LOTUS

Au cœur du symbolisme

Tout et parties, Unité et polarité (Page détaillée)

Résumé

Unité et polarité

Toutes les forces motrices de la nature extérieure et humaine trouvent leurs racines dans une tension intermédiaire entre opposés. Il n'y aurait pas de lumière sans obscurité, de courage sans peur, de joie sans peine, de grandeur sans faiblesse et d'homme sans femme.

De même que l'homme et la femme peuvent se réconcilier au plan exotérique (extérieur ou temporel), nos propres composantes masculine et féminine peuvent fusionner au plan ésotérique (intérieur ou métaphysique). En effet, les tensions entre opposés ne sont pas condamnées à perdurer, elles peuvent muer en complémentarités et les compléments devenir Un. Dès lors, les opposés sont unifiés dans l'Unité première. Inversement, la polarisation de l'Unité donne naissance à l'émergence d'opposés qui, en réalité, ne font qu'un.

L'Un vu plusieursL'Unité dans la multiplicité et la multiplicité dans l'Unité peuvent être mieux comprises à partir de l'exemple d'un simple cercle. Bien que nous considérions des concepts tels que “début” et “fin” comme opposés, chaque point de la circonférence du cercle peut être perçu à la fois comme un commencement et une fin. De plus, si nous dessinons deux cercles concentriques et un rayon commun, nous observons que tout point du plus “petit” correspond à un point du plus “grand” et inversement. Ainsi, les deux cercles ont le “même” nombre indéfini de points et, en réalité, ne font qu'un. Seule l'illusion dualiste de notre mental qui privilégie la mesure quantitative (“petit” ou “grand”) par rapport à l'aspect qualitatif (le “même” en principe), nous les fait voir comme distincts. En fait, tous les cercles concentriques ont le même centre qui représente “l'Unité” s'étendant également dans toutes les directions à l'image des vibrations pulsées à partir d'une source unique.

De façon similaire, la tradition hindoue dit que “vie et mort sont une même chose”. Cela signifie que ces deux états opposés sont mutuellement interdépendants et constituent deux facettes d'une même réalité qui est une. En effet, mort et vie correspondent à la fin d'un cycle et au début d'un nouveau.

La polarité fondamentale: Ciel et Terre

Depuis les temps immémoriaux, les êtres humains ont scruté le ciel pour obtenir des réponses aux questions soulevées sur terre. Il s'ensuivit que la première polarisation de l'Unité, notamment dans la tradition chinoise, fut forgée à partir du Ciel symbolisant “l'Essence” et de la Terre représentant la “Substance”.

Monnaie chinoise ancienneEn tant que symbole solide et stable, la Terre est souvent représentée par un carré entouré d'un cercle concentrique décrivant le Ciel comme dans les anciennes pièces de monnaie chinoise. Dans cette représentation, l'intérieur du cercle (Ciel) contient l'extérieur du carré (Terre). Au sein de la région intermédiaire, là où le Ciel “intérieur” rejoint la Terre “extérieure”, les influences céleste et terrestre se rencontrent et s'équilibrent pour produire les “dix mille êtres”, i.e. tous les êtres manifestés.

De par sa forme circulaire, le Ciel s'étend également dans toutes les directions sans en favoriser aucune. Au contraire, la Terre carrée privilégie les quatre directions en relation avec les points cardinaux du point de vue spatial ou les cycles variés liés à une perspective temporelle (saisons, âges de l'humanité, lunaisons etc.).

En architecture, la Terre est naturellement représentée par un cube chapeauté par un dôme hémisphériqueEdifice cubique surmonté d'un dôme hémisphèrique symbolisant le Ciel et dont la base peut être circulaire or octogonale. L'expression traditionnelle concise: “Le Ciel couvre, la Terre supporte” décrit les rôles des deux principes complémentaires. Ils sont respectivement supérieurs et inférieurs à l'ensemble de la manifestation caractérisée par la ligne de séparation circulaire ou octogonale. L'octogone fait référence aux directions des points cardinaux et intermédiaires et symbolise le plein développement de la manifestation.

La verticale qui joint le sommet du dôme au centre de la base du cube représente “l'Axe du Monde” le long duquel influences céleste et terrestre se rencontrent. La clé de voûte surmontant le dôme, dénommée aussi “faîte du Ciel”, symbolise l'Unité, le Principe d'où rayonnent la polarité Ciel/Terre et l'ensemble de la manifestation. Au cours de la construction, la clé de voûte apparaît comme le couronnement de l'édifice et son achèvement ultime.

Tout en marchant autour de l'édifice, vous voyez toute la construction se déplacer apparemment en sens inverse par rapport à son axe fixe. Le vertex de l'axe symbolise, dans la tradition chinoise, le Principe “non-agissant” (Wuwei), la “Grande Unité”, le Tout source du principe actif, masculin, positif, lumineux ou yang (Ciel) et du principe passif, féminin, négatif, obscur ou yin (Terre).

Symbole yin-yangToutes ces caractéristiques (actif et passif, positif et négatif etc.) doivent être comprises comme des polarités du Tout. Le Yijing (Yiking) dit qu'il n'y a pas de yin sans yang ni de yang sans yin comme l'illustre l'imbrication des parties blanche et noire du fameux symbole yin-yang. La “Grande Unité” maintient l'équilibre entre les influences céleste et terrestre, active et passive, positive et négative, masculine et féminine etc. Aussi, les polarités de l'Unité ne devraient jamais être considérées séparément, sinon elles risquent de perdre leur étroite interdépendance et la faculté de jouer leur rôle de complémentaires.

Que pouvons-nous en retirer au sujet de l'environnement ?

Tout comme le Ciel et la Terre, tous les opposés se complètent l'un l'autre au sein de l'Unité ou du Tout 1. Inversement, le Tout se manifeste, se polarise sous la forme d'opposés qui ne trouvent leur signification profonde qu'en Celui-ci.

Une telle vision se fonde sur le “paradigme de l'unité du monde” où les dualismes ne s'opposent plus, mais s'entretiennent l'un l'autre dans un tout 2. Cette vue résulte d'une raison pertinente: le tout contient quelque chose de plus que ses parties. Par exemple, chez les êtres vivants, la capacité de s'adapter et de se développer ou la faculté de créer une pluralité d'états variés et dynamiques.

Considérons quelques exemples relatifs à l'environnement et à la santé:

  • Les niveaux autorisés de pesticides dans les denrées alimentaires sont définis indépendamment pour chacun d'eux. Toutefois, les normes ne reflètent pas la réalité. La plupart des aliments contiennent en effet un cocktail de substances chimiques dont l'effet global peut être plus important que la somme des impacts des composants considérés séparément. Or, les études de toxicologie prennent rarement en compte ces effets de synergie sur les êtres vivants et les écosystèmes. Leur utilisation a fait nombre de victimes parmi les abeilles.
  • Les insectes ont développé la production de nombre d'hormones sexuelles appelées phéromones. Ajouter aux phéromones des composants similaires synthétisés, inactifs par eux-mêmes, peut accroître l'activité sexuelle. Inversement, substituer des composants synthétisés aux phéromones conduit à une chute brutale de cette activité. Il doit y avoir, dans les phéromones, quelque chose de plus que les propriétés des substances chimiques pour expliquer ce phénomène.
  • Dans le vers à soie, un mélange de substances est actif même si chacune d'elles ne l'est pas. Cela va à l'encontre de la vue commune consistant à isoler un principe actif au sein de l'un des composants.
  • Similairement, un extrait de feuille d'artichaut révèle plusieurs propriétés (diurétiques sur les reins et variées sur la sphère hépatique). La recherche des substances responsables de ces effets a conduit à isoler six constituants principaux. Cependant, aucune de leurs combinaisons partielles n'était totalement efficace. Seule leur association complète possédait les mêmes propriétés que l'extrait.
  • Les extraits aromatiques des plantes ont des propriétés bactéricides qui les rendent bien plus efficaces que les antibiotiques. Elles sont, en effet, constituées d'un large spectre de molécules agissant en synergie qui empêchent les bactéries de développer des résistances pour s'adapter successivement à chacune d'elles.

De nouvelles propriétés, non révélées par les parties constituantes, émergent de leur association. Cela évoque les mots fameux du scientifique et philosophe Blaise Pascal: “Le tout est plus que la somme des parties” ou “Toute chose étant causée et causante, aidée et aidante, médiatement et immédiatement, et toutes (choses) s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties”. La vie est un tout où les parties, au lieu de suivre des voies différentes, travaillent de concert. Les parties résultent de la désintégration du tout, le tout constitue le couronnement de l'intégration des parties. Un ensemble de composants devient un tout par le biais de leurs interactions mutuelles et de leurs relations avec leur environnement commun. Prendre en compte ces inter relations signifie passer d'une approche fragmentée à une vision holistique.

De plus, dans le domaine de la science et de la recherche, cela implique de passer d'une approche “analytique” étudiant les éléments séparés dans des “conditions de laboratoire” à une approche davantage “holistique” investiguant les systèmes vivants dans leur ensemble et dans des “conditions naturelles”. C'est la seule voie pour comprendre réellement les impacts de nos modes de vie sur la santé de la biosphère et des populations composant nos sociétés.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “La Grande Triade”, Éditions Gallimard, 1957;
  • Principalement, le chapitre III relatif à “Ciel et Terre”.
  • Jean-Marie Pelt
  • “Les langages secrets de la nature”, Éditions Fayard, 1996;
  • Particulièrement, le chapitre 6 “Aimez vous les uns les autres!”.
  • “L'avenir droit dans les yeux”, Éditions Fayard, 2003;
  • Notamment, le chapitre 5 intitulé le “Le Joker vert”.
  • “Les dons précieux de la nature”, Éditions Fayard, 2010;
  • Avec la collaboration de Denis Cheissoux et Franck Steffan:
  • En particulier, le chapitre 5 intitulé “La Terre, mère des plantes qui guérissent”

1 retour Notez que l'Être au-delà de toute différentiation, le Tout, ne peut être, grammaticalement parlant, ni masculin ni féminin, seulement neutre. “Il” peut être source de malentendus dans les langues, comme le français, où le neutre n'existe pas. Même dans les langues, tel que l'anglais, utilisant le neutre, “it” se rapporte uniquement à un genre correspondant à une sphère non-humaine séparée. Dans les traditions orientales, “Il” va bien au-delà et englobe la dualité masculin-féminin. Par exemple, la tradition hindoue établit une différence entre:

  • Brahma, le “Principe Suprême” au-delà de toute distinction et neutre;
  • Brahmâ, l'aspect “Non Suprême” avec Vishnu et Shiva de la triple manifestation (“Trimûrti”), qui est masculin.

2 retour Dans la physique contemporaine, cette approche a déjà été appliquée, par exemple, au sein de la théorie de la relativité restreinte d'Albert Einstein. L'abandon des dualismes espace/temps et masse/énergie résulte du principe d'équivalence de tous les référentiels d'inertie (i.e. se déplaçant à une vitesse relative constante) avec les implications suivantes:

  • La vitesse de la lumière (dans le vide) est identique dans tous les référentiels d'inertie.
  • Les lois physiques ont la même formulation dans n'importe quel référentiel d'inertie.
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