Grammaire wallonne en ligne
Li waibe del croejhete walone
Dans plus d'une grammaire, les auteurs se contentent de donner le nom
de la langue à laquelle l'ouvrage est censé s'appliquer (grammaire
française, grammaire du wallon liégeois, grammaire aclote, etc.). Or
une grammaire du wallon de Namur s'appuyant uniquement sur des
enregistrements oraux débouche sur une description qui peut être, sur
certains points, très différente d'une grammaire décrivant les textes
revus et corrigés par une association littéraire de la même région.
Une langue, quelle qu'elle soit, n'a de forme concrète que dans une
série de «lectes», c.-à-d. de variantes, notamment géographiques
(dialectes), sociales (sociolectes) et diachroniques.
Cet ouvrage se limite à décrire:
- Les formes écrites de wallon, appelées ici «littérature». Il
faut comprendre littérature dans le sens très large de «texte
publié»: non seulement la littérature au sens propre, mais aussi la
bande dessinée, la chanson, des transcriptions d'ethnotextes, des
traductions, des textes non littéraires, etc. Les textes en prose
sont généralement privilégiés: sur bien des points, la poésie aurait
pratiquement besoin de sa propre grammaire.
Quant au choix des auteurs, volontairement éclectique, il n'était
pas seulement dicté par le caractère «reconnu» de leur œuvre, ni
par les qualités littéraires qui leur sont généralement prêtées. Ce
qui a aussi retenu mon attention, c'est la diffusion des œuvres.
On trouvera ainsi, à côté de prosateurs classiques tels que A.
Laloux ou J. Calozet, beaucoup d'auteurs publiés dans des
anthologies bien diffusées (p. ex. Scrîre), des revues, des
calendriers, des groupes de rock dont les CD sont distribués en
dehors des circuits wallons habituels, etc. (voir Index des auteurs,
p.
). L'accent est donc mis sur le wallon
comme il se voit, et non (seulement) tel qu'il devrait être...
- Le wallon contemporain: les échantillons littéraires sont
essentiellement choisis dans le siècle qui vient de s'écouler, avec
une préférence pour les textes plus récents. L'un ou l'autre auteur
cité a néanmoins produit son œuvre dans les années 1930. Les très
rares cas où des auteurs encore antérieurs sont cités sont nettement
distingués.
- Toutes les variantes géographiques ou dialectales. Une
indexation des variantes est toutefois nécessaire pour organiser la
matière. Le plus souvent, les formes sont réparties en «formes de
référence» ou formes types (voir plus bas), «formes régionales»
(c.-à-d. celles de quatre dialectes jugés représentatifs: Liège pour
l'est-wallon, Namur pour le centre-wallon, Charleroi pour
l'ouest-wallon et Bastogne pour le sud-wallon) et des «formes
locales» qui reprennent toutes les autres formes connues de
l'auteur.
Cette délimitation de la matière n'est pas absolue: des exemples sont
parfois tirés de la poésie, de la littérature ancienne, d'échantillons
oraux, d'autres langues régionales ou du français à des fins de
comparaison, etc.
En outre, en plus des exemples littéraires, de nombreux exemples
forgés sont utilisés (tous ceux qui ne sont pas précédés de la mention
explicite «Ex. lit.»). Ils sont de l'auteur ou repris d'autres
grammaires, et apparaissent quand la littérature n'offrait pas
d'exemple, ou pas d'exemple clair et concis, d'un aspect grammatical
déterminé.
À partir du moment où la matière était circonscrite et où les exemples
concrets ont commencé à s'accumuler, des contradictions sont apparues
dans certains cas avec certaines descriptions existantes: soit elles
s'appuyaient sur des exemples forgés qui ne correspondaient pas au
matériel offert par la littérature, soit elles s'appuyaient sur des
exemples réels mais appartenant à d'autres usages quelquefois en
contradiction avec l'usage littéraire, soit elles généralisaient au
wallon entier des règles qui ne sont valables que dans une région
particulière, etc.
En outre --et ceci ne surprendra certainement personne-- la matière
littéraire elle-même offre dans certains cas une diversité d'usages.
Il fallait donc déterminer comment organiser ces contradictions
normatives et cette diversité descriptive.
Lorint HENDSCHEL
2001-08-04