LOTUS

Au cœur du symbolisme

Nature de l'espace et du temps

(Page détaillée)

Résumé

L'orientation dans l'espace

Tout comme le jour et la nuit, l'espace et le temps sont inséparables car ils sont liés au mouvement des astres. Aussi loin que l'on remonte dans le temps, l'homme s'est toujours orienté à l'aide du soleil et des étoiles:

  1. Le jour, l'homme se repère par rapport à la position du soleil. La verticale du lieu d'observation s'élève jusqu'au zénith où le soleil à son point culminant projette une ombre sur l'horizon indiquant la direction du sud. L'observateur peut alors s'orienter en fonction des quatre points cardinaux. Elles dessinent avec la verticale du lieu une croix à trois dimensions en relation avec l'orientation solaire.
  2. La nuit, l'homme s'oriente par rapport à la position de l'étoile polaire et des astres qui accomplissent une révolution apparente autour de l'axe des pôles célestes situé à la verticale du plan de l'équateur. L'inclinaison de cet axe sur l'horizon donne la direction du nord. Les quatre points cardinaux du plan de l'équateur forment avec l'axe des pôles une autre croix tridimensionnelle en relation avec l'orientation polaire.

L'orientation solaire prend en considération l'axe de l'observateur tandis que l'orientation polaire est liée à l'axe du Cosmos. En conséquence, il est naturel d'associer la première à l'individu ou au microcosme et la seconde au Cosmos ou au macrocosme (pour davantage de détails, voir l'orientation et la tradition).

La croix tridimensionnelle est un symbole de la totalité spatiale de l'être et du Cosmos. Elle dépeint le total déploiement, à la fois horizontal et vertical, de l'espace:

  1. Tout plan horizontal correspond au déploiement de la multitude indéfinie des modalités associées à un état d'existence. Son point d'intersection avec la verticale représente le centre de cet état, le point d'équilibre entre les antagonismes figurés par des points du plan symétriques par rapport au centre.
  2. Tous les points de la verticale dépeignent la multitude indéfinie des centres de tous les états d'existence représentés par les plans horizontaux.

Il s'ensuit que le centre de l'être ou du Cosmos, le Centre de tous les centres des états d'existence n'est pas localisable; il est au-delà de l'espace visible et symbolise le Principe à la source de tous les êtres et de toutes les choses manifestés. Il est néanmoins courant de considérer le centre de la croix tridimensionnelle comme représentatif du Centre de l'être ou du Cosmos du point de vue de la manifestation (pour plus de détails, voir les couleurs de l'arc-en-ciel).

Notons que les croix tridimensionnelles associées à l'être et au Cosmos ont l'axe horizontal est-ouest en commun. Cet aspect ne fait que souligner l'harmonie naturelle existant entre l'être et le Cosmos. Et ce n'est pas par hasard si cet axe joignant lumière et obscurité est privilégié dans la construction des édifices sacrés qui peuvent être orientés selon deux directions:

  1. La direction est-ouest reliant la lumière du jour à l'obscurité de la nuit comme dans le Temple de Salomon ou la Loge du Rite Maçonnique Écossais (Ancien et Accepté). Cet axe renvoie à l'orientation polaire.
  2. La direction ouest-est raccordant l'obscurité de la nuit à la lumière du jour comme dans la Basilique romane, la Cathédrale gothique ou la Loge des Rites Maçonniques Écossais et Français. Cet axe correspond à l'orientation solaire.

Les orientations polaire et solaire sont associées aux mouvements cycliques apparents des étoiles en général et du soleil en particulier. Ces cycles quotidiens s'inscrivent dans les cycles plus longs des saisons, des astres et plus généralement du cosmos.

La doctrine hindoue des cycles cosmiques

Le monde résulte de l'expansion constante du Point primordial, symbole du Principe à la source de tout. Le processus de développement du monde selon un état ou une série d'états est représenté par un cycle ou une série de cycles. Un cycle ne se referme pas sur lui-même car le monde ne peut passer deux fois par le même état au cours de son développement. Il n'y a pas “d'éternel retour”, la fin du cycle d'une série coïncide avec le début du cycle suivant.

Un Kalpa représente le développement complet d'un monde ou d'un état de l'Existence universelle. Il caractérise la forme “chronologique” sous laquelle la doctrine des cycles se manifeste.

Le Kalpa associé à notre monde se subdivise en deux séries de sept cycles ou Manvantaras (ères de Manu, le principe qui donne à chaque cycle sa Loi ou Dharma):

  1. Les six Manvantaras écoulés et le Manvantara actuel;
  2. Les sept Manvantaras à venir.

Le Manvantara actuel est lui-même subdivisé en quatre Yugas (Âges). Chacun d'eux est caractérisé par une dégénérescence par rapport au précédent. En effet, tout processus de développement nous éloigne graduellement du Principe essentiel et nous rapproche progressivement du monde substantiel. Cette dégénérescence des Âges est assortie d'une décroissance de leur durée. Pour une durée globale du Manvantara actuel évaluée à 10, les durées des différents Âges s'échelonnent comme suit:

  1. Satya-yuga ou Âge d'or (4);
  2. Trêtâ-Yuga ou Âge d'argent (3);
  3. Dwâpara-Yuga ou Âge de bronze (2);
  4. Kali-Yuga ou Âge de fer (1).

La durée du Manvantara actuel (10) se décompose ainsi:

10 = 4 + 3 + 2 + 1

Les quatre ÂgesC'est la formule de la tétraktys (pythagoricienne) lue dans l'autre sens. Le nombre 10 symbolise le début d'un nouveau cycle dénaire faisant suite au cycle précédent.

La durée décroissante des cycles génère une contraction du temps donnant l'impression de vivre plus vite qu'autrefois. En fait, le temps ne passe pas plus vite, seuls les phénomènes passent plus vite dans le temps. De plus, cette contraction du temps freine l'expansion spatiale du monde. Vers la fin du Kali-Yuga ou dernier Âge, la durée tend vers la limite 0 correspondant à la fin de l'expansion spatiale. Autrement dit, le temps tend vers un instant unique; le temps change de nature et devient espace. Le monde accède à la vision de la parfaite simultanéité dans l'instant présent. Le passage du temps continu à l'instant discontinu implique un saut dans l'éternité associé à la restauration de l'état primordial qui n'est autre que le reflet du Principe immuable dans le monde. Après ce moment de retour à la source, le temps et l'expansion du monde reprennent leur cours à l'aube d'un nouveau Manvantara.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps”. Éditions Gallimard, 1972;
  • Notamment, les chapitres IV, V et XXIII intitulés respectivement “Quantité spatiale et espace qualifié”, “Les déterminations qualitatives du temps” et “Le temps changé en espace”.
  • “Formes traditionnelles et cycles cosmiques”. Éditions Gallimard, 1970;
  • En particulier, le premier chapitre intitulé “Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques”.
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