1441, Jan Van Eyck, de
retour d’une mission à Venise, est agressé aux portes même de Bruges
et reste frappé d’un mal étrange : il ne distingue plus les couleurs.
Pour lui, c’est la catastrophe finale dont il ne se remettra pas tant
les couleurs sont non seulement à la base de sa technique mais de toute
sa vie. Sur les conseils de son ami, Gilles Binchois dont il a réalisé
le portrait, il se décide à mettre sa vie par écrit : du départ
de son père du Brabant, chassé par l’épidémie à ces derniers
moments de presque cécité. Tout y passe : la vie difficile de ses
parents, ses relations orageuses avec son frère Hubert, son séjour aux côtés
de de celui-ci dans l’atelier de Robert Campin à Tournai… mais aussi
ses amours, ses missions pour le duc de Bourgogne et surtout la peinture,
c’est-à-dire la succession difficile de son frère pour L’Agneau
mystique et cet autoportrait possible qu’est L’homme au turban
rouge.
Élisabeth
Bélorgey plonge avec délices dans l’histoire de Van Eyck, dont elle
invente beaucoup. En effet, les détails de l’existence de ce peintre
majeur sont très méconnus ; on ignore en effet si Hubert a seulement
existé et les interprétations des inscriptions qu’il a apposées sur
ses œuvres sont multiples. Choisissant une hypothèse controversée –
l’Homme au turban rouge serait un autoportrait – elle fonde
tout son récit sur cette vie étonnante de peintre, d’inventeur (il
aurait à tout le moins mis au point la peinture à l’huile), de
courtisan et d’espion.
Les couleurs sont sans
cesse présente dans ce roman fascinant même s’il reste très
classiquement ancré dans la fausse autobiographie comme l’ont
pratiquée avant elle d’autres écrivains, Dominique Rolin par exemple
dans L’Enragé, consacré quant à lui à Breughel
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