Les couleurs de l'arc-en-ciel

Résumé

Les sept rayons de l'arc-en-ciel

En fait, l'arc-en-ciel ne possède pas sept couleurs, mais seulement six. Trois couleurs fondamentales ou primaires (rouge, bleu jaune) et trois couleurs composées ou complémentaires (vert, orange, violet), pas une de plus. Les trois dernières couleurs sont dites composées ou complémentaires des trois premières parce qu'elles résultent de leur association deux à deux: vert (bleu + jaune), orange (rouge + jaune) et violet (rouge + bleu).

Aucune raison valable ne permet d'ajouter une couleur intermédiaire entre le violet et le bleu (indigo) car alors pourquoi ne pas adjoindre une autre couleur de transition entre le bleu et le vert (cyan) et ainsi de suite pour obtenir, finalement, onze couleurs au lieu de sept. Toutes les couleurs et leurs nuances résultent du mélange, dans différentes proportions, des six couleurs primaires et complémentaires, y compris l'indigo. Fixer arbitrairement le nombre des couleurs de l'arc-en-ciel à sept n'a donc pas de sens. Mais alors d'où provient l'introduction de cette septième couleur 1 et quelle est sa signification ?

Diagramme des sept couleursSi nous plaçons les trois couleurs primaires aux sommets d'un triangle pointant vers le haut et les trois couleurs composées aux sommets d'un triangle inversé de sorte que chaque couleur fondamentale soit opposée à sa complémentaire, nous obtenons le sceau de Salomon. Ce sceau définit sept zones composées de six triangles colorés et d'un hexagone central incolore. Le spectre de l'arc-en-ciel pouvant être visualisé par la réfraction de la lumière solaire à travers un prisme, la zone centrale ne peut représenter que la source de la manifestation (des couleurs), à savoir la lumière “blanche”.

Une autre forme de représentation des couleurs primaires et composées consiste à tracer six rayons joignant le centre de l'hexagone aux six sommets du sceau et à leur attribuer les couleurs des six triangles. La lumière “blanche” occupe alors la zone située à l'intersection des six rayons et symbolise le Centre.

Le Centre figure le Principe, la lumière “blanche” à la source des couleurs primaires et complémentaires. En réalité, il représente le septième rayon du soleil dont le sens a été perdu au cours des âges et qui nous est parvenu, de manière édulcorée, sous la forme de la septième couleur de l'arc-en-ciel (indigo).

La perception des couleurs correspond à une sortie dans le manifesté du Principe incolore. La résorption des couleurs dans leur Principe à un retour vers le Centre. Ce double mouvement entre le Principe incolore et sa manifestation colorée donne tout son sens au nombre sept.

Le symbolisme du septénaire

Sept couleurs et orientation spatialeUne autre manière de représenter le soleil, irradiant des véritables couleurs de l'arc-en-ciel, consiste à le visualiser dans l'espace à trois dimensions. Les six directions et couleurs, opposées deux à deux, rayonnent alors depuis leur point commun, symbole de leur unité.

Dans ce dessin, l'axe vertical relie le Ciel et la Terre et fait référence à l'ordre spirituel tandis que le plan horizontal, associé aux quatre directions des points cardinaux, correspond à l'ordre temporel.

Le vrai sens du septénaire réside dans le Centre ou l'unité du Principe et sa manifestation sénaire (des véritables couleurs de l'arc-en ciel).

De nombreux exemples du septénaire peuvent être trouvés dans divers usages et traditions:

1. Le dessin ci-dessus peut être mis en relation avec les sept vertus de la tradition chrétienne.

L'axe vertical est associé aux trois vertus théologales: “Foi” ou Confiance (blanc), “Charité” ou Amour divin (rouge), “Espérance” (vert).

Le plan horizontal, en connexion avec les quatre points cardinaux, représente les quatre vertus cardinales: “Prudence” ou Sagesse (jaune), “Tempérance” (violet), “Justice” ou Harmonie (orange) et “Fortitude” ou Force spirituelle (bleu).

Les raisons de ces rapprochements apparaîtront plus clairement dans le symbolisme des couleurs.

2. Dans les Védas, il est dit que le soleil arrive chaque matin conduisant son char doré tiré par sept chevaux (“ashva”). En sanskrit, “ashva” signifie à la fois le cheval et le rayon. Ainsi, le char doré fait référence aux sept rayons du soleil où le septième représente le rayon central, la lumière “blanche”, et les six autres les couleurs de l'arc-en-ciel.

Chandelier à sept branchesUn sens similaire peut être trouvé dans le chandelier à sept branches (“Menorah”) de la tradition juive. La branche centrale représente, entre autres, la lumière “blanche” d'où rayonnent six autres branches symbolisant les six couleurs de l'arc-en-ciel.

3. Selon la “Genèse”, la création se déroula en six jours et se termina par un septième jour, dit de repos (“Sabbat”). Ce dernier n'est pas à proprement parler un jour repos hors de la création, mais plutôt son couronnement final consistant en un retour dans le Principe (Centre).

De même, la semaine, dont le nom des jours tire son origine de la dénomination des astres, se termine ou débute le dimanche, jour du soleil, l'étoile autour de laquelle gravitent les planètes.

4. Dans bien des formes traditionnelles, le nombre de degrés de la voie initiatique se monte à sept, le plus élevé correspondant à l'unité du septénaire.

Ainsi, la tradition chinoise, sous l'ensemble de ses aspects exotérique (Confucianisme) et ésotérique (Taoïsme), comporte une échelle ascendante de sept degrés. Six d'entre eux ont un caractère humain tandis que le septième, aboutissement de la réalisation de l'être, est proprement supra-humain ou spirituel et représente le Centre:

Les deux premiers degrés (Homme lettré, Homme savant) relèvent du seul Confucianisme, le troisième (Homme sage) concerne à la fois le Confucianisme et le Taoïsme et les quatre derniers (Homme doué, Homme de la Voie, Homme véritable, Homme transcendant) se rapportent exclusivement au Taoïsme.

5. De façon similaire, la tradition hindoue recourt au symbolisme des sept “chakras” (roues) situés, dans un ordre ascendant, le long de la colonne vertébrale. Ils représentent les niveaux de conscience depuis la conscience ordinaire liée aux instincts de peur, d'avidité et sexuels jusqu'à la Conscience universelle qui correspond au Principe. Alors que chacun des six premiers “chakras” est associé à un organe du corps, une couleur ou un nombre symbolique etc., le septième, le plus élevé, peut être associé à la lumière “blanche”.

6. Cette ascension graduelle des degrés initiatiques de la Terre au Ciel est figurée, dans la tradition islamique, par l'échelle à sept échelons en relation avec les sept sphères célestes.

7. La pagode japonaise est traditionnellement composée de sept étages pour indiquer les différents degrés de l'ascension de la Terre au Ciel.

La ziggourat babylonienne, une spirale à 7 étagesDe même, selon la tradition mésopotamienne, une rampe en forme de spirale s'enroulait autour des sept étages de la ziggourat. Le dernier étage, qui est vide, symbolise le retour dans le non manifesté, le Principe.

Symbole de la pierre philosophale8. L'image de la pierre philosophale de la tradition pythagoricienne fait également écho au septénaire (7). Chacune de ses faces est formée d'un triangle et d'un carré. Le triangle se compose d'un sommet associé au Principe (1) et d'une base représentative de sa polarité (2). Les quatre sommets (4) du carré font naturellement référence aux quatre points cardinaux et figurent la base de la manifestation.

D'autres exemples pourraient être donnés, mais ils n'ajouteraient rien au sens du septénaire, des sept couleurs.

Le symbolisme des couleurs

L'œil humain peut distinguer sept cents nuances de couleurs et il ne saurait être question d'évoquer ici tous leurs aspects. D'autant plus qu'une même couleur peut revêtir des sens différents selon sa tonalité (claire ou foncée) ou le monde auquel elle s'applique (manifesté ou non manifesté, spirituel ou temporel etc.). En conséquence, seules les qualités des principales couleurs, mettant en rapport les différents mondes, seront effleurées dans la suite de ce texte. Nous commencerons par le blanc, source des couleurs de l'arc-en-ciel.

Blanc et Noir

Le blanc symbolise le Principe de la manifestation des couleurs et de toute chose en général. Il correspond à l'être qui a ré-intégré le Centre, qui a dépassé l'état humain pour accéder à l'état supra-humain ou spirituel. Le blanc est la couleur des druides de la tradition celtique et des brahmanes de la tradition hindoue. Il symbolise l'autorité spirituelle ou sacerdotale qui a autorité sur le pouvoir temporel ou royal.

Le blanc dépeint la présence, la manifestation (de couleurs); le noir l'absence, la non manifestation (de couleurs). L'alternance entre les carreaux blancs et noirs figure le jeu constant entre le visible et l'invisible, le monde des apparences et le monde des profondeurs

Le blanc incarne également la voie initiatique passant par tous les degrés de la réalisation spirituelle et fondée sur la confiance et l'abandon. Atteindre le dernier degré ou le Centre, c'est retourner au Principe. Par opposition au blanc, source de la manifestation, de la présence (de couleurs), le noir figure le non manifesté, l'absence (de couleurs). Perçu de l'extérieur (vision exotérique), du point de vue de la manifestation, le Principe ou le Centre est blanc. Appréhendé de l'intérieur (vision ésotérique), il est non manifesté et noir. Le noir constitue en quelque sorte le véritable Centre, source de tous les rayons, y compris du septième. Ainsi, certaines échelles des degrés initiatiques de la tradition islamique peuvent comporter sept, voire huit, échelons dont le dernier est noir pour bien marquer l'étape ultime de l'accomplissement spirituel.

Par ailleurs, dans la tradition hindoue, le noir est aussi la couleur de la classe inférieure (distincte de la caste inférieure). Il y a en effet deux façons de ne pas appartenir à une classe (“varna” qui signifie aussi couleur):

- Être privé de classe (“avarna”) comme les shûdras;
- Être au-delà des classes (“ativarna”), c'est-à-dire avoir rejoint le Centre.

Il s'ensuit que le noir symbolise le début du cycle de la manifestation ou le Principe et la fin du cycle en relation avec son plein développement. En conséquence, le noir représente la plus brillante et la plus obscure des lumières selon le point de vue adopté: non manifesté ou manifesté.

La juxtaposition du blanc et du noir symbolise naturellement les couples tels que lumière et ténèbres, jour et nuit, yang et yin etc. Le blanc du yang et le noir du yin mettent en évidence la prééminence du yang sur le yin du point de vue de la manifestation. Une prééminence assortie d'une profonde complémentarité entre les deux principes que reflète l'enchevêtrement des zones blanche et noire dans le symbole yin-yang.

De façon plus commune, la disposition imbriquée de carreaux blancs et noirs du dallage des cathédrales a un sens similaire. Quant à l'échiquier, formé de cases alternativement noires et blanches, il ne fait que traduire le jeu constant entre le non manifesté et la manifestation dans sa multiplicité indéfinie de traits (de couleurs).

Rouge

Monde temporel

Couleur de la mise à feu et à sang de la place ennemie, le rouge représente la vaillance et, plus symboliquement, le pouvoir et la force en ce monde. En tant que couleur “supérieure” de l'arc-en-ciel, elle correspond au rang le plus haut du pouvoir temporel. Un rôle traditionnellement dévolu aux guerriers et à leur chef, le roi. C'est la couleur des kshatriyas, deuxième fonction après celle de brahmane de la tradition hindoue. La croix des moines soldats, chevaliers de l'ordre du Temple en offre un exemple plus familier. Les cardinaux de l'église catholique ont hérité de ce symbole de souveraineté.

Monde spirituel

Si le blanc symbolise l'autorité sacerdotale en relation avec la connaissance des principes, le rouge représente le pouvoir temporel en charge de leur application. En ce sens, il symbolise l'amour du Principe divin.

Bleu

Monde temporel

En tant que couleur fondamentale de “la moins élevée” de l'arc-en-ciel, le bleu (foncé) représente la couleur de la fonction productrice.

Monde spirituel

Couleur la moins substantielle de toutes, le bleu clair se trouve dans la nature essentiellement sous sa forme translucide et principalement dans les cieux et les eaux. Aussi symbolise t-il davantage l'essence que la substance, c'est-à-dire la force spirituelle, l'Esprit, la Paix intérieure.
Le bleu clair est la couleur de la méditation et, à mesure qu'il devient plus foncé, celle des rêves. La Conscience est alors ramenée peu à peu à l'inconscience à l'instar la lumière du jour qui se mue graduellement en la couleur de la nuit, le bleu nuit.

Jaune

Monde temporel

Du point de vue temporel, le jaune représente la couleur “moyenne” associée à la caste des vaishyas de la tradition hindoue.

Monde spirituel

Couleur la plus chaude du spectre de la lumière, le jaune est associé au soleil et à l'or, deux symboles du rayonnement spirituel, de la Sagesse. La transmutation du plomb en or symbolisait l'alchimie intérieure transformant l'être humain en être supra-humain ou spirituel. C'est pourquoi le jaune est mis en relation avec la re-naissance de l'être, la résurrection du Christ.
Situé à mi-chemin dans le spectre de l'arc-en-ciel, le jaune représente la “Voie du Milieu”. Il symbolise la voie de communication entre le Ciel et la Terre, entre le bleu et le rouge. Dans la Chine ancienne, il était la couleur impériale. L'empereur régnait sur “l'Empire du Milieu” comme le soleil règne dans les Cieux. En raison de son caractère hautement spirituel, le jaune était souvent associé au noir dont il émerge. Dans diverses traditions, il symbolise la transmission du pouvoir divin aux empereurs et aux rois.

Vert

Monde temporel

Couleur la plus répandue sur terre, le vert représente à la fois le souffle de la vie végétale et sa décomposition. Comme tel, il est associé au cycle de la mort et de la re-naissance.
De plus, à mi-chemin entre les couleurs dites chaudes (rouge, orange, jaune) et les couleurs dites froides (bleu, violet), le vert est la couleur de la neutralité, de la tranquillité, de l'apaisement que tous nous espérons trouver.

Monde spirituel

Alliance du bleu et du jaune, le vert est la couleur de l'éveil, de la ré-génération, de l'accès à la connaissance spirituelle.
Les mythes font souvent référence à la complémentarité du rouge et du vert. Dans la tradition égyptienne, le cadavre d'Osiris (vert) est ramené à la vie par Isis (rouge). Dans la version chrétienne de la quête du Saint Graal, le vase d'émeraude contient le sang du Dieu fait homme.

Orange

Monde temporel

Si le jaune est associé au soleil dans son apparente plénitude, l'orange l'identifie à son lever et à son coucher, i.e. à son élévation et à sa descente. Autrement dit, l'orange caractérise à la fois l'envol vers la lumière et la descente vers les ténèbres, synonyme d'ignorance.

Monde spirituel

Mélange de jaune et de rouge, l'orange allie l'or spirituel et le rouge temporel et symbolise l'équilibre entre les mondes céleste et terrestre, c'est-à-dire la justice dans son sens profond d'harmonie.
Cette voie de l'équilibre était recherchée, par exemple, dans les orgies rituelles considérées comme source de la révélation initiatique. Ainsi, Dionysos est représenté vêtu d'orange. De nos jours, l'habit safran des moines bouddhistes symbolise également cette recherche de l'harmonie.

Violet

Monde temporel

Le violet est la couleur de la tempérance car il adoucit la violence du rouge. Tel est le sens attaché à la couleur des vêtements sacerdotaux de l'évêque. Il doit en effet veiller sur son troupeau et modérer les ardeurs de ses ouailles.

Monde spirituel

Composé en proportions égales de bleu et de rouge, le violet représente aussi la couleur de l'équilibre entre le Ciel et la Terre. Opposé au jaune, couleur du passage entre la mort d'un état d'être et la re-naissance dans un autre, le violet figure le passage de la vie à la mort d'un état avant de re-naître ou de ressusciter dans un autre. C'est ainsi que le chœur et les statues des églises sont drapés de violet le vendredi saint. Avant la Renaissance, beaucoup de missels, psautiers et bréviaires étaient écrits en lettres d'or sur un fond violet de manière à constamment rappeler au lecteur le mystère de la Passion du Christ. Ultérieurement, dans les sociétés occidentales, la couleur est devenue celle du deuil ou du demi-deuil. Comme tel, le violet est associé au rite de passage d'un état dans un autre.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • Notamment, les chapitres XLVII sur le blanc et le noir et LVII consacré aux sept rayons de l'arc-en-ciel.

1 retour La décomposition de la lumière blanche en sept couleurs revient à Newton. On s'est longtemps demandé d'où venait l'introduction de l'indigo ? Il semblerait que Newton ait voulu établir une correspondance entre les sept planètes connues alors et les couleurs du spectre de la lumière visible. Tout comme l'attraction “universelle” découlait des masses des différentes planètes, le spectre des couleurs résulterait de corpuscules de masses distinctes.