Grammaire wallonne en ligne
Li waibe del croejhete walone
Sous-sections
Consonnes doubles
Les consonnes ne sont écrites deux fois que si
elles se prononcent réellement allongées, ce qui est très rare.
Donc on a: ome (homme), soner (
souner) (sonner).
Mais: elle a (elle a), dji tirrè (je tirerai),
ciddé (ici).
Dans des mots comme dissu (dessus) ou
djonne (jeune), une seule consonne est
prononcée, respectivement s et n. Voir onn,
inn (p.
,
).
Pour les cas ou deux s doivent réellement être prononcés
(p. ex. dis'sotler, dis'siervi), voir
Désambiguïsation des digraphes, p.
.
Assourdissement des consonnes en finale
Les consonnes sonores
(b, d, g, dj, z) sont toujours assourdies en finale,
c.-à-d. prononcées comme p, t, k, tch, s respectivement:
- båbe
ou
ou
(barbe)
- gade
(chèvre)
- figue
(figue)
- rodje
(rouge) se prononce comme
rotche (roche)
- dji tûze
(je réfléchi)
Exceptions:
a) Certaines consonnes sont assourdies en position non finale, par
assimilation régressive (p.
) ou devant le
morphème -ès des épithètes féminines plurielles antéposées
(p.
).
b) Dans certains parlers (EW uniquement), le -s final d'un
adjectif devient
devant un nom commençant par une voyelle:
- ine cråsse eûrêye ou cråze eûrêye (un bon
repas); ine grosse arègne ou groze arègne (une
grosse araignée).
Le même phénomène peut se produire devant le morphème -ès des
épithètes féminines plurielles antéposées (p.
).
c) Normalement, le trait phonétique d'assourdissement des consonnes
sonores n'est pas noté. Toutefois, dans certaines variantes
du système de transcription Feller, le s final est
écrit «-se» par analogie avec le français: ène rôse (pour ene
rôze, une rose), Moûse (pour Moûze, la Meuse), dji
tûse (pour dji tûze, je réfléchis).
Simplification des groupes consonantiques en finale
Les Wallons simplifient systématiquement les
groupes consonantiques complexes en finale. C'est ainsi que les mots
ressemblant au français ou empruntés au français sont souvent
simplifiés à la finale:
- bate (battre), pilasse (pilastre),
sôcialisse (socialisme ou socialiste), etc.
Ceci a d'importantes conséquences pour la morphologie des verbes
régulièrement irréguliers (p.
).
Aspects phonétiques des adjectifs féminins pluriel antéposés
Comme dans toutes les autres langues d'oïl, l'accent tombe
en wallon sur la dernière syllabe; il est à peine sensible et porte
d'ailleurs plutôt sur les groupes de mots.
Il existe toutefois un cas où l'accent tombe sur l'avant-dernière
syllabe: quand les épithètes féminines plurielles antéposées
prennent la finale -ès (voir L'Adjectif,
p.
):
- des rotchès vweteures
(des voitures rouges); des belès lonkès droetès vôyes
.
Ce déplacement d'accent fait que la consonne sonore est prononcée
sourde, comme si elle se trouvait en finale. Dans les formes de
références, cet assourdissement est noté: rotchès, lonkès. Ex.
lit.:
- EW: Nosse mèrite (...) ni s' troûve nin d'vins 'ne masse
di doûceûrs èt d' djôyes, mins bin pus vite divins lès grantès
ponnes èt lès grantès troûblåcions qu' nos d'vans supwèrter. (J.
BOSLY, Îmitåcion, p. 99) - (...) èt l' bande prinda s' coûse
èt po lès såvatchès pindêyes èle si tapa è lac (...). (Dj.
MIGNOLET, Evandjîles, p. 115)
- OW: Dins l'avant-coûr, li long dou mur, i gn'a chîs
grantès djusses. (E.-J. PIRET, Extraits, p. 58)
Exception: dans une partie de l'EW, les adjectifs en
-s et
-t sonorisent ces consonnes en cas d'adjonction de -ès:2.6
- dès grossès gotes (OW, CW, SW)
dès
grozès gotes (EW, fam.) (de grosses gouttes).
Les assimilations
Ne sont signalés ici que les cas d'assimilation les plus clairs,
les plus courants et parfois notés dans les formes écrites.
Un phénomène d'assimilation a lieu notamment dans les cas suivants:
a) Une fois élidés, les mots de type
tch(i)vå (cheval), tch(i)vea
(cheveux), tch(i)veye (cheville), tch(i)vuron
(chevron), tch(i)volî (chevalier), tch(i)vene
(chevesne) peuvent être prononcés de deux manières: avec des
consonnes sonores en EW (assimilation régressive) ou avec des
consonnes sourdes en CW, SW et OW (assimilation progressive).
- on / in tchfau (CW, OW), on tchfâ / tchfau
(SW)
on djvå (EW); on / in tchfia (CW,
OW), on tchfè (SW)
on djvè (EW)
Cette assimilation est le plus souvent écrite dans la littérature mais
ne l'est pas dans les formes de références utilisées ici: on
noer tchivå, on blanc tchvå; si tchveye n' est nén 'ne grosse
tchiveye.
b) Un autre cas où se produit une assimilation régressive est celui
des mots commençant par si- (
su-) + cons. sonore ou par
un préfixe ki- (
cu-) + consonne sonore dans certains
parlers de SW et EW. Si la forme est élidée, le s a tendance à se
sonoriser en
et le c a
tendance à se sonoriser en
. Certains écrivains (p. ex.
Calozet) notent ces assimilations.
- s(i)barer (étonner, effrayer)
dji
sbare
, qui s'écrit rarement dji
zbare; s(i)blari (blêmir)
elle est
sblareye
, qui s'écrit rarement
èlle èst zblarîye; s(i)goter (s'égoutter)
ça sgote
, qui s'écrit
rarement ça zgote; k(i)dûre (conduire)
dji cdû
, qui s'écrit
rarement dji gdû.
Le même phénomène se produit, p. ex., dans les dérivés du mot
sgur
(d'aplomb, affermi), forme élidée de
s(i)gur: d' asgur
(stable, d'aplomb),
asguri
(stabiliser, affermir, consolider),
rasguri
(raffermir, renforcer), etc.
c) Les mots commençant par
dis-, ras- suivis d'une
consonne sonore, sont également assimilés en
et
dans la prononciation:
- disbaler (déballer)
,
rasgoter (vider jusqu'à la dernière goutte)
.
d) Certaines finales de radicaux suivies des suffixes -ter
(verbes), -mint (adverbes), -nut (verbes
conjugués en CW et OW). La dernière consonne du radical,
étymologiquement sonore, est assourdie:
- havter (accrocher, de havet, crochet)
, nîvter (neiger légèrement, de
nîve, neige)
.
e) Même phénomène avec les adverbes en
-bmint,
-djmint, -dmint,
-gmint, -vmint:
- dobmint (doublement)
; såvadjmint
(sauvagement)
; tchôdmint (chaudement)
; nayivmint (naïvement)
.
Exception: les adverbes en -zmint ne
sont pas touchés par l'assimilation: coraedjeuzmint
(courageusement)
.
f) Même phénomène dans certains mots simples:
- abcès
, medcén
, subtil
, etc.
g) Dans les séquences d + consonne nasale, le d est
nasalisé en n:
- admete
(admettre), etindmint
(entendement), fondmint
(fondement), ridmander
(redemander), c' est po dner
(c'est pour donner),
c' est dmwin
(c'est demain), etc.
h) Séquence v + consonne nasale (dans certaines régions de EW
seulement):
- il a vnou
(il est venu); i fåt vni
(il faut venir).
i) Les séquences
et
+ voyelle tendent à se
prononcer comme les affriquées
et
:
- diâle > djâle (diable); tiesse >
tchèsse (tête); vos rnetyîz >
vos rnètchîz (vous nettoyez).
Ex. lit.:
- EW: Adon, l' djâle lî dêrit [sic, = dèrit]
(...). (Dj. MIGNOLET, Evandjîles, p. 94)
- OW: Mon Djeu Dolfine (...) (Ch. TOMBEUR, Ch'napans, p. 26)
j) Les séquences
+ voyelle et
+ voyelle
dues à une élision tendent à produire un
ou un
géminés. Le cas le plus fréquent est dans l'élision de
certaines formes du verbe dîre: nos dijhans, une
fois élidé, devient nos ddjans, le plus souvent écrit tel quel (ou
avec apostrophe: nos d'djans). Ce genre d'assimilation n'est
possible qu'en CW, EW et SW (puisque
et
équivalent à
dans le système phonologique de l'EW).
Le même phénomène se produit en cas d'élision du préfixe
d(is)- devant un monème commençant pas
: dischås >
a pîd dschås, qui donne a pîds d'tchaus (pieds nus) en CW.
C'est encore le même phénomène qui transforme tot d' chûte en
tot d' tchûte (tout de suite) (OW).
Rem.: une des formes nam. du verbe dischinde est
distchinde, ce qui s'explique par la forme dichinde
qui, une fois élidée, donne i d'chind. Intervient alors le
phénomène expliqué ci-dessus, qui donne i d'tchind. Une
nouvelle forme d'infinitif est alors reconstruite à partir de cette
forme assimilée: dis-tchinde.
k) Sporadiquement, surtout en EW et OW,
>
et
>
, comme dans: cial (arch.) >
chal (ici); assiete > achète (assiette),
atincion > atinchon (attention), pourcea > pourcha
(cochon), pluzieurs > plujeûrs (plusieurs),
troezyinme > treûjinme, etc.
Quand noter ces assimilations?
Les formes de références utilisées ici ne notent aucune de ces
assimilations afin de ne pas atteindre la racine du mot, qui reste donc
plus facile à reconnaître, plus facile à décoder par le lecteur malgré
les contextes variés. Ces assimilations peuvent d'ailleurs connaître des
degrés différents selon les régions, les locuteurs, etc.
En règle générale, les écrivains ne notent que le premier de ces
phénomènes d'assimilation (a): li tch'fau et li
dj'vå, etc. Le deuxième (b) est beaucoup plus rarement noté:
zbarer. Le cas (i) est noté dans Francard1994 et
par certains écrivains. Le cas (j) est en général noté.
Enfin, en EW uniquement, les écrivains ont tendance à noter les
phénomènes (g): il a-st-an'mètou qu'aveût n'mandé po nner
çoula.
Toujours en EW, les formes m'ni (
vni) et
m'nou (
vnou) sont fréquentes .
Les autres assimilations ne sont jamais notées.
Cependant, certains mots n'apparaissent que rarement voire jamais
sous leur forme pleine mais quasiment toujours sous leur forme
élidée et assimilée. Il s'agit p. ex. des mots:
- on gngno, de dj(i)gno (genou); des
gngnesses, de dj(i)gnesses (des genêts); Gngnape
(commune de Genappe); Gngnefe (deux communes de Jeneffe).
Lorint HENDSCHEL
2001-08-04