LOTUS

Au cœur du symbolisme

L'Arbre Séphirotique du Monde hébraïque

(Page détaillée)

Résumé

Les dix séphiroth

Les dix séphiroth, les dix aspects divins sont répartis horizontalement dans trois colonnes et verticalement dans quatre mondes.

Les trois colonnes associent unité et dualité:

  • La colonne de droite, dite de la Miséricorde, est relativement active par rapport à celle de gauche;
  • La colonne de gauche, dite de la Rigueur, est relativement passive par rapport à celle de droite;
  • La colonne du milieu, neutre, unifie deux à deux les séphiroth des deux autres colonnes.

Plus précisément la colonne de droite est relativement masculine, lumineuse et active par rapport à la colonne de gauche féminine, sombre et passive. Autrement dit, les séphiroth de gauche ne sont rien sans celles de droite et vice versa. La troisième colonne, neutre, reflète l'interaction de séphiroth en apparence opposées, mais complémentaires en réalité.

Trois colonnes et quatre mondesLes quatre mondes allient potentialité et manifestation:

  • Le monde dit des Émanations (Olam-haAtsiluth), de la source de la manifestation de l'univers (macrocosme) et de l'être (microcosme);
  • Le monde de la Création (Olam-haBeriah) ou céleste (macrocosme) et spirituel (microcosme);
  • Le monde de la Formation (Olam-haYetsirah) ou intermédiaire (macrocosme) et psychique (microcosme);
  • Le monde de l'Action (Olam-haAsiah) ou terrestre (macrocosme) et corporel (microcosme).

Ces quatre mondes sont imbriqués car la création participe de la source, la forme de la création et l'action de la forme. Cela signifie également que la forme est en germe dans l'action, la création dans la forme et la source la création. Autrement dit, les quatre mondes peuvent être parcourus selon la voie descendante, la voie de la manifestation, et la voie ascendante, la voie du retour à la source.

Les dix séphiroth sont des récipients qui reçoivent et déversent les eaux de l'influence divine provenant du “fleuve d'en haut”; elles se répartissent entre les colonnes et les mondes de la façon suivante:

Mondes et colonnes de l'Arbre Séphirotique

MondesAtsiluth
(Émanation)
Beriah
(Création)
Yetsirah
(Formation)
Asiah
(Action)

Colonne de gaucheBinah
(Intellect)
Gevurah
(Rigueur)
Hod
(Gloire)
 
 

Colonne du milieuKeter
(Couronne)
Tiphereth
(Beauté)
Yezod
(Fondement)
Malkuth
(Royaume)

Colonne de droiteHochmah
(Sagesse)
Hesed
(Miséricorde)
Netzah
(Victoire)
 
 

Notons que l'image précédente des dix séphiroth représente un ternaire sous la forme d'une flèche pointant vers le haut, vers le Principe à la source de tout, tandis que les deux autres sont figurés par des flèches pointant vers le bas, vers la manifestation des êtres et des choses. Ces flèches sont inversées pour souligner que la manifestation nous apparaît comme un reflet ici-bas du Principe au-delà.

Kether, Hochmah et Binah

Précisons tout d'abord que le mot le plus communément utilisé, “Émanation”, est inapproprié. En effet, si quelque chose pouvait sortir du Principe, du Tout à la source de tout, celui-ci se verrait amputé. De même, l'Émanation rapportée, non au Principe, mais à l'Être, à l'Un soulève des objections similaires. Comme tous les êtres participent de l'Être, ils ne peuvent en émaner.

Kether

La séphirah Kether symbolise le Centre du monde le plus élevé, le monde des “Émanations” représentant l'univers à l'état potentiel, unifié, de principe. Kether symbolise le point immobile, le Centre de la roue à partir duquel tout rayonne. Au niveau du macrocosme, elle est l'image du point générateur de l'axe des pôles célestes, de l'Axe du Monde, autour duquel les astres tournent en apparence. Au niveau du microcosme, elle est assimilable au point engendrant l'axe vertical reliant le zénith au nadir et traversant l'être de part en part. En tant que Centre de l'univers, Kether peut en conséquence être figurée par le point d'intersection des deux axes précédents (Pour une illustration, voir la croix tridimensionnelle).

Kether représente la séphirah qui couronne la manifestation de l'univers et des êtres. Il est dit qu'une couronne coiffait la tête de l'être primordial, l'Adam Kadmon.

La séphirah est associée à la couleur blanche, la couleur du Centre. De même que le blanc contient toutes les autres couleurs du spectre de la lumière visible à l'état indifférencié, le Centre contient toute la manifestation de l'univers à l'état unifié. Il s'ensuit que le blanc symbolise la source de la manifestation perçue depuis le monde ici bas. La source non manifestée est au-delà des mondes et associée au noir, à l'absence de couleurs.

Selon différentes sources, les couleurs des autres séphiroth sont diverses et difficiles, voire impossibles, à interpréter.

Hochmah et Binah

La polarité Hochmah/Binah découle de Kether, de l'unité, et représente deux principes complémentaires pour ne pas dire indissociables.

Hochmah, la Sagesse pure, va bien au-delà de la connaissance intérieure des êtres et des choses extérieurs. Elle est le principe à la source de la Connaissance transcendante où être et univers ne font qu'un. Il ne s'agit pas d'avoir seulement une parfaite connaissance des choses, mais d'être Connaissance. Cet état supra-cosmique et supra-individuel relève du domaine de l'informel, de l'essence des choses, non de leur substance.

Binah, l'Intellect pur, est bien différent du mental, de la raison ou de la conscience. Il n'est pas une faculté individuelle ou humaine de compréhension, d'entendement ou même de discernement. Il ne tient pas du raisonnement discursif, mais de la Lumière qui illumine tout, de l'Intuition directe du Tout. Il est “l'Oeil qui voit tout”, support de la Connaissance supra-cosmique et supra-individuelle.

Kether se déverse dans Hochmah, Binah et Tiphereth.

Tiphereth, Hesed et Gevurah

La Création est une idée proprement judaïque qui fut reprise par le Christianisme et l'Islam. Quand les textes disent que Dieu a “créé le monde de rien”, cela signifie de rien en dehors de Lui. En tant qu'Un, Dieu n'a pu en effet créer le monde à partir de quelque substance extérieure. Le Rien (Aïn) n'est rien d'autre que la totalité des Possibilités de manifestation et de non manifestation inhérentes au Principe, au Tout à la source de tout. Le Rien étant au-delà des mondes, aucune séphirah ne figure au centre du monde de la Création même si une onzième séphirah de la Connaissance (Daath) est venue s'intercaler ultérieurement entre les séphiroth Hochmah et Binah d'une part et Hesed et Gevurah d'autre part.

Hesed et Gevurah

La colonne de droite Hesed (Miséricorde) et la colonne de gauche Gevurah (Rigueur) évoquent, pour le chrétien, la main droite bénissante et la main gauche de justice du Christ. Les séphiroth Hesed et Gevurah sont en conséquence à mettre en relation avec l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel.

Hesed, la Miséricorde, symbolise l'autorité spirituelle ou sacerdotale détentrice de la Connaissance des principes qui gouvernent l'univers et les êtres. Elle préserve non seulement la Connaissance dans son intégralité, mais la transmet aux êtres en mesure de la recevoir. Le dépositaire ne peut être qu'un Sage à même d'accéder à la compréhension globale, à l'Intellect pur, Binah.

Gevurah, la Rigueur, caractérise le pouvoir temporel dévolu généralement au roi qui le reçoit directement des mains de l'autorité spirituelle. Il est en charge de l'application des principes transcrits sous forme de lois et de la défense du territoire et des êtres sous sa responsabilité. Il est le garant de l'ordre et de l'harmonie de la société civile et de la préservation de la paix indispensables à la réalisation spirituelle des êtres.

Tiphereth

Tiphereth, la Beauté, occupe la colonne du milieu, la colonne de l'équilibre entre Hesed et Gevurah, entre Miséricorde et Rigueur, entre autorité spirituelle et pouvoir temporel. Il est essentiel que l'autorité spirituelle n'assume pas seule toutes les charges du domaine temporel ni que le pouvoir temporel usurpe ou rejette l'autorité propre au domaine spirituel. Seul l'équilibre entre les fonctions spirituelle et temporelle peut garantir l'harmonie et la paix.

De ce point de vue, la colonne du milieu mérite l'appellation de colonne de la Beauté car elle occupe réellement le milieu entre droite et gauche, haut et bas.

Tiphereth se déverse dans Hesed, Gevurah et Yezod.

Yezod, Netzah et Hod

La Formation fait référence ici à la manifestation formelle et concerne les seuls états individuels, c'est-à-dire les états humains caractérisés par une forme. La manifestation informelle, supra-individuelle relève du monde de “l'Émanation”. Manifestation formelle et informelle sont toutes deux placées sous l'égide du Principe et constituent l'ensemble des possibilités de la Manifestation.

Netzah et Hod

Netzah, la Victoire, correspond au domaine intermédiaire entre Ciel et Terre au niveau du macrocosme et entre spirituel et corporel au plan du microcosme. Elle caractérise à la fois le Souffle divin, l'Âme de l'univers(el), et le souffle vital, l'âme individuelle. Toutes deux jouent un rôle important dans la formation du Cosmos et de l'être.

La Victoire représente la réalisation complète de l'être humain parvenu à intégrer et à unifier les aspects psychiques et physiques et à devenir un être centré en lui-même. L'être humain accompli n'est toutefois qu'un pâle reflet du Sage qui a non seulement regagné le centre de l'être, mais également le Centre de l'univers pour ne faire plus qu'Un avec lui.

Hod, la Gloire, a trait à la conscience. La Conscience informelle ou l'Intellect pur (Binah) se reflète dans l'individu sous la forme de la faculté de se connaître soi-même. La conscience dépasse le mental qui recouvre la raison, la mémoire et l'imagination. Elle participe de la Connaissance intuitive et directe de soi.

La Gloire dont il s'agit concerne à la fois la Gloire divine et la gloire individuelle qui n'a que l'intelligence des foules. La gloire de la satisfaction de l'égo s'accompagne souvent de l'insatisfaction liée à la sensation de manque, d'incomplétude qui nous fait rechercher ici-bas ce qui est au-delà ou au dehors de nous ce qui est en nous.

Yezod

Yezod, le Fondement, est le reflet de la Conscience informelle et de l'Âme de l'univers dans la conscience et l'âme individuelle. Une telle association est indispensable pour que l'être puisse devenir un être humain à part entière.

Le Fondement constitue la base des trois colonnes qui se regroupent en Kether. Il reflète dans le monde de la Formation l'Unité propre à la source.

Yezod se déverse dans Netzah, Hod et Malkuth.

Malkuth

L'Action concerne le monde manifesté et plus précisément, le monde du changement. En tant que telle, elle ne peut contenir son propre principe (immuable). Son existence lui vient d'un principe au-delà de son domaine, i.e. de la connaissance. C'est pourquoi l'Action est toujours subordonnée à la Contemplation, la seule à même d'accéder à la connaissance.

Malkuth, le Royaume, représente le domaine terrestre du macrocosme ou corporel du microcosme.

Quand “Dieu créa le Ciel et la Terre”, la Terre apparut comme le réceptacle des influences célestes. Elle est la matrice où toutes les choses et tous les êtres sont générés par le Souffle divin. La Terre est la substance contenant en puissance toutes les possibilités de manifestation formelle dont le développement correspond à un passage de la puissance à l'acte.

Malkuth est “le réservoir où se réunissent les eaux provenant du fleuve d'en haut”, c'est-à-dire toutes les influences spirituelles. Ce réservoir contient le Centre spirituel de ce monde représenté par la colline de Sion. À ce titre, elle symbolise la Terre Sainte dépositaire de la tradition hébraïque. Malkuth figure ici-bas le Royaume couronné par Kether au-delà.

Le corps procède de l'esprit par l'intermédiaire de l'âme. Seule la prise en compte de l'être dans son ensemble (esprit-âme-corps) permet de comprendre la formation d'un être destiné à agir. Telle n'est pas cependant sa seule finalité. Remonter le fleuve jusqu'à sa source, réintégrer l'esprit à l'origine de la vie et escalader l'Arbre Séphirotique jusqu'à Kether constitue le couronnement de l'existence.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Le symbolisme de la croix”. Éditions Guy Trédianel, 1996;
  • En particulier, le chapitre IX sur “L'Arbre du Milieu”.
  • “Le Roi du Monde”. Éditions Gallimard, 1958;
  • En particulier, le chapitre VI intitulé “Melki-Tsedeq”.
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