LOTUS

Au cœur du symbolisme

Orientation et tradition celtique (irlandaise)

(Page détaillée)

Résumé

Orientation celtique

En gaélique, “ichtar” désigne à la fois le “bas” et le “Nord” tandis que “tuas” signifie simultanément “haut” et “Sud”. De même, “t-air”, l'Est, est la région qui est “devant” tandis que “t-iar”, l'Ouest, est au contraire la région située à l'arrière. En conséquence, l'observateur faisant face à l'Est a le Sud ou le monde lumineux, réservé aux vivants, à sa droite et le Nord ou le monde obscur, dévolu aux morts et dénommé “síd”, à sa gauche (voir le diagramme plus bas).

De même que le royaume des vivants est au-dessus du royaume des morts, le Sud est “au-dessus” du Nord. Aussi, les Celtes irlandais donnaient-ils la préférence à la droite dans le royaume des vivants et à la gauche dans la royaume des morts comme en témoigne la représentation de la face intérieure du chaudron d'argent de Gundestrup (situé au Danemark). En conformité avec une analogie générale, le royaume des vivants est une image inversée du royaume des morts.

Mort du guerrier ordinaire et sa re-naissance en chevalier

Accorder la prééminence à la droite ou au Sud dans le monde des vivants consiste à donner la préférence au côté lumineux, par rapport au côté sombre. Associer mondes des vivants et des morts, au sein d'une orientation tournée vers l'Est, revient à considérer le soleil levant (ou couchant) aux solstices. Les quatre points en relation avec le lever et le coucher du soleil aux solstices dessinent un rectangle appelé “rectangle solsticial” dont le rapport des côtés dépend de la latitude du lieu d'observation. Ce rectangle se réduit à un carré pour une latitude voisine de la pointe Nord de l'Irlande, région évocatrice des îles septentrionales du Monde où la tradition celtique trouve sa source symbolique. À cette latitude, le soleil se lève précisément au Sud-ouest au solstice d'hiver et au Nord-est au solstice d'été. Pour davantage de détails sur la détermination de l'angle formé par les diagonales du “rectangle solsticial”, consulter la position sur la sphère céleste.

Fêtes celtiques

Conformément à la correspondance usuelle entre espace (ou points cardinaux) et temps humain (ou saisons), le soleil se lève précisément à l'Est et se couche exactement à l'Ouest aux équinoxes de printemps et d'automne (aux environs du 21 mars et du 21 septembre). De sorte que les solstices d'été et d'hiver (aux environs du 21 juin et 21 décembre) correspondent respectivement au Sud et au Nord. Selon cette analogie, le “carré solsticial” peut être rapproché du calendrier des “fêtes” celtiques irlandaises (voir le diagramme ci-dessous). Un décalage s'ensuit entre la position du soleil couchant au solstice d'été et le début (ou la fin) du cycle annuel fixé au 1er novembre. Ce décalage pourrait avoir des origines simplement pratiques liées à la précision des observations astronomiques de l'époque. Plus vraisemblablement d'origine symbolique, il tiendrait à la “période close” à l'occasion de la “fête” coïncidant avec le début ou la fin du cycle annuel au cours de laquelle le monde d'en “bas”, monde du renouveau, fécondait le monde d'en “haut”.

Orientation et fêtes celtiques
Carré solsticial à la latitude pointe nord de l'IrlandeCalendrier des “fêtes” celtiques

Selon la modalité solaire de la tradition chinoise (voir orientation et tradition), la préférence pour la gauche ou la voie ascendante de la Terre vers le Ciel conduit à nommer le yin avant le yang comme dans le fameux symbole yin-yang. De même, dans la tradition celtique, l'obscurité vient avant la clarté, la nuit avant le jour et la période sombre et froide de l'année annonce la période claire et chaude. Autrement dit, le monde des morts et des dieux prend le pas sur le monde des vivants.

La jonction des deux périodes sombre et claire s'opère aux deux “fêtes” principales de l'année: Samain le 1er novembre et Beltaine le 1er mai. Ces deux “fêtes” principales sont entrecoupées par deux autres “fêtes” marquant le milieu des deux périodes sombre et claire: Imbolc le 1er février et Lugnasad le 1er août.

  • Samain (“réunion”, “assemblée”)
  • Il s'agit d'une “fête” complète qui rassemble les êtres vivants et ceux du “síd”. Elle réclame en conséquence le concours des représentants des trois fonctions de la tradition celtique:
    - “sacerdotale” (prêtres ou druides);
    - “guerrière” (noblesse militaire ou flaith);
    - “productrice” (artisans).
  • Imbolc (“lustration”, “averse”)
  • Apparemment, la “fête” de la troisième fonction (“productrice”). Elle peut être mise en relation avec l'influence céleste symbolisée par la pluie ou la phase descendante du soleil entre les solstices d'été et d'hiver, entre le Nord symbolisant l'Autre Monde et le Sud représentant le monde des vivants.
  • Beltaine (“lumière”, “feu”)
  • “Fête” de la première fonction (“sacerdotale”) où feu et lumière, symboles solaires, jouent un rôle important. C'est la “fête” des rites de passage entre les périodes froide et chaude, entre l'obscurité et la lumière, entre la mort psychique symbolique et la re-naissance spirituelle.
  • Lugnasad (“assemblée de Lug”)
  • Lug est à lui seul tous les dieux et en assume toutes les fonctions. La “fête” fait ici référence à son aspect royal. Elle honore le souverain, intermédiaire entre les deux autres fonctions, en tant que dispensateur des richesses extérieures et intérieures ainsi que du bon gouvernement de la société et de soi-même.

En fait, Lug, dieu multifonctionnel, présidait également aux “fêtes” de Samain et Beltaine respectivement sous ses aspects sombre et lumineux.

Imbolc fut totalement occultée par la fête chrétienne de sainte Brigitte, héritière de Brigit, divinité féminine qui fut aussi l'initiatrice des “arts” (ou des métiers manuels et intellectuels). “Fête” la moins influente des quatre, elle termine le cortège de leur succession selon leur ordre d'importance que retrace le diagramme ci-dessous:

Hiérarchie des “fêtes” celtiques


Samain, “fête” de l'intégralité des cycles des morts et des vivants propres au monde obscur (Nord-ouest);
Beltaine, “fête” sacerdotale propre au monde lumineux (Sud-est);
Lugnasad, “fête” royale, pendant temporel de la “fête” sacerdotale (Sud-ouest);
Imbolc, “fête” de la fonction artisanale (Nord-est).

Cette séquence, orientée en suivant la droite, comporte deux axes reflétant la structure fortement hiérarchisée de la société celtique où le spirituel prévaut sur le temporel:

La structure fortement hiérarchisée de la société et des “fêtes” celtiques incline à l'existence d'une seule porte, Samain, reliant le monde des morts et celui des vivants

L'axe Samain-Beltaine symbolise la voie spirituelle ou supra-humaine. Il évoque la connaissance des principes immuables hors de toute manifestation et transmise directement aux druides depuis l'Autre Monde, le monde des morts et des dieux.

L'axe Lugnasad-Imbolc représente la voie temporelle ou humaine. Il figure la charge de l'application des principes et des lois de l'action propres au monde manifesté et que le roi recevait des seuls druides.

Conformément à la prééminence du spirituel sur le temporel, l'axe Samain-Beltaine est relativement vertical par rapport à l'axe Lugnasad-Imbolc.

Notons une particularité de la tradition celtique (irlandaise) relative aux deux portes. Beltaine, “fête” sacerdotale proprement dite, reflète plutôt l'aboutissement que le début de la voie des dieux; Imbolc, en tant que “fête” de la seule fonction productrice, ne saurait, à elle seule, autoriser l'accès à la voie des hommes. Aussi, la structure fortement hiérarchisée des “fêtes” et de la société celtiques incline à l'existence d'une seule porte reliant le monde des morts et celui des vivants, à savoir Samain, comme en témoigne d'ailleurs la plaque du chaudron de Gundestrup. Elle symbolise la mort du guerrier à l'état ordinaire et sa ré-génération à l'état primordial, représenté par le “chevalier”, à la suite de la plongée dans l'élixir de vie immortelle.

Les récents travaux archéologiques, qui voient une représentation de sacrifices humains dans le chaudron de Gunderstrup, oublient deux choses:

  • Les rites d'initiation du guerrier sont déjà un sacrifice où la mort du vieil homme précède la renaissance de l'homme nouveau;
  • Tout rite, sacrificiel ou non, obéit à des règles qui cadrent difficilement avec la découverte de restes humains et domestiques au fond des fosses mises en lumière.

Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'existence de rites sacrificiels humains chez les celtes, mais il est important de souligner leur extrême rareté. Tout d'abord, la littérature médiévale irlandaise ne relève que deux ou trois de ces cas. Ensuite, la découverte des restes humains s'apparenterait davantage à des massacres, à caractère non rituel, de blessés ou de prisonniers à la fin d'un combat entre camps ennemis.

Bibliographie

  • Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc'h:
  • “La civilisation celtique”. Éditions Ouest-France, 1990;
  • “Les fêtes celtiques”. Éditions Ouest-France, 1995.
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