Les Fleurs du Mal
Recueillement
Dans ce sonnet extrait des “Fleurs du Mal”, Baudelaire médite sur la douleur de toute une vie. Il s'adresse à la douleur comme à une vieille compagne et l'entraine, loin des plaisirs au goût amer, dans la solitude de la nuit silencieuse. Il retrouve auprès d'elle la claire conscience qui apaise les moments d'oubli:
- Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
- Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
- Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
- Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
- Pendant que des mortels la multitude vile,
- Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
- Va cueillir des remords dans la fête servile,
- Ma Douleur, donne-moi la main, viens par ici,
- Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
- Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
- Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
- Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
- Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
- Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Charles Baudelaire : “Recueillement, Les Fleurs du Mal”. Édition posthume.