LOTUS

Au cœur du symbolisme

Ceiba, l'Arbre du Monde maya

(Page détaillée)

Résumé

La cosmologie maya

Pour les Mayas (comme pour les Aztèques), le Monde dans son ensemble était composé de trois mondes: céleste, terrestre et souterrain ou inframonde.

Le monde terrestre

À l'origine, la Terre reposait sur les Eaux primordiales. Représentée sous la forme d'un quadrilatère, elle était divisée en quatre secteurs colorés et orientés selon les points cardinaux.

Les quatre couleurs conféraient un caractère dynamique et cyclique à une représentationReprésentation maya de la Terre d'apparence statique:

  • Est (rouge), lié à la naissance;
  • Sud (jaune), associé à la vie;
  • Ouest (noir), propre aux ténèbres et à la mort;
  • Nord (blanc), signe de régénération.

Ce cycle pouvait aussi bien concerner la course quotidienne du soleil que la vie en général.

Les quatre sommets du quadrilatère étaient associés au lever et au coucher du soleil aux solstices d'hiver et d'été; de plus, deux axes divisaient le cycle:

  • L'axe nord-sud distinguant l'ascension du soleil dans le ciel entre les solstices d'hiver et d'été de sa descente entre les solstices d'été et d'hiver;
  • L'axe est-ouest séparant les deux saisons (sèche et humide) propres aux tropiques.

Les proportions variables des dimensions de ce quadrilatère dépendaient de la latitude du lieu d'observation 1. Dans nombre de villes mayas, ces proportions furent souvent reprises pour la délimitation de bâtiments, de temples ou de zones agricoles. Le monde humain devait constituer un microcosme représentatif du macrocosme, du Monde cosmique.

Les mondes céleste et souterrain

Au-dessus de la Terre, le monde céleste était représenté sous la forme d'une pyramide à base quadrangulaire comportant 7 ou 13 degrés. Chacun de ces degrés correspondait à une divinité et le sommet au dieu suprême.

Au-dessous de la Terre se trouvait le monde souterrain, également représenté par une pyramide à base quadrangulaire, mais à 9 degrés. Cette pyramide était inversée par rapport à la précédente afin de bien souligner que l'inframonde n'était qu'un reflet (dans les Eaux primordiales) du monde céleste. Au sommet se tenait le dieu des morts.

Les degrés des deux pyramides représentaient autant d'états d'être à réaliser avant de parvenir à un ou à l'état unifié; ils témoignaient de la multiplicité de la manifestation rassemblée dans l'unité dépeinte par le sommet de la pyramide.

Une excellente illustration de ces représentations est offerte par deux monuments du site de Palenque:

  • Une pyramide à 13 degrés surmontée d'un Temple consacré au dieu Itzamna;
  • Une seconde pyramide à 9 degrés dont le sommet est dévolu à Came.

Vue de PalenqueMême de nos jours, les visiteurs ne peuvent pénétrer directement dans cette dernière pyramide dénommée Temple des Inscriptions; ils doivent d'abord l'escalader jusqu'au sommet avant de rejoindre la base de l'édifice par un escalier intérieur. La poursuite de la descente conduit au sarcophage de Pacal, le roi de la cité, enseveli sous terre.

Ce cheminement correspondait au parcours des défunts ou, plus symboliquement, des êtres soucieux de mourir au monde terrestre avant d'entreprendre l'élévation vers le monde céleste. En effet, la pyramide était inversée dans la représentation du monde souterrain et la dépouille, ou l'être dépouillé de la pesanteur des états inférieurs, se retrouvait non pas sous terre, mais au-dessus. Il était alors prêt à s'élever vers les états d'être célestes.

En pénétrant les profondeurs terrestres pour s'élever vers les hauteurs célestes, l'être suivait la course du soleil depuis les profondeurs de la nuit jusqu'à son lever et sa culmination dans le ciel. De même que le soleil redescend pour se coucher et retrouver la nuit, l'être pouvait aussi revenir sur Terre et regagner les ténèbres de l'ignorance afin de partager son expérience avec les autres et leur montrer le chemin. Ce voyage des tréfonds de la nuit au cœur de la lumière et vice-versa était parfaitement inscrit dans l'Arbre du Monde maya.

L'Arbre du Monde maya

Les arbres du monde terrestre

Au milieu de chaque côté du quadrilatère terrestre, un arbre servait de repère à l'entrée d'une caverne donnant accès à l'inframonde. Nous pouvons trouver une telle illustration dans l'un des très rares Codex précolombien d'origine aztèque. Comme les sociétés aztèque et maya présentent une forte communauté de culture, il est légitime d'emprunter à la première pour éclairer la seconde lorsque les textes font défaut. Il s'agit de la première page du Codex connu sous les noms de ses derniers propriétaires, Fejervary-Mayer, et aujourd'hui visible au Musée Mondial de Liverpool.

Les quatre arbres, orientés selon les points cardinaux, sont dessinés à l'image d'une croix Tau (Τ), un motif récurrent de l'architecture maya 2. Le tronc de chaque arbre se divise en deux branches latérales sans poursuivre son élévation vers le Ciel. Il illustre le déploiement horizontal des états d'être dans le monde terrestre, le monde de la dualité. Seuls les oiseaux au-dessus des branches évoquent l'élévation vers les états d'être supérieurs, les états célestes.

Comme le rouge est généralement associé à l'est et le jaune au sud, les oiseaux volent en suivant la course apparente du soleil, c'est-à-dire de l'est vers le sud, puis vers l'ouest (bleu) et le nord (vert). Autrement dit, le schéma du Codex suggère une représentation des points cardinaux (voir le premier schéma ci-dessous) où le nord et le sud sont intervertis par rapport à la rose des vents habituelle (voir le second schéma). En fait, le schéma inversé correspond à la vue de “dessous” de la rose des vents terrestre, c'est-à-dire comme si elle était vue depuis le monde souterrain.

Vue de dessous
Rose des vents vue de dessous

Vue de dessus
Rose des vents vue de dessus

Cette interprétation est corroborée par les personnages figurant sur la première page du Codex. Tout d'abord, ils sont au nombre de 9, le nombre du monde souterrain par excellence. Ensuite, ils représentent les “Seigneurs de la Nuit”, du monde nocturne, du monde souterrain. De plus le personnage central est le “Seigneur des quatre directions”.

L'arbre orienté au sud pour le monde souterrain et au nord pour le monde terrestre est un ceiba. Aisément reconnaissable à ses épines, il présente en outre un renflement du tronc à l'image d'une femme enceinte. Or, dans le cycle des points cardinaux évoqué plus haut, le nord correspond précisément à la période de régénération suivie de la naissance à l'est, de la vie au sud et de la mort à l'ouest.

Tout comme les quatre directions cardinales rayonnent à partir d'un seul point, le centre du monde terrestre, les quatre arbres constituent des projections horizontales d'un seul Arbre vertical également situé au centre. Il est dénommé la “Grande Mère Ceiba” en référence à la Terre Mère. Cet Arbre s'enfonce dans les profondeurs terrestres, s'élève vers les hauteurs célestes et traverse tous les mondes.

L'Arbre de tous les mondes

La dalle du sarcophage du roi Pacal dans le Temple des Inscriptions à Palenque offre une représentation symbolique de l'Arbre du Monde maya. Il a la forme d'une croix se déployant non seulement horizontalement, mais également verticalement de façon à couvrir tous les états de l'être contrairement aux arbres du Codex aztèque.

Au pied de l'Arbre, le dieu du maïs repose dans une posture fœtale. Il symbolise le germe qui va sortir de terre, s'élever verticalement et être porteur d'épis représentatifs d'états d'être supérieurs.

Un serpent, enroulé autour des branches, possède une tête à chaque extrémité (pour plus de détails, voir l'amphisbaena). Il symbolise les voies ascendante et descendante le long de l'Arbre ou la course quotidienne du soleil.

Tout en haut de l'Arbre trône Itzamna sous la forme de l'oiseau céleste.

Au-dessus, le zénith que le soleil atteint une ou deux fois par an sous les tropiques (pour davantage de détails, voir la position du soleil sur la sphère céleste).

Plus que dans toute autre tradition, l'Arbre du Monde maya symbolise l'Axe du Monde, l'axe vertical reliant le nadir au zénith. Parcourir cet Axe dans les deux sens, c'est plonger dans les profondeurs pour s'élever vers les hauteurs et atteindre l'état suprême, l'état ultime, l'état de dieu du Ciel et de la Terre avant de redescendre sur terre.

Bibliographie

  • Raphaël Girard
  • “Esotericism of the Popol Vuh”. Theosophical University Press, 1979.

1 retour Au lever et au coucher du soleil aux solstices, l'angle formé par l'axe sud-nord et l'une des diagonales du quadrilatère peut être déterminé à partir de la formule suivante (voir la position sur la sphère céleste):

cos a = - sin(δ)/cos(φ)

Où φ représente la latitude du lieu et δ la déclinaison du soleil aux solstices (±23,5°).

Dans le cas de la ville de Palenque par exemple, φ = 17,5°, et

a = arccos [sin(23,5°)/cos(17,5°)] = 65,3°

Autrement dit, tg(65,3°) = 2,2 et les côtés du quadrilatère sont dans un rapport approximatif de 2 à 1.

2 retour La tour du palais de Pacal à Palenque a dû aussi servir d'observatoire astronomique. Les rayons du soleil pouvaient pénétrer à l'intérieur du bâtiment grâce à des ouvertures en forme de croix Tau (Τ) et venir mourir en des endroits bien précis à des moments privilégiés de l'année. La construction de tels édifices était organisée autour de ces repères dessinés sur le sol avant la pose de la première pierre.

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