René Guénon, un être hors du commun

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L'être du renouveau de la métaphysique

“On parle toujours de morale, on ne parle presque jamais de doctrine”
(La crise du monde moderne)

La renaissance de la Tradition

René GuénonRené Guénon est reconnu comme la grande figure du renouveau de la métaphysique au XXe siècle en Occident 1. Profondément pénétré de l'Intelligence qui gouverne le monde, il redonna toute sa clarté à la Connaissance traditionnelle (unifiée) au-delà de la connaissance rationnelle (dispersée). Il restaura la tradition spirituelle dans son authenticité tout en dénonçant les errements de l'occultisme, du spiritisme ou de la théosophie qui régnaient alors en maîtres. Cela lui valut bien des inimitiés qui se perpétuent encore de nos jours 2.

Toute sa vie fut une quête de la vérité à laquelle pourtant rien ne le prédestinait. Né dans une famille catholique de Blois en 1886, il étudia dans les établissements religieux de la ville avant de s'installer à Paris en 1904 pour préparer les concours des grandes écoles. Dès 1905 cependant, il décida de s'immerger dans les milieux occultistes de la capitale et de faire de la quête métaphysique le but de sa vie. Il fréquenta les milieux ésotériques et collabora à de nombreuses publications consacrées aux sciences traditionnelles. L'année de son mariage avec une amie de la famille, Berthe Loury, en 1912, il fut reçu en maçonnerie et initié au soufisme sous le nom de Abdel Wahed Yahia (Serviteur de l'Unique). Après le décès de son épouse en 1928, il quitta Paris pour L'Égypte. Il se fixa au Caire en 1930, épousa la fille d'un Cheikh en 1934 et mourut en terre arabe en 1951.

Son premier ouvrage, intitulé “Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues” (1921), constitue l'assise de toute son oeuvre. Il nous rappelle que toute tradition authentique est une forme secondaire de la “Tradition Primordiale” d'origine supra-humaine. Il s'ensuit qu'à partir de toute forme traditionnelle rattachée à une source non humaine, nous pouvons retrouver le même fondement, la vérité commune, le Principe unique à l'origine de tout ce qui est.

Pour retrouver nos communes racines, nous ne pouvons que retourner là d'où nous venons. Nous devons simplement remonter le courant, revenir à la source des états humains et supra-humains. Un tel voyage consiste tout d'abord à réaliser la plénitude des états humains et à restaurer “l'état primordial”; et ensuite à parvenir à la pleine réalisation de tous les états de l'être, humains et supra-humains, pour devenir un être total.

Ce voyage de retour aux origines emprunte souvent la voie des symboles, véritables véhicules de la transmission de la Connaissance traditionnelle. Sans les symboles, l'accès à la source du savoir ancestral se serait depuis longtemps asséché car seul le symbole est à même de suggérer une réalité d'ordre supérieur à partir d'une représentation d'ordre inférieur.

Pour parvenir à remonter la pente (à se re-pentir), l'être doit avoir la capacité de recevoir l'influence spirituelle, la lumière qui l'ouvrira à la Connaissance. Cette influence est nécessaire pour révéler les qualifications initiatiques de l'être indispensables pour aborder le domaine des états supérieurs. Or, le monde a perdu les structures susceptibles de réveiller ces qualifications et de permettre à l'être de progresser sur la voie spirituelle (voir, par exemple, la Grande Pyramide).

L'époque contemporaine se distingue en effet par: “son besoin d'agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante… C'est la dispersion dans la multiplicité, et dans une multiplicité qui n'est plus unifiée par la conscience d'aucun principe supérieur”. D'où, “une matérialisation de plus en plus accentuée car la matière est essentiellement multiplicité et division… Plus on s'enfonce dans la matière, plus les éléments de division et d'opposition s'accentuent et s'amplifient; inversement, plus on s'élève vers la spiritualité, plus on s'approche de l'unité, qui ne peut être pleinement réalisée que par la conscience de principes universels.”

Voilà pourquoi René Guénon n'a eu de cesse d'insister sur le déclin de l'Occident et son entrée dans l'âge de fer ou le Kali-Yuga comme le dénomme les Hindous. La “période la plus sombre de cet âge sombre” toucha d'abord l'Occident et, par ricochet, l'humanité entière. La principale raison de ce déclin tient à l'oubli des principes universels. Seule la re-naissance de la Tradition au-delà des clivages entre “Orient et Occident” (1924) permettra de sortir de “la crise du monde moderne” (1927) et de cet âge sombre caractérisé par “le règne de la quantité et les signes des temps” (1945).

Tout en suivant sa propre voie, René Guénon a vécu à la confluence des mondes et des doctrines traditionnelles comme en témoigne ses écrits. Chacun de ses 26 ouvrages et quelques 350 articles amènent le lecteur à tourner son regard vers les portes s'ouvrant par-delà l'horizon. Il est alors prêt à com-prendre (i.e. prendre ensemble) le monde ici-bas et le monde au-delà.

1 retour Il ne faudrait pas oublier Alexandra David-Neel (notons qu'Alexandra écrivait son nom d'auteur Neel sans accent et non Néel comme plusieurs éditeurs) qui a tant fait pour le renouveau des doctrines hindoue et du bouddhisme tibétain. Les deux auteurs ont dû avoir connaissance de leurs écrits respectifs, même si les commentaires de René Guénon à propos des travaux d'Alexandra David-Neel se réduisent à une simple note en bas de page dans “Autorité spirituelle et pouvoir temporel”.

Les lecteurs désireux de découvrir les ouvrages d'Alexandra David-Neel pourraient commencer avec “La puissance du néant” écrit en collaboration avec son fils adoptif, le Lama Yondgen. Vous lirez probablement ses autres livres par après. De même, si vous voulez vous faire une idée des travaux de René Guénon, plongez dans “La Crise du monde moderne”.

2 retour Il suffit de se référer à un auteur aussi talentueux qu'Umberto Eco pour mesurer à quel point le monde moderne s'est éloigné de la “pensée” traditionnelle. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ses romans mettent le plus souvent en scène les milieux occultes. Pour nous faire une idée, nous pouvons nous contenter de lire le chapitre “Comment écrire un Guénon inédit ?” du pastiche “Comment voyager avec un saumon”, éditions Grasset, 1997.

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Bibliographie et biographie de René Guénon

Ouvrages parus de son vivant:

  1. “Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues”, 1921 (Éditions Guy Trédaniel).
  2. “Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion”, 1921 (Éditions Guy Trédaniel).
  3. “L'Erreur spirite”, 1923 (Éditions Traditionnelles).
  4. “Orient et Occident”, 1924 (Éditions Guy Trédaniel).
  5. “L'Homme et son devenir selon le Vêdânta”, 1925 (Éditions Traditionnelles).
  6. “L'Ésotérisme de Dante”, 1925 (Éditions Gallimard).
  7. “Le Roi du Monde”, 1927 (Éditions Gallimard).
  8. “La Crise du monde moderne”, 1927 (Éditions Gallimard).
  9. “Autorité spirituelle et pouvoir temporel”, 1929 (Éditions Guy Trédaniel).
  1. “Saint Bernard”, 1929 (Éditions Traditionnelles).
  2. “Le Symbolisme de la Croix”, 1931 (Éditions Guy Trédaniel).
  3. “Les États multiples de l'Être”, 1932 (Éditions Guy Trédaniel).
  4. “La Métaphysique orientale”, 1939 (Éditions Traditionnelles).
  5. “Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps”, 1945 (Éditions Gallimard).
  6. “Les Principes du Calcul infinitésimal”, 1946 (Éditions Gallimard).
  7. “La Grande Triade”, 1946 (Éditions Gallimard).
  8. “Aperçus sur l'Initiation”, 1946 (Éditions Traditionnelles).

Ouvrages parus après sa mort:

  1. “Initiation et réalisation spirituelle”, 1952 (Éditions Traditionnelles).
  2. “Aperçus sur l'ésotérisme chrétien”, 1954 (Éditions Traditionnelles).
  3. “Symboles de la Science sacrée”, 1962 (Éditions Gallimard).
  4. “Études sur l'Hindouisme”, 1962 (Éditions Gallimard).
  5. “Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage”, 2 volumes, 1970 (Éditions Traditionnelles).
  6. “Formes traditionnelles et cycles cosmiques”, 1970 (Éditions Gallimard).
  7. “Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme”, 1973 (Éditions Gallimard).
  8. “Comptes rendus”, 1974 (Éditions Traditionnelles).
  9. “Mélanges”, 1976 (Éditions Gallimard).
Biographie:
Paul Chacornac: “La vie simple de René Guénon”. Éditions Traditionnelles, 1996.
Voir aussi la vidéo sur le précieux apport de René Guénon.

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