De nos jours, on parle beaucoup de changements climatiques et l’on s’inquiète, à juste titre, des conséquences qu’ils pourraient avoir sur la vie sociale et économique.

Mais, savez-vous que dans un passé pas si lointain, nos ancêtres eurent aussi à souffrir des caprices du temps ?

Si l’on parcourt les chroniques des siècles passés, on se rend compte que le climat de nos régions tempérées n’a pas toujours été celui que nous connaissons aujourd’hui.

Dans un chapitre de son ouvrage « Messieurs d’Ardenne - Aspects de la vie bourgeoise sous l’Ancien Régime » (Ed. Chemins aux Esprits - 1983), Monsieur Charles-J. LEESTMANS énumère toute une série de calamités climatiques observées en Principauté de Stavelot du 16e au 18e siècle.

Ces calamités, conjuguées aux vicissitudes que leur imposaient guerres et invasions, amenaient bien souvent les populations au bord du désespoir. Lisons plutôt :


  • Vers la Saint-Jean 1523 (24 juin), surgit une gelée extraordinaire : les grains et les raisins sont brûlés. Ensuite, des gels furtifs et insidieux achèvent le reste jusqu’en novembre. On n’a pu récolter que l’orge semée au printemps suivant à la place des autres grains. Les céréales seront chères en 1524
  • Durant l’été 1586, les grains ne sont point venus et n’ont point germé… L’été fut humide, les orages violents en août et les gelées fortes en décembre
  • En janvier 1643, les rues de Malmédy sont inondées. La Meuse, gonflée par la fonte des neiges, emporte hommes et maisons à Huy. A Trêves, la Moselle déborde.
  • En 1683, peu de temps avant la Saint-André (30 novembre), la neige tombe avec une abondance inouïe : plusieurs personnes meurent étouffées dans les campagnes.
  • L’été 1684 est très sec : pas une goutte de pluie jusqu’à la Saint-Jacques et les chaleurs se maintiennent jusqu’à la Saint-André. La Fagne brûle sur une profondeur de 10 à 12 pieds. Le vin est excellent
  • La crise de 1690-1694 creuse plus bas. Elle s’annonce par l’incendie de Stavelot en 1689. Les sujets de la Principauté atteignent les limites du désespoir. Comme le pays ne produit que le sixième des grains nécessaires à sa subsistance, il est obligé d’importer le reste. Les Français s’y opposent. Les cinq années qui suivent - sauf 1693 - sont d’une exceptionnelle sécheresse. Les années 1697 et 1698 sont trop humides. Les Français cantonnés au pays de Stavelot ne sont pas les derniers à engendrer la grande disette
  • En 1709, la veille de l’Epiphanie, après l’abondance de pluies, les rivières étant en crue, il commença à geler avec une force presque insupportable, fermant les rivières malgré leur grandeur. Cette forte gelée dura environ 15 jours. Beaucoup d’arbres, vignes et plantes moururent et presque tous les grains d’hiver...la gelée recommença après la Purification, mais ne dura pas aussi longtemps.
  • En 1725, l’été et le printemps sont pluvieux, la récolte mauvaise. Le pain est infect, humide au point que pour ôter cette humidité, on y faisait de grands trous
  • Deux ans plus tard, apparaît un « un des plus rudes hivers qu’on ait essuyé depuis longtemps ». Il sévit durant six mois : les vergers ne fleurissent pas avant la mi-mai, les abeilles meurent et le bétail s’impatiente à l’étable. Un été sec met le dernier point à une année stérile
  • Nouvelles années noires en 1738-1741. A la fin de février 1739, après un hiver qui fut long, une vive poussée de printemps, une chaleur extraordinaire, font tout germer en quelques jours. Mais avec la lune de Mars, l’hiver réinvestit les champs prodiguant pluies, neiges et gelées. Les semailles sont retardées, les hirondelles demeurent invisibles et le prix du grain reste très élevé. La neige tombe dès le 11 novembre. Le 2 janvier 1740 : nouvelles chutes de neige. Le vent se met à souffler avec une telle violence et le froid à régner avec une telle cruauté que les thermomètres s’affolent. Le vent souffle jusqu’à la mi-mars : peu de pommes en réchappent…Il gèle le 4 août 1740. Malgré cela, on n’a jamais vu autant de prunes, de poires et de pommes, bien que petites. A la fin d’août, le temps s’éclaire, la chaleur règne enfin. En octobre, à la veille de la Saint-Denis, un violent retour de la bise et du gel fauche les pommes. En décembre, vers la Sainte Luce (13 décembre), le Rhin, la Moselle et la Meuse débordent. Ce n’est pas fini. Peu avant la Saint Thomas (21 décembre), de fortes pluies accompagnées de vents violents forment « comme un orage continuel de 48 heures ». Les inondations de Malmédy évoquent celles de 1643
  • Si l’automne 1741 est chaud et doux, l’hiver sera rude. La neige tombera jusqu’en mai et l’aquilon souffle bien longtemps. Les arbres attendent la fin mai pour fleurir. Après les fièvres pestilentielles de 1741 et les disettes, un répit enfin : l’année 1742 s’annonce riche en grains et autres biens de la terre
  • En février 1762, il est tombé tant de neige qu’on ne peut plus marcher. En janvier et février de l’année suivante, le chroniqueur Lacaille note : « des froids, bizes et gelées excessives ». Il faut réquisitionner les manants de Somagne, Lavaux et Lodomez avec pics, cognées et leviers pour dégager le pont de Stavelot des glaces qui l’enserrent
  • En 1768, un moine écrit : « Le froid cette année vers la Noël a été excessif ». Voilà ce qu’en rapporte la gazette de Liège Num VI du 13 janvier 1768 : « de Paris le 8 janvier, depuis le 21 du mois dernier, les gelées n’ont pas discontinué…Le 5 janvier à 5 heures du matin, le thermomètre était à 14 degrés et à 8 heures, à 14 degrés et demi. Ce froid, le plus grand qui se soit fait sentir à Paris depuis 1709 passe celui de 1740 de 4 degrés et demi et ne diffère de celui de l’année 1709 que d’un degré de moins »
  • L’année 1770, écrit Lacaille, « a été une année de misère ». En juillet, on connaît une disette : ni grains, ni pains…Durant toute la journée du 26 juillet, un brouillard épais et puant traversé d’éclairs, obscurcit le ciel

Et dans " LORCE, histoire d'une communauté rurale " Pierre ISRAEL écrit :

Toutes ces causes de mécontentement sont essentielles pour le développement d'un climat insurrectionnel.

Encore faut-il, pour mieux comprendre la détermination des contestataires, les replacer dans l'environnement de l'époque, la pauvreté grandissante, l'insécurité des campagnes parcourues par des bandes, brigands ou mendiants, que l'autorité ne parvient pas à éliminer et pour qui le bien d'autrui est une notion incompréhensible,
des conditions climatiques souvent désastreuses qui raréfient et renchérissent les aliments et les combustibles.

citant la Chronique de T.J. Lacaille (1772-1802) :

  • Les années 1780 à 1789 connaissent des hivers plus rudes et plus neigeux. Les printemps sont habituellement tardifs. La fin mai et le début juin 82 sont particulièrement froids, les fortes gelées du 18 et du 19 juin 84 causent de sérieux dégâts dans les champs et les potagers. Les étés sont souvent humides et défavorables aux récoltes.
  • De défavorable qu'il était depuis le début de la décennie, le temps devient franchement mauvais dès l'été 86. On observe même des gelées blanches au début juillet. A Malmedy, les neuvaines se succèdent, apparemment sans grand effet. Les récoltes sont compromises. La situation est telle que le travail est autorisé le dimanche 8 octobre, à l'occasion d'une brève amélioration. Et le chroniqueur Lacaille de conclure : De la St Pierre (29 juin) à ce jour (9 octobre), il n'y a pas eu 20 bons jours à servir au bien de la terre. La neige et les gelées d'octobre et de novembre empêchent la récolte des pommes de terre et des autres légumes encore en terre, d'ailleurs dans quel état ! Les dernières avoines qui n'avaient pu être récoltées sont définitivement perdues.
  • Si l'hiver 87 n'est pas trop rude au début, le printemps par contre est impitoyable. Avril ne connaît guère que gelées, bises et giboulées qui persistent jusqu'au 7 mai. L'humidité qui suit favorise la prolifération des larves et des limaces, au détriment des jeunes légumes et des pousses de céréales. La fin mai est froide, toujours humide et pour couronner le tout, de fortes gelées sévissent du 4 au 8 juin.
  • L'été et le début de l'automne 87 sont heureusement plus cléments. Mais dès le 10 octobre, le temps redevient pluvieux et malsain. Les rivières sortent de leur lit, les limaces et les insectes foisonnent. Dans plusieurs villages de la principauté, on n'aperçoit pas une seule fois le soleil pendant les mois de décembre 87 et janvier 88.
    L'hiver se réveille en février, mars connaît la neige en abondance, avril n'en finit pas d'alterner pluies et neiges, bises et gelées, vents forts et grêles. Par contre, mai est chaud si l'on excepte quelques jours de neige et de fortes gelées en son milieu.
  • Mais déjà juin 88 est froid et humide et en août, le vent du nord ramène les premières gelées blanches. Heureusement, septembre qui avait débuté dans la pluie, réserve deux ou trois semaines propices à la récolte. Après un mois d'octobre froid, encombré de brouillards (et de malades), après novembre plutôt doux, décembre bat tous les records de froid. On n'avait jamais vu rigueur pareille avant Noël. Tous les cours d'eau sont pris par les glaces. Le record de froid de 1709 est dépassé de trois degrés. On raconte qu'en France, c'est la température la plus glaciale depuis deux cents ans.
  • Le grand froid persiste jusqu'à la mi-janvier 89. Les moulins sont à l'arrêt. On parle de gens morts de froid. Fin janvier et février restent sibériens, au point que l'abbé interdit les réjouissances du carnaval. Après un court dégel, les rigueurs reprennent de plus belle en mars avec des brouillards givrants.
A Stavelot, la situation est telle qu'après les pauvres, les riches sont sans chauffage. Les prix du bois et de la tourbe atteignent des sommets jamais vus. Le pain est cher. La détresse du peuple est totale.

 


Les grands déluges de Liège

  • En mai 858 :

Des inondations fluviales dévastèrent Liège. L’évêque de Troyes Prudence écrivait : « Au mois de mai 858, dans le bourg de Liège, une inondation subite causée par des pluies d’orage envahit si rapidement les rues, qu’elle entraîna des murs de pierre des maisons, même avec ce qu’elles renfermaient, voire des hommes, jusqu’à l’église Saint-Lambert, et précipita tout en Meuse ». Les autorités locales prirent des mesures afin que de tels cataclysmes ne se reproduisent plus. Malheureusement, elles ne furent pas suffisantes.

  • Le 7 juin 1118 :

Une pluie de déluge surprit les Liégeois. Un chanoine de Liège, auteur d’une chronique, écrivait : "La Légia a brisé ses ponts et renversé maintes constructions. nous avons craint la ruine entière de la Cité".

  • En avril 1189 :

A la suite de pluies d’orage, par Pierreuse surtout et les hauteurs voisines, les eaux boueuses s’abattirent avec une telle rapidité, avec une telle véhémence, que tandis qu’elles enterraient les vivants n’ayant pas le temps de se garer, elles exhumaient les morts.

  • En 1191 :

«...Une inondation de semblable provenance que du mois d’avril 1189, dévasta de nouveau la Cité de Liège »

  • En 1391 :

Suite à un orage violent, la foudre découronna les deux tours adjacentes de l’église abbatiale de Saint-Jacques.

  • En 1463 :

Un témoin oculaire, Andrien d’Oudenbosch, moine de l’abbaye de Saint-Laurent dit : « Il tomba, un jour, des pluies si abondantes que, subitement, le faubourg Sainte-Marguerite lança sur Liège une invasion phénoménale d’eaux argileuses. L’élément liquide pénétra dans l’église paroissiale Saint-Séverin, jusqu’au-dessus de l’autel majeur et déposa, sur toute la surface du sanctuaire, une couche épaisse de boue limoneuse à la hauteur d’un homme. Les eaux, en se répandant parmi la Cité, entraînèrent tout ce qu’elles rencontraient sur leur course furibonde et portèrent la désolation jusque vers l’église collégiale Saint-Barthélemy. On ne vit jamais rien de semblable à Liège ».

  • Le 23 mai 1550 :

A deux heures de l’après-midi, un orage épouvantable éclata sur la Chartreuse et les environs. De nombreuses constructions furent détruites en Basse-Wez. A l’hospice du Cornillon, des hommes trouvèrent la mort, ce jour-là, soit par noyade ou par ensevelissement dans la boue limoneuse emportée par les eaux.

  • Le 27 mars 1606 :

Une tempête fut générale sur tout le pays. Les vents soufflèrent de dix heures du matin jusqu’à quatre heures de l’après-midi.
« Le vent s’éleva à Liège dans les fêtes de Pâques, une tempête accompagnée d’ouragans si furieux que, de mémoire d’hommes, il ne s’était rien vu d’aussi effrayant, les toits des maisons furent emportés, de puissants arbres déracinés, les hommes enlevés dans les airs, qui retombaient les uns froissés, les autres renversés, la grande verrière du vieux chœur de l’église cathédrale Saint-Lambert, qui était à l’occident et d’un travail exquis, fut toute fracassée, en tombant, tua un homme qui lisait un livre. Une tourette de la grande tour de Saint-Lambert tomba sur une maison où se faisait grande chère ; personne ne fut tué, le toit seul fut rompu. La tempête ravagea la toiture du palais et enleva, également, les toits de l’abbaye de Saint-Gilles ».

  • En 1651 :

Un ouragan violent détruisit complètement une des deux tours de l’église abbatiale de Saint-Jacques. Les religieux, plutôt que de la réédifier, sacrifièrent l’autre tour et lui substituèrent une construction en briques. L’ouragan détruisit également l’église paroissiale Saint-Michel.

  • En janvier 1726 :

Une autre calamité qui dévasta la Cité, l’inondation de la Meuse. Une inscription rappelant le désastre figure dans l’église Saint-Denis, sur une colonne proche de la chaire de vérité : « 1726 - Januari - Hic stetit Mosa et congelatur ». Traduction : « 1726 - Janvier - La Meuse arriva jusque là et congela ».

  • Le 23 mars 1783 :

A la suite de pluies d’orage, le tonnerre tomba sur le clocher de la cathédrale Saint-Lambert, il brisa un bras de la petite croix, au-dessus du coq.




Tragique fait divers à Hamoir en 1865

La foudre tue un berger et 120 moutons de son troupeau

Depuis longtemps, notre pays n'avait pas été si cruellement éprouvé par les orages que cette année. L'été n'est pas encore commencé, et déjà nous avons eu dans le Luxembourg et sur les bords de l'Ourthe notamment, les plus terribles malheurs à déplorer.

Pendant un violent orage qui a éclaté jeudi dernier à Hamoir, village situé sur les bords de l'Ourthe, la foudre a tué un berger et un troupeau de brebis presque tout entier. Jamais peut-être le tonnerre n'a produit des effets plus extraordinaires. Voici à ce sujet des détails dont nous pouvons garantir l'exactitude, et qui ne doivent pas être perdus pour la science.

Jeudi, vers six heures et demie du soir, le nommé Hubert Wera, fils d'un fermier de cette commune, se trouvait aux champs avec un nombreux troupeau de brebis appartenant à son père, lorsque les approches de l'orage le décidèrent à regagner le logis.

Arrivé au sommet de la montagne dite « le gay vieux sart », dans un chemin étroit et difficile, les moutons se formèrent en deux groupes distincts, les têtes serrées les unes contre les autres, et refusèrent d'avancer. Wera se mit à l'abri derrière un buisson et attendit. Son frère, voyant qu'il ne revenait pas, s'avançait à sa rencontre et n'était plus éloigné de lui que d'une vingtaine de mètres, lorsqu'un formidable éclat de tonnerre se fit entendre. Jamais de mémoire d'homme on n'entendit pareille détonation. Chose horrible à voir ! Le berger venait d'être foudroyé avec tout son troupeau par des effets de foudre des plus étranges. Le jeune Wera avait été atteint au sommet de la tête; tous ses cheveux étaient enlevés à partir de la nuque, et le fluide électrique avait tracé un sillon sur son front, sur son visage et sur sa poitrine. Son corps était mis dans un complet état de nudité.

Tous ses vêtements étaient réduits en lambeaux (comme si des chiens enragés les eussent réduits en mille pièces) que l'on a retrouvés sur les lieux. Du reste, pas de trace de sang. Le fer de sa houlette, détaché du manche, avait été lancé à plusieurs mètres, et le manche lui-même était brisé en deux morceaux. Un petit crucifix en métal et un scapulaire, que le jeune Wera portait sur lui, ont été retrouvés à quinze mètres de distance.

Des 152 moutons dont se composait le troupeau, environ 120 ont été tués. Ils étaient tous couverts de sang et leurs blessures étaient aussi variées que bizarres. Les uns avaient la tête arrachée, chez les autres, elle était percée d'outre en outre, d'autres avaient les jambes cassées et ainsi de suite. Quant au chien, on ne sait ce qu'il est devenu. La foudre est tombée comme une pluie de feu sur un espace de 60 m de longueur et sur une largeur de 15 m environ. Berger et troupeau étaient comme enveloppés dans le fluide. Quant au frère du malheureux jeune homme, témoin de cette catastrophe, il fut renversé violemment, mais il n'éprouva qu'une forte commotion.

Le lendemain matin, les membres de l'administration communale se rendirent sur les lieux et ordonnèrent, pour cause de salubrité publique, l'enfouissement immédiat des bêtes à laine, sur le sommet de la montagne, à la plus grande profondeur possible".

Extrait du journal «Meuse » du 22 mai 1865


Chapelle Saint-Donat à Hamoir

construite à flanc de coteau peu avant 1876 Saint-Donat est invoqué en Ardennes contre la foudre et la grêle

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