LOTUS

Au cœur du symbolisme

Goseck et Nebra, deux représentations cosmiques

(Page détaillée)

Résumé

Le disque de Nebra

La superposition des incrustations à la feuille d'or et l'origine de l'or utilisé pour la décoration du disque conduit à penser que sa réalisation a requis quatre étapes:

Première étape

À l'origine, le disque contenait 32 petits disques d'or assimilés à des étoiles, un croissant de lune montante et un large disque en or représentant la pleine lune ou le soleil. Le fait que 32 années solaires (de 365 jours) correspondent à 33 années lunaires (de 29,5×12 = 354 jours) laisse subodorer que le disque central revêt les deux formes lunaire et solaire.

Première étape d'élaboration

Un seul amas d'étoiles se distingue parmi les petits disques d'or. Composé de 7 disques situés entre le croissant et la pleine lune, il évoque les 7 étoiles visibles à l'œil nu des Pléiades. Contrairement à l'époque actuelle, les Pléiades constituaient, à l'Âge du Bronze, une constellation distincte de celle du Taureau.

Conformément au calendrier grégorien et aux commentaires de l'archéologue Harald Meller et de l'astronome Wolfhard Schlosser, la lune et les Pléiades avaient rendez-vous deux fois par an dans le ciel de l'hémisphère nord. Les Pléiades se couchaient le 10 mars peu après la nouvelle lune précédant la pleine lune de printemps et se levaient le 17 octobre à la pleine lune de l'automne (consulter le site Himmelsscheibe von Nebra en allemand). Elles marquaient vraisemblablement le cycle des semailles et des récoltes dans de nombreuses sociétés à l'époque. En conséquence, les Pléiades étaient visibles du 17 octobre au 10 mars, ce qui correspondait à une durée de 145 jours sur les 365 jours de l'année (=0,4).

Deuxième étape

Ensuite, deux arcs d'or latéraux furent ajoutés. Pour ce faire, un petit disque d'or du côté gauche fut déplacé vers la droite et deux petits disques d'or du côté droit furent recouverts. Les petits disques d'or étaient désormais réduits au nombre de 30.

Deuxième étape d'élaboration

Solstices d'hiver et d'étéLes lignes joignant les extrémités opposées des deux arcs font un angle de 82°. Cette valeur correspond à l'angle formé par les diagonales du “rectangle solsticial” déterminé à partir de la position du lever et du coucher du soleil aux solstices. Cet angle est fonction des données astronomiques de l'époque et de la latitude du lieu de la découverte du disque (φ = 51,3°) 1.

Notons que les diagonales du rectangle se croisent à l'intérieur du large disque d'or qui, dans ce cas, fait office, non plus de lune, mais de soleil.

Troisième étape

La modification suivante consista à ajouter, dans la partie inférieure du disque, un arc d'or tourné vers les Pléiades. Or, cet arc s'inscrit dans un cercle, tangent intérieurement au disque et passant par son centre. De plus, il est vu depuis le centre de ce cercle sous un angle d'environ 145° sur les 360° de la circonférence du cercle dans lequel il est inscrit.

Troisièième étape d'élaboration

Si nous rapprochons la longueur de l'arc d'or inscrit dans le cercle et la durée de la visibilité des Pléiades dans l'année, nous constatons qu'elles représentent une proportion voisine de 0,4. Il s'ensuit que la longueur relative de l'arc d'or correspond à la durée relative de la visibilité des Pléiades dans le ciel de l'hémisphère nord.

Autrement dit, la signification de l'arc d'or est d'abord astronomique et non symbolique. Lui attribuer l'image de la “Barque solaire” traversant le monde des ténèbres ne fait que compléter la signification astronomique. Les symboles s'appuient, en effet, souvent sur une représentation d'ordre cosmique pour suggérer une réalité d'ordre supra-cosmique.

Quatrième étape

La dernière étape de la réalisation du disque consista à percer son pourtour de 39 ou 40 trous équidistants. En effet, la partie endommagée du bord du disque aurait pu contenir un ou deux trous selon les auteurs. Comme l'espacement entre les trous n'est pas rigoureusement régulier, ils sont davantage le produit d'un procédé empirique que d'un calcul exact. Un tel calcul donne cependant une valeur moyenne de 2,58 cm (hypothèse 39 trous) ou 2,51 cm (hypothèse 40 trous). Sachant que le pouce actuel mesure 2,54 cm, ces valeurs suggèrent le recours à une unité de mesure correspondant au pouce de la région à l'Âge de Bronze 2.

Quatrième étape d'élaboration

En apposant son pouce sur le bord du disque après un trou pour marquer le suivant, la personne habilitée à travailler sur le disque introduisit une nouvelle approche du repérage astronomique. L'homme compléta la représentation géométrique par une représentation numérique fondée sur choix d'une unité de mesure 3.

Nous pouvons déduire de tout cela que chacune de ces étapes a apporté quelque chose d'important à cet authentique instrument astronomique. Son symbolisme apparaîtra plus clairement avec l'étude du site de Goseck.

Le site de Goseck

Au-delà du solstice d'hiver

Le site de Goseck était composé d'une série de cercles concentriques: deux cercles extérieurs bordant un fossé et deux cercles intérieurs faits de palissades de bois. Ces cercles étaient percés de trois ensembles de portes.

Plan de Goseck

L'examen du site par l'astronome Wolfhard Schlosser, de l'institut astronomique de l'université rhénane de Bochum, indique que les deux ensembles de portes orientées au sud-est et au sud-ouest correspondaient au lever et au coucher du soleil au solstice d'hiver. Le troisième ensemble était orienté selon le méridien du lieu, c'est-à-dire vers le nord (voir le site Kreisgrabenanlage von Goseck en allemand). Le site servait certainement d'observatoire astronomique, mais ce n'était pas sa seule fonction.

Contrairement au disque de Nebra, le site ne fait pas explicitement référence aux deux solstices d'hiver et d'été; il ne met en évidence que le seul solstice d'hiver et la direction du nord. Pour en comprendre la raison, il suffit de considérer les deux phases du cycle annuel du soleil dans l'hémisphère nord. Le solstice d'hiver correspond au début de la phase ascendante du soleil en direction du pôle nord céleste tandis que le solstice d'été est associé au commencement de la phase descendante du soleil vers le pôle sud céleste 4 (pour plus de détails, voir la description de la sphère céleste). Privilégier le solstice d'hiver signifie s'en référer “au plus haut des cieux”.

Le pôle nord céleste, situé à l'intersection de l'Axe des pôles avec la sphère céleste, symbolise le point fixe le plus élevé de l'Axe des pôles autour duquel tournent apparemment les astres du monde cosmique. Il figure une image du Principe supra-cosmique à partir duquel les astres rayonnent. Le Principe contient à l'état potentiel toutes les possibilités de manifestation (et de non manifestation).

La connaissance du Principe et de sa manifestation n'était cependant pas accessible à tout le monde. L'observateur se tenant au centre du site au solstice d'hiver pouvait, en effet, se tourner:

  • Soit vers le sud et voir le soleil se lever et se coucher dans l'enfilade des portes du sud-est et du sud-ouest. De plus, lorsque le soleil atteignait son zénith et se trouvait dans le méridien du lieu, l'Axe des pôles célestes se projetait le long de l'axe terrestre sud-nord;
  • Soit vers le nord en direction du troisième ensemble des portes. Il pouvait, en levant son regard vers le ciel nocturne, voir le pôle nord céleste ou l'étoile la plus proche. Il fixait alors l'image du Principe immobile à l'origine du monde cosmique. La projection du pôle nord céleste le long de l'Axe coïncidait avec le centre de l'édifice.

Ces deux types d'événements devaient être associés à des rites distincts:

  • Lorsque l'observateur se tournait vers le sud au solstice d'hiver, durant le jour le plus court de l'année, il accomplissait des rites solaires en rapport avec le monde manifesté;
  • Quand l'observateur se tournait vers le nord, au cours de la nuit la plus longue de l'année, il accomplissait des rites polaires liés au Principe à la source du monde manifesté.

Les rites solaires, en rapport avec le monde en mouvement, ne pouvaient avoir lieu qu'au solstice d'hiver. Les rites polaires, liés au Principe immobile, pouvaient au contraire être effectués, au-delà du solstice d'hiver, tout au long de l'année. La manifestation est changeante et fugace, son Principe est immuable.

Les trois cercles de personnes

Les rites solaires relevaient du monde cosmique, manifesté, visible et avaient lieu au grand jour. Un grand nombre de personnes devaient y assister.

Les rites polaires tenaient, au contraire, du monde supra-cosmique, non manifesté, invisible, domaine de la nuit. Ils devaient être destinés à un petit groupe de personnes, dépositaires de la connaissance du Principe synonyme de Tout.

Une partie cependant des rites solaires concernaient le coucher du soleil au solstice d'hiver. Ils avaient lieu au crépuscule et pouvaient précéder les rites polaires. Ils devaient être réservés à des personnes appelées à remplir des fonctions intermédiaires entre celles de la population et celles des dépositaires de la connaissance.

Les rites étaient probablement associés à trois cercles de personnes:

  • Les êtres ordinaires cantonnés à l'espace extérieur bordé par le fossé qui en marquait la limite;
  • Les êtres intermédiaires se tenant dans l'espace délimité par les deux palissades de bois et en charge de l'application des principes définis par le groupe le plus restreint;
  • Ce groupe ne comprenait que les êtres nourris de la connaissance du Principe supra-cosmique à la source de tous les êtres et de toutes les choses. Le groupe se réunissait dans l'espace le plus intérieur et, plus précisément, en son centre.

Comme tout dans l'univers participe du Principe, ce dernier ne pouvait qu'être universel et se refléter dans tout être ou toute chose manifesté. Le but essentiel des rites solaires et polaires consistait certainement à éveiller et à maintenir l'harmonie entre les êtres et l'univers.

Il s'ensuit que les trois espaces associés aux trois cercles de personnes reflétaient également les trois mondes terrestre, intermédiaire ou atmosphérique et céleste. Le site de Goseck constituait une véritable représentation du cosmos.

Le disque de Nebra et le site de Goseck étaient sans aucun doute destinés au relevé de mesures astronomiques à des fins agricoles. De plus, l'accent mis sur le solstice d'hiver marquait la fin de la période des récoltes et de leur engrangement afin de faire face aux rigueurs de la saison froide. Ce moment représentait aussi le début de l'ascension du soleil vers les hauteurs célestes. Il était dès lors tout à fait approprié de rassembler les gens autour de divers rites afin de maintenir vivants les liens profonds qui unissaient les êtres au cosmos et à l'au-delà.

1 retour Au lever et au coucher du soleil aux solstices, l'angle formé par l'une des diagonales du rectangle solsticial avec la direction sud-nord peut être déterminé à partir de la formule suivante (voir la position sur la sphère céleste):

cos a = - sin(δ)/cos(φ)

Où δ représente la valeur de l'écliptique ou de l'angle formé par l'orbite du mouvement annuel de la terre autour du soleil avec l'équateur terrestre. À l'époque actuelle, δ = ±23,5° aux solstices et

a = arccos [sin(23,5°)/cos(51,3°)] = 50,4°

Il s'ensuit que les deux diagonales du rectangle solsticial font un angle de 2×(90°-50,4°) = 79,2°.

L'écart entre les données de l'Âge de Bronze et actuel s'explique en partie par les variations de l'angle δ à travers les Âges.

2 retour Sachant que le rayon r du disque est approximativement 16 cm, la longueur moyenne p de l'arc séparant deux trous est donnée par:

p = 2πr/39 = 2π×16/39 = 2,58 (hypothèse 39 trous).

p = 2πr/40 = 2π×16/40 = 2,51 (hypothèse 40 trous);

Ces valeurs sont très voisines de l'unité de mesure du pouce actuel (2,54 cm).

3 retour Voyons, en effet, comment les autres dimensions du disque s'expriment dans cette unité de mesure.

Commençons par la longueur C de l'arc d'or latéral vu sous un angle α de 82°:

C = rα = 2πr×82/360;

Et

C/p = 39×82/360 = 8,9 (hypothèse 39 trous).

C/p = 40×82/360 = 9,1 (hypothèse 40 trous);

Autrement dit, l'arc d'or latéral mesure environ 9 pouces.

Poursuivons avec l'arc d'or tourné vers les Pléiades et de rayon r/2:

U = πr×145/360

Et

U/p = (145/360)×(39/2) = 7,9 (hypothèse 39 trous).

U/p = (145/360)×(40/2) = 8,1 (hypothèse 40 trous);

C'est-à-dire que la longueur l'arc d'or tourné vers les Pléiades avoisine les 8 pouces.

4 retour Une correspondance analogue existe avec le cycle mensuel de la lune croissante et de la lune décroissante.

Le mystère du disque céleste de Nebra

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Documentaire de BBC Horizon, 2004. Version française de Arte TV, 2006

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment le chapitre XXXV sur les Portes solstitiales.
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