LOTUS

Au cœur du symbolisme

Stonehenge, un temple cosmique

(Page détaillée)

Résumé

Lever du soleil au solstice d'été

Les deux sortes de pierres

Le portail de sarsen et la pierre bleueTout comme la pierre brute est transformée en pierre taillée, l'être est transfiguré au cours d'un processus d'initiation. L'initiation consiste essentiellement en rites de purification destinés à dépouiller l'être de son état présent pour lui permettre d'accéder à un état supérieur.

Nul doute que les tailleurs de pierre étaient initiés et bénéficiaient d'un statut particulier dans la société néolithique. La taille de la pierre les aidait à atteindre des états de l'être supérieurs et les états supérieurs leur permettaient d'améliorer leur technique.

De manière générale, la pierre érigée symbolise toute la gamme des états possibles de l'être depuis les états terrestres ou corporels jusqu'aux états célestes ou spirituels.

  • Le portail de sarsen est composé de deux pierres dressées surmontées d'un linteau qui caractérise le passage, le processus de transformation de l'être d'un état d'être à un autre;
  • La pierre bleue dressée décrit la réalisation de l'être après transformation. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si les pierres bleues se trouvent à l'intérieur du cercle de sarsen et de l'arc de trilithes. Elles représentent les êtres qui ont déjà franchi le portail et accédé à des états plus élevés.

Nous comprenons dès lors pourquoi les bâtisseurs de Stonehenge ont recouru à deux sortes de pierres pour bien marquer une différence entre transformation et réalisation, entre appelés et élus.

De plus, ce n'est pas davantage un hasard si les pierres de sarsen proviennent vraisemblablement d'une forêt, le lieu d'initiation des “charpentiers”. D'ailleurs, les constructeurs de Stonehenge utilisèrent la technique du charpentier pour rendre l'édifice stable. Quant aux pierres bleues, est-ce un hasard si elles viennent presque certainement d'une région montagneuse, un symbole d'élévation vers le Ciel et les états supérieurs ? Toutes ces pierres étaient indéniablement imprégnées de l'esprit des lieux de leur provenance et destinées à remplir une fonction en rapport.

Certes, il aurait été plus simple de dire que les pierres bleues provenaient d'un stade antérieur de la construction et les énormes blocs de sarsen du seul lieu d'où ils avaient pu être extraits. Toutefois, cela n'explique pas pourquoi les constructeurs ont eu besoin de recourir à d'énormes blocs de pierre.

Nous sommes confrontés ici à un trait significatif que nous allons mettre en évidence tout au long de notre découverte de Stonehenge. L'essentiel n'est pas dans le plus impressionnant (blocs de sarsen), mais dans le moins imposant (pierres bleues). En fait, les bâtisseurs de Stonehenge ne voulaient pas divulguer le sens de la construction au monde extérieur, mais le réserver aux seuls initiés.

En outre, nous observons qu'explications symbolique et factuelle se complètent plutôt que de s'opposer.

Les deux voies d'accès privilégiées

Solstices d'hiver et d'étéLa structure de la construction nous incite à emprunter l'axe de symétrie orienté nord-est/sud-ouest pour nous approcher du centre de l'édifice. Cet axe représente l'une des diagonales du “rectangle solsticial” déterminé à partir de la position du lever et du coucher du soleil aux solstices et fonction de la latitude de Stonehenge (φ = 51,2°) 1.

Les directions reliant le centre de l'édifice aux solstices et aux points cardinaux dessinent quatre axes autour desquels Stonehenge a été construit. Les axes des solstices sont à l'ordre temporel ce que les axes des points cardinaux sont à l'ordre spatial. Le cycle du soleil levant et couchant est associé au sud, au solstice d'été, et au nord, au solstice d'hiver.

Dans ce passage d'un ordre à l'autre, le cycle du soleil levant et couchant est transformé en un point et le temps en instant immuable ou éternité. Comme nous allons le voir plus loin, le passage de l'axe nord-est/sud-ouest à l'axe sud-nord signifie dépasser les états humains pour accéder aux états supra-humains. Autrement dit, l'axe nord-est/sud-ouest est subordonné à l'axe sud-nord.

L'être qui emprunte l'axe nord-est/sud-ouest au solstice d'été devra tourner le dos à l'édifice pour voir le soleil se lever. L'être qui, au contraire, emprunte ce même axe au solstice d'hiver pourra voir le soleil se coucher devant lui. Il s'ensuit que l'individu qui veut voir le soleil se lever au solstice d'été est invité à rejoindre le monde extérieur. Les foules qui se pressent aujourd'hui à Stonehenge pour célébrer le solstice d'été ne rejoignent-elles pas ensuite leurs pénates ? À l'inverse, l'être faisant face à l'édifice pour voir le soleil se coucher au solstice d'hiver est appelé à s'enfoncer dans les profondeurs de la nuit. Dans le premier cas, l'être retrouve son état d'être ordinaire; dans le second, il s'ouvre aux mystères de la nuit pour s'élever vers des états supérieurs. Ce mouvement est en accord avec le cycle annuel du soleil. En effet, le solstice d'été correspond au début de la phase descendante du soleil en direction du pôle sud céleste tandis que le solstice d'hiver est associé au commencement de la phase ascendante du soleil vers le pôle nord céleste (pour plus de détails sur ce point, voir la description de la sphère céleste). Une correspondance analogue existe avec le cycle mensuel de la lune croissante et de la lune décroissante.

Après s'être laissé pénétrer par les mystères de la nuit, le postulant pouvait poursuivre son voyage initiatique en utilisant un autre accès. Le cercle de sarsen comporte, en effet, dans sa partie sud une pierre dressée moins élevée que les autres, apparemment intacte et, par conséquent, dans l'incapacité de soutenir des linteaux. Elle a dû correspondre à une autre entrée selon un axe sud-nord. Ici encore, l'individu se tournant vers le sud, c'est-à-dire en direction du soleil du midi, devait tourner le dos à l'édifice et était renvoyé au monde extérieur. Par contre, l'être qui regardait vers le nord (par une nuit peut-être sans lune), vers le “soleil de minuit” pouvait soit poursuivre sa route vers le centre de l'édifice soit quitter le plan horizontal propre au soleil couchant et lever les yeux à la verticale vers le ciel étoilé. Son regard a dû alors se porter vers l'étoile polaire ou le pôle nord céleste, c'est-à-dire le point immobile autour duquel tournent les étoiles et les astres “errants”, le centre de la roue cosmique, le centre de la roue céleste qui trouve son reflet dans le centre de l'édifice circulaire terrestre.

Notons que les êtres suivant les deux axes nord-est/sud-ouest et sud-nord ne rencontraient qu'un seul portail en chemin vers le centre de l'édifice. L'axe nord-est/sud-ouest traverse un portail du cercle de sarsen débouchant sur la zone intermédiaire des états humains. L'axe sud-nord passe par un trilithe donnant accès à la zone centrale des états supra-humains. Le passage étroit laissé par les deux piliers du trilithe ne fait que souligner toute la difficulté d'atteindre les états spirituels, étape ultime de l'initiation probablement réservée à un nombre très restreint de postulants. Une difficulté qui trouva un écho dans la porte étroite, le trou de l'aiguille de l'Évangile: “Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu” (Saint Matthieu XIX.24).

La célébration du solstice

Dans les sociétés de Bretons de la fin du néolithique, l'accès à la connaissance était réservé aux détenteurs de l'autorité. Afin d'en limiter l'abord, les bâtisseurs de Stonehenge ont délibérément détourné les regards de l'essentiel vers l'apparent:

  • Le soleil levant masquait le soleil couchant;
  • Le soleil et le jour masquaient la nuit et l'étoile polaire;
  • L'axe nord-est/sud-ouest masquait l'axe sud-nord;
  • Le plan horizontal masquait l'axe vertical;
  • Et ainsi de suite.

Le pôle nord céleste figure le Principe indifférencié au-delà de toute dualité, de toute distinction entre soleil levant et soleil couchant, jour et nuit, clarté et obscurité etc. Il symbolise l'Unité qui gouverne le monde, le Principe immuable à la source de la manifestation de tous les êtres et de toutes les choses. Retourner vers le Principe, qui du fond de la nuit nous a donné le jour, a toujours constitué le but ultime des traditions spirituelles authentiques. Et la voie pour y parvenir passait par l'initiation aux mystères du monde de l'au-delà.

Les voies du retour aux origines se sont perpétuées à travers le temps et trouvèrent un écho chez le dieu romain de l'initiation, Janus. Il était le gardien des portes du solstice d'été et du solstice d'hiver donnant respectivement accès aux petits mystères (réalisation de la plénitude des états humains) et aux grands mystères (réalisation de la plénitude des états supra-humains ou spirituels). Janus était habituellement représenté par un être à double visage, l'un tourné vers le soleil levant, l'autre vers le soleil couchant. Toutefois, au-delà de la dualité qui n'est qu'apparence, il était également doté d'un troisième visage invisible englobant les deux faces visibles. Ce troisième visage symbolisait l'Unité qui dépasse les oppositions et saisit le monde dans sa totalité.

Les deux axes nord-est/sud-ouest et sud-nord, en relation avec l'initiation aux mystères, privilégiaient l'ouest et le nord par rapport à l'est et le sud. Autrement dit, le monde de la nuit prenait le pas sur le monde du jour. L'être ne pouvait découvrir la connaissance véritable, la lumière que dans les profondeurs des ténèbres. Il lui fallait d'abord mourir à son état d'être présent avant de re-naître dans un état supérieur, c'est-à-dire qu'il devait avoir épuisé toutes les possibilités liées à son état précédent pour pouvoir développer les possibilités de l'état suivant.

La re-naissance initiatique de l'être avait très certainement lieu au cours de la période du solstice d'hiver, c'est-à-dire au début de l'ascension du soleil vers le pôle nord céleste. Sa célébration était vraisemblablement fixée en fonction d'un calendrier basé sur la combinaison des cycles du soleil et de la lune et peut-être inscrit dans la structure de l'édifice. La période de célébration devait aussi bien ouvrir la voie de la réalisation des états humains que des états supra-humains. Cela nous laisse penser à l'existence d'une société fortement hiérarchisée où les différents cercles de l'édifice regroupaient les êtres selon leur degré de connaissance. Les deux axes précédents constituaient des canaux de communication entre le grade suprême et les autres grades; il était dépositaire de la doctrine traditionnelle et se tenait au centre de l'édifice.

Quant aux êtres ordinaires, ils devaient se tenir à l'extérieur de l'édifice, ou du moins du cercle de sarsen, pour admirer le lever du soleil au solstice d'été. En tant qu'êtres de l'aube et du jour, ils s'ouvraient à la lumière extérieure plutôt qu'à la clarté intérieure, au monde visible plutôt qu'invisible, à la diversité du monde plutôt qu'à son Unité. Happés par la roue du temps, ils ne pouvaient accéder au centre immobile, symbole d'éternité.

Seuls les êtres du crépuscule et de la nuit étaient en mesure d'entrer en communication avec le monde de l'invisible. Au cours de la célébration du solstice d'hiver, le feu jouait certainement un rôle important. En effet, si la flamme extérieure éclaire les ténèbres terrestres, synonymes d'ignorance, elle s'élève aussi vers les hauteurs célestes, le monde des esprits de la vraie connaissance. Une connaissance seulement accessible aux êtres prêts à mourir à leur état présent et à re-naître dans des états supérieurs. La célébration du monde de la nuit, de la mort et de la re-naissance initiatique au solstice d'hiver a dû être aussi une période de communication avec le monde des morts tout court et des divinités qui l'habitaient.

Parvenus à ce stade, il serait aisé d'établir un parallèle avec ce que nous savons de la tradition celtique au risque d'échafauder une toute autre histoire... Il serait plus opportun de s'intéresser aux populations antérieures à l'édification de Stonehenge.

Stonehenge, reconstruction grandeur nature

Première partie 1/5

Deuxième partie 2/5

Troisième partie 3/5

Quatrième partie 4/5

Cinquième partie 5/5

Fouilles de Stonehenge, les mystères révélés du néolithique

Première partie 1/3

Deuxième partie 2/3

Troisième partie 3/3

Bibliographie

  • Christopher Chippindale:
  • “Stonehenge Complete”. Thames & Hudson Publisher, new and expanded edition 2004.
  • Réalisation d'un projet de Mike Pitts:
  • “Stonehenge grandeur nature”. Un film de Pati Marr, Johanna Schwartz et Bruce Hepton, Royaume-Uni 2005. Voir la vidéo du film en cinq parties.
  • Réalisation d'un projet de Tim Darvill et Geoff Wainwright:
  • “Stonehenge, les mystères révélés du néolithique”. Un film de David Stewart, Royaume-Uni 2008. Voir la vidéo en trois parties.
  • Réalisation d'un projet de Mike Parker Pearson:
  • “La cité cachée de Stonehenge”. Un film de Christopher Spencer, National Geographic 2008.
  • “Dans le secret de Stonehenge”. Un documentaire d'Andra Heritage, 2017.
  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment, les chapitres X sur “la triple enceinte druidique” et XXXV sur “les portes solsticiales”.

1 retour En effet, au lever et au coucher du soleil aux solstices, l'angle formé par l'une des diagonales du rectangle solsticial avec la direction sud-nord peut être déterminé à partir de la formule suivante (voir la position sur la sphère céleste):

cos a = - sin(δ)/cos(φ)

Où δ = ±23,5° aux solstices, soit:

a = arccos [sin(23,5°)/cos(51,2°)] = 50,5°

Il s'ensuit que les deux axes solsticiaux font un angle de 2×(90°-50,5°) = 79°.

Par ailleurs, la découverte, en 2008, de sillons naturels creusés à l'âge glaciaire et orientés en direction du soleil couchant au solstice d'hiver, pourrait expliquer le choix du lieu de la construction du site à l'époque néolithique.

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