










|
Une brève histoire du
spiritisme
La
communication avec les morts est une impossibilité
pure et simple.
René Guenon
"Esprit
es-tu là?".
Cette
phrase a été et est encore prononcée des millions
de fois par des millions d'individus en quête de
sensations fortes. Les tables se sont alors mises à
tourner, des ectoplasmes sont apparus, les verres ont
bougé et les médiums ont fait "parler les
morts". Car le spiritisme n'est rien d'autre que
le fait de faire "parler les morts".
Naissance
De tout
temps et dans toutes les civilisations, les hommes
ont voué un culte très particulier aux morts. Le
grand passage, ce voyage au long cours d'où dit-on l'on
ne revient jamais, engendrait la crainte et le
respect. Dans l'Histoire, on retrouve parfois des
descriptions d'individus qui prétendaient
communiquer avec les défunts. Mais ces pratiques n'avaient
rien en commun avec le spiritisme tel que nous le
connaissons encore actuellement. Il fallait plutôt
parler de nécromancie.
Le
spiritisme a vu le jour au XIXième siècle aux Etats-Unis.
En 1847, à Hydesville (région de New-York), deux
jeunes filles, les soeurs Fox, prétendaient rentrer
en contact avec l'esprit d'une personne qui fut
assassinée dans la maison familiale. Les deux jeunes
filles, âgées respectivement de quatorze et onze
ans, lui posaient des questions et l'esprit dont il
est question leur répondait par des coups sourds
dans les murs. Elles mettront même au point un
alphabet spirite (un coup pour la lettre A, deux
coups pour la lettre B, etc). La nouvelle va se
répandre comme une trainée de poudre dans le
voisinage d'abord puis dans tout le pays. On viendra
de partout assister aux démonstrations des Fox.
Elles deviendront rapidement très célèbres et
seront invitées à faire des démonstrations dans
tout le pays. Le spiritisme va rapidement trouver un
nouveau canevas de fonctionnement. Les participants
devaient se réunir autour d'un guéridon à trois
pieds en alternant hommes et femmes. Ils devaient
poser leurs mains sur la table petits doigts contre
petits doigts. Les "esprits" se
manifestaient alors en faisant bouger la table
toujours selon le principe de l'alphabet spirite. Ce
système fut connu sous le nom de tables
tournantes. Le succès fut fulgurant et le
phénomène s'exportera de l'autre côté de l'Atlantique.
A la fin de leur vie, les soeurs Fox avoueront que
cette affaire de communication avec les morts n'étaient
qu'une vaste supercherie qu'elles avaient inventée
par jeu. Mais le spiritisme était né et plus rien,
jamais, ne devait l'arrêter...
En
Europe, le succès du spiritisme fut foudroyant. Tout
le monde, bourgeois ou simples citoyens, voulaient
entrer en contact avec l'un de leur cher disparu et
cela malgré les sévères mises en garde de l'Eglise
et de la communauté scientifique. Des personnalités
comme Théophile Gauthier, Guy de Maupassant et
surtout Victor Hugo furent des adeptes acharnés du
spiritisme qu'ils pratiquaient régulièrement. En
Angleterre, le principal zélateur de la docrine
spirite fut l'écrivain Conan Doyle qui inventa le
personnage de Sherlock Holmes. En France, ce fut
Allan Kardec (de son vrai nom Hippolyte Rivail), qui
propagea le spiritisme. Il se disait même capable d'écrire
des livres entiers sous la dictée de ses amis les
"esprits". Son Livre des Esprits
est même devenu l'un des grands classiques de la
littérature ésotérique. Au cimetière du Père
Lachaise à Paris, la tombe d'Allan Kardec reste l'une
des plus fleuries et des plus visitées avec celles
de la chanteuse mélancolique Edith Piaf et du poète
maudit du rock américain Jim Morrison.
LA
SCIENCE FACE AU SPIRITISME
Lorsque
le spiritisme fit son apparition, beaucoup de
scientifiques s'étonnèrent qu'une telle chose
puisse exister. Tout cela sortait du cadre de la pure
raison et de la plus élémentaire logique. Les
médiums et les adeptes du spiritisme croyaient eux
dur comme fer qu'ils parvenaient réellement à
communiquer avec les morts. Les scientifiques, eux, n'ont
guère besoin de croyance. Ce qu'il leur faut, ce
sont des preuves. Certains scientifiques assistèrent
donc à des séances de spiritisme organisées par
les plus grands médiums. Les noms de savants qui
crurent vite à la réalité de ces phénomènes
donnent même le tournis : Oliver Lodge, Camille
Flammarion, Charles Richet, William Crooks,... Ils
assistèrent à des phénomènes bien étranges et à-
priori inexplicables : apparitions de fantômes,
lévitation, bruits inexpliqués, messages de l'au-delà...
D'autres scientifiques et non des moindres (Chevreul,
Faraday) conclurent par contre à l'absence d'étrangeté
et tirèrent des conclusions négatives. La
communauté scientifique était donc partagée mais
en général peu de scientifiques ont cru au
spiritisme. On peut même dire que les scientifiques
n'ont jamais pu démontrer de manière expérimentale
la réalité de la communication avec les morts. Ils
conclurent avec beaucoup de bons sens que toutes les
expérimentations spirites semblaient se baser sur
des trucages ou des illusions. En effet, à chaque
fois que les méthodes de contrôle destinées à
éliminer toutes fraudes étaient sérieuses, les
phénomènes spirites disparaissaient. Pourtant, et
cela va sembler curieux à beaucoup, le spiritisme a
fait avancer la recherche scientifique. Il faut ici
donc analyser ce phénomène extrêmement bizarre que
les initiés appellent l'écriture automatique. Pour
rester simple, certains médiums ou prétendus tels,
affirment que les esprits sont capables de
communiquer à travers leur personne. Il suffirait
que le médium en transe se saisisse d'un crayon et
les esprits prendraient le contrôle du corps du
médium et écriraient des messages par son
intermédiaire. Ce système rudimentaire fut ensuite
remplacé par une planchette en bois (dite planchette
oui-ja) à trois roulettes et sur laquelle
est fixé un crayon. Les participants devaient poser
leur main sur la planchette qui se mettait en
mouvement sous l'influence des "esprits".
Les esprits parvenaient ainsi à écrire des messages
de l'au-delà. Beaucoup de ces séances de oui-ja
étaient évidemment truquées. Mais pas toutes. Et c'est
ici que la science entre en jeu. Plusieurs chercheurs
dans les années 1850 comme le comte de Gasparin ou
le célèbre Chevreul pensaient que ces phénomènes
étaient dus à l'inconscient. Les psychiatres
étudièrent cela avec beaucoup d'attention et les
travaux se multiplièrent. L'ouvrage qui fit le mieux
le point sur la question fut celui du Français
Pierre Janet en 1889 (L'automatisme psychologique).
Une partie importante de ce livre était consacré au
spiritisme. Selon Janet, les analyses des
expériences d'écriture automatique étaient
primordiales pour mieux connaître le psychisme
humain. Il affina alors la notion de subconscient. L'écriture
automatique et le oui-ja s'expliquerait uniquement
par des actes inconscients. Les médiums
souffriraient aussi du symptôme de dédoublement de
personnalité les poussant à entrer dans la peau d'une
personne décédée. Les autres participants aux
séances de spiritisme, entrainés par le médium, ne
faisaient que pousser inconsciemment sur le guéridon
spirite ou la planchette.
TRUCS
ET ASTUCES DU SPIRITISME
Il est
très curieux de constater qu'au 19ième siècle, la
plupart des médiums provenait du music-hall où ils
avaient tentés, en vain, de faire une carrière d'illusionniste
où les rares places étaient chères. Houdini, le
célèbre magicien, fut toute sa vie un adversaire
coriace du spiritisme. Souvent, il dénonça les
supercheries spirites en faisant par-là oeuvre de
salubrité publique. Car, inévitablement, on ne peut
aborder le spiritisme sans parler d'illusionnisme (comme
avec la parapsychologie d'ailleurs). Trop de trucages
en spiritisme ont en effet été réalisés avec l'aide
de tours de magie souvent très simples. L'imagination
des médiums n'avaient aucune limite quand il s'agissait
de berner les participants. Ceci explique pourquoi
tant de brillants intellectuels et de vénérables
scientifiques se soient laissés convaincre de la
réalité des faits spirites. L'exemple le plus
frappant de telles manipulations se déroula dans les
années 1860. Les frères Davenport avaient mis au
point une armoire spirite. Ils se faisaient attachés
à l'intérieur de cette armoire et faisaient appel
aux esprits. Le public, qui avait payé le prix fort
pour assister à ces phénomènes, pouvaient alors
entendre le son d'instruments de musique sortant de l'armoire
spirite. Ils furent cependant démasqués. Quelques
années plus tard, le grand astrophysicien Zollner
écrivit un ouvrage où il expliquait les
phénomènes spirites par la quatrième dimension. Il
avait été très impressionné par les capacités du
médium américain Slade qui était capable de capter
des messages spirites sur des ardoises. Slade fut
finalement trainé devant un tribunal où il fut
démasqué par un illusionniste connu : John Nevil
Maskelyne.
Nous ne
dévoilerons pas ici les grandes astuces des spirites
pour ne pas malmener nos amis illusionnistes. Il faut
cependant savoir que les fabricants d'accessoires de
magie proposent tout ce qu'il faut pour organiser de
diaboliques séances de spiritisme. Citons par
exemple de minuscules projecteurs capables de
projeter de menaçants fantômes, des accessoires
capables de faire léviter une personne sur une
chaise ou encore des guéridons télécommandés.
Mais même sans ces trucs fort coûteux (qui ne
devraient être employés que par des professionnels
de la magie dans l'exercice de leur noble art), il
était facile d'organiser une séance de spiritisme
truquée. Un simple tige de métal (ou de bois)
cachée dans la manche du médium et ensuite placée
astucieusement sous une table permettait de faire la
faire bouger d'un simple coup de poignet. Les
séances de spiritisme devant se faire dans la plus
grande obscurité, la présence d'un complice
entièrement habillé en noir est bien utile pour
provoquer divers phénomènes. Les vêtements des
médiums recèlent souvent divers objets qu'ils
peuvent saisir à n'importe quel moment (clochette,...).
La liste des trucs qui peuvent être utilisés est
longue.
Aujourd'hui,
les séances de tables tournantes avec appritions d'ectoplasmes
sont en voie de disparition. Il est cependant facile
de démontrer que les esprits ne sont pour rien dans
le mouvement de la table. Il suffit de placer sous
les doigts des participants une feuille de papier
très fine. Si les médiums appuient, consciemment ou
inconsciemment, sur la table le feuille se déformera.
C'est un test très simple à réaliser.
Beaucoup de jeunes gens se livrent à la version
moderne du "oui-ja". La planchette est
remplacée par un verre retourné sur lequel les
participants posent un doigt. Sur la table se
trouvent les lettres de l'alphabet. A une question
posée, le verre se dirige vers les lettres en
formant des messages d'outre-tombe. Il n'est pas rare
que Satan lui-même daigne se manifester. Pas de
mystère dans cette pratique cependant. Beaucoup de
participants s'illusionnent eux-même en poussant
inconsciemment sur le verre. D'autres utilisent cette
méthode pour épater les copains et les filles en
poussant volontairement sur le verre. Il existe ici
également un moyen de contrôle fort simple. Il
suffit de bander les yeux de participants. Le message
des "esprits" devient alors
incompréhensible... La pratique du "oui-ja"
chez les jeunes est très dangeureuse pour leur
santé mentale. Des adolescents terrorisés par ces
séances ont déjà dû subir une hospitalisation
psychiatrique. Plus grave encore. En novembre 1990,
en Suisse, deux jeunes adolescentes se sont
suicidées après avoir pris l'habitude de "jouer"
au "verre parlant". Les affirmations des
esprits étaient en effet terribles : ils
prétendaient qu'elles n'atteindraient jamais l'âge
de 18 ans...
LA
TRANSCOMMUNICATION
Le
spiritisme avait un grand besoin de se moderniser.
Les tables tournantes étant passées de mode. Il
fallait donc trouver autre chose. Aujourd'hui, les
"esprits" parviennent, paraît-il, à
communiquer avec les vivants par l'intermédiaire du
téléphone, d'enregistreurs et même via...la
télévision! Ces différents procédés sont connus
sous le vocable de transcommunication instrumentale (TCI)
ou tout simplement transcommunication. C'est en 1959
que les premiers enregistrement de voix d'outre-tombe
furent captés par un Suédois qui tentaient d'enregistrer
des chants d'oiseaux. Les images obtenues sur
téléviseur datent de bien après.
Comment
expliquer de tels phénomènes? A l'origine, il
existe certainement une fraude menée par des
individus qui n'avaient sans doute pas au départ de
mauvaises intentions. Maintenant encore, on s'accuse
mutuellement de tricherie dans les milieux très
fermés de la TCI. Mais la fraude n'explique pas tout.
Il faut savoir que les enregisteurs se compose de
circuits électriques réagissant lorsqu'ils sont
soumis à un champ électromagnétique. Il suffit
simplement qu'un des composants du magnétophone joue
un rôle de démodulation pour que cet appareil
devienne un récepteur radio. C'est le principe du
poste à galène. Il est donc possible d'enregistrer
des bruits parasites ou des ondes radios parfois
déformées. Dès ce moment, tout ce qui apparaît
sur la bande peut être interprété par des
personnes se livrant à de telles pratiques. On n'entend
que ce l'on a envie d'entendre... Quant aux images
obtenues via un poste de télévision (et qui
circulent sur Internet), elles ne sont pas du tout
convaincantes. Toujours l'interprétation...
Porte-parole
de ce courant néo-spirite, le père François Brune,
auteur de plusieurs livres sur le sujet. Cet
ecclésiastique ne se prive jamais de répondre aux
invitations des médias pour parler de sa passion
pour le spiritisme. Il est même devenu l'invité
obligatoire des émissions consacrées à la vie
après la mort. Ce genre de croyance venant d'un
prêtre à de quoi étonner. Depuis l'apparition du
phénomène spirite, l'Eglise, inquiète de l'amplitude
du phénomène, a fermement condamné le spiritisme
qu'elle tenait comme l'oeuvre de Satan. Cette
position n'a pas changé depuis le XIXième siècle.
En outre, la Bible est particulièrement explicite
par rapport aux phénomènes occultes. Par exemple
dans le Deutéronome (18:10-13), il est écrit que :
"Qu'on ne trouve parmi vous personne qui s'adonne
à la magie ou à la divination, qui observe les
présages et se livre à la sorcellerie, qui jette
des sorts ou interroge les esprits des morts. Le
seigneur votre Dieu a en horreur ceux qui agissent
ainsi". Que penser de cet homme d'Eglise à
ce point ignorant des écritures saintes?
En
Belgique, un autre prêtre de la région de Charleroi
prétend rentrer en communication par écriture
automatique avec... son chien décédé!
Que
conclure?
Après
un examen attentif du dossier, il est raisonnable de
classer les phénomènes spirites en deux catégories
: trucages purs et simples ou (auto-)suggestion. Dans
tous les cas, il semble difficile de croire que les
phénomènes spirites soient provoqués par l'action
d'esprits désincarnés ou par les pouvoirs
parapsychologiques de "médiums". Il est
triste de constater qu'encore de nos jours des
charlatans sans scrupules puissent utiliser le
désarroi de personnes touchées par un deuil dans un
but strictement mercantiliste. La perte d'un être
cher est une épreuve suffisamment dure. Elle devient
cruelle lorsque des médiums se donnent le droit de
propager une illusion qui n'apportent qu'un
soulagement illusoire à ceux qui ont besoin d'un
véritable réconfort.
Au
XXIième siècle, près de deux milliards d'êtres
humains vivent avec un revenu de moins d'un dollar
par jour. Un nombre incroyable d'individus n'ont pas
accès à l'eau potable, aux soins de santé et à l'éducation.
Dans les pays développés, le chômage et la
précarité existent aussi. Pour tous ceux-là, une
seule question importe : "Existe-t-il une
vie avant la mort?".
Tout le reste n'est que verbiage sans importance.
SOURCES
:
Broch (Henri)
: Au coeur de l'extraordinaire, L'Horizon
chimérique, Bordeaux, 1991
Castellan (Yvonne) : Le spiritisme, PUF, Paris,
1987
Edelman (Nicole) : Les tables tournantes arrivent en
France, L'Histoire n°75, février 1985
Klingsor (Claude) : Magie et parapsychologie,
Chez l'auteur, Bruxelles, 1987
Thuillier (Pierre) : Le spiritisme et la science de l'inconscient,
La Recherche n°149, novembre 1983
Vartier (Jean) : Allan Kardec, la naissance du
spiritisme, Hachette, Paris, 1971
|