LOTUS

Au cœur du symbolisme

Le croissant de lune

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Résumé

La nuit et le jour

Représentatif du passage de l'obscurité (de la nouvelle lune) à la clarté (de la pleine lune) et vice-versa, le croissant est susceptible d'être rapproché du cycle de la nuit et du jour.

La nuit peut revêtir divers aspects selon le point de vue considéré:

  • Au plan physique et psychique, la nuit représente les ténèbres, l'absence de lumière; la période d'obscurité éclairée par le seul reflet lunaire de la lumière du soleil; le temps propice à l'absence de bruits, au sommeil et aux rêves; l'épreuve des sensations de froid, d'angoisses, d'interrogations et de doutes.
  • Au plan symbolique, la nuit constitue le reflet inversé du jour. Le point culminant du jour, le soleil de midi, trouve son image dans l'apogée de la nuit, le soleil de minuit. La lumière visible, blanche se transforme en lumière invisible, noire. La diversité du monde diurne et manifesté s'ouvre sur le monde nocturne et l'Unité du Principe indifférencié. Le monde extérieur se mire dans le monde intérieur.

À la fois en deçà et au-delà du jour, la nuit représente l'absence de lumière et son Principe indifférencié qui se développe:

  • Au plan du Cosmos (ou macrocosme) en traversant successivement trois mondes (céleste, intermédiaire et terrestre).
  • Au niveau de l'individu (ou microcosme) selon trois ordres de réalisation (spirituel, psychique et corporel). Notons que la psyché ou l'âme constitue avec le corps l'être humain ou l'individu. Au-delà des états humains ou individuels s'élèvent les états supra-humains relevant aussi bien du manifesté que du non manifesté.

Produit du Principe indifférencié, source de tous les possibles, l'être humain ne peut que retourner vers son origine supra-humaine en remontant les grandes étapes précédentes:

Les portes d'accès aux différents mondesAtteindre la véritable lumière, la lumière intérieure passe par une série de périodes obscures et lumineuses, de morts à certains états d'être et de re-naissances dans d'autres états d'ordre plus élevés. Ces changements d'états sont ponctués par les trois naissances de l'être (physique, psychique et spirituelle). Les deux premières tiennent à la nature humaine de l'individu et sont propres à la Sphère de la Lune tandis que la dernière est d'ordre supra-humain et relève du domaine du Soleil spirituel. En conséquence, deux voies s'offrent à l'être soucieux de sa destinée:

  • La voie lunaire s'ouvrant soit sur les seuls états humains soit sur les états spirituels ou supra-humains propres au monde cosmique selon le degré de spiritualité atteint.
  • La voie solaire ou la voie directe donnant accès du fond de la nuit cosmique au seul véritable soleil, au Soleil spirituel du monde supra-cosmique ou non manifesté.

Ces deux voies empruntent des portes différentes qui s'ouvrent ou se ferment à certains états selon que l'être accède aux états d'ordre supérieur ou retourne vers d'autres états humains et cela indépendamment de la forme traditionnelle considérée.

La Lune, symbole de la tradition hindoue

Ganesh, dieu de la Connaissance, symbolise le monde cosmique et extra-cosmique. Sa tête, dotée d'une défense brisée, représente l'Unité du non manifesté tandis que son corps dépeint la perception dualiste de la manifestation.

Symbolisme lunaire de GaneshDans son symbolisme lunaire, le dieu est coiffé d'un croissant et tient une hache de forme similaire dans l'une de ses mains. Le manche de l'instrument figure l'Axe de l'Univers, canal de communication entre les différents mondes. Sa lame qui fend, brise et génère des étincelles symbolise la foudre, résultat des interactions entre les nuages porteurs de pluie. Il s'agit des Eaux supérieures ou célestes associées aux états supra-humains par opposition aux Eaux inférieures ou terrestres représentatives des seuls états humains et propres à la sphère de la Lune.

Ganesh préside soit au passage des Eaux inférieures vers les Eaux supérieures soit au retour vers les Eaux inférieures selon que les êtres suivent la “Voie des Dieux” (dêva-yâna) ou la “Voie des Ancêtres” (pitri-yâna). Deux voies résumées ainsi par la Bhagavad-Gîtâ: “Feu, lumière, jour, lune croissante, semestre ascendant du soleil vers le nord, c'est sous ces signes lumineux que vont à Brahma les hommes qui connaissent Brahma. Fumée, nuit, lune décroissante, semestre descendant du soleil vers le sud, c'est sous ces signes d'ombre qu'ils vont à la Sphère de la Lune”. Ces deux voies claire et obscure mènent respectivement au non manifesté sans retour au manifesté et au retour dans le manifesté.

A l'image de Ganesh, Janus préside à la destinée des êtres dans les traditions romaine et chrétienne.

Le croissant de lune, symbole romain et chrétien

Janus, le Maître des deux portesDoté d'un double visage, Janus est le gardien des portes s'ouvrant sur le passé et l'avenir. Le passé représente la voie du retour vers les états humains; l'avenir, la voie de sortie des états humains vers les états supra-humains. Selon la voie (solaire ou lunaire) empruntée, l'être devra franchir une ou deux portes pour accéder aux états supra-humains:

  • Dans le symbolisme solaire de Janus, la porte “Janua Coeli” ouvre sur le monde extra-cosmique, le Soleil spirituel, le Soleil de minuit, le non manifesté. C'est la voie la plus difficile, la porte étroite, le trou de l'aiguille selon l'Évangile: “Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu” (Saint Matthieu XIX.24).
  • Dans son symbolisme lunaire (Janus-Jana), deux portes “Janua Coeli” et “Janua Inferni” ouvrent respectivement sur le Ciel cosmique et la sphère lunaire, sur les états supra-humains appartenant à la sphère cosmique et les états humains. Selon son degré de spiritualité, l'être aura accès aux états supra-humains ou sera renvoyé vers les états humains.

La Vierge Marie sur un croissant de lune (Albrecht Dürer)Jana ou Diana, souvent représentée coiffée d'un croissant, n'est autre que l'aspect féminin de Janus. Cette image se retrouve notamment dans l'iconographie chrétienne où les pieds de la Vierge Marie reposent sur un croissant de lune. Sa disposition horizontale évoque la barque se déplaçant sur les eaux dans les deux sens, vers le passé ou vers l'avenir. Elle symbolise le passage d'une rive à l'autre, d'un état d'être à un autre état d'ordre plus élevé. Elle dépeint aussi la marche sur les Eaux inférieures de l'être ayant atteint les états des Eaux supérieures, un symbole commun à nombre de traditions autres que chrétienne, musulmane notamment.

Le croissant, symbole de l'Islam

La vie religieuse musulmane est soumise aux computs lunaires tandis que le calendrier solaire rythme la vie profane. L'apparition du croissant au neuvième mois lunaire ouvre le jeûne du Ramadan qui s'achève avec la venue du même croissant à la lune suivante.

Au cours de la première phase du Ramadan associée à la lune croissante, l'être grandit à l'image de l'éclat de l'astre. À la pleine lune, l'être peut soit sortir à jamais de la Sphère de la Lune soit retourner à l'obscurité durant la deuxième phase en relation avec la lune décroissante.

Sortir de la sphère lunaire signifie quitter définitivement la lumière apparente pour la clarté véritable. En effet, la Lune ne fait que réfléchir la lumière du Soleil et accéder à la pleine lumière passe par une sortie définitive de la sphère lunaire.

Si l'être ne peut quitter la Sphère de la Lune, il est condamné à rester en son sein et à retrouver l'obscurité d'où il vient. C'est le cas de ceux qui doivent encore passer par d'autres états de la manifestation individuelle avant de prétendre accéder aux états supra-humains.

Atteindre au contraire la plénitude des possibilités humaines signifie quitter à jamais la sphère lunaire, signe de délivrance de la condition individuelle, pour atteindre la sphère des états supra-individuels. L'être, qui en a fini avec le monde restreint au corps et à la psyché, a rejoint le monde de l'Esprit pour devenir un être véritablement spirituel.

Les trois mondes cosmiques et le monde extra-cosmiqueTelles sont les deux voies symbolisées par la Lune croissante et la Lune décroissante. Deux voies perceptibles aussi bien au sommet du dôme des mosquées surplombé d'un croissant que sur les dessins des drapeaux des pays de confession musulmane. Il suffit d'observer le dôme ou le drapeau sous toutes ses faces ou coutures pour s'en rendre compte. Voir le symbolisme des drapeaux porteurs du croissant pour plus de détails sur ce point.

Lorsque trois globes superposés, surmontés d'un croissant, apparaissent au sommet du dôme, ils représentent respectivement les trois mondes cosmiques (Terre, Atmosphère et Ciel) et le monde extra-cosmique de la Majesté divine. La tige verticale soutenant l'ensemble symbolise l'Axe de l'Univers. Elle est identique à l'axe du stûpa de la tradition bouddhique.

Le stûpa surmonté d'un croissant, symbole du bouddhisme

Symbole du stûpa composé de quatre figures géométriquesOriginellement construit pour abriter les reliques du Bouddha ou de ses disciples, le stûpa renferme également un symbole universel.

Le stûpa est, en effet, souvent représenté par une image composée de quatre figures géométriques associées aux quatre éléments empilés les uns sur les autres en fonction de leur degré de densité: carré (Terre), cercle (Eau), triangle (Feu) et croissant (Air).

L'élément Air, symbolisé par le croissant, se présente comme un réceptacle destiné à recevoir un dépôt sacré. Cet aspect est encore renforcé lorsque le croissant prend une forme horizontale (Croissant horizontal) et de demi-lune (Demi-lune horizontale) qui l'assimile à une coupe.

Dans la tradition bouddhiste, la coupe est destinée à recevoir le cinquième élément qui contient tous les autres à l'état indifférencié, à l'état de principe, à savoir l'Éther. Dans un mouvement descendant, l'Éther se manifeste sous l'apparence des quatre éléments; dans un mouvement ascendant, les quatre éléments sont résorbés dans leur état de principe, d'unité.

Or, en tournant autour du stûpa, la lune croissante (Lune croissante) devient lune décroissante (Lune décroissante) et vice-versa. Cela suggère que le stûpa symbolise à la fois les deux mouvements ascendant et descendant. Produit de la voie descendante depuis l'état unitaire jusqu'à sa manifestation, l'être humain ordinaire ne peut que partir à la recherche de l'unité perdue en marchant sur les traces de l'Être sans trace, le Bouddha.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment, le chapitre LVIII consacré à Janua Coeli.
  • “L'homme et son devenir selon le Vêdânta”. Éditions Traditionnelles 1991;
  • Spécialement, le chapitre XXI sur le “voyage divin”.
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