La Haye au bout de la course

Les dernières bombes tombèrent sur le quartier de La Haye.

Guy Parijs, fermier dans le quartier, est bien connu pour une belle action qu’il commit le 11 mai 1944, alors qu’il avait 23 ans.
Ce soir-là, un Lancaster, bombardier de la R.A.F., revenait d’une mission sur Louvain. Il fut pris à partie par la chasse allemande, basée à Beauvechain L’avion devait s’écraser à Rixensart. Fred Brown, mitrailleur à bord, sauta en parachute et se posa derrière les serres de la propriété. Guy Parijs, qui devait le revoir il y a quelques années, contribua à le cacher et à faciliter son retour vers son pays.

Guy Parijs et les siens (sa soeur Denise notamment), ne devaient pas être rancuniers. Ce sont ces mêmes Lancaster , quadrimoteurs géants, capables d’emporter des bombes de 5 et 10 tonnes, pouvant tomber à la vitesse du son, qui participèrent au bombardement du 20 avril 1944. Celui-ci valut à Guy Parijs une belle peur. Caché dans la cave, il surveillait le bombardement par un soupirail.

« Il nous semblait que les bombes tombaient sur Rofessart et Profondsart. Toutefois, sept bombes sont tombées à proximité : une dans le jardin « Fabry », (entre le sentier du Buchet et la rue C. Legrève), une dans le fumier de la ferme Abs (dit « le gros Jules ». Celle-ci entraîna la destruction des étables et la mort d’un cheval. D’autres bombes tombèrent dans les prairies, à une cinquantaine de mètres. L’une d’elles n’avait pas éclaté. Selon les Allemands, elle aurait été lâchée trop bas et serait tombée « à plat ».
Nous n’avions pas de ressentiment à l’égard des alliés, pas de reproches. Seule la fatalité était en cause. »

Quand nous vous disions que Guy Parijs n’était pas rancunier !

Raymond Sallé avait, quant à lui, 9 ans. Ce soir-là, son père cordonnier travaillait tardivement, comme à l’accoutumée.

« Nous nous sommes réfugiés en toute hâte, papa, maman, ma soeur Nicole âgée de sept mois, au sommet du jardin, contre le talus bordant le sentier du Buchet. Les voisins firent de même. Le jeune enfant que j’étais, assistait à un superbe feu d’artifice. Les avions passaient très bas. Je n’ai pas le souvenir des faisceaux lumineux de la D.C.A., mais bien des balles traçantes.
Les bombes avaient creusé plusieurs cratères dont, plus tard, les enfants du voisinage pour lesquels, à l’époque, il y avait peu d’interdits en matière d’accès, se servirent pour jouer.
Une fusée éclairant est tombée à proximité, dans la prairie sur laquelle fut bâtie la maison du 24, rue C. Legrève. Le voisinage crut initialement à une bombe et il s’indigna de son enlèvement tardif par les Allemands qui avaient posté une sentinelle.
Mon père m’emmena constater les dégâts à Limal et à Limelette, où il me dit que des personnes avaient été tuées par le souffle des déflagrations. Parmi les victimes, il y avait mon médecin, sa femme et leur servante, Rosa Messany, dont on peut encore voir la tombe, au passage de l’ancien cimetière vers le nouveau, à droite. On peut y lire « décédée tragiquement ».

Les rescapés semblaient ne pas avoir de rancoeur à l’égard de l’aviation alliée. Ils avaient le sentiment de devoir payer un inévitable tribut pour que s’exauçât l’aspiration à la libération.

[Le réseau ferroviaire]