LOTUS

Au cœur du symbolisme

Le cheval céleste

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Résumé

D'un monde à l'autre(Page détaillée)

Cheval sur le revers d'un statère d'orLes Celtes tenaient le cheval en grande estime et lui accordèrent une place de choix dans leur mythologie. La vénération portée à la “déesse cheval” Épona, souvent représentée assise sur le dos d'un cheval, n'a pas d'équivalent dans la mythologie gréco-romaine. Cette place privilégiée reflétait le rôle tenu par le cheval dans le passage d'un monde à l'autre. Le revers d'un statère en or de la “tribu des Parasii”, datant du Ier siècle avant notre ère, nous permettra d'approfondir ce symbole.

Animal nocturne, le cheval était originellement une créature de la nuit, de l'obscurité et des ténèbres qui devînt progressivement une créature du jour, de la lumière et du Ciel. Le cheval du monde de la nuit éveilla un beau jour l'homme aux mystères divins. Symbole des différents états de l'être, il assiste la personne dans la quête de sa propre réalité:

  • Sortant de l'obscurité, l'animal décrit l'être physique qui ignore encore sa véritable nature;
  • L'élan du cheval vers la lumière dépeint l'être psychique à la recherche de l'accomplissement de sa nature humaine;
  • L'élévation vers le Ciel, notamment sous sa forme ailée et/ou blanche (Pégase), figure la réalisation spirituelle complète de l'être.

Tout au long de la traversée des divers états, le cheval accompagne l'être dans la découverte des mystères. C'est en ce sens que le cheval est devenu “la plus noble conquête de l'homme”. Du coup, la chevauchée du roi Arthur à la recherche du Graal prend tout son relief. Devenus intimement liés, homme et animal ne font alors plus qu'un au cours de cette quête.

L'image de l'être uni à l'animal nous est fournie par le “chevalier” 1 ou le conducteur de char tiré le plus souvent par deux chevaux. Le cocher tient d'une main les rênes et de l'autre la baguette. Devenu guide à son tour, il représente le dieu ou le héros traversant l'espace sur son véhicule.

Avers d'un statère d'or de la région armoriqueRevers d'un statère d'or de la région armorique
Source: Bibliothèque nationale - Cabinet des médailles (Paris)

Au début de la quête, le monde de l'obscurité représente l'ignorance que seule la lumière divine peut dissiper. Passer du monde obscur à la pleine lumière signifie prendre conscience de sa propre réalité et ne plus avoir de doutes sur la voie à suivre. L'être abandonne alors l'errance aux ténèbres et découvre son chemin de lumière. Puis, il s'élance vers les hauteurs célestes à l'image de Pégase, symbole de l'être accompli. Après avoir atteint le firmament et la réalisation spirituelle, il passera dans l'Autre Monde, souvent souterrain, pour retrouver dans les profondeurs des ténèbres non plus l'obscurité, signe d'ignorance, mais la source même de la pleine clarté. Il sera en mesure de découvrir le Principe indifférencié de la lumière divine qui illumine la conscience de l'être. L'accès à l'Autre Monde signifie la mort de l'ignorance et la vie de la pleine conscience. C'est de là que tout provient et c'est là que tout retourne.

Soulignons que la forme bombée des pièces celtiques n'est pas uniquement de nature technique, mais également symbolique. En effet, elles nous montrent généralement sur l'avers (la face convexe) un visage représentatif du monde extérieur ou humain et sur le revers (la face concave) une figure symbolique évocatrice du monde intérieur ou spirituel.

Le passage du monde intérieur au monde extérieur et vice-versa est encore souligné par le nombre 7 dénombrant les groupes de boutons, perles ou étoiles sur la face concave du statère et suggérant des constellations.

Le nombre 7

Déploiement du Principe dans les 6 directions de l'espaceLe nombre 7 (= 1 + 6) représente à la fois l'Unité (1) ou le Principe et la manifestation ou la création (6) du monde. En effet, le Principe ou le Centre se déploie selon les six directions de l'espace pour l'occuper en totalité. Dans le dessin ci-contre, l'axe vertical relie les Pôles célestes nord et sud tandis que le plan horizontal est associé aux quatre directions du plan équatorial.

Le vrai sens du septénaire réside dans l'Unité ou le Principe et sa manifestation sénaire. De nombreux exemples du septénaire peuvent être trouvés dans divers usages et traditions.

Comment cette manifestation émerge trouve une réponse dans le Tao Te King qui dit: “Un (unité) a produit deux (dualité), deux a produit trois (unité + dualité) et trois a produit tous les nombres”. En effet, tout émerge de l'Unité sous une forme duelle et toute dualité se résout dans l'Unité qui en est la source. Notons que le Principe symbolisant le Tout, contient tout, y compris sa manifestation. Distinguer le Principe de sa manifestation n'est qu'une façon de parler car, en réalité, ils ne font qu'Un.

La Grande Ourse et les Pléiades

La Grande Ourse (en rouge) et les Pléiades (en bleu)Respectivement représentatives des traditions celtique et grecque, la Grande Ourse et les Pléiades figurent toutes deux au revers du statère d'or. Dessinées sous la forme de 7 étoiles, elles évoquent le Principe et sa manifestation.

Le symbolisme associé à la Grande Ourse est naturellement celui du Pôle, du Pôle nord céleste. En effet, deux des étoiles de la constellation sont alignées avec l'étoile polaire symbolisée par le centre de la pièce. Pour la population vivant dans l'hémisphère nord, l'étoile polaire symbolise le point immobile autour duquel tournent les étoiles et les astres “errants” du monde manifesté. Le Pôle symbolise en conséquence le Principe et les astres tournant autour la manifestation du monde en mouvement.

Si la Grande Ourse est rattachée au Pôle, les Pléiades en sont fort éloignées. Elles sont situées dans la constellation zodiacale du Taureau proche du plan de l'équateur. Si le symbolisme de la Grande Ourse est en relation avec le solstice d'hiver ou le nord, celui des Pléiades relève plutôt de l'équinoxe d'automne ou de l'ouest. Il s'ensuit que les centres détenteurs de la Connaissance sur Terre diffèrent dans les traditions celtique et hellénique.

Le Centre gardien de la Connaissance dans la tradition celtique est la contrée hyperboréenne, la montagne polaire, détentrice de la tradition originelle ou primordiale. Dans la tradition grecque, le centre était situé dans l'océan, à Atlantis. Les Pléiades, filles d'Atlas, étaient aussi appelées Atlantes. Toutefois, Atlantis représentait un centre spirituel secondaire, image du Centre hyperboréen seul détenteur de la tradition primordiale. Voilà ce que suggère le statère d'or: toutes les formes traditionnelles dérivent de la tradition polaire dont la tradition celtique offre le meilleur exemple.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment, le chapitre XXIV sur le Sanglier et l'Ourse.
  • “Le Roi du Monde”. Éditions Gallimard 1958;
  • En particulier, le chapitre X sur les noms et représentations symboliques des centres spirituels.

1 retour Du latin “equites”, mot par lequel César désignait la classe guerrière celtique (gauloise) sans rapport avec la chevalerie médiévale ou féodale.

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