LOTUS

Au cœur du symbolisme

Le drapeau de l'Autorité palestinienne

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Résumé

Drapeau de l'Autorité palestinienne

Les couleurs du drapeau

L'Islam est riche du symbolisme des couleurs. Les mystiques musulmans voient dans les gradations ascendantes de couleurs une manifestation de la Lumière Pure réfléchie dans l'échelle des sept degrés ou centres de la tradition islamique.

Ainsi, pour Roumi, la progression s'effectue selon l'échelle suivante: bleu, rouge, jaune, blanc, vert, bleu pâle, le dernier degré étant incolore. En effet, le degré ultime représente le Principe à la source de toute chose et, en particulier, des couleurs. Il ne peut dès lors faire l'objet d'une quelconque détermination.

Une autre échelle de couleurs donne la gradation suivante: blanc (couleur de l'initiation), jaune (ferveur véritable), bleu foncé (faveur divine), vert (paix intérieure), azur (intuition immédiate), rouge (gnose), noir (divine essence). Le dernier degré se voit attribuer une couleur, mais pas n'importe laquelle. Le noir symbolise ici le non manifesté, l'absence (de couleurs) représentative du Principe à l'état pur.

Les couleurs dépeignent également un éclairage indirect des sept centres de l'être humain: gris (corps ou Adam), bleu (âme ou Noé), rouge (cœur ou Abraham), blanc (conscience ou Moïse), jaune (esprit ou David), noir (centre subtil dénommé le secret ou Jésus) et vert (Centre Divin ou Mohammed).

Il y a d'autres gradations de couleurs concernant les sept Ciels, les sept Terres etc. Toutefois, le drapeau de l'Autorité palestinienne n'en retient que quatre seulement: deux complémentaires (rouge et vert) et deux opposées (blanc et noir):

  • Le rouge et le vert dépeignent habituellement le feu et l'eau, les feux terrestre et céleste et, plus généralement, la Terre et le Ciel;
  • Le blanc correspond à la manifestation (l'addition) de toutes les couleurs du spectre de la lumière visible; le noir relève, au contraire, de la non manifestation (l'absorption) des couleurs. En conséquence, le blanc et le noir ont trait au visible et à l'invisible.

Ces deux types de relations (Terre/Ciel ou ici-bas/au-delà, visible/invisible ou extérieur/intérieur) sont fondamentales dans toute tradition en général et dans l'Islam en particulier. Et il n'y a pas de meilleur symbole que la montagne pour les décrire.

Le symbolisme de la montagne

L'image symbolique de la montagne est un triangle dont le sommet est un point de contact entre la Terre et le Ciel. Il représente le passage entre les états humains et supra-humains, les mondes terrestre et céleste. Vu d'en haut, le sommet assimile la montagne au Centre du Monde; vu d'en bas, la montagne ressemble à l'Axe du Monde et ses pentes à des échelles à escalader.

Dans la tradition biblique, les montagnes symbolisent la révélation du sacré tel le Mont Horeb ou Sinaï.

Dans la tradition musulmane, le Mont Qâf domine le monde terrestre. Une région obscure le sépare de la Terre et il faut la traverser pour atteindre le sommet. Quelquefois, le Mont ou son sommet sont dits faits d'émeraude,Drapeau du Soudan une couleur mélangeant le vert et le bleu. Notez que dans le drapeau soudanais, reprenant les mêmes couleurs et dessin que le drapeau panarabe, le triangle est vert. Le vert est souvent considéré comme la couleur de l'Islam et de Mohammed ou encore de l'être qui a atteint le sommet de la montagne.

Le Monde céleste contient le monde terrestreSur la cime du Mont Qâf réside le plus fabuleux des oiseaux, le Simorgh. Il symbolise, au-delà de la voie du retour à la source (sharia), la Connaissance Pure (haqîqat), le Centre Divin, la Grande Paix, le Grand Silence, la Vérité essentielle, le Principe, le Pôle de l'invisible réservé uniquement à ceux qui peuvent voir avec les yeux du cœur. Le Mont Qâf constitue l'enveloppe céleste et invisible de la Kaaba terrestre et visible à la Mecque. Cela ne suggère t-il pas l'image du Monde invisible et céleste contenant le monde visible et terrestre ? Pour plus de détails, voir l'introduction au symbolisme.

Le Simorgh est assisté à droite et à gauche de deux Imams et le ternaire obtenu est aussi un triangle.Polarisation du Principe et voie de retour vers le Principe Ce ternaire décrit le Principe et sa polarisation selon différentes facettes. Il représente le triangle initiatique montrant la voie descendante du Principe vers sa polarisation sous divers aspects et la voie du retour des aspects polarisés à leur unification dans le Principe. Il indique à l'initié que nous venons tous du Principe et que nous ne pouvons qu'y retourner pour dépasser notre nature extérieure divisée et retrouver notre nature intérieure unifiée.

À l'instar de la Kaaba, il y a d'autres lieux sur Terre représentant une image du Centre Divin comme, par exemple, la montagne du sacrifice d'Abraham pour les juifs ou le Golgotha pour les chrétiens. Cependant, il existe encore un lieu reconnu comme une image du Centre par les trois religions, à savoir Jérusalem. Et la seule façon de permettre à la ville sainte de représenter la Grande Paix sur Terre serait d'autoriser l'accès à ses lieux saints 1.

Si une telle issue semble la seule possible, elle devra cependant dépasser le cadre institutionnel proprement dit. L'entente et la compréhension mutuelle ne surviendrons que si les oppositions se muent en complémentarités, si les divisons s'estompent à la lumière du fonds commun des trois religions qui est déposé au sommet de la montagne.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard, 1962;
  • Notamment, le chapitre XV sur un hiéroglyphe du Pôle.
  • Henry Corbin:
  • “L'intériorisation du sens en herméneutique soufie iranienne”. Eranos Jachbuch, 1958.

1 retour Notons qu'une telle situation ne serait en rien nouvelle. Frédéric II de Hohenstaufen, Roi de Sicile avant de devenir Empereur germanique de 1214 à 1250, débarqua en 1228 en Palestine, au cours d'une 6e croisade, avec 3000 hommes seulement. Il entama immédiatement des négociations avec le Sultan d'Égypte, Al-Kamel, neveu de Saladin. Le traité fut conclu sans coup férir et stipulait, entre autres choses, la neutralité de Jérusalem et donnait un droit d'accès aux lieux saints.

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