VAGUE OVNI BELGE : UN DEBAT PUBLIC

Qu'on nous préserve des ufologues, nous
nous occupons des OVNIS.
Pierre Bastin


Le lundi 4 mars 2002, la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) organisait un débat sur l'existence des extra-terrestres. Ce débat, mené par Thomas Van Hamme (le fils du célèbre scénariste de bandes dessinées Jean Van Hamme), fut surtout consacré à la vague ovni belge (1989-1991).

Une fois n'est pas coutume, la chaîne publique belge est parvenue à garder une assez stricte parité entre les partisans de l'hypothèse extra-terrestre et les sceptiques. Du côté de la SOBEPS furent invités les trois seuls scientifiques de ce groupe ufologique basé à Bruxelles : Michel Bougard, chimiste, Léon Brenig, physicien à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et Auguste Meesen, physicien à la retraite de l'Université catholique de Louvain (UCL). Les sceptiques étaient représentés par les astrophysiciens Pierre Magain et Jean Surdej de l'Université de Liège (Ulg) et par l'ex-ufologue Marc Hallet, auteur de plusieurs ouvrages critiques sur le paranormal. C'était probablement la première fois que la SOBEPS était opposée à des contradicteurs de qualité depuis dix ans qu'elle monopolise les médias toujours à sens unique...

Comme il fallait s'y attendre, le débat, entrecoupé d'images vidéo et de témoignages, opposa les deux parties qui restèrent sur leurs positions respecives. Les sceptiques démontrèrent facilement le manque de rigueur scientifique de ce groupe de passionnés d'ovnis : enquêtes mal et trop vite menées, manque de scientifiques de haut niveau dans leur structure, absence totale de publications dans des revues scientifiques de renom,... Les membres de la SOBEPS durent bien admettre ces faits tout en rejettant la responsabilité sur le manque de collaboration de leurs collègues scientifiques (mais se sont-ils demandés pourquoi?) et sur l'absence d'intérêt des pouvoirs publics qui refusent de leur accorder des crédits pour leurs recherches (mais pourrait-on admettre que les politiques délient leurs bourses alors que la recherche scientifique sérieuse manque cruellement de moyens en Belgique?).

Le débat se focalisa ensuite sur la fameuse photo d'ovni prise dans le village de Petit-Rechain (Province de Liège) en avril 1990. Le spécialiste photo du groupe ufologique Patrick Ferryn (qui est aussi membre du comité de rédaction de la sulfureuse rvue d'archéologie parallèle Kadath) a longtemps affirmé que cette photo était authentique vu qu'il aurait fallu employer des moyens considérables pour réaliser un trucage de ce genre. "Pas du tout" répondirent les astrophyciens liégeois. Nous sommes parvenus à reproduire une photo quasiment identique en utilisant du matériel très simple. Pierre Magain continua sa démonstration en énumérant les curieuses conditions qui entourèrent la prise de vue de la photo et insista sur le peu de fiabilité du témoignage du photographe qui voulut rester dans l'anonymat.

Faux réalisé à l'Institut d'Astrophysique de Liège

Pierre Magain et Marc Remy.
Tous droits réservés.

 

On attendait aussi avec impatience la suite des études réalisées par le professeur Meesen sur les échos radars de l'ovni captés par des chasseurs F-16 en 1990. Dans le volumineux rapport de la SOBEPS, Monsieur Meesen affirma que "toute autre hypothèse que celle de l'ovni pouvait être exlue à pratiquement 100%". Mais Auguste Meesen ne pipa mot sur ces échos radars. On sait en effet depuis avec certitude que ces échos radars furent provoqués par des phénomènes météorologiques...

Le débat jusque là fort agréable et assez courtois devint subitement fort déplaisant avec l'apparition sur le plateau du spécialiste auto-proclamé en ufologie, le journaliste français Jean-Claude Bourret. Celui-ci fit preuve d'une condescendance toute hexagonale envers les Belges qui perdaient leur temps avec une photo et à discuter de manière stérile de l'hypothèse extra-terrestre alors que celle-ci était, selon lui, prouvée depuis longtemps. Il cita pour se faire l'un ou l'autre cas en béton difficilement vérifiables (mais l'on sait ce que valent les cas en béton des ufologues!). Jean-Claude Bourret, assez agressif, expliqua également que comme le phénomène ovni nous dépassait personne ne pouvait s'estimer compétent en la matière et que donc tout le monde l'était.

Les téléspectateurs belges eurent droit ensuite au témoignage d'une femme un peu illuminée qui déclara avoir eu un contact avec des êtres de lumière d'origine extra-terrestre. C'est donc tout naturellement que le débat se termina par l'intervention d'un psychiatre qui affirma qu'il fallait tenir compte dans les témoignages d'ovni de certains phénomènes tels les mirages, les illusions ou encore les hallucinations collectives. Le pauvre homme dut également subir les invectives de Jean-Claude Bourret décidèment très en verve ce soir-là...

On retiendra deux choses de cette soirée :

1. En dix ans, la SOBEPS n'a convaincu personne de l'origine extra-terrestre de "ses" ovnis. Ni le public, ni la presse, ni la communauté scientifique, ni les ufologues étrangers.
2. Jean-Claude Bourret est un monsieur fort imbu de lui-même.