Des scientifiques belges face aux ovnis

Je voudrais savoir si certains "machins" ne viendraient pas par hasard
du Triangle des Bermudes, du Pentagone ou de l'Hexagone, on aurait alors résolu
la quadrature du cercle, mais je crains bien que celui-ci ne soit militaire et très fermé.
André Lausberg


La Société belge d'étude des phénomènes spatiaux (SOBEPS) a été créée en 1971 par un amateur d'ovni Lucien Clerebaut, un philatéliste. Cette petite ASBL allait attirer deux scientifiques : les chimistes MichelBougard et Jacques Scornaux. Au fil des années, c'est surtout le premier cité qui prendra de l'importance au sein de l'association dont le siège central se trouve à Bruxelles. Michel Bougard deviendra en effet le président de la SOBEPS. Les deux chimistes furent rejoints ensuite par Auguste Meesen, un physicien de l'Université catholique de Louvain (UCL) passionné par l'ufologie. La SOBEPS n'attira aucun autre scientifique et faute de "matière" perdit au fil des années de nombreux membres et dû donc restreindre la quantité de ses travaux. Tout changea quand éclata la vague ovni belge qui permit à la SOBEPS de rebondir spectaculairement...

Lorsque la vague éclata, la SOBEPS devint omniprésente dans les médias. Un physicien de l'Université Libre de Bruxelles, Léon Brenig, rejoignit l'association et devint un des enquêteurs de terrain les plus zélés. Léon Brenig et Auguste Meesen apportèrent la caution scientifique de haut niveau que recherchait depuis longtemps l'association ufologique belge. L'arrivée dans le giron de la SOBEPS du physicien français Jean-Pierre Petit renforca également auprès du public l'image de rigueur scientifique que l'association voulait se donner. A l'époque cependant, les responsables de la SOBEPS ignoraient que M.Petit était sur le point de publier un livre décapant sur les extra-terrestres de la planète UMO qui, selon cet auteur, étaient déjà sur notre Terre. Le but de Jean-Pierre Petit était de faire connaître son nom afin de faire par la suite la promotion de son livre en Belgique.

La renommée des deux physiciens attira l'attention de plusieurs scientifiques belges qui s'intéressèrent dès lors aux recherches de la SOBEPS durant la vague ovni belge (1989-1991). Par curiosité, plusieurs dizaines de scientifiques belges assistèrent en février 1991 à une conférence sur les ovnis organisée par la SOBEPS. Tous en ressortirent irrités ou déçus. Les révélations des responsables de la SOBEPS étaient en effet peu crédibles et sans aucune valeur scientifique.

Cela n'a pourtant pas découragé la SOBEPS qui en octobre 1991 publia un volumineux rapport Vague d'ovni sur la Belgique, un dossier exceptionnel. La SOBEPS a voulu présenter cet ouvrage comme une étude de haut niveau scientifique qui devait faire toute la lumière sur les ovni. La SOBEPS aurait voulu avec cet ouvrage convaincre la communauté scientifique belge du sérieux de sa démarche scientifique. Ce fut un fiasco. Ce dossier passa entre les mains des nombreux scientifiques qui furent abasourdis. Certains signèrent un communiqué de presse qui fut publié en intégralité dans le journal LA WALLONIE daté du 26 octobre 1991. Ce texte primordial dans l'histoire de l'ufologie belge est reproduit ci-dessous (avec l'aimable autorisation de M.André Lausberg, chef des travaux à l'Institut d'Astrophysique de l'Université de Liège).

En tant qu'universitaires, nous sommes interpellés, malgré nous, et parfois choqués par le battage médiatique fait autour du récent rapport de la SOBEPS à propos de la vague belge d'ovni, et nous souhaitons formuler les remarques suivantes.
Un grand nombre de scientifiques, et particulièrement les astronomes, sont passionnés par l'idée de la recherche d'une vie extra-terrestre et par les nombreux programmes en cours visant à établir une éventuelle communication avec d'autres civilisations. Ils sont même pour la plupart convaincus que la probabilité d'existence d'une autre vie ailleurs n'est pas négligeable. Certes la probabilité d'une possible communication est beaucoup plus faible, et à fortiori celle d'une rencontre. Mais il est certain qu'un tel événement serait accueilli comme la chose la plus extraordinaire de notre histoire.
La vague de sensationnalisme qui a deferlé ces derniers jours sur la Belgique, au travers d'une partie heureusement très limitée de la presse, a pu faire croire au public que la preuve d'une visite extra-terrestre était apportée par certains scientifiques belges. Il est loin d'en être ainsi.
Une remarque s'impose ici à propos du nombre de scientifiques réellement impliqués dans l'étude du phénomène ovni : le fait qu'environ 80 scientifiques se soient rendus à une réunion organisée en février 1991 par la SOBEPS ne signifie nullement qu'"une centaine de chercheurs tant de l'ULB que de l'UCL s'y intéressent de près" (Le Soir du 22-10-91). Ce nombre ne doit pas atteindre la dizaine. De surcroît, les trois scientifiques de la SOBEPS qui signent un ou plusieurs chapitres du rapport ont des attitudes radicalement différentes et parfois contradictoires : face au réalisme volontaire de Léon Brenig, chef de travaux à l'ULB, et à la prudence de Michel Bougard chimiste, on trouve les affirmations ambigues et parfois incohérentes du professeur Auguste Meesen de l'UCL.
Pour se convaincre de ces contradictions, il suffit de voir comment les différents journaux ont compris le message de la SOBEPS : on y trouve toute la gamme des conclusions possibles. Elles sont pourtant tirées du même rapport.

Un premier examen de ce rapport nous amène aux conclusions suivantes :
- La photo de couverture provient d'une diapositive dont l'authenticité ne peut être absolument garantie.
- Les autres documents photographiques ou vidéographiques n'apportent aucun élément probant.
- L'analyse des échos radars reçus par les F-16 de notre Force aérienne faite par Monsieur Meesen fait apparaître qu'il pourrair s'agir de phénomènes météorologiques, tandis que la prétendue détermination de vitesses supersoniques et d'accélérations foudroyantes pour des engins matériels n'est pas du tout convaincante.
- Le rapport ne fait pratiquement mention d'aucune autre mesure physique exploitable.
Ajoutons que plusieurs des signataires du présent communiqué (physiciens, météorologistes ou astronomes) ont déjà été contacté en vue d'examiner divers documents se rapportant à ces phénomènes inexpliqués. Rien de mystérieux n'est sorti de ces examens; plusieurs cas ont déjà été élucidés et d'ailleurs certains de ceux-ci sont repris dans le rapport de la SOBEPS.

En conséquence, il nous semble qu'une fois de plus, l'ensemble de la problématique des ovni repose uniquement sur des témoignages.
La bonne foi de la majorité des témoins n'est pas ici mise en cause et nous espérons qu'une interprétation correcte de leurs observations sera découverte. Il nous paraît que l'important travail de compilation et de tri fait par la SOBEPS devrait être utilisé pour des études psychologiques et sociologiques, portant notamment sur l'examen des perceptions visuelles et sur leurs possibles interprétations.
La longue histoire de la littérature ufologique nous enseigne que d'innombrables phénomènes, perçus d'abord comme absolument étranges, ont pu être interprétés ensuite par des moyens classiques. Cela suppose évidemment que des observations aient été recueillies en nombre suffisant et qu'une analyse sereine ait été entreprise pour chaque cas.
Nous espérons que le présent communiqué sera diffusé par les organes de presse, et qu'ainsi seront mieux rencontrées les exigences à la fois de la rigueur scientifique et de l'information objective.

Jacques Demaret
Maître de conférence à l'Institut
d'astrophysique de l'Ulg

Nicolas Grevesse
Chef de travaux à l'Institut
d'astrophysique de l'Ulg
José Gridelet
Docteur en médecine,
Neuro-physiologue
André koeckelenbergh
Astronome, Chargé de cours
à l'ULB
André Lausberg

Chef de travaux à l'Institut
d'astrophysique de l'Ulg
Jean Manfroid
Directeur de recherches
au FNRS
Arlette Noels
Chargée de cours à l'institut
d'astrophysique de Liège

Alfred Quinet
Chef de département à l'IRM
Jean Surdej
Maître de recherches au FNRS
Jean-Pierre Swings
Agrégé de faculté à l'Institut
d'astrophysique de l'Ulg

 

Ce texte mettait le doigt sur le manque total de sérieux scientifique du rapport de la SOBEPS. Le rapport en question n'est rien d'autre qu'une compilation de témoignages parfois douteux et d'hypothèses allant du très intéressant (analyse des documentsvidéos) jusqu'à l'absurde (le mimétisme) en passant par l'approximatif (analyse des échos radars). Il est dommage que ce communiqué soit systématiquement ignoré ou tourné en dérision par les ufologues. Ils devraient pourtant en tirer certaines conclusions...

Et à présent, où en est-on? Auguste Meesen, pensionné entre-temps, continue à s'intéresser de près aux ovnis. Il a le grand défaut de ne plus développer le moindre esprit critique vis-à-vis du phénomène puisque Auguste Meesen gobe tout et n'importe quoi sur les ovnis (Roswell, les ronds dans les blés, les petits gris,...). Léon Brenig rêvait depuis cette vague d'obtenir de très gros crédits afin d'analyser le phénomène ovni. Léon Brenig aurait voulu mettre en place une structure mobile capable de se déplacer partout où des ovnis auraient été signalés afin de récolter des analyses physiques. Il rêvait également d'obtenir des photos des ovnis de la vague ovni belge prises par les satellites civils ou militaires. Il n'a jamais rien obtenu. Jean-Pierre Petit a très vite cessé de fréquenter la SOBEPS qui n'a pas dû apprécier le fait d'être manipulé dans un but commercial. J-P Petit continue cependant à écrire des articles sur les Ummites (habitants de la planète UMMO) qui continueraient à transmettre aux terriens des données scientifiques importantes. Il s'intéresse également maintenant au spiritisme avec son ami Jacques Benveniste, le père de la mémoire de l'eau.
 

Force est de constater que depuis 1991 la SOBEPs n'a réussi qu'à convaincre qu'un tout petit nombre de scientifiques belges de les rejoindre. De plus, aucun de ces nouveaux membres n'a été nommé à un poste important dans l'organigramme interne de l'association ufologique. Pourtant, le secrétaire général de la SOBEPS déclarait en 1991 que les scientifiques belges les rejoignaient par légion. Où sont donc passées ces légions de scientifiques?