Grammaire wallonne en ligne
Li waibe del croejhete walone

Prescription et description

Toute grammaire, au sens de manuel de grammaire, d'exposé de règles, est à la fois descriptive et prescriptive: elle ne saurait exister si elle ne décrit pas un usage (fût-ce celui de l'auteur) et elle est prescriptive par raison d'être, dans la mesure où elle cherche à «guider» le lecteur dans la forêt des mots et de la syntaxe. Or, contradictoirement, toute langue est d'abord marquée, en superficie, par la diversité: comme du sable fin, elle s'écoule entre les doigts quand on veut la saisir, elle s'éparpille en variantes sans fin et usages contradictoires. Toute grammaire, comme toute orthographe d'ailleurs, tendra par conséquent à rigidifier, rendre discontinus, des usages par nature fluctuants, contradictoires et continus. Quel est donc le point de vue normatif adopté dans cette grammaire? Tout d'abord, mon parti pris de présenter le wallon en entier, de choisir des formes plutôt littéraires et plutôt contemporaines n'est évidemment pas innocent: une grammaire des usages contemporains oraux ou de la langue écrite du 18e siècle guiderait le lecteur sur d'autres voies... Mon but est de donner à l'utilisateur quelque chose d'utilisable ici et maintenant, passivement ou activement, en me fondant sur des usages vivants et en faisant le pari avoué que, malgré la situation difficile que connaît le wallon actuellement, quelque chose sera transmis aux générations montantes. Pour le reste, le lecteur constatera que, dans bien des cas, les «exemples littéraires» (les seuls qui seraient repris dans bien des grammaires) sont assortis de «contre-exemples littéraires» et que, là où les usages sont contradictoires, je ne me suis pas senti en droit de dire que telle variété est préférable à une autre. Évidemment, on pourrait toujours dire que l'ordre de la présentation des exemples et les appellations «exemples» et «contre» exemples sont significatifs... Néanmoins, j'estime que mon rôle est d'exposer et de clarifier la variété des formes existantes. Au lecteur de faire ses choix en cette matière, de même que parmi les différentes formes dialectales; ce qui m'amène à expliquer une autre classification utilisée tout au long de cet ouvrage: la répartition en formes de référence, formes régionales et formes locales.
Lorint HENDSCHEL 2001-08-04