LOTUS

Au cœur du symbolisme

Pâques et l'Oeuf du Monde

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Résumé

L'Oeuf du Monde

L'Oeuf du Monde symbolise le germe, l'état embryonnaire du Cosmos, avant son plein développement. Le développement de l'Oeuf s'effectuant également dans toutes les directions, il représente aussi le Centre du Cosmos. En tant que germe occupant une position centrale, l'Oeuf du Monde contient toutes les possibilités de manifestation à l'état potentiel.

La forme sous laquelle l'Oeuf vient au monde varie selon les traditions. Chez les Celtes, il est représenté par “l'Oursin fossile”. Dans l'Égypte ancienne, il sort de la bouche de Kneph prenant l'apparence d'un serpent, image de l'importance du Verbe dans la production de la manifestation. Dans d'autres traditions, l'Oeuf émerge à la surface des eaux primordiales où il est incubé avant d'êtreSymbole yin-yang séparé en deux moitiés donnant naissance au Ciel et à la Terre. Le symbole yin-yang de la tradition chinoise offre un bel exemple de cette différenciation avec ses deux moitiés blanche et noire. Voir à ce propos la double spirale pour plus de détails.

Toute différenciation, toute polarisation propre au monde manifesté est potentiellement contenue dans l'Oeuf du Monde et ne se résout que dans l'unité qu'il symbolise. Lorsque les scolastiques demandèrent qui, de l'œuf ou de la poule, vînt en premier, Angelus Silesius, le poète du XVIIe siècle, répondit: “la poule était dans l'œuf et l'œuf dans la poule”. Aucun terme d'une dualité ne peut se réduire à l'autre, d'où cette sensation de nostalgie de l'unité perdue. Pour davantage de détails sur ce point, voir l'Androgyne.

Représentation de la quête des œufsL'évocation de cette unité et du Centre caché en son sein est probablement à la source de la quête des œufs à l'époque de Pâques et de la coutume de les dissimuler dans le jardin pour la plus grande joie des enfants. Durant la nuit précédant le dimanche de Pâques, les œufs sont déposés par: les cloches dans la plus grande partie de la France; la cigogne en Thuringe; la poule au Tyrol; le coucou en Suisse; le lièvre ou le lapin en Alsace, dans plusieurs régions d'Allemagne et aux États-Unis 1; le renard en Westphalie etc.

Cette recherche de l'unité est représentée dans la plupart des traditions par la caverne cosmique, symbole du tombeau où Jésus fut déposé après sa descente de la croix.

La caverne cosmique

Déposé dans le tombeau, le Christ ressuscite dans le silence de la nuit en l'absence de tout témoin. La caverne, image du séjour souterrain de l'être errant dans les ténèbres, est aussi un espace de révélation de la Connaissance (spirituelle). À l'instar de l'Oeuf cosmique, elle constitue la matrice où se dévoilent et se résorbent les possibilités de la manifestation, d'où sa qualification de cosmique. Elle est, en effet, le siège de trois naissances:

  • La première naissance d'ordre physique correspond à l'entrée dans le Cosmos. La caverne est alors synonyme de grotte, de crèche.
  • Suivant la mort au monde profane, la deuxième naissance consiste en une ré-génération complète de l'être pour en faire un individu (de “individuum”, c'est-à-dire indivisible ou un). Il s'agit d'une re-naissance d'ordre psychique dans la caverne même qui devient un lieu de sépulcre pour l'être ordinaire.
  • Après la mort au monde cosmique, la troisième naissance transforme l'individu en un être supra-individuel, supra-cosmique, Un. Il ne peut être question ici que d'une naissance d'ordre spirituel, d'une résurrection hors de la caverne, hors du Cosmos.

Les deux dernières naissances correspondent à deux phases successives de l'initiation complète de l'être aux “petits mystères” qui en font un être véritablement humain et aux “grands mystères” qui le transforment en un être total. Une telle métamorphose ne peut s'effectuer qu'en s'élevant le long de l'axe vertical de la caverne. Il s'ensuit que si l'entrée de la caverne est au niveau du sol (terrestre), la sortie s'effectue par une ouverture située dans la voûte (céleste) de la caverne, c'est-à-dire au sommet de la montagne où elle est confinée.

Pour l'être ordinaire, la caverne cosmique baigne dans les ténèbres. Quand il a atteint l'état humain, l'être n'est éclairé que sur lui-même et sur personne d'autre. Cette lumière n'est cependant qu'un pâle reflet de la Lumière supra-cosmique provenant de l'ouverture dans la voûte de la caverne. Elle ne révèle que des ombres sur les parois tant que l'individu n'a pas atteint l'état d'être total. Seule la sortie par le haut de la caverne libère les êtres prisonniers de leur condition humaine. Ils voient alors vraiment le jour et peuvent contempler la réalité dans toute sa plénitude. La caverne (de Platon) a un sens indéniablement métaphysique.

A sa sortie de la caverne, l'être est parvenu à l'état de complétude, d'union de l'humain et du divin souvent représenté par le symbole par la croix.

Le symbolisme de la croix

Le symbole de la croixLa branche horizontale représente toute l'étendue des possibilités humaines associées à un état d'être. Le “Milieu” de chaque état correspond à celui d'être centré en lui-même, qui a ré-intégré toutes les possibilités humaines associées à cet état. Il se tient alors en l'un des points de la branche verticale d'où il peut percevoir les centres de la multiplicité des états d'être entre Terre et Ciel. La branche verticale symbolise l'axe de communication entre influences célestes et terrestres. En conséquence, les deux branches horizontale et verticale témoignent de la double nature humaine et divine du Christ. Se tenant à la croisée des chemins, il est le médiateur par excellence entre le Ciel et la Terre. Pour plus de détails, voir la croix

Le Centre de la croix représente à la fois l'origine première et la fin dernière de tous les êtres, l'état précédant la “chute” et suivant la “rédemption”. Il s'agit d'un état de repos, d'équilibre entre les diverses directions, de totale présence au-delà de la succession des cycles de vie et de mort, de Paix intérieure par rapport à l'agitation extérieure. L'être qui a atteint le Centre se tient immobile par rapport au mouvement de la “roue cosmique” entraînée par les rayons issus du Centre comme autant de branches. C'est le lieu où tout se fond dans l'unité, le siège de la félicité.

La croisée des branches figure la “présence divine” au centre de l'être, symbolisée par le cœur dans les diverses traditions. Alors, pourquoi chercher au loin, là-haut ce qui est ici-bas, en nous ? Jésus n'a t-il pas dit: “Le royaume de Dieu est en vous”.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment le chapitre XXXIII sur la Caverne et l'Oeuf du Monde.
  • “Le symbolisme de la croix”. Éditions Guy Trédaniel 1996;
  • Tout particulièrement, les chapitre III sur le symbolisme métaphysique de la croix et VII sur la résolution des oppositions.
  • Jean-Marie Pelt:
  • “Fleurs, fêtes et saisons”. Éditions Fayard 1988;
  • Particulièrement, le chapitre sur “le bois et la Croix” et celui sur “les jardins de Pâques”.

1 retour L'introduction tardive d'animaux et, en particulier, du lapin au XVIIe siècle est probablement d'origine protestante pour occulter la référence catholique aux cloches partant pour et revenant de Rome.

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