LOTUS

Au cœur du symbolisme

La Dame à la licorneMon seul désir

(Page détaillée)

Résumé

La devise

Inscrite en haut du pavillon, la devise “Mon seul désir” est insérée entre les deux lettres A et probablement I.

Mon seul désir

Cette devise servirait-elle de lien entre deux initiales ? Tel semble bien être le cas. Tout d'abord, les trois mots de la devise sont séparés par deux groupes de cinq points de manière à former un tout. Ensuite, la devise est séparée par un point de la première lettre et par deux points de la seconde. L'union de ces deux initiales appartenant à deux êtres n'est pas mon vœu le plus cher, mais mon suprême, mon ultime, mon unique, mon seul désir. Qui peut bien parler ainsi sinon le(s) destinataire(s) de la série des six tapisseries. Est-ce le couple lui-même ou un proche parent ?

Cet hymne à l'amour cadrerait parfaitement avec l'exacerbation des cinq sens soulignée par la présence des animaux et des plantes dans la série. Et “Mon seul désir” pourrait couronner l'ensemble. Il serait alors aisé d'épiloguer sur la suite des événements.

Toutefois, l'union de deux êtres qui s'aiment profondément symbolise aussi l'union des natures masculine et féminine au sein du couple. Une union qui cherche à restaurer l'état unifié, primordial ou édénique précédant la chute. Une chute qui correspond à la manifestation de la variété des êtres et des sens. Le passage du monde unifié au monde de la dualité, depuis l'état originel, est une étape nécessaire pour faire l'expérience des sens et prendre conscience de la réalité perdue. L'amour ne serait alors rien d'autre, à en croire Aristophane dans la bouche de Platon, qu'une tentative de retrouver l'unité perdue au travers de la quête éperdue de l'âme sœur.

La Dame est-elle cette âme sœur ? S'apprête t-elle à rejoindre l'élu de son cœur dans le pavillon ? Ou bien, est-elle elle-même en quête de cette unité perdue ? Va t-elle retrouver l'état primordial où l'être ne voit plus un monde peuplé d'antagonismes, mais de complémentarités qui se fondent dans l'Unité. En effet, la dualité n'est pas propre au monde manifesté, mais à la perception que nous en avons. Tant que nous restons divisés en nous-mêmes, nous ne pouvons accepter le monde tel qu'il est et nous-mêmes tels que nous sommes en réalité, c'est-à-dire unifiés. Dès l'instant cependant où nous dépassons nos perceptions sensorielles, remontons le courant originel, accédons au principe intégrateur qui gouverne nos sens et prenons conscience de l'Unité qui régie le monde, toutes les craintes, envies et illusions attachées à notre perception duelle des choses et des êtres s'évanouissent. Nous sommes prêts à quitter le monde des sens pour retrouver l'état unifié des sens et de l'être. Nous sommes prêts à rentrer chez nous, à quitter le monde extérieur pour re-découvrir notre monde intérieur symbolisé par le pavillon.

Le pavillon

Le pavillon frappe immédiatement le spectateur par le vide qui l'habite. Le vide reflète la non manifestation des êtres et des choses, la source potentialisée, l'Unité à l'origine de tout en ce monde.

Même le mât central porteur de la toile du pavillon est invisible. Le mât représente le lien entre le chapiteau, symbole de la voûte céleste, et le sol couvert de fleurs figurant le monde terrestre. Parcouru de haut en bas, le mât symbolise la manifestation terrestre de tous les êtres et de toutes les choses contenus dans l'Unité céleste; gravi de bas en haut, il dépeint l'ascension de l'être depuis sa condition ordinaire ou terrestre jusqu'aux états spirituels ou célestes.

Il en ressort que:

  • La sortie du pavillon correspond à la voie de la manifestation des êtres et la découverte des sens symbolisée par la Dame portant le collier à son cou;
  • La rentrée dans le pavillon traduit la voie du retour de l'expérience extérieure des sens vers l'expérience intérieure de l'être figurée par la Dame se défaisant de ses bijoux.

Représentatif de l'Axe du Monde, le mât s'élève jusqu'au zénith, point culminant du soleil. Il symbolise le rayon solaire porteur de lumière et irradiant tout l'intérieur du pavillon. L'ouverture du pavillon figure le passage entre l'obscurité du monde extérieur bleu-nuit et la lumière du monde intérieur jaune d'or, entre le monde lunaire et le monde solaire et vice-versa.

La Dame est encore à l'extérieur du Pavillon. Elle s'apprête peut-être à quitter le monde des sens, mais seulement pour accéder au niveau de leur intégration. Contrairement aux sens qui relèvent du seul domaine corporel tout extérieur, leur état intégré tient d'un domaine relativement intérieur. Il en découle que même après avoir pénétré à l'intérieur du pavillon, la dame sera toujours dans le sphère lunaire dépeinte par le sol bleu. L'élévation vers les états supérieurs et spirituels, le long de l'Axe symbolisé par le mât invisible, demande de dépasser le seul domaine de l'âme individuelle pour accéder au domaine de l'Âme du Monde.

Bibliographie

  • René Guénon:
  • “Symboles de la Science sacrée”. Éditions Gallimard 1962;
  • En particulier, le chapitre LII sur “L'Arbre et le Vajra”.
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