Le symbolisme dans l'art

Rembrandt, femme assise à sa fenêtre

Un langage des plus anciens

Tant que les premiers hommes sur terre voulaient désigner une chose, il leur suffisait de la montrer du doigt. En présence du feu pour la première fois, ils ne durent pas réagir autrement avant d'en tirer tout le parti possible.

Les premiers hommes ne pouvaient cependant concevoir la puissance qui se cachait derrière cette source de lumière et de chaleur. Ils pressentaient une autre réalité invisible derrière la flamme visible. Ils cherchèrent à lui donner un sens en établissant des rapports d'analogie entre le monde naturel, connu et un monde sur-naturel inconnu. Ainsi sont nés les mythes et les symboles. Ils constituent le plus vieux langage du monde, le fonds commun de l'humanité.

L'artiste contemporain trouve dans la science des explications qui faisaient défaut à nos ancêtres. Il peut partager l'expérience du monde extérieur et visible en recourant au langage de la raison. Est-il comblé pour autant ? Qu'en est-il du partage de l'expérience du monde intérieur et invisible ? Il pressent qu'une barrière subsiste toujours entre d'une part le connu et le connaissable accessible par le mental et fruit de l'expérience commune et d'autre part l'inconnaissable perceptible à partir de la seule expérience personnelle. Comme l'a dit le plus pénétrant des artistes, Eugène Delacroix:

“C'est toi qu'il faut regarder, non autour de toi.”

Riche de son expérience intérieure, l'artiste donne un nouveau sens aux formes, aux couleurs, aux sons, aux mots, aux images du monde environnant qui nous transportent, pour ne pas dire téléportent, dans un autre monde.

L'artiste nous invite en effet à un voyage du monde extérieur vers le monde intérieur, du monde physique et sensoriel vers le monde psychique et spirituel comme dans la célèbre série de tapisseries intitulée la Dame à la licorne. Il nous conduit de la représentation du monde vers sa révélation. Il ne nous fait plus seulement voir, mais aussi vibrer aux mystères d'un monde baigné de silence (étymologie de mystère). Il nous fait entrer en résonance avec cet au-delà, ce monde lointain qui, pourtant, gît au fond de chacun de nous.

L'art occidental trouva sa source dans les profondeurs de l'être bien plus tard que l'art et l'iconographie orientaux. La voie fut ouverte par l'école espagnole des XVIe et XVIIe siècles et particulièrement par El Greco, un grec venu s'établir sur la terre des plus grands mystiques tels saint Jean de la Croix et sainte Thérèse. Néanmoins, la ferveur espagnole n'a pas gagné toute l'Europe. Le vent de la Réforme a balayé l'élan catholique. Est-ce à dire que le nord, contrairement au sud, n'a pas été touché par la grâce divine ? La peinture de l'école hollandaise n'était-elle qu'un art confiné aux apparences ? Ne parle t-on pas du réalisme hollandais ? Et pourtant, adopter un tel point de vue reviendrait à écarter les plus grands peintres des Pays-Bas. Vermeer n'est-il pas poète avant d'être réaliste ? Ruysdael ne représente t-il pas les liens entre l'être, la nature et son créateur avant d'être naturaliste ? Et que dire de Rembrandt qui, sous les apparences du monde extérieur, plonge dans le monde intérieur ? Tel est le paradoxe propre au monde des apparences. C'est au sein de l'école dite réaliste que nous rencontrons le plus grand peintre occidental du monde intérieur.

Ce monde de l'intériorité a également trouvé ses fidèles dans un mouvement de la fin du XIXe siècle qui s'est lui-même qualifié de Symboliste. Ses adeptes considéraient que le voile du monde aux multiples apparences masquait la réalité une et invisible 1.

Par son don et son expérience intérieure, l'artiste nous fait découvrir ses états d'âme et son âme parfois. Eugène Delacroix, n'a t-il pas dit ?

“La peinture est un pont jeté entre les âmes.”

À de rares moments privilégiés, l'artiste va encore plus loin. Il nous fait sentir, au-delà de notre nature humaine, l'Esprit supra-humain, l'essence même des choses. L'œuvre n'est plus alors à regarder ou à écouter, elle est elle-même regard et écoute. Elle nous montre soudain qui nous sommes, ce que nous avons toujours été et ce que nous sommes appelés à re-devenir. En cet instant magique, l'art devient sacré.

1 retour La science contemporaine et le mouvement Symboliste se rejoignent dans une recherche commune d'un réel voilé. Voir “Le réel voilé” de Bernard d'Espagnat. Éditions Fayard, 1994.