LOTUS

Au cœur du symbolisme

La roue, du Centre au cercle

(Page détaillée)

Résumé

La Roue cosmique

Sphère, axe et pôlesLa Roue cosmique, symbole du monde manifesté, est généralement figurée par un cercle en mouvement autour de son centre. Cette représentation change cependant lorsque nous passons de 2 à 3 dimensions. Le cercle tournant autour de son centre se transforme en une sphère tournant de son axe. Quand la sphère effectue sa révolution, deux de ses points demeurent fixes. Ce sont les deux points d'intersection de la sphère avec l'axe, les deux pôles. Le développement de la manifestation peut alors être figuré par une spirale se déployant sur la surface de la sphère entre les deux pôles. Ou plus exactement une double spirale composée d'une spirale déroulante depuis l'un des pôles et d'une spirale enroulante autour de l'autre pôle. Cette double spirale correspond à un mouvement d'expansion à partir de l'un des pôles et de contraction vers l'autre pôle.

Les spires de la double spirale représentent la succession des cycles de la manifestation. Les points opposés d'un cycle trouvent leur équilibre au milieu du diamètre les joignant, c'est-à-dire sur l'axe des pôles. Autrement dit, l'axe des pôles relie l'ensemble des centres des cycles. Ces cycles s'identifient totalement à leurs centres aux deux pôles. Comme ces derniers se situent sur un axe vertical, ils sont liés par une relation hiérarchique conduisant à les décrire comme des pôles céleste et terrestre. Ces pôles sont respectivement reliés au développement spirituel et humain de l'être ici-bas. La sphère se décompose alors en deux hémisphères céleste et terrestre et le pôle terrestre apparaît comme le reflet du pôle céleste par rapport au centre de la sphère. Ce point n'est qu'une image du Pôle unique, de l'Unité première, du Principe non manifesté à la source de la manifestation du Monde.

Symbole de la roue cosmiqueIl s'ensuit que la meilleure image des hémisphères céleste et terrestre et de l'axe des pôles est constituée par les deux roues et l'essieu du “char cosmique” accompagnant dieux et prophètes au cours de leurs voyages. Les mouvements des deux roues correspondent alors au déroulement et à l'enroulement de la double spirale autour des pôles. Remarquons en passant que la projection de l'image des deux roues reliées par un essieu sur un plan perpendiculaire à son axe nous ramène à la représentation de la roue cosmique à 2 dimensions.

Autres formes de roues

La roue médecine

Roue médecineLes Indiens des plaines de l'Amérique du nord considèrent l'acquisition de la sagesse comme le but essentiel de la vie et le pouvoir de la “médecine” et des rites comme le meilleur moyen d'y parvenir. Ils réalisent à cette fin un ensemble de formes circulaires concentriques faites de pierres, mesurant environ 30 mètres de diamètre et dotés de 4 (ou 28 1) rayons.

La roue comporte généralement trois cercles reflétant les trois ordres de la manifestation, tant à l'échelle du macrocosme (monde cosmique) que du microcosme (monde individuel):

  • Un petit cercle central représentant le Ciel ou l'esprit;
  • Un cercle associé au monde intermédiaire, l'Atmosphère ou l'âme/psyché;
  • Un grand cercle symbolisant la Terre ou le corps.

Le Ciel est le domaine de Wakan-Tanka (le Grand Sacré ou le Grand Esprit) qui est au Centre de tout. Il opère par l'intermédiaire du shaman qui sert d'intercesseur entre Lui et les hommes. La Terre des hommes est caractérisée par les quatre directions cardinales.

Les quatre directions cardinales délimitent les quatre saisons. Les points cardinaux symbolisent l'espace et les saisons le temps. Deux autres directions verticales (au-dessus et en-dessous de la roue) relient le Ciel et les tréfonds de la Terre. Chaque zone de la roue est associée à une couleur spécifique, un animal totémique, une qualité etc. La roue représente à la fois le Monde cosmique et les étapes du voyage que chaque individu doit entreprendre pour parvenir à la pleine réalisation de l'être.

La roue médecine aide l'individu à puiser en lui-même et autour de lui les forces nécessaires pour restaurer l'équilibre entre les composantes corporelle, psychique et spirituelle de l'être (délimitées par les trois cercles) et rétablir l'harmonie entre l'être et le Cosmos.

La roue ou rouelle celtique

La rouelle celtique comporte généralement 6 ou 8 rayons et a pratiquement traversé le moyen âge occidental. Ces deux formes, surtout la seconde, se rencontrent également en Orient et, tout particulièrement, en Assyrie, en Inde et au Tibet.

  • La rouelle à 6 rayons correspond à la projection horizontale de la croix tridimensionnelle à 3 branches. Cette roue donna le chrisme, monogramme du Christ, en transformant ses rayons en I et X ou P. Elle symbolise aussi la fleur de lys à 6 pétales;
  • La rouelle à 8 rayons représente les directions des points cardinaux et des points intermédiaires. Elle figure le lotus, la fleur symbolique de l'Orient 2, et la disposition antérieure au Ciel des trigrammes chinois.

Toutes ces représentations établissent un lien entre le Centre immobile et la périphérie en plein développement. Elles font de la rouelle un symbole du Monde. Le Centre symbolise le Principe immuable actionnant de l'intérieur toutes les choses extérieures, périphériques ou manifestées. De plus, situé à mi-chemin entre les points opposés du cercle, le Centre influence le monde extérieur de façon équilibrée. Il symbolise le lieu où les antagonismes retrouvent un état unifié après leur retour au Centre.

La roue zodiacale

La roue du Zodiaque ou des signes comporte bien entendu 12 rayons; elle est faite à l'image de la “roue du temps” mettant l'accent sur les mois de l'année, les heures du jour ou de la nuit. Tout d'abord, elle constitue l'enveloppe du Cosmos et apparaît comme l'ordonnatrice des lois qui le gouvernent. Ensuite, elle est traversée par deux portes situées aux solstices et nettement visibles sur le portail des églises romanes ou des cathédrales gothiques. Ainsi, la baie gauche du portail royal de la cathédrale de Chartres renferme dix signes du Zodiaque, représentés en alternance avec les travaux saisonniers, dont le signe du Capricorne associé au solstice d'hiver et du Cancer en relation avec le solstice d'été. Les deux autres signes (Poissons et Gémeaux associés aux équinoxes) figurent dans la baie droite.

Le Zodiaque a trouvé son complet développement dans les représentations des signes et des travaux saisonniers dépeints dans les vitraux de la cathédrale de Chartres.

Les portes correspondent à l'entrée et à la sortie de la caverne cosmique. Le pauvre mortel est appelé à devenir pleinement humain à l'entrée et pleinement spirituel à la sortie. La première, associée au solstice d'été et au signe du Cancer, marque le début de la phase descendante du soleil vers l'obscurité; la seconde, en liaison avec le solstice d'hiver et le signe du Capricorne, ouvre la voie ascendante de l'obscurité vers la pleine lumière, la Lumière spirituelle.

Les phases ascendante et descendante de la roue zodiacale la rapprochent naturellement de la roue de la Fortune.

La roue de la Fortune

La notion de roue évoque spontanément les changements continuels auquels sont sujets tous les êtres et choses manifestés. D'où l'idée de la “roue de la vie” ou de la “roue de la Fortune”. Cette dernière fut, dans l'antiquité, un attribut la déesse romaine Fortuna (grecque Tyche) et apparut souvent comme motif dans l'art occidental.

Dans la toile de Burne-Jones par exemple, la déesse, aveugle au sort des affligés enchaînés, actionne une roue sempiternellement. À l'instar de la “roue zodiacale”, la roue de la Fortune comporte 12 rayons pour mettre en exergue l'impact du temps. Contrairement à la “roue zodiacale” cependant, elle est représentée dans un plan vertical afin de souligner encore davantage les hauts et les bas de la vie. Nul ne peut échapper à son mouvement, pas même les êtres arborant les attributs de la royauté.

Les hauts et les bas symbolisent les antagonismes rencontrés par les êtres durant leur vie; ils sont communément représentés par deux points opposés du cercle. Le seul moyen de dépasser les tensions générées par les contraires est de progresser le long des rayons vers le centre du cercle, le seul point immobile où les antagonismes trouvent leur équilibre avant de se fondre dans l'Unité première, le Principe primordial.

La roue de la Loi

Le lien entre le Principe et sa manifestation est mis en évidence par les rayons reliant le centre au cercle. Dans la tradition indienne, l'ensemble prend l'apparence d'une roue (“chakra” en sanskrit) dénommée roue de la Loi (“dharmachakra” en sanscrit). Il s'agit de la Loi (“dharma” en sanskrit), au sens le plus étendu du terme, qui gouverne toutes les choses du Monde manifesté et non manifesté. Elle est l'expression du Principe qui régit l'Ordre du Monde au sens large.

La roue de la Loi est le plus souvent représentée par une roue à 8, 16 ou 24 rayons.

  • La Roue de la Loi sur le drapeau indienLes 8 ou 16 directions issues du centre représentent les points cardinaux et les points intermédiaires; ils dépeignent le développement de la manifestation.
  • Les 24 directions du motif central du drapeau indien décrivent les relations entre les heures de la nuit et du jour, l'obscurité et la lumière, le non manifesté et le manifesté. Elles donnent à la roue de la Loi sa pleine signification.

Comme les rayons peuvent être parcourus dans les deux sens, la même Loi s'applique lors du retour de la manifestation au Principe. Quitter l'agitation du monde manifesté (“samsâra”) pour rejoindre la quiétude du Centre (“nirvâna”) constitue l'étape ultime de la réalisation de l'être.

La roue est un symbole de la manifestation du Monde en continuel changement par rapport au Centre, au Principe immuable non manifesté, à l'Unité première. Cette manifestation prend des aspects divers en fonction du symbolisme attaché au nombre de rayons. Toutefois, tout ce qui provient du Centre ne peut jamais en être détaché sous peine d'être séparé de l'Unité qui l'a produit. Le manifesté doit nécessairement retourner au Centre. Les voyages aller et retour ne font qu'Un.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • En particulier, les chapitre VIII sur “L'idée du Centre dans les traditions antiques” et XL sur “Le dôme et la roue”.
  • “La Grande Triade”. Éditions Gallimard 1957;
  • Notamment, les chapitres V sur “La double spirale”, XXIII sur “La roue cosmique” et XXV sur “La cité des saules”.
  • Élan Noir:
  • “La pipe sacrée”. Éditions Le Mail, 1992;
  • Particulièrement, le chapitre V sur la danse du soleil.

1 retour Le nombre 28 correspond au cycle lunaire fait de deux phases de croissance et de décroissance, de vie et de mort.

2 retour Notons que la fleur symbolique de l'Occident, la rose, est figurée par un nombre variable de pétales et peut recouvrir des significations distinctes. Sur le rapprochement entre la rose et la roue, voir la rose des vents et les rosaces des cathédrales.

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