LOTUS

Au cœur du symbolisme

Trelleborg, la forteresse viking (Page détaillée)

Résumé

La disposition de la forteresse

La forteresse fut construite sur un site recélant des fosses remplies de squelettes humains et animaux. Pourtant, le site a dû être comblé et nivelé avant le début de la construction. Cela n'aurait jamais eu lieu en terre religieuse et confirme le fait que les constructeurs n'étaient pas chrétiens. Ils n'étaient pas anti-chrétiens non plus car les plus radicaux avaient migré en Islande ou ailleurs.

L'étude archéologique du site a montré que le promontoire sur lequel Trelleborg devait être construit a été rempli de terre, surtout sur son flanc sud-ouest. Cela signifie que les constructeurs n'ont ménagé aucun effort pour rendre, autant que possible, la construction conforme aux plans.

La forteresse se compose de deux parties:

  • Un ouvrage intérieur entouré d'un gigantesque rempart circulaire avec un fossé large et profond:
    • À l'intérieur du rempart, quatre portes font face aux quatre points cardinaux. Elles sont reliées deux à deux par des rues perpendiculaires qui divisent le cercle en quatre quartiers;
    • Dans chaque quartier, nous découvrons un bloc de quatre maisons identiques disposées en carré; elles sont en bois et en forme de bateau renversé. Ces maisons devaient servir de cantonnements aux équipages des bateaux. Une autre maison plus petite se situe dans le quartier nord-est. Au milieu des blocs nord-est et sud-ouest, une petite maison rectangulaire s'élève, probablement réservée aux chefs. Aux portes nord et ouest, deux petites maisons carrées étaient vraisemblablement utilisées par les sentinelles.
  • Un ouvrage extérieur moins imposant et fait d'un rempart moins élevé avec un fossé peu profond en forme d'arc de cercle s'étendant du sud à l'est:
    • Le long du rempart, treize maisons similaires et plus petites que les précédentes semblent rayonner depuis le centre de l'ouvrage intérieur. Deux maisons semblables sont disposées parallèlement de part et d'autre de l'axe est-ouest. Elles sont séparées par la même distance que les maisons correspondantes à l'intérieur du cercle. Toutes ces maisons auraient pu être occupées par des artisans et des paysans;
    • Dans l'extension carrée à l'est de l'ouvrage, nombre de tombes ont été découvertes. Elles n'ont aucun caractère chrétien en dépit de leur orientation est-ouest. En effet, ces tombes font tout aussi bien face à la mer et c'est probablement pourquoi les tombes vikings sont souvent orientées est-ouest ou nord-sud.

À l'époque viking, la forteresse n'avait qu'une seule entrée. Elle était située au sud où les vestiges d'un pont enjambant le fossé extérieur ont été trouvés. Il avait été prolongé par un deuxième pont pour franchir le fossé intérieur et atteindre la porte sud. Les habitants pouvaient aussi franchir le fossé intérieur grâce à un pont situé au sud-est.

Que révèle le plan ?

La tradition nordique plonge ses racines dans la Vie, le Destin et la Sagesse. Voyons jusqu'à quel point la structure de la forteresse et la tradition s'éclairent l'une l'autre.

Le site

Solstices d'hiver et d'étéLa forteresse a été construite sur un site où de nombreuses traces d'une installation importante remontant à l'Âge de Pierre ont été trouvées. En fait, l'endroit est plein de restes physiques baignant dans un contexte culturel indissociable.

Maintenant, le “rectangle solsticial”, déterminé par la position du lever et du coucher du soleil aux solstices, est pratiquement un carré à la latitude du site (φ = 55,4°) 1. Comme noté précédemment, les maisons des chefs se trouvent au milieu des blocs situés au nord-est et au sud-ouest et, par conséquent, sur la diagonale correspondante du rectangle solsticial. Selon toute vraisemblance, les Vikings de Trelleborg célébraient les solstices et privilégiaient probablement l'axe hautement symbolique reliant le sud-ouest au nord-est. Le lever du soleil au solstice d'été marquait le dernier jour de l'ascension du soleil vers la lumière avant sa descente vers l'obscurité; le coucher du soleil au solstice d'hiver indiquait la fin de sa descente vers l'obscurité précédant une nouvelle ascension vers la lumière. Les solstices symbolisaient le pont reliant les mondes de la lumière et des ténèbres à des moments spécifiques.

L'ouvrage intérieur

La disposition de l'ouvrage intérieur ressemble à une roue avec quatre rayons (prolongés au-delà du cercle). Elle n'est rien d'autre que la projection sur un plan horizontal d'une sphère repérée par les trois axes passant par son centre et représentant l'espace cosmique. La roue dépeint en conséquence le monde terrestre et ses quatre directions cardinales au sein de la sphère céleste. Une sphère servant de cadre à la destinée du monde et humaine.

L'entrée principale de la forteresse se trouve au sud et elle est orientée sud-nord. L'axe sud-nord correspond à la projection sur l'horizon des directions pointant vers le soleil de midi d'une part et l'étoile polaire d'autre part; il relie les orientations diurne et nocturne. L'axe relie aussi les mondes de la lumière (est-sud-ouest) et de l'obscurité (ouest-nord-est), les mondes des vivants et des morts séparés l'axe est-ouest, l'axe de la demi-lumière et de la demi-obscurité. Cela pourrait également expliquer pourquoi les morts dans le cimetière situé à l'est sont allongés dans le sens de l'axe est-ouest.

En effet, dans la société viking, la mort n'était pas une fin, mais un passage vers un état supérieur de l'être donnant un plein accès à son destin. Les Vikings ne connaissaient le sens véritable de leur existence qu'après leur mort. Ils voyaient alors clairement tous les fils qui avaient tissé la toile de leur destinée; ils découvraient leur place dans le destin de l'univers et des êtres. Avant ils savaient ce qu'ils avaient à faire; à présent, ils comprenaient pourquoi ils devaient le faire.

En outre, certains vivants pouvaient, en certaines occasions, entreprendre un voyage au royaume des morts. Un voyage semé d'embuches et ressemblant à un parcours initiatique. Ce fut le cas de Thor, fils d'Odin, qui voulait acquérir la connaissance, inaccessible aux vivants, auprès du géant Geirrod.

Inversement, certains morts étaient temporairement capables de quitter leur monde pour informer les vivants. Bien que Maître du Destin, Odin voulut connaître le sort de son fils défunt, Balder, dans l'autre monde. À cette fin, il força la clairvoyante Volva à revenir un moment sur terre pour lui dire ce qu'il en était.

Bloc de quatre maisonsLa célébration des solstices ne faisait que maintenir le passage entre les deux mondes. Comme l'un des mondes n'était que la continuation de l'autre, ils devaient se ressembler. Une similitude soulignée par la forte symétrie de l'ouvrage intérieur et fondée sur l'usage exclusif du carré, le symbole idoine du monde terrestre. Même les longueurs courbes des maisons s'appuient sur le carré car elles ont probablement été réalisées à partir d'ellipses. Comme deux maisons adjacentes avaient nécessairement un foyer (d'ellipse) en commun, les quatre foyers requis pour construire un bloc devaient être les sommets d'un carré (voir le dessin). Il s'ensuit que tout le plan de la forteresse pouvait être dessiné sur le terrain à l'aide de poteaux et de cordes uniquement.

L'ouvrage extérieur

Les treize maisons de l'ouvrage extérieur semblent rayonner depuis le centre de l'ouvrage intérieur. Ce rayonnement architectural préfigure l'expansion du territoire viking dans diverses directions.

Le centre de la roue de l'ouvrage intérieur dépeint le point immobile autour duquel tournent les rayons. Il représente l'image terrestre du point immuable d'où tout provient et où tout retourne. Il symbolise le début et la fin, le point où tout est unifié et réunifié. Plus prosaïquement, le centre caractérise le lieu où les Vikings ont préparé leurs expéditions et se sont retirés à leur retour.

Deux autres maisons sont situées de chaque côté de l'axe est-ouest. Leur parallélisme souligne la correspondance entre le monde des vivants et le monde des morts. Deux mondes séparés par un passage que les peuples du Nord franchissaient symboliquement en bateau.

Le symbole du bateau

Le bateau viking 2 constituait un mode de déplacement indispensable dans les contrées maritimes. Il était le résultat d'un art et d'une technique inégalée à l'époque. Sans lui le peuple viking n'aurait pas existé. Le bateau pouvait:

  • Modeler les toits des maisons sous sa forme renversée;
  • Délimiter les tombes de sites funéraires;
  • Servir de sépulture aux personnes de rang élevé du monde viking.

Le Musée National Danois a tenté la reconstruction de l'une des maisons de l'ouvrage extérieur à proximité de l'entrée de la forteresse. Le faîte du toit représente la courbure de la voûte céleste et fait référence aux états supérieurs de l'être. Comme dans diverses traditions, le bateau navigant sur les eaux célestes supérieures est comme le reflet dans l'eau du bateau flottant sur les eaux terrestres inférieures.

Lindholm est un site funéraire Viking majeur surplombant la ville d'Aalborg dans le Jutland (Jylland). La majorité des tombes découvertes font suite à une crémation et certaines à une inhumation. La plupart des sépultures sont entourées de pierres. La forme dessinée par ces pierres et ses dimensions dépendaient du statut de la personne défunte. Les tombes des femmes sont rondes ou ovales tandis que celles des hommes ont la forme d'un bateau viking ou d'un triangle (ou de la proue d'un bateau).

Le bateau-tombe d'un chef viking peut être vu au musée viking de Ladby, situé sur la côte nord-est de l'île de Fionie (Fyn). Il fut enterré dans son bateau avec ses objets les plus précieux et sous un monticule de terre vers l'an 925 de notre ère.

Dans la mythologie nordique, le cadavre de Balder fut déposé dans un bateau auquel on mit le feu avant de le lancer au large. Le bateau servait de moyen de passage entre les mondes de la lumière et des ténèbres, le monde des vivants et le monde des morts.

Le bateau est le symbole par excellence du passage d'un état d'être à un état supérieur. Ce passage pouvait s'effectuer soit au moment de la mort de chacun soit lors de l'initiation opérée lors du vivant de quelques élus. Une initiation au sein d'une tradition non exclusivement guerrière.

La forteresse de Trelleborg était avant tout un ouvrage défensif où leurs occupants aimaient se retrouver. Pour reprendre des forces et s'entraîner au combat certes, mais aussi pour pratiquer des rites reliant le monde des vivants au monde des morts. Les vikings étaient profondément attachés à la tradition nordique. Ils ne cherchaient pas à imposer leurs croyances ni à en changer. Ils n'ont jamais été engagés dans une guerre contre la chrétienté. Ils ont même fini par adopter la religion chrétienne. En fait, ce sont plutôt les chefs qui se sont convertis, le plus souvent pour des raisons d'opportunisme politique et/ou économique, que les peuples vikings. Les préoccupations matérielles tenaient une place importante dans leurs sociétés. Les Vikings voulaient s'enrichir par tous les moyens (commerce, service de mercenaires, pillage, paiement de tribut ou de rançon etc.), mais la richesse matérielle n'occultait pas une autre richesse qui les nourrissait tout autant.

Bibliographie

  • Michel de Bouard:
  • Un camp viking: Trelleborg”. Annales de Normandie, 1951.
  • Poul Nørlund:
  • “Trelleborg”. National Museet, 1968;

1 back Au lever et au coucher du soleil aux solstices, l'angle formé par l'une des diagonales du rectangle solsticial avec la direction sud-nord peut être déterminé à partir de la formule suivante (voir la position sur la sphère céleste):

cos a = - sin (δ)/cos(φ)

Où φ = 55,4° et δ = ±23,5° aux solstices, soit:

a = arccos [sin(23,5°)/cos(55,4°)] = 45,4°

Il s'ensuit que les deux axes solsticiaux font un angle de 2×(90°-45,4°) = 89,2°.

2 retour Le bateau viking arborait une figure de proue sculptée à l'image d'un monstre (dragon, serpent, bison etc.) destiné à effrayer les esprits tutélaires des lieux de conquête. Amovible, la figure était retirée lorsque le bateau revenait au port ou se trouvait en territoire ami.

Au lieu de s'embarquer sur le bateau-dragon par exemple, le viking s'embarquait simplement sur le dragon (dreki et drekar au pluriel) traduit erronément par “drakkar” en français.

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