LOTUS

Au cœur du symbolisme

Les approches de la couleur

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Résumé

Isaac Newton Wolfgang Goethe

L'approche scientifique de Newton

Isaac Newton (1642-1727) passe pour le père de la science de la couleur. Toutefois, Thierry von Freiberg (XIIIe siècle) fut probablement le premier à donner une explication convaincante du spectre de l'arc-en-ciel. Il observa la dispersion de la lumière du jour au travers de fioles sphériques en verre remplies d'eau. Freiberg suggérera que les gouttes d'eau suspendues dans l'atmosphère après la pluie se comportaient comme des ballons sphériques emplis d'eau.

Newton observa la dispersion d'un rayon lumineux au travers d'un prisme de verre placé dans une chambre obscure. Il montra que la lumière visible était composée d'un spectre de radiations de couleurs et que la recomposition de ces radiations redonnait la lumière visible dite blanche.

Spectre de l'arc-en-ciel.

Le père de la théorie de la gravitation pensait naturellement que la lumière était composée de corpuscules de masses distinctes selon les couleurs. La science contemporaine a mis, au contraire, davantage l'accent sur l'aspect ondulatoire de la lumière et a classé les radiations de couleurs selon un seul critère, la longueur d'onde.

Les artistes ne purent se contenter de ce seul constat. Un peintre de génie comme Eugène Delacroix ne disait-il pas dans son journal!

La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique. Alors que le sujet, la forme, la ligne s’adressent d’abord à la pensée, la couleur n’a aucun sens pour l’intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilité.

Eugène Delacroix raconta qu’il avait trouvé sa théorie des couleurs en peignant le tableau intitulé “L'exécution du Doge Marino Faliero” (1826):

L'exécution du Doge Marino Faliero

Il découvrit que les ombres violettes faisaient mieux ressortir le jaune et dessina l'étoile colorée, formée de deux triangles inversés, sur un mur de son atelier:

  • Couleurs primaires et secondairesLe premier triangle contenait les couleurs primaires jaune, rouge et bleu qui ne pouvaient être obtenues en mélangeant d'autres couleurs;
  • Dans le triangle inversé figuraient les couleurs secondaires violet, vert et orange obtenues en mélangeant les couleurs primaires deux à deux;
  • Les couleurs opposées de l'étoile représentaient les couleurs complémentaires dont la combinaison donnait un gris neutre.

Les êtres sensibles à la perception des couleurs avaient déjà par le passé soulevé des critiques sur l'approche de Newton. En fait, la lumière ne devenait visible que dans l'obscurité. Pour Newton, l'obscurité n'était qu'absence de lumière. Or, le noir et ses dégradés de gris jouaient un rôle important dans les ombres projetées par la lumière frappant un objet. Il était impossible de parler de lumière sans évoquer l'obscurité à divers degrés et inversement. Un auteur comme Johann Wolfgang von Goethe (1749-1822) proposa une approche plus globale de la couleur fondée sur l'alliance de la lumière et de l'obscurité.

L'approche sensorielle de Goethe

Dans son œuvre poétique “Faust” (première partie 1808 et deuxième partie 1832), Goethe avait déjà évoqué la lutte entre la lumière et les ténèbres. Il entreprit un travail sur le clair-obscur pendant quarante ans et considéra son “Traité des couleurs” (1808 à 1810) comme son œuvre la plus importante après “Faust”.

Goethe étudia notamment les ombres à la lumière du soleil levant; les rochers prenaient une couleur orangée et leur ombre une couleur bleue-verte. Considérée isolément, l'ombre était bien grise, mais replacée dans son environnement coloré, elle devenait bleue-verte, couleur complémentaire de l'orangé. Ce phénomène, considéré par la science comme une illusion d'optique, était pourtant bien perçu par l'œil de l'observateur 1. Pour Goethe, la perception des couleurs était avant tout de nature sensorielle; il décrivait les couleurs comme il les voyait.

L'auteur du “Traité des couleurs” connaissait les expériences de Newton et les a reprises à la lumière du jour avec des prismes de différents angles. Il observa, à travers un prisme, les images de deux rectangles complémentaires, un rectangle blanc sur fond noir et un rectangle noir sur fond blanc:

Rectangle blanc

Rectangle noir

L'expérience donna des résultats surprenants. Au lieu d'un spectre de couleurs unique, deux spectres marginaux apparurent sur les bords de chacun des rectangles blanc et noir:

Spectre
violet
bleu-cyan
Spectre du rectangle blancSpectre
jaune
rouge-orangé

Spectre
jaune
rouge-orangé
Spectre du rectangle noirSpectre
violet
bleu-cyan

Nous constatons que les deux spectres du rectangle noir sont intervertis par rapport à ceux du rectangle blanc.

Lorsque la hauteur des rectangles diminuait, les spectres marginaux se rapprochaient jusqu'à pratiquement se toucher:

Spectre du rectangle blanc plus petit

Spectre du rectangle noir plus petit

La poursuite de la diminution de la hauteur des rectangles conduisait au chevauchement des spectres marginaux. Le jaune et le bleu se mélangeaient dans le rectangle blanc pour donner la couleur verte et le spectre de Newton; de même, le violet et le rouge se mêlaient dans le rectangle noir pour donner la couleur pourpre et un second spectre propre à Goethe.

Spectre du rectangle blanc encore plus petit

Spectre du rectangle noir encore plus petit

En poussant plus avant la réduction de la hauteur des rectangles, deux spectres de trois couleurs seulement apparaissaient.

Spectre
violet
vert
rouge-orangé
Spectre de trois couleurs du rectangle blanc

Spectre
jaune
pourpre
bleu-cyan
Spectre de trois couleurs du rectangle noir

Goethe a rassemblé ces deux spectres et les résultats de ses observations dans son “cercle chromatique”:

Cercle chromatique de Goethe

Pour le poète, le premier triangle représentait les couleurs claires (bleu-cyan, pourpre et jaune) dont la combinaison donnait la couleur du rectangle noir sur fond blanc, i.e. le clair se cachait derrière l'obscur. Le triangle inversé regroupait les couleurs sombres (rouge-orangé, vert et violet) dont la combinaison donnait la couleur du rectangle blanc sur fond noir, i.e. le sombre se cachait derrière le clair. Clair et obscur étaient indissolublement liés dans la vision des couleurs de Goethe. Toute couleur est simultanément associée au clair et à l'obscur.

Contrairement à Newton, Goethe considérait que la lumière était invisible; seule la manifestation des couleurs la rendait visible aux yeux des observateurs. Ce dialogue entre l'invisible et sa manifestation visible témoignait d'une approche non seulement sensorielle, mais également spirituelle. L'intérêt de Goethe pour les relations entre les parties et le tout et sa polarité fondamentale clair-obscur n'avait dès lors rien de surprenant. Une telle approche a été développée en peinture par le grand artiste anglais William Turner. Comment ne pas mettre en parallèle les couleurs des trois bandes inférieures du tableau intitulé “Structure de couleur” (1819) et les couleurs du spectre propre à Goethe!

Structure de couleur, 1819

Pourtant, l'artiste n'avait pas encore eu connaissance de l'ouvrage du poète à l'époque de la réalisation de la toile. Ces deux génies devaient être animés par une vision commune de la couleur fondée sur l'observation du monde dans sa globalité.

Si la couleur relève du monde extérieur pour la plupart des scientifiques, elle révèle notre monde intérieur pour Goethe.

1 retour Le cerveau recompose les couleurs complémentaires comme pour maintenir une perception globale de la lumière et des couleurs. Ce phénomène est comparable à celui de l'audition où le cerveau recompose les sons aigus à partir des sons graves comme pour maintenir une harmonie d'ensemble.
Mentionnons en passant l'afffinité des sons et des couleurs. Ne parle t-on pas de la couleur des sons ou de la tonalité des couleurs ?

La lumière, l'obscurité, les couleurs

La vision des couleurs de Goethe

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