LOTUS

Au cœur du symbolisme

La signification de la Grande Pyramide

(Résumé)

Pyramides de Gizeh

Le plateau de Gizeh

Aucun monument n'a autant éveillé la curiosité des hommes que les pyramides (égyptiennes). Leur forme, leur masse, leur signification et les secrets de leur construction ont suscité des interrogations chez les êtres en quête de connaissance et mis à rude épreuve la sagacité des archéologues.

La tâche est d'autant plus ardue que les pyramides de l'Ancien Empire (environ 2680-2260 avant notre ère) n'étaient pas des édifices isolés, mais seulement les éléments dominants de vastes lieux de culte.

De façon générale, la pyramide était entourée d'une enceinte et parfois de pyramides plus petites. Sa face orientale jouxtait un temple funéraire (“temple haut”) réservé au culte quotidien du roi défunt. Ce temple était relié par une longue chaussée couverte au temple de la vallée (“temple bas”) destiné à recueillir les dépouilles pour leur embaumement. L'accès au tombeau proprement dit s'effectuait par la face nord de la pyramide tandis que la chambre funéraire intérieure était orientée d'est en ouest.

Il s'ensuit que les pyramides sont orientées selon les points cardinaux 1 et construites le long de trois axes:

  • L'axe horizontal nord-sud, parallèle au cours du Nil depuis sa source jusqu'à la mer, symbolise le passage des ténèbres à la lumière, de l'ignorance à la connaissance. L'entrée par la face nord correspond à un retour à la source;
  • L'axe horizontal est-ouest, parallèle à la course quotidienne du soleil, symbolise le cycle perpétuel de la renaissance et de la mort;
  • L'axe vertical zénith-nadir représente pour l'être l'Axe du Monde qui relie le Ciel et la Terre, le Divin et l'humain, les influences célestes et terrestres.

Au commencement est Noun, le chaos, les “Eaux primordiales” renfermant toutes les possibilités à l'état virtuel. Se dressant au-dessus des eaux, Atoum, le grand démiurge, symbolise l'Axe vertical reliant tous les plans de manifestation et de non-manifestation. Indifférencié, Atoum engendre le premier couple sexué Chou (“Air”) et Tefnout (“Humidité”). Ces derniers engendrent à leur tour Nout (“Ciel”) et Geb (“Terre”). Il s'ensuit que Chou représente le monde intermédiaire les séparant. De ce dernier couple naissent deux autres couples bien connus: Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Ressuscité d'entre les morts, Osiris symbolise la régénération, le renouveau et ne peut que régner sur le royaume des morts. De son union posthume avec Isis naquît Horus.

Tous ces dieux constituaient la grande Ennéade d'Héliopolis, la cité du Soleil, car Atoum manifeste sa propre puissance créatrice sous l'apparence de la lumière surgissant des ténèbres et symbolisée par le dieu du Soleil, Rê 2:

  • Au levant naît le Soleil du matin (Khepri);
  • Au zénith resplendit le Soleil de midi (Rê-Horakhty); il traverse l'espace sur la “barque du jour” et parcourt le monde stellaire au moment de son apparente immobilité dans le ciel;
  • Au couchant, le Soleil du soir redevient en quelque sorte Atoum. Il monte dans la “barque de la nuit” et se régénère à la source au cours de la traversée du monde des ténèbres (royaume d'Osiris) avant de re-naître.

Le cycle solaire traduit une continuelle suite de triomphes de la lumière sur les ténèbres, de l'ordre cosmique sur le chaos. Cette harmonie se perpétuera tant que l'homme vivra en conformité avec cet ordre; sinon le monde retournera au chaos. Or, l'être humain possède l'immense privilège de se trouver au centre de l'orbite apparente du Soleil. Il se tient au point d'équilibre entre lumière et obscurité (levant/couchant, midi/minuit etc.) et il n'appartient qu'à lui de maintenir cet équilibre en intégrant l'ordre qui gouverne le monde dans son mode de vie, sa ferveur spirituelle, ses rites et ses constructions.

Cône de lumièreLa grande pyramideLa toute puissance du Soleil se manifeste au zénith. Le Soleil dessine alors avec le plan de l'horizon un cône de lumière (pour plus de détails, voir la position sur la sphère céleste). Or, la figure du cercle ne privilégie aucune direction contrairement au carré. C'est pourquoi la première est généralement associée au Ciel et la seconde à la Terre. La représentation terrestre équivalente au cône de lumière céleste consiste en une pyramide (droite) à base carrée orientée selon les points cardinaux. Cette figure offre l'avantage sur le cône de mettre davantage en évidence l'équilibre entre lumière et ombre (est/ouest, sud/nord etc.). Les Égyptiens l'avaient bien compris car ils représentaient la création du monde sous la forme d'une montagne pyramidale.

En tant qu'image terrestre de la lumière céleste, la pyramide symbolise à merveille les liens entre Ciel et Terre.

L'alliance du Ciel et de la Terre

Pyramide de KheopsLes liens entre les mondes céleste et terrestre, les figures du cercle et du carré, semblent particulièrement soulignés dans la construction même de la (plus) Grande Pyramide de Gizeh. Si nous partons des dimensions verticale (céleste) et horizontale (terrestre) données en coudées royales:

hauteur = h = 280; base = b = 440.

L'inclinaison de la pyramide est définie par le seked:

2h/b = 560/440 = 14/11

Il s'ensuit que:

2b/h = 22/7 = 3 + 1/7

Or, ceci est une valeur approchée de π et 2b/h ≅ π ou 4b ≅ 2πh. En d'autres termes, le périmètre de la pyramide est très proche de la circonférence du cercle de diamètre égal à deux fois la hauteur de la pyramide. Cette relation entre la hauteur et la base semble davantage fortuite que délibérée car les égyptiens n'étaient pas au fait du calcul de la circonférence. Elle évoque néanmoins la “quadrature du cercle”, un symbole de l'alliance du Ciel et de la Terre.

L'harmonie entre le Ciel et la Terre explique aussi pourquoi l'unité de mesure utilisée pour la construction de la Grande Pyramide faisait référence au le nombre 7:

1 coudée royale = 7 paumes = 28 doigts.

De plus, le nombre 7 caractérise parfaitement la pyramide à base carrée. Le sommet symbolise l'unité qui se manifeste sous forme de polarités lorsqu'il est relié à deux des quatre coins de la base. Comme il peut être relié à deux d'entre eux de six manières différentes, le nombre 7 représente à la fois l'unité (1) et sa manifestation duelle (6) 3.

1 retour Le fait que la Grande Pyramide soit la seule à être exactement orientée ne résulte pas nécessairement de la négligence des bâtisseurs. Les variations par rapport aux points cardinaux pourraient tout aussi bien refléter l'usage d'autres repères liés à des époques ou des formes traditionnelles différentes.

Le parfait équilibre de la pyramide entre les faces éclairées (est/sud) et relativement sombres (ouest/nord) conduit à penser que les Égyptiens déterminaient l'orientation de leurs édifices aussi bien à partir du soleil que des étoiles. Comme aucun document archéologique ne relate la (les) méthode(s) utilisée(s) par les égyptiens pour orienter leurs pyramides, nous nous en tiendrons aux constats et éviterons de choisir entre différentes possibilités toutes aussi vraisemblables les unes que les autres.

2 retour Notons qu'en Égypte aucun dieu, si puissant était-il, ne supplantait les autres pour deux raisons essentiellement:

  • Tout d'abord, la cohabitation de plusieurs cosmogonies liées aux grands foyers spirituels (Héliopolis, Memphis, Hermopolis, Thèbes) répondait à des exigences locales ou temporelles;
  • Ensuite, tous les dieux trouvaient leur source dans Atoum, le principe indifférencié qui se manifeste sous différentes facettes. Si l'Égypte ancienne est polythéiste dans sa manifestation, elle n'en est pas moins “monothéiste” dans son principe comme en témoignent les annales des prêtres de Karnak: “J'ai vu Amon [dieu démiurge de Thèbes] dans son horizon, dans la salle parfaite, au moment où il sortait du levant et j'ai compris que les dieux ne sont que ses images”. La réforme d'Akhenaton n'avait dès lors rien de surprenant, mais elle remettait particulièrement en cause les privilèges des prêtres.

3 retour Ce symbolisme du nombre 7 se retrouve aussi dans la Genèse et la création du monde. La manifestation du monde à partir du Principe divin se déroula en six jours et se termina par un septième jour, dit de “repos”. Le dernier jour n'était pas à proprement parler un jour de repos hors de la création, mais plutôt son couronnement final symbolisé par le retour vers l'Unité.

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