LOTUS

Au cœur du symbolisme

Nature de l'espace et du temps (Résumé)

L'approche scientifique

Il est bien plus aisé de traiter de l'espace que du temps. Selon Aristote, “le temps permet de mesurer les différents types de changement ou de mouvement (dans l'espace)”. Or le changement et le mouvement renvoient à la temporalité et, par conséquent, au temps. D'ailleurs, les différentes définitions du temps nous ramènent le plus souvent au temps.

Toujours selon Aristote, l'espace est défini par la relation entre les objets. Pour Isaac Newton au contraire, les objets se situent dans l'espace. Autrement dit, l'espace constitue une entité structurée indépendamment des objets qui s'y trouvent.

  1. Dans les “Principes mathématiques de la philosophie naturelle” (1687) d'Isaac Newton, l'espace et le temps sont indépendants l'un de l'autre et constituent le cadre dans lequel se meuvent les corps physiques.
  2. Dans les travaux d'Albert Einstein, l'espace et le temps sont inter liés et définissent un repère dénommé espace-temps où le temps est traité comme une quatrième dimension complétant les trois dimensions spatiales:
    1. Dans la théorie de la “relativité restreinte” où les repères sont en mouvement relativement rectiligne et uniforme (1905), l'espace-temps constitue le cadre dans lequel se meuvent les corps physiques;
    2. Dans la théorie de la “relativité générale” étendue aux repères en mouvement relativement accéléré (1915), le champ gravitationnel créé par les corps physiques courbe l'espace-temps et l'espace-temps influe à son tour sur le mouvement des corps. Cette interrelation entre espace-temps et corps physiques abolit la distinction entre cadre (ou contenant) et corps (ou contenu).

Aux yeux d'Einstein, l'espace n'était plus un cadre de référence. Les relations entre les champs associés aux ondes de toute nature (gravitationnelle, électromagnétique etc.) constituaient elles-mêmes l'espace.

Sachant que espace et temps sont reliés l'un à l'autre, il convient de se demander si le temps est encore nécessaire pour décrire ce mouvement. Certains physiciens pensent que le temps n'est qu'une variable intermédiaire facilitant la détermination de la position des corps dans l'espace tout comme la monnaie facilite l'échange de produits. Le temps n'est pas indispensable puisqu'il est possible, par exemple, de caractériser le mouvement des planètes du système solaire de deux façons:

  1. En indiquant la position de chaque planète à chaque instant t;
  2. En déterminant la position de chaque planète pour chacune des positions du soleil.

Ces deux approches décrivent le même mouvement, mais la variable t du temps est absente dans la seconde.

Les travaux actuels, notamment dans le cadre de l'unification de la “Relativité générale” et de la “Physique quantique”, ouvrent la voie à une telle perspective. Dans la théorie de la “gravité quantique” par exemple, les notions d'espace et le temps ne sont plus que relationnelles. Elles correspondent aux relations entre les divers états des “objets” étudiés.

Si le temps n'est plus pris en compte au niveau microscopique ou quantique, cela signifie t-il que, fondamentalement, il n'a pas de réalité physique ? En fait, le temps est une propriété émergente qui se manifeste dans les phénomènes macroscopiques irréversibles, i.e. les systèmes thermodynamiques. Ces systèmes évoluent inéluctablement vers des états de plus en plus désordonnés mesurés par une grandeur appelée entropie. La “fuite” inexorable du temps (la flèche du temps) ne serait plus alors qu'une entropie croissant constamment.

L'espace et le temps ont connu bien des adaptations au cours des âges et sont probablement appelés à en connaître d'autres à l'avenir:

L'approche symbolique

Le monde procède du Principe primordial à la source de toutes les possibilités de développement, manifestées ou non. Le Principe contient le monde à l'état potentiel et le monde ne manifeste que les possibilités inhérentes à sa nature.

Le monde n'apparaîtrait pas soudainement dans un espace vide préexistant car le vide ne peut contenir quelque matière que ce soit. Ce n'est pas le monde qui est dans l'espace, mais au contraire, c'est l'espace qui est dans le monde. De même, ce n'est pas le monde qui a commencé avec le temps, mais le temps qui est dans le monde et a commencé avec lui. L'espace et le temps sont coextensifs au monde et constituent l'une de ses conditions d'existence; ils ne peuvent exister en dehors de lui.

Dès lors, deux questions se posent:

  1. Le monde est-il infini ou limité dans l'espace ?
  2. Le monde est-il éternel ou a t-il commencé avec le temps ?

Le monde n'est pas plus infini que l'espace lui-même car il ne contient pas l'ensemble des possibilités, mais seulement celles en relation avec sa nature. Seul le Principe est infini car rien ne peut être ou ne pas être en dehors de lui. Il renferme toutes les possibilités de manifestation et de non manifestation. L'Infini est le Tout universel.

Le monde n'est pas éternel car il n'est pas son propre principe, c'est-à-dire qu'il a un commencement et une fin 1.

En outre, caractériser le monde physique par une variable quantitative telle que la densité des corps est tout à fait insuffisant. Comme toute variable quantitative, la densité ne dit rien des autres aspects de ces corps. Ainsi, l'orientation spatiale joue un rôle essentiel dans la représentation du monde et la construction des édifices sacrés et ne saurait être laissée de côté. De même, la variable quantitative associée au temps ne devrait pas nous faire oublier la doctrine traditionnelle des cycles de l'univers, des astres, des saisons etc. comme autant de signes de la manifestation de l'ordre cosmique. Il s'ensuit que l'espace et le temps ne peuvent être réduits à leurs seuls aspects quantitatifs car ils sont caractérisés essentiellement par leurs aspects qualitatifs. Ce trait différencie fondamentalement les approches symbolique et scientifique.

1 retour Rien n'empêche cependant le monde de mourir et de renaître indéfiniment comme dans les formes traditionnelles hindoue ou nordique. Notons qu'indéfiniment ne signifie ni éternellement ni à l'infini. L'indéfini fait toujours référence à une détermination telle que l'étendue pour l'espace ou la durée pour le temps et exclut toutes les possibilités de développement liées à d'autres déterminations. Contrairement à l'indéfini, l'Infini n'est déterminé par absolument rien et renferme toutes les possibilités de développement. L'Infini est d'ordre métaphysique et synonyme de Tout universel

Bibliographie

  • Carlo Rovelli:
  • “Et si le temps n'existait pas ?”. Éditions Dunod, 2012, 2014;
  • Un petit livre qui se lit d'un trait.

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