LOTUS

Au cœur du symbolisme

Les arbres sacrés du monde celtique

(Page détaillée)

Résumé

La forêt sacrée

La forêt constitue un authentique sanctuaire naturel où s'épanouissent les arbres sacrés. Les arbres sacrés des cinq provinces de l'Irlande sont un chêne, un if ou un frêne. Le chêne était au sommet de la hiérarchie des arbres sacrés dans tout le monde celtique. Il constituait le support végétal d'un symbolisme qui allie connaissance et force, les principaux attributs respectifs du druide et du roi.

Les préférences pour les autres espèces d'arbres sacrés variaient selon les différentes contrées. Toutefois, tous les pays retenaient la valeur divinatoire du bois. Une expression telle que “Jeter les bois” était courante dans toutes les régions celtiques. L'if et le coudrier étaient fréquemment utilisés pour la fabrication des baguettes destinées au tirage au sort et à la magie. Le coudrier était porteur de science et la consommation de son fruit, la noisette, procurait la connaissance et inspirait la sagesse de l'Autre Monde. Les baguettes en bois étaient notamment utilisées en Irlande pour graver les inscriptions divinatoires ou magiques, les Ogam, dont l'invention était attribuée au dieu Ogme (pour plus détails, voir le triskèle).

La massue d'un autre dieu irlandais, Dagda, était aussi un symbole de l'arbre sacré car elle pouvait tuer par un bout (dans ce monde) et ressusciter par l'autre (dans l'Autre Monde).

La notion d'arbre sacré est remarquablement illustrée par le motif du pot découvert à Arcobriga (Castille, Espagne).

Pot, Museo Arqueológico Nacional, MadridTout d'abord, la décoration représente deux arbres distincts réunis par une seule branche. La branche commune symbolise l'union des opposés, les deux arbres leur division. Cette même branche est surmontée d'un triangle avec un point à l'intérieur. Les deux cotés du triangle se rejoignant au sommet et le point intérieur sont une allusion claire à l'union au sein de l'unité. L'alliance de la dualité et de l'unité caractérise les arbres sacrés en général et notamment l'Arbre de Vie.

Ensuite, ces deux arbres encadrent un arbre central sortant verticalement de la tête d'une figure humaine. Cet arbre relie la branche commune en forme de voûte céleste et le personnage terrestre d'apparence humaine; il symbolise l'axe reliant le Ciel et la Terre, l'Axe du Monde qui prolonge l'axe de l'être lui-même.

L'axe de la figure humaine symbolise les états unifiés de l'être, l'union des aspects opposés figurés par sa latéralité; l'Axe du Monde dépeint les états unifiés du monde, l'union des aspects opposés représentés par les branches latérales de l'arbre. Autrement dit, le motif souligne que l'individu devra d'abord réaliser l'unification de ses propres états d'être avant de pouvoir accéder aux états unifiés du monde. Comme l'axe de l'être est associé à la fonction de roi et l'Axe du Monde à celle de druide, le druide pourra toujours, si nécessaire, exercer la fonction de roi, mais le roi ne pourra jamais agir en tant que druide.

La grande colonne ou l'Axe du Monde

Ccolonne de Cussy en Côte-d'Or (France)La colonne est née de l'arbre. Elle a remplacé le poteau quand la pierre a relayé le bois en architecture. Le piédestal enterré de la colonne correspond aux racines de l'arbre, son fût au tronc et son chapiteau à l'ébauche de la frondaison. Comme les poteaux sculptés de l'époque celtique ont disparu depuis longtemps, force est de se rabattre sur les colonnes celto-romaines.

La grande colonne de Cussy (Côte-d'Or, France) s'élève à plus de 11 mètres et constitue l'un des rares vestiges gallo-romains datant du IIIe siècle de notre ère. De forme quadrangulaire, son piédestal est surmonté d'un socle hexagonal dont sept faces représentent les planètes et la huitième comporte une dédicace; il supporte une colonne cylindrique décorée d'imbrications végétales imitant une écorce et terminée par un chapiteau sur lequel devait reposer une statue à l'origine.

Comme l'arbre, la colonne est une image de la verticalité, de l'axe traversant les trois mondes représentatifs des mondes cosmique et individuel. En effet, l'être est en relation avec le Ciel par l'esprit, la Terre par le corps et le monde intermédiaire par la psyché (pour davantage de détails, voir le Temple). Or, le piédestal quadrangulaire de la colonne symbolise la Terre, le fût et surtout son sommet circulaire le Ciel et le socle octogonal la figure de transition entre le carré et le cercle, i.e. le monde intermédiaire entre la Terre et le Ciel.

La colonne symbolise, à la fois, l'Axe du Monde et l'axe de l'être. L'Axe du Monde est représenté par l'Axe des pôles célestes situé à la verticale de l'équateur céleste; l'axe de l'être relie le nadir au zénith à la verticale de l'horizon terrestre. Le premier pointe vers l'étoile polaire, la nuit éternelle, le monde invisible céleste; le second vers le soleil à son zénith, la pleine clarté du jour, le monde visible terrestre. L'Axe du Monde caractérise, en conséquence, le druide détenteur de la connaissance spirituelle et des lois qui gouvernent le monde céleste; l'axe de l'être personnifie le roi en charge de l'application de ces lois dans le monde terrestre.

La palmette ou l'Arbre de Vie

Les Celtes empruntèrent à l'iconographie gréco-étrusque le thème de l'Arbre de Vie, généralement représenté sous la forme d'une palmette, c'est-à-dire d'une image simplifiée du palmier. La palmette fut souvent employée comme attribut végétal de la divinité masculine associée à l'Arbre de Vie. C'est pourquoi, les palmiers furent peu à peu transformés en visages “divins” au cours du IVe siècle avant notre ère et au début du siècle suivant. Un des plus beaux exemples connus nous est fourni par un visage à la base de l'anse d'une cruche à vin en bronze découverte à Waldalgesheim (Rhénanie-Palatinat, Allemagne) et visible au Rheinisches Landesmuseum à Bonn.

Cruche à vin en bronze La palmette Dessin de la palmette

La tête auréolée de deux feuilles de gui caractérise l'une des plus grandes divinités masculines celtiques, probablement Lug (pour plus de détails, voir les fêtes celtiques). Elle est flanquée de deux monstres verticaux, symétriques et inversés. Dotés d'une tête de griffon et d'un corps de serpent, ils sont les gardiens des fruits de l'Arbre de Vie.

La vénération des Celtes pour le gui semble attestée par Pline l'Ancien: “Les druides… n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre qui le porte, pourvu que ce soit un (chêne-) rouvre”. Cet arbuste toujours vert est un hémiparasite 1 d'arbres caducs des régions tempérées. Ses graines sont déposées par les oiseaux sur les branches des arbres, mais elles ne poussent que rarement, notamment sur le chêne-rouvre. D'où, la révérence pour l'arbre qui le porte et le dieu associé.

Les deux feuilles de gui coiffant le dieu symbolisent la dualité des opposés. Toutefois, comme elles se rejoignent au-dessus de la tête, elles suggèrent un mouvement ascendant vers un état d'être unifié symbolisé par un point l'axe de symétrie de la figure qui est aussi l'axe de l'Arbre de Vie.

La dualité est encore renforcée par les deux monstres inversés qui se rejoignent dans un mouvement descendant vers un état unifié d'ordre inférieur au précédent.

La représentation sur la palmette combine la dualité de part et d'autre de l'axe et l'unité le long de l'axe comme dans l'Arbre de Vie.

Garniture de fourreauLes simplifications successives de la palmette ont abouti à la forme que les spécialistes dénomment pelte en raison de sa ressemblance avec le bouclier antique du même nom. Il est représenté sur la garniture en bronze d'un fourreau découvert à Wisbech (Cambridgeshire, Angleterre). La vue en coupe de ce bouclier ressemble étrangement à la forme stylisée d'un palmier inversé.

Le fourreau est destiné à contenir l'épée à double tranchant, symbole de dualité. Or, dans l'histoire de “Peredur ab Efrog” de la mythologie irlandaise, Peredur rencontre le Grand Meunier qui manie une hache dont un tranchant donne la vie et l'autre la mort. Il s'agit probablement d'une grande divinité celtique qui assure le passage entre le monde des vivants et l'Autre Monde ou inversement. Ces deux aspects sont réunis au sein de l'éternité, symbolisée par l'axe de la hache ou de l'épée.

Bibliographie

  • Christian-J Guyonvarc'h:
  • “Textes mythologiques irlandais”. Ogam-Celticum, Rennes, 1980.
  • Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc'h:
  • “Les Druides”. Éditions Ouest-France, 1986.
  • “La civilisation celtique”. Éditions Ouest-France, 1990;

1 retour Le gui continue de produire de la chlorophylle tandis que les plantes parasitaires au sens strict ont perdu cette capacité. Sans cette capacité, la plante n'aurait d'ailleurs jamais eu la renommée qu'elle connait encore aujourd'hui. Le gui devait être cueilli au début de la saison froide, aux environs du 1er novembre ou de la fête de Samain. La coutume d'associer de nos jours le gui au solstice d'hiver et aux festivités du nouvel an est peut-être une lointaine réminiscence de la fête d'antan.

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