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Ce que vous trouvrez ici:Cette page offre une présentation générale de certains aspects de la langue wallonne, des points de vue linguistique, sociolinguistique, dialectologique (voir notre carte de la Wallonie) et philologique. Deux mots donnent un aperçu de la culture wallonne aujourd'hui. Si vous voulez approfondir certains points, une bibliographie sommaire est présentée. |
Une ou deux remarques linguistiquesLe wallon est "né" entre les 8e et 12e siècles des restes de la langue latine importée dans nos régions par les soldats, les marchands et les colons romains. A cette époque, les autochtones appelaient leur langue "roman". C'est au début du 16e siècle que se répand le terme "wallon" pour désigner notre langue. Celle-ci est un membre de la famille des langues romanes et du sous-groupe gallo-roman ou des langues "d'oïl", dont le représentant le plus célèbre est le français.Le wallon est proche parent du français mais ne doit pas être pris pour un dialecte de cette langue, bien que l'on commette souvent cette erreur. Le rapport entre wallon et français semble comparable au rapport entre scots et anglais au Royaume-Uni, entre asturien et castillan en Espagne ou entre luxembourgeois et allemand au Grand-Duché de Luxembourg. Il faut distinguer au moins trois niveaux de langue en Wallonie: le français commun, le wallon dans ses différentes modalités et notre français régional (c.-à-d. un dialecte du français) plus ou moins fortement influencé par le wallon. Le wallon est probablement la langue d'oïl qui est le mieux parvenue à survivre à l'ombre du français. Voici quelques caractéristiques de la langue, juste quelques exemples pris presque au hasard: Phonétique et phonologie
Morphologie
Lexique
Syntaxe
Une ou deux remarques sociolinguistiquesLe wallon est l'une de ces nombreuses "langues oubliées" (ou "régionales", "minoritaires", "moins répandues", "menacées"...) qui vivent à l'ombre d'un big brother linguistique. La proportion de locuteurs est restée relativement stable jusqu'au début de ce siècle: en dépit d'une lente érosion, surtout dans les classes supérieures, la vaste majorité de la population n'utilisait que le wallon dans la vie quotidienne. Mais le nombre de locuteurs a brusquement chuté entre les années 1930 et 1960. Aujourd'hui, bien qu'on manque d'enquêtes sociolinguistiques à grande échelle (il en existe à des niveaux locaux), on peut estimer que les locuteurs actifs réguliers représentent de 35 à 45 % de la population (3 200 000 habitants). Chez les jeunes de 20 à 30 ans, plusieurs études s'accordent à dire qu'il y aurait environ 10 % bilingues actifs et de 40 à 60 % de bilingues passifs. La proportion des personnes à même de comprendre le wallon est supérieure. La proportion des personnes sachant lire et écrire est négligeable (le wallon n'est pas enseigné, sauf dans quelques cours du soir). En général, les hommes sont plus souvent bilingues que les femmes, et les habitants des campagnes plus souvent que les citadins. Il n'y a plus ou très peu de locuteurs unilingues, mais il reste plus qu'une poignée de personnes dont la langue principale est le wallon, surtout parmi les personnes âgées.Si le nombre de locuteurs s'est réduit, l'éventail fonctionnel et social du wallon s'est réduit également: la francisation a d'abord touché les classes favorisées de la population. La bourgeoisie s'est également mise à utiliser le français au cours de 18e et 19e siècles. Ensuite, le reste de la population a compris qu'il n'y avait pas d'avenir dans la société hors du français, seule langue admise dans les écoles wallonnes. Tous les parents se sont mis à élever leurs enfants en français ou, souvent, une forme dialectale du français plus ou moins inspirée par le wallon. Le fond de l'impasse fonctionnelle est maintenant en vue, certaines personnes prétendant que le wallon ne peut plus être révéré que comme relique du passé, langue littéraire immuable ou, au mieux, langue du coeur — mais pas comme langue de la vie quotidienne. Bien qu'il existe depuis longtemps un groupe de philologues disposés à promouvoir le wallon (surtout la littérature et la dialectologie), c'est seulement depuis assez récemment que se développe un mouvement qui promeut simplement l'utilisation du wallon, et pour qui cette langue aura encore un rôle à jouer dans la société wallonne de demain. Il n'existe pas de langue standard parlée. Les efforts tendant à développer une langue standard écrite sont récents (si vous souhaitez voir à quoi elle ressemble, lisez cette page en wallon ). En 1990, un décret était voté reconnaissant l'existence de "langues régionales endogènes" (non citées) dans la "Communauté française de Belgique" (c.-à-d. la Wallonie et la population francophone de Bruxelles) de l'Etat fédéral belge. Le décret affirme que ces langues doivent être étudiées et qu'il faut en encourager l'utilisation. Un "Conseil des Langues régionales" a été créé auprès du Ministère de la Culture, mais jusqu'à présent, les choses n'ont pas beaucoup changé: l'espace laissé au wallon à la télévision est rogné, rien n'est fait dans les écoles, ni pour l'affichage des noms de lieu, etc. A ce jour (août 1996), la Belgique n'a pas signé la Charte européenne sur les langues régionales ou minoritaires adoptée par le Conseil de l'Europe en juin 1991.
Une ou deux remarques dialectologiques:Les études dialectologiques fleurissent depuis près d'un siècle. De fait, la dialectologie a longtemps été considérée comme la seule manière d'étudier le wallon.Bien que l'aire linguistique wallonne soit très réduite (un carré d'environ 150 km de côté) et n'inclue pas la totalité de la Wallonie (voir la carte ci-dessous), on identifie généralement quatre groupes dialectaux:
Voici quelques exemples classiques de différences dialectales:
Si vous désirez jeter un coup d'oeil sur des textes wallons, vous pouvez lire cette page en wallon standard, ou cinq versions du Notre Père. Le wallon est parlé — ou l'a été — dans de petites régions de France (département des Ardennes), du Luxembourg (ou il a disparu récemment) et des Etats-Unis (région de Green Bay, Wisconsin où existe une colonie wallonne compacte datant du 19e s.). D'autres langues régionales sont parlées dans certaines régions de la Wallonie: le picard (langue romane, dans la moitié ouest de la province du Hainaut), le lorrain (langue romane, dans les villages du sud de la province du Luxembourg), le champenois (à l'extrême sud de la province de Namur) et le letzebuergesch (luxembourgeois, langue germanique parlée dans les environs d'Arlon). Toutes ces langues sont parlées dans les pays voisins: la plus grande partie des domaines linguistiques picard et lorrain se trouve en France (où ces deux langues ne sont absolument pas reconnues comme telles). Le luxembourgeois est la langue nationale du Grand-Duché de Luxembourg.
Une ou deux remarques philologiquesLa nature de la langue écrite en pays wallon au Moyen-Age (outre le latin) est encore controversée: s'agissait-il d'un français de moins en moins wallonisé (une langue spécifiquement écrite baptisée scripta) ou d'un wallon écrit de plus en plus francisé? Deux ou trois certitudes: d'abord, il est souvent difficile de dire comment les graphies de l'époque étaient prononcées; ensuite, cette langue n'aurait pu être écrite nulle part ailleurs qu'en Wallonie, puisqu'elle contient au minimum une proportion variable d'éléments wallons. Enfin, au fil des siècles, la langue écrite s'est de plus en plus rapprochée du français standard.Au début du 17e siècle, on prend conscience de l'écart entre la langue parlée (le wallon) et la langue écrite (le français), ce qui permet l'émergence d'une littérature wallonne. Le français était et est resté la seule langue pour les textes formels, officiels, etc. La littérature wallonne s'est développée sans interruption depuis lors, avec des temps forts (p. ex. les années suivant la deuxième guerre mondiale), et ses temps faibles (p. ex. le début de ce siècle). La poésie se détache particulièrement par sa qualité. Le théâtre, qui fleurit surtout depuis la moitié du 19e s. connaît une production abondante (plus de 10 000 pièces) essentiellement dans le domaine de la comédie. La prose est d'un développement plus tardif (surtout au cours de ce siècle). D'autres genres sont pratiqués, tels que la bande dessinée, la chanson, la traduction, etc. En plus de la littérature, la prose non narrative existe depuis un siècle, mais de manière embryonnaire. C'est seulement depuis quelques années que certaines revues wallonnes refont une place à des textes concernant la vie des associations, la politique, la culture, etc. Trop peu trop tard? Qui vivra verra! La bibliographie présente des anthologies bilingues (français, anglais, esperanto) qui permettent de prendre un premier contact avec la littérature wallonne.
La culture wallonne aujourd'huiLa littérature est bien vivante: de nouveaux auteurs paraissent régulièrement dans des revues qui sont toutes — au moins en partie — consacrées à la littérature (v. ci-dessous). Il n'existe pas de presse quotidienne ni hebdomadaire.Le théâtre est encore florissant: plus de 200 troupes amateurs jouent, dans les villes et les villages de Wallonie, pour plus de 200 000 spectateurs par an. Dans les médias, le wallon est présent à la télévision publique (environ 2 heures par semaine, le samedi après-midi) et à la radio publique (environ 3 heures par semaine, le vendredi soir). Cependant, la présence de la langue est sans cesse sous pression (réduction du budget, réduction du temps de présence, etc.). Quelques radios privées, revues ou journaux nationaux en français réservent une place au wallon, de manière régulière ou occasionnelle. Le wallon est présent dans les services religieux de manière sporadique (marriages, messes spéciales...). Après une période faste dans les années 70, la chanson wallonne végète, encore qu'un intérêt nouveau se fasse jour: 2 ou 3 groupes de rock chantent en tout ou en partie en wallon. Le wallon est presque totalement absent du monde éducatif: les instituteurs ne sont pas formés pour enseigner le wallon, le matériel pédagogique est rare. L'absence d'une langue écrite unifiée fait qu'il est difficile à un instituteur qui ne parle pas nécessairement le dialecte de l'endroit où il travaille, d'enseigner le wallon à des enfants provenant de régions diverses et qui sont de plus en plus souvent des unilingues français. Malgré tout, les initiatives ponctuelles, locales ne manquent pas: concours de récitation, cours réguliers, initiation par le jeu, les chansons, etc. La principale association de promotion de la langue wallonne est l'Union culturelle wallonne, qui rassemble 5 fédérations provinciales et plus de 250 associations locales. La majorité sont des troupes de théâtre, mais on compte aussi, entre autres, cinq comités provinciaux "Walon è scole" (Wallon à l'école). L'objectif principal de l'Union est maintenant de promouvoir l'utilisation du wallon dans les fonctions de base de la vie en société (la famille, p.ex.), de défendre et coordonner le très riche tissu associatif, ainsi que de soutenir la présence du wallon dans les médias, le système éducatif, le cadre légal, etc.
Pourquoi nous croyons en l’avenir de la langue wallonneBien que certains aspects du tableau présenté ci-dessus semblent plutôt sombres, nous avons plusieurs raisons de croire que notre langue joue encore, et continuera à jouer, un rôle dans notre société. Les éléments suivants (à la fois des faits et des défis pour l’avenir) sont le pain quotidien des promoteurs du wallon:Tout d’abord, le nombre de locuteurs réguliers reste relativement important (quelques centaines de milliers à tout le moins): les personnes qui parlent wallon peuvent encore être considérées autrement que comme des Marsiens (bien que les étudiants se plaignent souvent de ne trouver personne à qui parler. Un des problèmes est de faire le lien entre deux personnes qui parlent wallon mais l’ignorent - ou n’osent pas parler wallon entre elles!). Il est encore possible (voire plus possible qu’il y a une dizaine d’années) de vivre en wallon, avec des personnes qui le parlent, des revues qui l’écrivent, du théâtre, des chansons, etc. Toutefois, la situation reste diglossique, au mieux: le wallon n’est utilisé, en général, que dans des situations non formelles, il est absent des écoles, des médias... Notre humble but immédiat est cependant de rétablir et de renforcer une diglossie plus généralisée, avant de nous lancer vers des objectifs plus ambitieux... Deuxièmement, même s’il est dit plus haut que la proportion réelle des locuteurs reste inconnue du fait de l’absence d’enquêtes socio-linguistiques à grande échelle, les quelques enquêtes de ce type montrent que les opinions changent: si le wallon était regardé comme quelque chose de négatif dans le passé, on le considère de plus en plus de manière positive (surtout des points de vue culturel et identitaire), ce qui explique probablement le succès des théâtres (plus de 200 000 spectateurs par an), des CD de rock ou encore des cours du soir, partout en Wallonie. (Un succès relatif tout de même: p.ex., cette année, j’ai dû couper ma classe en deux, parce qu’il y avait 50 inscrits de tous les âges au cours du premier niveau. Bien sûr 50 est un nombre épatant par rapport aux 8 étudiants que j’avais il y a seulement 6 ans, mais ce n’est rien du tout par rapport aux centaines de milliers d’étudiants qui devraient pouvoir suivre des cours de wallon.) Troisièmement, nous sommes convaincus que le wallon, quelle que soit sa forme, ne peut que continuer à vivre, car la Wallonie consitue un groupe social relativement cohérent qui tend à se créer une identité linguistique. Un signe de ce phénomène est que la langue wallonne change rapidement (p.ex. les jeunes locuteurs tendent à utiliser une langue plus proche du français régional, mais aussi très marquée par l’hypercorrectisme). Nous pensons que c’est un bon signe, même si les puristes déplorent le fait que “leur” wallon change: si la langue est en cours d’adaptation par la génération montante, cela signifie que cette génération trouve encore quelque utilité à cette langue, et qu’elle désire se l’approprier. Quatrièmement, le mouvement de promotion du wallon s’appuie sur une tradition solide (étude scientifique de la langue, littérature...) et un dense réseau associatif. P.ex. l’Union culturelle wallonne compte plus de 200 associations membres (et la Wallonie est un pays minuscule). Les actions mises sur pied par l’UCW sont en général bien accueillies. Cependant, le soutien du monde politique ou des médias reste beaucoup trop faible. En outre, jusqu’à présent, la population ne semble pas prête à se lancer dans un plan ambitieux et conscient, visant à promouvoir la langue. Mais, de toute évidence, la situation évolue rapidement...
BibliographiePrésentations générales:
Littérature:
Dictionnaires:Il n'existe pas de dictionnaire général, mais plusieurs bons dictionnaires dialectaux:
Quelques revues:
Lorint Hendschel Last modified: Mon Jan 7 13:59:31 CET 2002 Fwait avou Emacs. |