, c'était de l'héroïsme.

Puis, je vous ai perdu de vue jusqu'à décembre. Nous avions préparé la Noël ensemble. C'était à l'infirmerie de la prison d'Ohisdorf. Je n'ai pu vous faire qu'une brève visite clandestine. "Je ne sais plus prier" gémissiez-vous ! Des étourdissements, des vomissements, des douleurs térébrantes dans les tempes, une cécité et une surdité qui devenaient presque totales.

Vous m'avez dit, avant l'adieu "J'ai fait le sacrifice de ma vie et depuis lors, je suis tranquille". Quelques jours après, j'ai appris qu’on vous avait transporté à Neuengamme avec quelques autres, puis en janvier, je connus votre mort qui venait de survenir au milieu de Russes et de Polonais »


Extraits de l'éloge funèbre prononcé le 8 octobre 1945, à Lavoir, à l'occasion d'une messe solennelle célébrée à la mémoire de l'abbé SILVESTRE, messe suivis de l'inauguration d'une plaque commémorative.

hommage

Plaque commémorative à l'église de Lavoir
Photo Luc Vanguestaine

Texte complet du discours prononcé en cette occasion : p1  p2   p3

Documentation en possession de M.-J. SILVESTRE, de Ferrières.
Marie-José Silvestre nous a précisé que le corps de son oncle Jean n’a jamais été retrouvé.
A-t-il été brûlé ? jeté dans une fosse commune ? Ses bourreaux ont emporté leur secret…

 

(1)Josse ALZIN, pseudonyme littéraire de l’Abbé Joseph-Adolphe Alzinger, est né à Aubange le 04/02/1899 et décédé à Tournai le 15/06/1978.
Aumônier des maquis du Sud du Luxembourg, fondateur d’un petit journal clandestin, il sera arrêté par la Gestapo en 1944, interné en prison à Arlon et au camp de concentration de Neuengamme (Hambourg. Il en sortit à la libération comme grand invalide des suites de cette captivité
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Quelques photos extraites du site de Esther Bourbon & Vincent Astoux

Environ 55 000 des 106 000 détenus moururent des sevices infligés par les gardiens SS, des conditions meurtrières de vie et de travail, et de l’enfer de l’évacuation. L'abbé Jean Silvestre fut de ceux-là.
L'infirmerie où Jean Silvestre agonisa avant son probable transfert au four crématoire
Les corps étaient empilés dans la salle mortuaire avant d’être brûlés dans le four crématoire.
Près de Gardelegen, point d’arrivée de plusieurs transports, un détachement SS brûla 1 000 détenus dans une grange, quelques heures avant l’arrivée des troupes américaines.

© Esther Bourbon & Vincent Astoux - 2000

http://perso.wanadoo.fr/vins.a/Sommaire.htm

 

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