LOTUS

Au cœur du symbolisme

Dollar et euro

(Page détaillée)

Résumé

Le mythe d'Isis et d'Osiris

Le billet de un dollar fait pour une large part référence à l'Égypte et au mythe d'Isis en quête des restes d'Osiris qu'elle doit rassembler. Toute ressemblance avec la constitution des États-Unis n'a rien de fortuit.

Premiers enfants de Nut, déesse du Ciel, et d'Hem, dieu de la Terre, Osiris et Isis sont jumeaux ainsi que mari et femme. Leur frère et sœur cadets, Seth et Neftis, sont eux aussi mariés.

Erreur d'inattention ou rouerie délibérée, toujours est-il qu'Osiris se retrouve sur la couche de Neftis qui enfantera un fils, Anubis, le dieu à la tête de chacal.

Seth trouve le fait déplaisant et décide de se venger. Il fait relever les mesures d'Osiris et fabriquer un splendide sarcophage adapté à ses dimensions. Au cours d'une fête, Seth déclare détenir un magnifique sarcophage destiné à celui qui s'y glissera parfaitement. Chacun essaie en vain de s'y tenir jusqu'à Osiris qui (ô surprise!) en épouse parfaitement les contours. Aussitôt, une horde de serviteurs se précipite, referme le couvercle du sarcophage sur Osiris et le cercle de fer avant de le jeter dans le Nil. Le sarcophage flotte, dérive et finit par toucher les côtes de Perse. Un grand arbre pousse juste à l'endroit où le sarcophage échoue. L'arbre dégage un parfum si merveilleux que le Roi des lieux le fait couper pour constituer l'un des piliers du palais construit en l'honneur de son fils nouveau-né.

Entre-temps Isis est partie à la recherche de son époux et a découvert qu'il se tient dans l'un des piliers du palais, aisément reconnaissable au parfum qu'il dégage. Invitée à la cour pour s'occuper du jeune prince, elle accepte le poste de nourrice. Après moult aventures, elle explique au Roi que son époux se tient dans l'un des piliers et qu'elle aimerait le ramener chez elle. Le Roi s'empresse de répondre à sa demande et le pilier est emporté sur une barge. Isis délivre le sarcophage de sa gaine, se couche sur Osiris et conçoit Horus, le dieu à la tête de faucon.

Seth a pris possession du trône et Isis, effrayée de rentrer au palais, se cache au milieu des papyrus où elle accouche. Parti entre-temps à la chasse, Seth poursuit un sanglier dans les marais et découvre Isis près du cadavre d'Osiris. Pris de colère, il coupe Osiris en 14 morceaux (ou 15 selon les versions) et les éparpille alentour. Aidée de Neftis et Anubis au nez renifleur, Isis parvient à récupérer tous les morceaux, sauf un. Un poisson a avalé le morceau manquant, le phallus. Isis en modèle une image avec l'aide des pouvoirs magiques de sa sœur Nephtys. Elle peut à présent rassembler tous les morceaux. Une fois assemblé, le corps d'Osiris est embaumé par les soins d'Anubis qui officie en tant que prêtre…

Il ne peut être question ici de pénétrer ici tous les détails rassemblés de ce mythe riche de significations. Nous retiendrons essentiellement que le sarcophage, l'arbre, le pilier, et le phallus sont des représentations de “l'Axe du Monde”, lien entre le Ciel et la Terre, entre l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel.

Par ailleurs, rassembler ce qui est épars signifie recouvrer le monde existentiel ou manifesté dans son état originel de non manifestation. Il s'agit essentiellement du retour à l'Unité principielle. Cette ré-intégration dans le non manifesté n'est que le pendant à la désintégration du Principe sous sa forme manifestée. L'alternance de ces deux phases de désintégration et de ré-intégration représente le processus cosmique dans son ensemble.

Par analogie, dans le domaine de la construction, le bâtisseur rassemble les matériaux épars pour former l'édifice, allusion des plus claires à la constitution qui nous occupe.

Les symboles porteurs du billet vert

Le symbolisme s'inscrit principalement dans les deux sceaux situés de part et d'autre de la valeur nominale du billet.

Billet de un dollar porteur de deux sceaux

Le sceau gauche

Le cercle renferme une pyramide à base carrée, symbole des quatre points cardinaux du monde manifesté. Comportant 13 degrés, elle est surmontée d'un pyramidion (pierre pyramidale) ou pierre d'angle négligée au cours de la construction des divers degrés et qui Sceau gauche et la pyramide ne trouve sa place que pour couronner l'édifice. Surmontant l'édifice, le pyramidion, source de lumière, se rapporte à l'Être ou au Principe à l'origine de la manifestation de toute chose. Il renferme “l'Oeil qui voit tout”, le troisième œil qui est frontal ou central. Au-delà de la vision binoculaire, le troisième œil symbolise l'omniprésence ou la perception totale dans la parfaite simultanéité de l'éternel présent propre au non manifesté. À l'arrière plan de la pyramide, le désert symbolise le vide ou le Principe et la terre cultivée à l'avant plan représente sa manifestation.

Au bas du sceau, l'inscription “Novus Ordo Seclorum” fait référence au nouvel ordre (du monde manifesté) tandis que l'inscription du haut “Annuit Coeptis” exprime qu'Il (l'Être) a favorisé nos réalisations.

A la base de la pyramide, la date de la Constitution des États -Unis en nombres romains ou 1776.

Le sceau droit

Ici, le cercle renferme un aigle, symbole du Roi du Monde, détenteur à la fois de l'autorité spirituelle et temporelle. De la tête unique descend le Principe qui se polarise et seSceau droit et l'aigle manifeste dans les deux serres. L'une retient 13 flèches, symbole de la Justice ou du pouvoir royal, et l'autre une branche de laurier à 13 feuilles, symbole de la Paix, c'est-à-dire de l'autorité sacerdotale ou spirituelle.

Au-dessus de la tête de l'aigle, 13 étoiles dessinent: un sceau de Salomon lumineux composé de 12 étoiles périphériques, symbolisant le zodiaque qui englobe le monde cosmique de la manifestation, et d'une étoile centrale représentant le Principe à l'origine de cette manifestation.

Le sceau de Salomon se compose de deux triangles inversés renfermant chacun 10 étoiles disposées selon le symbole de la tétraktys:1+2+3+4. Le nombre 1, situé au sommet, se rapporte au Principe, le nombre 2 à sa polarisation et le nombre 3 = 1+2 à son aspect non manifesté et “manifesté”. Ces nombres ont un caractère “ontologique” Sceau de Salomon et la tétraktys tandis que le nombre 4, situé à la base du triangle, équivaut à l'ensemble des nombres et symbolise la manifestation universelle. En effet, le quaternaire engendre la dizaine (1+2+3+4 = 10) et donc tous les nombres. La tétraktys représente, en conséquence, les 10 000 (ou 104) êtres, c'est-à-dire la multitude de la manifestation universelle générée par le Principe ou l'Unité Primordiale (1).

L'étoile située au centre du sceau est également centrale pour chacun des triangles qui se rejoignent ainsi dans une totale harmonie par rapport au Principe. De plus, le triangle pointant vers le haut, associé au feu, est de nature céleste tandis que celui pointant vers le bas, relatif à l'eau, est de nature terrestre. L'ensemble symbolise l'union parfaite des aspects céleste et terrestre réalisée dans “l'Homme Universel”, médiateur par excellence entre le Ciel et la Terre.

Le signe du dollar $

La plupart des explications sur l'origine du signe font naturellement référence à la forme serpentine. En relation avec la quête d'Isis pour retrouver les morceaux épars de son époux et le reconstituer, nous pouvons ajouter, à titre anecdotique, une explication de plus sur l'origine du signe du dollar:

Lettre ILettre SLettre ILettre S

La ligne verticale représente “l'Axe du Monde”, pont entre Ciel et Terre. Dans sa figuration antérieure, le signe comportait deux lignes verticales, au lieu d'une, qui faisaient référence aux deux phases ascendante et descendante le long de l'axe.

La ligne serpentine symbolise la voie cyclique autour de l'axe comme nous allons le voir dans la partie consacrée aux symboles liés à l'euro. Pour plus de détails sur ce point, consultez la double spirale.

Les symboles figurant sur les billets libellés en euro

Les billets libellés en euro, communs à tous les pays de l'Union Européenne, sont sensés ne faire allusion à aucun mythe et émerger de la seule imagination de leurs créateurs. Néanmoins, ils restent porteurs de symboles véhiculés depuis la nuit des temps. Ils représentent, en effet, au verso divers ponts et au recto des arcades, des arches, des piliers et des colonnes ainsi que des portes et des fenêtres.

Le symbolisme du cercle de douze étoiles est traité dans le cadre du drapeau européen.

Billet de 5 euros Pont du Gard

Notons en passant que le pont figurant sur le billet de 5 euro, loin d'émerger d'un quelconque imaginaire, sort tout droit des images des livres d'Histoire de notre enfance libellées “pont du Gard” (situé près de Nîmes en France).

Le pont

Le pont jeté sur une rivière relie une rive à l'autre. Cependant, les deux rives ne sont point semblables; elles représentent deux états distincts de l'être qui ont le pont pour seul lien.

Le pont est l'équivalent du pilier dans le mythe d'Isis et d'Osiris. Il relie la Terre au Ciel, la condition humaine à l'état spirituel et constitue un autre symbole de l'Axe du Monde. Comme tel, il s'agit davantage d'un pont vertical par lequel s'opère la communication entre le monde sensible et le monde supra-sensible.

Le passage du pont correspond au parcours suivant l'axe qui unit deux états d'être. La rive de départ est le monde de la manifestation dont nous faisons partie; la rive d'arrivée symbolise le monde spirituel ou du Principe à la source de toute manifestation. Selon que nous parviendrons à franchir le pont ou non, en raison des obstacles semés sur la route comme dans les contes, le passage sera bénéfique ou maléfique. Ce double aspect résulte du fait qu'un pont peut être parcouru dans les deux sens alors qu'il ne doit l'être que dans un seul, d'un état actuel à un état supérieur et non l'inverse. De là, cette mise en garde dans les mythes où tout retour ou regard en arrière comporte un danger. Aussi, toute portion de pont parcourue doit disparaître aux yeux de celui qui le traverse. Le regard ne se porte en arrière qu'une fois l'autre rive atteinte.

Dans diverses formes traditionnelles, seul celui qui s'identifiait au pont, à l'axe vertical, pouvait établir la communication entre les deux rives. En Chine, seul le “Wang” ou Idéogramme “Wang” (Empereur) l'Empereur était habilité à accomplir les rites correspondant à cette fonction. Identifié à l'axe vertical, le “Wang” réunissait en lui-même les fonctions sacerdotale et royale. Il était celui qui fait le pont entre les trois mondes (terrestre, humain et céleste) représentés par les trois traits horizontaux du caractère “Wang” figurant dans le diagramme ci-contre. Le trait vertical symbolise l'union de ces trois mondes, c'est-à-dire le pont qui les relie. Comme tel, le “Wang” était “l'Homme Universel”, véritable médiateur entre le Ciel et la Terre.

En tant que médiateur entre le Ciel et la Terre, l'Empereur est un Pontife, ce qui signifie être à la fois le constructeur du pont et le pont lui-même. Dans le récit du Moyen-âge des Mabinogion intitulé “Branwen, Fille de Llyr”, les armées galloises envahissent l'Irlande pour conjurer le sort démoniaque jeté sur Branwen par son époux Matholwch, roi d'Irlande. En route, elles sont arrêtées par le Shannon, un fleuve dépourvu de pont et sur lequel aucune navigation n'est possible. Que fait le roi Bran ? Il s'étend d'une rive à l'autre du fleuve et les soldats traversent sur son corps. Les gallois attribuent à cette épopée l'origine du proverbe “Un chef doit être un pont”.

Les arches, les arcades et les colonnes

Le pont associé à l'axe vertical évoque le tablier rectiligne s'appuyant sur des piliers reliés par des arches. L'arche fait également écho au pont en forme d'arc, dénommé en Chine pont “arc-en-ciel”, autre symbole de l'union du Ciel et de la Terre. Ce lien semi-circulaire ou circulaire exprime davantage une vision cyclique que rectiligne de la transformation des êtres. Selon cette vision, chaque état d'être passe par une série de cycles s'enroulant autour de l'axe vertical. La fin ou la mort d'un cycle s'accompagne du début ou de la naissance d'un nouveau, telle la succession des arches du pont rectiligne. Cette autre voie de passage par divers cycles, associée à une suite d'états hiérarchisés, contourne certes la voie rectiligne, mais elle n'en poursuit pas moins le même but. Il n'y a pas de différence fondamentale entre le pont rectiligne et le pont en arc, entre la voie directe le long de l'axe et la voie cyclique empruntant une hélice autour du dit axe, seulement une différence de forme.

Les différents degrés de spiritualité sont souvent représentés par les barreaux d'une échelle ou les marches d'un escalier. Une échelle ou un escalier à parcourir également dans un seul sens, celui de l'ascension. La différence entre les deux voies rectiligne et cyclique est à l'image de l'escalier droit et de l'escalier en colimaçon.

En tant qu'éléments de soutien de divers arcs, arches ou arcades, les colonnes représentent autant d'états d'être sur l'une ou l'autre des deux rives. Pour plus de détails sur cet aspect, consulter les colonnes du Temple sur le même site.

Le signe de l'euro €

Les deux lignes horizontales représentent les deux sens de circulation sur le pont joignant les deux rives. Les deux lignes étant horizontales, elles ne sauraient relier le Ciel et la Terre ou les mondes spirituel et temporel, mais uniquement deux états équivalents du monde terrestre. L'arche traversant les deux traits symbolise au contraire la voie cyclique autour d'un axe vertical invisible.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard, 1962;
  • Notamment, les chapitres LXIII et LXIV sur le symbolisme du pont.
  • “La Grande Triade”. Éditions Gallimard, 1957;
  • Particulièrement, le chapitre XVII sur le Roi Pontife.
  • Joseph Campbell:
  • “Les mythes à travers les âges”. Le jour éditeur, 1993.
  • “Puissance du mythe”. Éditions J'ai lu, 1991.
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