“Critias” de Platon

Dialogue entre Timée, Socrate, Hermocrate et Critias
À l'époque où le pays était une terre semi-aride, Platon évoque par la bouche de Critias les temps radieux de la Grèce d'Homère où les bergers vivaient dans une sorte de jardin d'Eden:
“En ce temps-là… il y avait sur les montagnes de grandes forêts dont il subsiste encore aujourd’hui des traces visibles. Si parmi ces montagnes, il en est qui ne nourrissent plus que les abeilles, il y en a sur lesquelles on coupait il n’y a pas bien longtemps des arbres propres à couvrir les plus vastes constructions dont les poutres existent encore. Il y avait aussi beaucoup de grands arbres fruitiers et le sol produisait un fourrage inépuisable pour le bétail. Il recueillait aussi les pluies annuelles de Zeus qui ne ruisselaient pas comme aujourd’hui sur la terre dénudée et ne se perdaient dans la mer. Comme la terre était alors épaisse elle recueillait l’eau et la tenait en réserve dans l’argile imperméable; elle laissait échapper dans les creux l’eau des hauteurs qu’elle avait absorbée et alimentait en tous lieux d’abondantes sources et de grosses rivières. Les sanctuaires qui subsistent encore aujourd’hui près des sources qui existaient autrefois portent témoignage de ce que j’avance à présent. Telle était la condition naturelle du pays. Il avait été mis en culture, comme on pouvait s’y attendre, par de vrais laboureurs, uniquement occupés à leur métier, amis du beau et dotés d’un naturel heureux, disposant d’une terre excellente et d’une eau très abondante, et favorisés dans leur culture du sol par des saisons le plus heureusement tempérées.”