Grammaire wallonne en ligne
Li waibe del croejhete walone
Un manuel de français ou d'espagnol enseigne «l'orthographe»,
c.-à-d. la «bonne façon d'écrire», à l'exclusion de toute autre.
Qui décide de ce qu'est la «bonne» façon d'écrire? Dans le cas
de l'espagnol ou du français, ce sont les Académies, relayées par l'État,
à travers des lois ou le système d'enseignement. Mais les langues telles
que le wallon n'ont pas d'académie officielle, ni d'appareil étatique,
ni de système d'enseignement pour imposer une «bonne» manière d'écrire
et stigmatiser toutes les autres. Rien ne force les gens à écrire d'une
certaine façon à l'exclusion de toute autre. C'est la raison pour
laquelle on peut rencontrer plusieurs formes de wallon écrit (voir
quelques exemples à la p.
), notamment:
- des écrits spontanés, de personnes qui ne connaissent pas les
systèmes orthographiques utilisés en wallon et écrivent donc «comme
ils le sentent», souvent en s'inspirant du français enseigné à
l'école;
- des écrits anciens, où l'on trouve des systèmes personnels, des
graphies traditionnelles (p. ex. xh) ou encore des graphies
inspirées du français, du picard, de l'étymologie, etc.;
- des écrits utilisant le système de transcription Feller;
- des écrits en orthographe «normalisée» en cours d'élaboration.
Dans l'immense majorité des cas, les productions littéraires wallonnes
utilisent une des variantes du système de transcription
Feller, du nom du philologue qui l'a proposée en 1900
(Feller1900a, Feller1900b). Il a été choisi, sur
concours, par la Société liégeoise de Littérature wallonne
(aujourd'hui Société de Langue et de Littérature wallonnes), société
la plus influente, qui regroupait les principaux dialectologues et
écrivains actifs en Wallonie. Il était théoriquement conçu pour
transcrire toutes les langues régionales romanes de Wallonie (donc
aussi le picard et le gaumais) mais n'est utilisé, en général, que
pour le wallon proprement dit, et beaucoup plus rarement par les
écrivains picards et gaumais.
Son principe de base est le phonétisme, tout en tenant compte de
l'histoire de la langue: quand le phonétisme le permet, les mots
retranscrivent aussi certains aspects étymologiques ou «habillent» les
mots wallons pour qu'ils ressemblent à leurs équivalents français.
Le principe de phonétisme implique que le système de transcription
Feller n'est pas une orthographe «normalisée»: s'il y a une différence
de prononciation, cette différence est aussi notée dans l'écriture.
Par exemple, en français, le mot chambre peut être prononcé,
selon les régions, champe, chimbre, cham'breu, etc. Mais
partout, on écrit de la même façon: «chambre». Dans un système de
transcription tel que le système Feller, toutes les différences de
prononciation (y compris les différences phonétiques et non
phonologiques) peuvent être notées si on le désire, par exemple:
nin, nén, né, nî-n, ni (ne ... pas).
Lorint HENDSCHEL
2001-08-04