LOTUS

Au cœur du symbolisme

Le compas et l'équerre

(Page détaillée)

Résumé

Le compas et le cercle

Le compas trace un cercle autour d'un point fixe. La pointe immobile du compas est une image dans le monde sensible du Principe immuable, de l'Unité universelle, source de la manifestation de tous les êtres et de toutes les choses symbolisés par la succession des points dessinés par la branche mobile. Autrement dit le compas allie le centre et la périphérie, l'éternel et le contingent. Pour les tailleurs de pierre et constructeurs d'édifices sacrés, la trace laissée par la pointe fixe était la marque sensible de l'Un.

Les rayons du cercle symbolisent un double mouvement d'expansion et de contraction entre le Principe et sa manifestation. L'être individuel est issu du Principe et ne peut être appelé qu'à y retourner. Ce retour correspond à la réalisation de l'être et constitue le but essentiel de l'initiation.

La voûte céleste impériale de la dynastie Ming à Pékin offre une image de la relation entre le centre et la périphérie:

Voûte céleste impériale, Pékin Schéma du temple

Quand un être entre symboliquement dans le temple de la voûte céleste impériale, il se tient sur le cercle extérieur représentant la manifestation du monde au niveau terrestre. Son premier pas sur la voie de la réalisation consiste à quitter le cercle de la manifestation terrestre pour rejoindre le centre du cercle. Il s'agit d'un point d'équilibre entre les antagonismes représentés par les points diamétralement opposés du cercle. Il correspond à un état unifié de l'être figuré par la base de la verticale du lieu, de l'Axe du Monde ou de la “Voie du Milieu” selon la tradition chinoise. Ce point est le reflet dans le monde terrestre du Principe, de la Grande Unité de la tradition chinoise à l'origine de la manifestation. Rejoindre l'état d'être totalement unifié implique de s'élever le long de l'axe vertical pour atteindre tout d'abord l'état d'être régénéré, c'est-à-dire centré en lui-même. C'est l'état du Maître Maçon et la Loge des Maîtres est également dénommée “Chambre du Milieu”.

L'être peut ensuite poursuivre son ascension pour accéder aux états célestes symbolisés par la voûte du temple. La sortie par le sommet de la voûte céleste correspond à la sortie du Cosmos. L'être ne s'identifie plus seulement à son propre centre, mais au Centre du Cosmos. Il a rejoint le Principe, à la source du monde manifesté, symbolisé par la boule surplombant le toit

Au-delà du Cosmos, l'être atteint le Principe suprême à la source du manifesté et du non-manifesté. Le Principe suprême ne peut être décrit, localisé ou même nommé car il est au-delà du monde sensible, le seul que nous connaissons. Le symbole n'exprime pas, il suggère ce qui dépasse notre entendement à partir d'une correspondance analogique. La phase ascendante libérant l'être des contraintes du monde manifesté est suivie d'une phase de plongée dans les profondeurs du Monde par-delà le non-manifesté, le “Cœur du Monde”, c'est-à-dire le Monde dans sa totalité ou la Totalité absolue.

Pour un exemple occidental de la symbolique de la voûte céleste impériale, voir le pavillon de la série de tapisseries de la Dame à la licorne.

L'équerre et le carré

Ce n'est pas par hasard si les habitations des populations nomades sont circulaires et les bâtiments et les temples des populations sédentaires sont quadrangulaires. En effet, la forme circulaire caractérise le mouvement et le changement alors que la forme quadrangulaire suggère la stabilité.

L'équerre à branches égales permet de tracer un carré qui représente la base d'un édifice. Les sommets de quatre équerres suffisent en fait pour indiquer la position des quatre pierres d'angle d'un édifice quadrangulaire. Toutefois, les quatre équerres peuvent être disposées de deux manières distinctes et générer deux figures appelées gammadia en raison de leur similitude avec la lettre grecque gamma (Γ) 1:

Gammadion en croix      Gammadion en carré

  • Dans la première figure, les quatre équerres forment une croix orientée selon les points cardinaux. Elle représente aussi la forme première de l'idéogramme “hing” du nombre d'éléments ou mieux d'agents de la tradition chinoise (voir les cinq éléments). Cette tradition compte quatre éléments périphériques (Feu au sud, Eau au nord, Bois à l'est et Métal à l'ouest) et un cinquième élément central (Terre);
  • Dans la seconde figure, les quatre équerres dessinent la base carrée d'une construction et, plus particulièrement, les quatre pierres d'angle qui doivent être taillées à l'équerre. La croix centrale correspond à la projection verticale de la cinquième pierre, la “pierre angulaire”, une clef de voûte située au sommet de l'édifice.

Le drapeau de Géorgie et nombre d'édifices de l'architecture sacrée illustrent les deux figures précédentes:

Drapeau de la Géorgie  Pyramide vue de dessus

  • En 2004, la Géorgie a rétabli l'usage officiel du drapeau médiéval datant du 13e siècle et appelé “drapeau aux cinq croix”. Les quatre croix réparties dans les quatre cantons du drapeau correspondent aux quatre Évangiles dont la réunion est indispensable à l'expression du Verbe dans sa totalité. Le Verbe est symbolisé par le croisement des deux branches de la croix centrale parfois dénommée “croix du Verbe”;
  • La construction de nombreux édifices sacrés s'appuie sur la méthode “des cinq points” selon les termes de la Franc-maçonnerie. Citons entre autres: la pyramide égyptienne, le Ming-Tang, le temple hindou du site de Mahâballipuram, la pagode japonaise, la petite mosquée San Cristo de la Luz de Tolède etc.

Le cercle et le carré, la sphère et le cube

Le rapprochement du compas et de l'équerre conduit naturellement à celui du cercle et du carré. Si l'expansion du Point primordial dans toutes les directions à partir du centre fait du cercle une figure du commencement, le coté stable du carré en fait une figure de l'achèvement. Ainsi, dans la tradition biblique, le “Paradis terrestre”, de forme circulaire, ouvre le cycle du récit et la “Jérusalem céleste”, de forme carrée, clôt ce cycle. Le mouvement lié à la transformation du cercle en carré au cours d'un cycle n'est autre que la réalisation de la “quadrature du cercle” selon les Alchimistes.

Le Paradis terrestre correspond à la coupe transversale de la sphère représentant l'Oeuf du Monde. L'Oeuf du Monde contient en germe toutes les possibilités de développement au cours d'un cycle. Il flotte à la surface des eaux primordiales avant de se diviser en deux moitiés donnant naissance aux “eaux supérieures” et aux “eaux inférieures”, au Ciel et à la Terre ou encore selon la tradition chinoise au yang et au yin. Au milieu du Paradis terrestre se tient l'Arbre de Vie représentatif à la fois du Centre et de l'Axe du Monde. Rejoindre le Centre du Monde reste l'objectif ultime de tout être sur la voie de la réalisation humaine tout d'abord, puis totale ensuite.

La transformation du cercle en carré au cours d'un cycle conduit à celle de la sphère en cube. Le cube parfaitement équarri est constitué de pierres parfaitement taillées. La pierre taillée évoque le symbole maçonnique de la “pierre cubique” associé à l'idée d'achèvement et de perfection, c'est-à-dire à la pleine réalisation des possibilités contenues dans la pierre brute.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “La Grande Triade”. Éditions Gallimard 1957;
  • Particulièrement, le chapitre XV intitulé “Entre l'équerre et le compas”.
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard, 1962;
  • Notamment, le chapitre XLV intitulé “El-Arkân” sur les gammadia.
  • “Le symbolisme de la croix”. Éditions Guy Trédaniel, 1996;
  • Tout particulièrement, le chapitre VI sur “L'union des complémentaires”.
  • “Le Roi du Monde”. Éditions Gallimard 1958;
  • En particulier, le chapitre XI intitulé “Localisation des centres spirituels”.
  • Marcel Granet:
  • “La pensée chinoise”. Éditions Albin Michel 1988.

1 retour Ces gammadia sont les véritables “croix gammées” et ne doivent pas être confondus, comme de nos jours, avec le swastika qui a une toute autre signification.

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