LOTUS

Au cœur du symbolisme

La signification de la Grande Pyramide

(Page détaillée)

Résumé

Grande Pyramide de Gizeh

Du tombeau à la pyramide

À l'époque de la Ire dynastie (environ 3000 ans avant notre ère), la sépulture royale, avait la forme d'un mastaba (mot arabe signifiant banc) ou d'une pyramide tronquée et ne se distinguait en rien de celle d'un noble:

Le changement se produisit dès la IIIe dynastie sous l'influence d'Imhotep, le grand prêtre d'Héliopolis et l'inventeur de l'architecture en pierre. Le monument du roi Djeser (environ 2620-2600 avant notre ère) montre comment les Égyptiens sont passés de la forme tronquée à la pyramide à degrés située à:

L'édifice qui s'étendait horizontalement jusque là prit soudainement de la hauteur et s'éleva verticalement. Ce passage d'une vision terrestre à une vision céleste n'est pas sans signification. Ce ne fut cependant pas avant les Ve et VIe dynasties (environ 2310-2135 avant notre ère) que les fameux “Textes des Pyramides” (inscrits à cette époque sur les parois des chambres intérieures) révélèrent l'utilité des degrés. Ils devaient permettre au roi d'atteindre le sommet de la pyramide, de gagner le Ciel et d'accéder au trône de Rê, le dieu solaire.

La pyramide à faces lisses apparût aussi sous la IIIe dynastie et le règne de Snéfrou (environ 2570-2545 avant notre ère) à:

La paroi lisse et blanche rendait la pyramide visible de loin, la transformait en un symbole de lumière et faisait du roi le fils de Rê.

Le mode de construction d'une pyramide à faces totalement lisses ne se réduit pas à un simple habillage d'une pyramide à degrés. En effet, les blocs de calcaire blanc du pourtour doivent être posés en premier pour garantir leur parfait alignement. Cela exclut l'utilisation d'une rampe enveloppante extérieure s'appuyant sur l'édifice pour monter les blocs. En fait, deux rampes ont été utilisées pour la construction de la Grande Pyramide de Gizeh:

- Une rampe extérieure frontale pour élever la pyramide jusqu'au tiers de sa hauteur en utilisant les deux-tiers de la masse de pierres requises:

- Une rampe intérieure en forme de spirale à angles droits pour hisser le dernier tiers de pierres prélevées sur la rampe frontale devenue inutile:

Les travaux de l'architecte Jean-Pierre Houdin n'attendent qu'un ultime feu vert des autorités égyptiennes pour confirmer l'existence de cette rampe intérieure dans la Grande Pyramide. Ce passage d'une vision extérieure en degrés à une vision intérieure lissée n'est pas anodin non plus.

Il est communément admis que les pyramides furent bâties pour servir de tombeaux. Cela signifie t-il pour autant que leur construction ne répondait qu'à ce seul but ou ce seul usage ? Si tel était le cas, alors pourquoi aucun tombeau n'a encore été découvert dans la Grande Pyramide de Gizeh ? Et même s'il y en avait eu un, cela n'aurait pas exclu l'emploi de l'édifice à d'autres fins, peut-être même plus importantes. Il est aussi possible qu'un usage funéraire tardif ait supplanté la fonction originelle datant de la construction. Et même si toutes les pyramides renfermaient un tombeau, devrions-nous pour autant l'entendre au sens littéral ? Ne pourrait-il s'agir d'un sens symbolique ? Songeons seulement au temps requis pour simplement envisager l'existence d'une rampe intérieure dans la Grande Pyramide. Cela devrait suffire à nous montrer combien nous sommes éloignés de l'esprit et de la spiritualité des bâtisseurs égyptiens. D'autant plus que toutes les traditions évoquent un symbole universel dont la pyramide est une image.

De la montagne à la caverne

La montagne était traditionnellement un symbole de centre spirituel qui pouvait recouvrir différentes appellations: le mont Mêru pour les Hindous, l'Alborj pour les Perses, le Qâf pour les Arabes, l'Olympe pour les Grecs, la Montagne Blanche pour les Celtes ou Montsalvat dans la légende du Graal etc.

Le sommet de la montagne figurait le point de contact entre la Terre et le Ciel, le lieu de vérité, de passage entre les états d'être humains ou terrestres et supra-humains ou célestes. Visible de toutes parts, la montagne symbolisait la vérité accessible à tous.

Toutefois, les êtres se détournèrent de la quête de vérité pour se plonger dans la quête éperdue de la seule satisfaction des désirs. La recherche de la vérité abandonna le sommet pour se terrer et ne devenir accessible qu'aux êtres assoiffés de connaissance. Le centre spirituel ne quitta pas à proprement parler la montagne, mais se retira dans le cœur de cette dernière. La caverne devînt alors le symbole le plus représentatif du centre spirituel, le lieu caché interdit aux profanes et réservé aux seuls initiés aux mystères.

La caverne est une image du monde cosmique où le sol représente la Terre et la voûte le Ciel. C'est le creuset de développement des possibilités de l'être. Plongé dans le plus profond silence (étymologie de mystère), l'initié va mourir dans le monde obscur des états d'être actuels pour re-naître dans le monde lumineux des états nouveaux. Si l'accès aux états d'être humains s'effectue au sein même de la caverne, la réalisation des états supra-humains ou spirituels correspond à une sortie de la caverne, à une résurrection. Une telle sortie ne peut être que verticale pour rejoindre le soleil à son zénith (consulter la caverne cosmique à ce sujet).

Montagne et caverneLa montagne est représentée schématiquement par un triangle reposant sur un côté tandis que la caverne est figurée par un triangle inversé reposant sur un sommet. Sous cette forme, la caverne symbolise la coupe, le réceptacle destiné à recueillir la Connaissance. L'inversion des triangles pourrait laisser croire que la caverne n'est qu'un reflet de la montagne. Dans les représentations les plus courantes cependant, les centres des deux triangles coïncident de manière à bien souligner que la connaissance reflétée est en pleine adéquation avec la Connaissance originelle (pour plus de détails sur la représentation triangulaire, voir l'introduction) au symbolisme. Le lieu de contact entre la Terre et le Ciel n'est plus alors le sommet de la montagne, mais la totalité de l'axe vertical reliant la caverne au sommet et au-delà.

Dans la tradition égyptienne, la pyramide ne peut que symboliser la montagne et la chambre intérieure la caverne riche du symbolisme initiatique qui s'y rattache.

Du profane à l'initié

N'était pas initié qui voulait. Il était tout d'abord indispensable de posséder les aptitudes nécessaires à la pénétration des connaissances; il fallait ensuite être prêt à subir une mutation profonde où l'abandon du vieil homme devait précéder l'apparition de l'homme nouveau; il était nécessaire enfin de subir l'épreuve du rite initiatique faisant passer l'être de l'état profane à l'état d'initié.

De plus, seuls les êtres appelés à exercer une fonction sacrée pouvaient être initiés. Cela concernait les artisans, les maîtres d'œuvre, les scribes, les prêtres, le vizir et le roi. Les différentes fonctions n'étaient pas associées à des rites d'initiation distincts, mais à divers stades d'un même processus d'initiation. Tous les rites devaient amener l'être à découvrir une vérité fondamentale qui allait transformer à la fois sa vie et son œuvre.

Ascension de la pyramideL'initié était appelé à discerner la lumière intérieure au milieu des ténèbres extérieures. Il devait mourir aux états d'être actuels pour re-naître dans des états supérieurs. Et la pyramide illustrait à merveille cette progression. Chaque état d'être pouvait être figuré par une section parallèle à la base de l'édifice et rencontrant l'axe vertical en un point. Ce point d'équilibre entre les différentes directions symbolisait le centre du dit état. Parvenu au centre d'un état, l'être était prêt à accéder à un état plus élevé et à son centre. À mesure qu'il progressait, la section représentative de l'état correspondant diminuait et il parvenait à atteindre des états de plus en plus “centrés”. Il pouvait alors poursuivre son ascension jusqu'à atteindre l'état de l'être centré en lui-même, l'état unifié associé au sommet de la pyramide. Cet état correspondait à l'accomplissement de toutes possibilités humaines et le retour à “l'état primordial”. Parvenu au sommet, l'initié qualifié pouvait poursuivre son ascension verticale, accéder aux états supra-humains propres au Ciel et rejoindre le trône de Rê, le dieu solaire.

Ainsi la voie céleste ou supra-humaine prolongeait la voie terrestre ou humaine:

  • La réalisation des états supra-humains était réservée aux êtres assumant les plus hautes fonctions car avant de gouverner les autres, il fallait d'abord se gouverner soi-même. Il s'agissait essentiellement du roi et des êtres aptes à le remplacer, c'est-à-dire les grands-prêtres officiant et son nom et le vizir en charge du gouvernement.
  • La réalisation des différents degrés des états humains concernait principalement les artisans, les maîtres d'œuvre, les scribes et les autres prêtres. En effet, le sculpteur des représentations des dieux devait être à même d'insuffler le divin dans ses œuvres. De même, le scribe ne pouvait accéder aux textes sacrés sans avoir été purifié.

La création des bâtiments répondait à une demande exprimée par un grand-prêtre ou le roi. Vu leur connaissance des mondes céleste et terrestre, les grands-prêtres étaient les seuls à même de concevoir les monuments sacrés. Ils étaient formés et initiés dans les temples par des maîtres au fait de la connaissance spirituelle et technique requise pour accomplir une telle fonction. Il ne fait aucun doute que des calculs précis permettaient de déterminer les caractéristiques essentielles des monuments et les quantités de matériaux nécessaires à leur édification. Cela excluait toute modification majeure en cours de travaux.

La construction proprement dite était confiée au maître d'œuvre. Assisté de scribes, il assurait le recrutement des équipes, l'approvisionnement en matériaux et la supervision du chantier. Le vizir suivait attentivement l'exécution des plans et en rendait personnellement compte au roi.

Une même voie initiatique ne pouvait qu'inciter tous les êtres qualifiés à œuvrer de conserve pour créer des édifices terrestres à l'image du monde céleste.

Du sens littéral au sens symbolique

L'aspect le plus intriguant de la Grande Pyramide de Gizeh tient moins à sa taille colossale ou aux secrets de sa construction qu'à sa structure intérieure avec ses trois chambres et sa grande galerie.

La structure de la Grande Pyramide

  1. Entrée originelle
  2. Chambre souterraine
  3. Base rocheuse
  4. Chambre (dite) de la reine
  5. Grande galerie
  6. Chambre (dite) du roi
  7. Chambres de décharge
  8. Conduits (dits) d'aération

D'après ce qui précède, l'initiation spirituelle avait lieu dans la caverne enfouie au cœur de la montagne et à la verticale de son sommet. Or, seule la Chambre (dite) de la reine répond à ces conditions.

Le passage du monde terrestre de la dualité au monde céleste unifié est d'ailleurs souligné par le plafond de la chambre. La ligne de faîte de la voûte en chevron ne symbolise-t-elle pas la réunion des opposés figurés par les deux pans de mur latéraux ? De plus, la chambre ne contient aucun sarcophage car le roi devait se tenir debout dans l'axe de la pyramide pour s'élever symboliquement vers son sommet et au-delà vers Rê. Quant aux conduits (dits) d'aération inachevés et à la pierre en granit obstruant l'accès à la chambre, ils avaient entre autre pour but de maintenir les profanes à l'écart.

La Chambre (dite) du roi est sensiblement décalée par rapport à l'axe de la pyramide et aucune considération technique ne saurait l'expliquer.

La construction d'une large pièce au plafond plat a en effet nécessité la pose d'énormes blocs de granit (convoyés via la grande galerie) qui devaient supporter une charge considérable de pierres. D'où probablement la construction de chambres de décharge surmontées d'une voûte en chevron destinée à déporter une partie de la masse de pierres sur les côtés. Si tel est bien le cas, pourquoi ne pas avoir projeté d'édifier la chambre dans l'axe de la pyramide et de décaler au besoin la chambre de la reine ? Cela aurait évité ou du moins limité l'apparition de fissures dans les blocs de granit due à une répartition inégale des charges et ceci dès la construction. Bien plus, pourquoi avoir construit une chambre à plafond plat quand la Grande galerie s'élève en encorbellements du plus bel effet ?

En fait, seul le rapprochement des aspects techniques et symboliques permet de mieux comprendre la fonction des pyramides. Tout d'abord, le plafond plat accentue le caractère terrestre de la chambre. Ensuite, la présence du “sarcophage” vide évoque le cercueil où Osiris fut enfermé par les soins de Seth. Ensuite, Osiris laissa mourir les états d'être terrestres avant de ressusciter. Enfin, le décalage de la chambre vers le sud (et non vers le nord) souligne encore davantage le triomphe de la lumière sur les ténèbres.

Quant à la chambre souterraine, elle rappelle la chambre funéraire des premières tombes royales en forme de mastabas.

Il s'ensuit que la pyramide n'est pas (seulement) un tombeau royal au sens littéral du terme; elle est avant tout un lieu de “sépulture” des états terrestres de l'être (domaine d'Osiris) et de re-naissance des états spirituels (domaine de Rê) 1.

Notons qu'à l'époque de leur construction, les conduits d'aération de la face sud étaient orientés vers la constellation d'Orion pour la chambre du roi et l'étoile Sirius pour la chambre de la reine. Comme tout dans l'univers est la manifestation des dieux, Orion et Sirius étaient respectivement associés à Osiris et Isis 2. Or, dans le célèbre mythe, Seth disperse les morceaux d'Osiris et Isis rassemble les morceaux éparpillés. Comme il se doit, la manifestation de la dualité terrestre précède le retour vers l'unité céleste. Cela confirme, s'il en était encore besoin, la prédominance fonctionnelle de la chambre de la reine sur celle du roi.

La Grande Pyramide de Gizeh n'est pas un tombeau au sens littéral du terme. Elle ne renferme pas un corps au sens propre, mais le corps de la doctrine de ses bâtisseurs. Il ne s'agit pas d'une connaissance écrite car aucune inscription ou représentation symboliques n'ont été retrouvées à l'intérieur de l'édifice. Elle est en fait inscrite dans la structure même de la construction, dans ses proportions, sa disposition intérieure et extérieure. Ce moyen naturel de transmettre la doctrine était destiné à perdurer aussi longtemps que se maintiendrait la pratique de l'initiation. Le temple d'Angkor Vat nous en offre un bel exemple.

Khéops révélé

Construction de la Grande Pyramide selon Jean-Pierre Houdin

Un film de Florence Tran, France 2008.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Formes traditionnelles et cycles cosmiques”. Éditions Gallimard 1970;
  • Notamment, le chapitre intitulé “Le tombeau d'Hermès”.
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • En particulier, le chapitre XXXI sur “la montagne et la caverne”.

1 retour Le roi était un prêtre avant d'être un autocrate. Loin d'agir de son propre chef, il était avant tout le dépositaire de la Maât. Elle consistait en un principe à la fois de vérité, d'ordre cosmique et social et de justice au sens d'harmonie. En bref, il s'agissait des règles assurant la bonne marche des mondes céleste et terrestre.

2 retour L'association Osiris/Orion et Isis/Sirius est liée au cycle annuel des deux astres. Chaque année, Osiris/Orion se lève à l'est suivie par Isis/Sirius. Puis, Osiris/Orion disparaît pendant 70 jours tandis qu'Isis/Sirius poursuit sa course. Finalement, Osiris/Orion réapparaît suivie d'Isis/Sirius.

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