Essai de généalogie des seigneurs de Neufforge dont le nom fut associé à celui des activités de la Neuveforge des Pouhons.

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La demeure des seigneurs des Pouhons était ce qui fut jadis l'actuel château du Faweux - voir :

Remacle le WUIDAR

 

Lorsque le promeneur découvre, pour la première fois, le délicieux vallon qui s’étend depuis le village de Paradis jusqu’au pied des ruines de Logne, en passant par les riants pâturages de La Levée et les frais ombrages de Grimonster pour s’engager, ensuite, dans les défilés de Ferot et de la Lembrée, il peut difficilement accepter l’idée que jadis - et ce passé n’est pas si loin de nous ! - ces solitudes ont pu retentir des sifflements de la fonte giclant des fourneaux panachés de fumées, du martèlement sourd des gueuses passant sur de monstrueuses enclumes et du bruit allègre des martinets battant le fer pour le transformer en stendu fer marchand.

Comme quoi si l’industrie déflore la nature, le dernier mot finit toujours par revenir à la victime qui, pour terminer, étouffe son bourreau...

La chapelle solitaire des Pouhons est le seul vestige d’une seigneurie comprenant plusieurs villages, des forges, les mines de fer toutes proches. Après une longue période de prospérité s’étendant du XVe au XVIIIe siècle, cette industrie déserta, pour ne plus y revenir, ces régions que les guerres de toute espèce avaient dépeuplées. Une brève tentative de restauration se montra dans la partie inférieure de la vallée : jusqu’au milieu du XIXe siècle, le fourneau de Ferot, sous l’active direction des Marcellis, soutint avec Dieupart, Raborive, Chanxhe et quelques autres, la concurrence du bassin liégeois à son aurore ; l’abondance du minerai, la quantité de fer à bois et le bas prix de la main d’œuvre ne purent tenir contre l’écrasante concurrence, les progrès constants et l’énorme rendement des usines utilisant le coke ; une par une, disparurent nos petites exploitations et la nature retrouva, dans un calme de cimetière, sa sérénité perdue depuis quatre siècles.

De tout ce passé mort, il nous reste des souvenirs et notre délicieuse chapelle, aujourd’hui sauvée, définitivement espérons-le, d’une désaffectation qui eût entraîné sa ruine.


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L’ancienne seigneurie des Pouhons comprenait Pouhons, Ernonheid, Avericoille et El Bârire, toutes agglomérations faisant partie de la paroisse de My et de la seigneurie du même nom.

Cette seigneurie fut partagée le 29 octobre 1476 à l’occasion du mariage de Raes de My, seigneur de My et vicomte de Ferot, avec Marie de Crisgnée...

Pour le reste, l’histoire des Pouhons se confond avec celle des alternatives de prospérité et de décadence par lesquelles passèrent les installations industrielles qui lui donnaient toute son importance. La décadence avouée dans les reliefs de la mayeurie ci-dessus fut irrémédiable ; des villages tout entiers disparurent au point que nul n’arrive à les situer ; seule la chapelle érigée par les Neufforge demeura gardienne de leurs cendres et de leur pieux souvenir.

Qui n’a pas entendu parler de la chapelle des Neufforge à Pouhons et appris, surtout, ses vicissitudes et ses malheurs ?

Les Neufforge n’étaient pas, à proprement parler, les seigneurs des Pouhons ; ils possédaient d’autres seigneuries ; le produit de leur industrie et de riches alliances devaient leur en procurer encore.

En 1524, Colienne de la Neuveforge, seigneur de Warge, époux de Béatrix de la Vaulx, avec qui il demeura au château des Trois tours, fondait la chapelle que nous voyons encore aux Pouhons. Un octroi du cardinal Erard de la Marck, prince-évêque de Liège, l’y avait dûment autorisé.

Pouhons n’était pas, à cette époque, le riant désert que l’on connaît aujourd’hui. La présence, à proximité, de tous les éléments indispensables à l’industrie métallurgique du temps, y avait provoqué la construction de trois fourneaux à fer au moins, pour ne parler que de ceux dont nos investigations nous ont démontré l’existence.

Les ruisseaux à cours rapide et à débit constant qui dévalaient des hauteurs d’Ernonheid, Regnier et Paradis, jalonnés de barrages, fournissaient une force motrice constante et à bon marché ; des gisements filoniens facilement accessibles, affleuraient au flanc des coteaux voisins, dont les cimes couvertes d’épaisses forêts, promettaient une réserve de combustible inépuisable à condition d’être méthodiquement exploitée.

 


Aussi des industriels avisés de ce temps, n’avaient-ils pas tardé à barrer les deux vallées peu au-dessus de leur jonction, en aval du village de Paradis, sous les murs de la ferme actuelle, où l’on distingue encore les contours d’un vaste étang et vraisemblablement (mais ici, on n’en voit pas clairement les traces), en amont du confluent, au SW duquel s’élevait, d’après la tradition, le Tcheslinfornay. En aval de ce point, vers l’endroit où a été sommairement captée une source d’eau plus ou moins minérale, on voit les restes d’une digue en gros blocs de quartzite ; en amont, le sol montre à sa surface un dépôt horizontal de vase ancienne ; de ci de là, des infiltrations persistent qui, jadis, se sont fait jour à travers le fond mal colmaté de l’étang. Immédiatement en aval, une prairie montre à sa surface (taupinières, flaques d’eau) les traces d’un dépôt de combustible ; plus bas, sous le gué du chemin de Paradis à Xhoris, le sol est imprégné de fines cendrées, mâchefers et fragment de laitier vert ou bleu ; c’était, vraisemblablement, l’emplacement d’un des fourneaux dont les gros blocs de granit sont aujourd’hui utilisés comme clôtures et éléments de soutènement.

En approchant de la chapelle, on remarque les vestiges des terrasses sur lesquelles s’étageaient les jardins de l’importante demeure dont, seuls, quelques bossellements de terrain marquent aujourd’hui l’emplacement.

La chapelle qui occupait l’extrémité de cette propriété, jouxtant le chemin public, est seule restée en place ; tout le reste, la maison des maîtres de forges jusqu’au modeste logis du desservant, en arrière du chevet, a été balayé par le temps et la rapacité des occupants.

La chapelle, après qu’eut cessé l’exploitation industrielle et que les villages d’Al’bârire, Avericoille, et autres (dont on ignore, jusqu'à l'emplacement ! ) eurent été désertés par leurs habitants, faillit, à plusieurs reprises, disparaître à son tour.

A° 1440 - Guilleaume fils Gille de My, relève sa maison et l'estable de chevaux joindant au cimetier de l'église de My ; item une 6e partie de la grosse disme de My, partageant allencontre de nre Chapitre de Malmédy ; item une pièce de bois d'environ 4 bonniers en Regoster, devant Avericoille.

Voici un résumé des vicissitudes par lesquelles elle passa : dans l’acte de fondation, les constructeurs avaient spécifié que les revenus et obligations du bénéficier, en même temps qu’ils désignaient leur fils Raes comme premier titulaire ; celui-ci démissionna pour épouser Marie Mulkea (07.06.1541) ; le bénéfice fut alors conféré à Nicolas de Noirfalize, fils de Remacle Noirfalize et de Marguerite de Neufforge, qui résigna (1568) également pour épouser Françoise de Neufforge.

Collienne de Neufforge, deuxième du nom, présenta son fils Everard comme successeur ; ce dernier remplit l’office du 20 juin 1568 au 2 septembre 1618, date de sa mort. Les offices étaient-ils célébrés, à cette époque, avec autant de régularité que l’avaient stipulé les fondateurs ? Il est permis d en douter quand on voit Corbel de Neufforge solliciter l’autorisation de faire célébrer la messe chez lui, sur un autel portatif, en alléguant l’éloignement de toute église paroissiale, alors qu’il résidait aux Pouhons. D’autre part, les revenus ne semblent pas être parvenus très régulièrement aux mains des titulaires. Il est assez difficile de démêler de quelle façon les descendants des industriels des Pouhons exercèrent leur droit de patronage durant ces années de troubles et de guerres.

Charles de Neufforge, fils de Collienne de Neufforge, troisième du nom, fut chanoine à la collégiale Saint-Denis à Liège ; il est douteux qu’il ait cumulé le bénéfice de Pouhons avec son bénéfice de Liège. En 1636, on trouve Herman de Neufforge comme recteur ; il est remplacé en 1660 par Jean d Aisne.

Le/15 octobre 1667, Louis Beckers (ou de Beckers), chanoine de la collégiale Saint-Paul à Liège, est cité comme titulaire, il était encore vivant en 1694. En 1698, le célébrant des Pouhons est un prêtre du nom de Hubert Collin. Les années sombres ont commencé pour la seigneurie des Pouhons ; l’industrie est languissante et les habitants, vivant dans la gêne, désertent la région. La chapelle a pour bénéficier, Nicolas-Louis Lyon, fils d un tenant du fief constitué par la cense de Warge ; François Georis le supplée, vers l’an 1700, dans l’exercice du culte. Nicolas-Louis Lyon exerce, ensuite, en personne de 1707 à 1758, année de son décès.

A sa mort, le droit de patronage, exercé par les divers branches de la famille de Neufforge, donne lieu à de bruyantes compétitions : les Neufforge de Neuerbourg présentent Nicolas-Joseph Tirtia ; Nicolas-Joseph Neufforge patronne son fils, de mêmes prénoms que lui ; les Boileau sont pour Pierre-Louis Rouwa, curé de Laminne ; Aimé Noirfalize soutient Jean-Hubert Burguet ; Henri-François de Neufforge de Neucy, Gilles Ernest de Wuidar de Renier, Jean-Michel-Adolphe de la Vaux, officier héréditaire de Roanne, bientôt appuyés par Anne-Sibille de Nigriosi, douairière de Hautregard et dame de Grimbiéville,et Grimbiémont, Joseph de Neufforge (de Cologne) et J.H. de Gallez donnent leur adhésion à la présentation de Louis-Ignace Naveau, fils du notaire de Sprimont. Tout ce débat finit par un procès en cour de Rome. Le tribunal de la Rote reconnut les droits d’André-Valentin Wuidar qui fit acte de titulaire, par le relief des rentes, le 6 juillet 1763.

L’étude de MM. Amand et Brouwers conte longuement les malheurs de la chapelle ; les détenteurs des biens affectés des charges d entretien s occupaient beaucoup plus d éluder leurs obligations ou de les passer à  d autres que de réparer lédifice ; les choses allèrent si loin que l’archidiacre du Condroz dut interdire (1er août 1781) d y célébrer et que le bénéficier dut aménager un oratoire dans sa maison et utiliser l’église de Harzé pour y chanter les messes fondées par les Neufforge.

La chapelle était tombée, à cette époque, dans un état de délabrement tel que le bénéficier dut,  plusieurs années durant, célébrer dans sa maison, sans participation des fidèles. Les revenus étaient devenus insuffisants ; Wuidar intenta un procès aux prédécesseurs des biens des Neufforge afin d’obtenir les réparations de l’édifice et la fourniture des objets du culte.

La Révolution ne changea sans soute pas grand chose à la situation, car Wuidar continua d exercer son ministère jusque 1810. Son successeur, Gilles-Joseph Georges, mourut aux Pouhons le 03 février 1822. Après la Révolution, la chapelle ne figure même pas à la liste des chapelles rattachées à quelque église. A la fin du XIXe siècle, la chapelle, si richement dotée par ses constructeurs, était tombée dans l’indigence. Il restait à lui donner le coup de grâce.

Le 7 mars 1924, mourait à l’étranger M. E. de Potter d’Indoye, propriétaire du château de Harzé. Pour commémorer le souvenir du défunt, Mme de Potter et sa famille pensèrent à ériger un oratoire.

Comme, avec le temps, les populations avaient essaimé vers les hameaux environnants (Paradis, Houssonloge, Havelange, La Levée) dont nombre d’habitants avaient conservé la pieuse coutume de fréquenter la chapelle des Pouhons, où un prêtre, ordinairement un professeur du Petit Séminaire de St-Roch, continuait à célébrer les dimanches et jours de fêtes, on estima plus utile de construire une chapelle neuve dans un site plus rapproché des hameaux. C’est ainsi qu’avec l’agrément des autorités ecclésiastiques, s’éleva la chapelle de Houssonloge.

 


On aurait pu penser à remettre, par la même occasion, la vénérable chapelle des Pouhons en état de braver les injures du temps, ce ne fut pas le cas. Bien plus, lorsqu’il s’agit d’inaugurer la belle chapelle neuve, on trouva expédient d’enlever au viel oratoire sa cloche, ses statues, ses ornements sacerdotaux, tout ce qui pouvait avoir quelque valeur pour meubler le temple nouveau ; seuls, les bancs, le plafond et ses peintures, l’autel en ruines demeurèrent pour tenir compagnie, sans doute, aux tombes armoriées des fondateurs stupéfaits.

Un si bel exemple ne pouvait être perdu : ce fut à qui manquerait le plus de respect à la chapelle dépouillée : la porte, perpétuellement ouverte, était une invitation à y pénétrer ; les enfants y prirent leurs ébats, les passants y séjournèrent ; les vitres volèrent en éclats et bientôt, ce fut à qui enlèverait ce qu’il trouvait à sa convenance. Le chemin fut barré par un locataire voisin, soucieux d’offrir à son bétail toutes les commodités pour passer d’un pâturage à l’autre. Les haies non élaguées commencèrent à pousser dru et ce fut, un certain été, toute une affaire de se frayer un chemin jusqu’à la chapelle. Quelqu’un proposa même, sous le manteau, d’y laisser abriter le bétail...

On était si bien accoutumé à considérer la chapelle comme l’opposé d’un lieu sacré qu’un galopin se permit d’essayer de soulever la pierre tombale de Collienne de Neufforge, " pour voir ce qu’il y avait dessous ". Etrange conception du respect dû à la mort ! Un autre, sur la foi d’un sourcier, pratiqua des fouilles sans aucune prudence à l’intérieur de ces vieux murs où il prétendait trouver le débouché d’un souterrain aboutissant à un château des environs.

C’en était trop. Sur une plainte lui adressée, M. Pirard, alors Gouverneur de la Province, intima l’ordre à la commune de Harzé d’avoir à rouvrir le chemin dans les 48 heures et à maintenir le passage praticable.

Sur l’initiative de M. le Chanoine Quaedvlieg, fut fondée la confrérie de Sainte-Anne. Cette association se donna pour but de rétablir dans la chapelle restaurée, la célébration de messes annuelles les jours où l’Eglise honore Ste-Anne, son époux St-Joachim, la Nativité de la Vierge et St-Remacle, ancien patron de Stavelot. Les confrères se mirent en quête de mobilier en vue de rendre à la chapelle un aspect décent.

Les ouvriers de tous métiers y furent envoyés. En dernier lieu, les superbes pierres tombales dont un curé de Harzé avait eu, il y a une soixantaine d’années, l’idée baroque d’exposer les reliefs à les destruction par les pieds des passants, furent encastrées dans les murailles et placées ainsi hors d’atteinte. L’autorité ecclésiastique voulut bien donner son approbation à ces mesures de réparation et la Commission royale des Monuments et des Sites accorda son adhésion à ces initiatives ; elle mit le sceau à son action bienfaisante en classant la chapelle comme monument historique.

Telle qu’elle se présente aujourd’hui, la chapelle des Pouhons est un humble édifice quadrangulaire d’une quinzaine de mètres de long ; le toit à double versant, est surmonté vers l’occident d’un petit clocheton couvert d’ardoises. Quatre haies à plein cintre surbaissé assurent l’éclairage du vaisseau qui est à une seule nef. Deux rangées de bancs sont séparés par une allée où des pavés de pierre bleue ont remplacé, depuis 1937, les pierres tombales.

Celles-ci, au nombre de trois couvraient jadis les dépouilles de Collienne de la Neufforge († 20-III-1592) et son épouse Catherine Rave († 05-III-1586) ; Ogier Boileau († 20-VII-1609) et son épouse Catherine de Neufforge († 1599) ; Remacle de Noirfalize († 1639) et son épouse Anne de Sougné († ?). Cette dernière pierre, de faible relief, posée très près du seuil a été particulièrement maltraitée et les quartiers, notamment, sont presque indéchiffrables. Voici les trois inscriptions :

La troisième pierre, la plus maltraitée, montre un grand écusson central encadré de quatre autres plus petits. Voici comment nous lisons ce qui reste de l’inscription :

Au temps de sa dernière splendeur, la chapelle possédait, outre un remarquable plafond montrant des peintures datant de l’époque de sa construction les statues en bois de Ste Anne et de St Remacle ; la piété naïve des fidèles y avait joint, ces derniers temps, quelques plâtres modernes, qui ont d'ailleurs été emportés avec le reste.



Photographie de l'aquarelle que m'a offerte mon ami Jacques Quoidbach

L’autel, dans le goût du XVIe siècle (Renaissance, bois peint imitant le marbre, appliques simulant le bronze), s’érigeait sur un massif de maçonnerie qui contenait, jadis, une boîte en plomb avec reliques et était recouvert d’un antépendium garni de cuir ouvragé et rehaussé d’or et d’argent. Cette pièce irremplaçable est suppléée par une imitation. La porte du tabernacle est décorée d’une peinture : le Christ Rédempteur ; un fond de retable montre deux scènes de la Passion : l’agonie de N.S.J.C. au jardin des Oliviers et le baiser de Judas. Ces peintures ont un certain mérite, mais il semble que des personnages ont été retouchés ainsi que les avant-plans par un artiste qui était loin d’avoir la maîtrise du peintre primitif.

Deux tableaux (scènes de la Passion) récents, un Chemin de croix lithographié et une statue moderne de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, dons de généreux bienfaiteurs, ont aidé à voiler la nudité des murs.

tiré des travaux du Dr. Thiry