La première vague (1982-1983)
Tout a commencé en...France
en 1982. A Maubeuge, près de la frontière belge,
durant les grandes vacances scolaires, plusieurs
individus tentent de cambrioler durant la nuit une
modeste épicerie. Prévenue par un appel anonyme, la
police française envoie une des ses patrouilles.
Immédiatement, les gardiens de la Paix sont pris
pour cible par les malfrats. L'un des policiers sera
blessé par balle. Les auteurs du cambriolage
prennent la fuite vers la Belgique en emportant avec
eux un butin dérisoire : quelques boîtes de thé et
quelques bouteilles de vin...
Ce sera la première attaque officiellement
attribuée à la bande.
Fin septembre 1983 à
Wavre , un armurier Daniel Dekaize a pignon sur rue.
Il s'est spécialisé depuis longtemps dans la
fabrication d'armes spéciales et son commerce est
très connu et ce y compris à l'étranger. Ce jour-là,
pendant qu'ils parlent avec des clients, deux hommes
non masqués entrent en trombe dans le magasin et
menacent le gérant de leur arme. Ils prennent une
série d'armes bien particulières. Alerté par des
passants, un policier communal s'approche de l'armurerie
et veut s'interposer. Il n'aura même pas le temps de
comprendre ce qui se passe. Il est abattu par le
chauffeur de la voiture qui attendait les tueurs.
Ceux-ci prennent la fuite. Ils sont cependant
poursuivis par une patrouille de la gendarmerie. Les
truands, sans la moindre hésitation, ouvrent le feu
et blessent grièvement les deux représentants des
forces de l'ordre. Les deux gendarmes blessés ont
toujours été persuadé que ceux qui leur avaient
tiré dessus étaient des collègues vu la façon
dont ils maniaient leurs armes... Interrogé plus
tard par les enquêteurs, l'armurier Dekaize donnera
une description de ses assaillants : un homme portant
moustache et un jeune maghrébin.
Juste avant la Noël
1983, les tueurs qui avaient frappé à Wavre s'introduisent
dans l'Auberge des Chevaliers située juste à côté
du château féodal de Beersel. A cette heure, seul
le concierge de l'auberge se trouve encore à l'intérieur.
Les tueurs l'emmènent à l'étage, le ligotent au
lit, le torturent avant de lui tirer six balles de
revolver en pleine tête. Leur forfait accompli, les
tueurs prennent le temps de manger sur place et de
boire du champagne. Ils voleront seulement quelques
assiettes. Il semble cependant qu'ils aient dérobé
des documents à la victime. On a raconté que le
concierge avait eu des sympathies pour le régime de
Franco et qu'il avait fréquenté Léon Degrelle.
Coïncidence, dans les années 1960, un célèbre
artiste belge soupçonné d'avoir collaboré avec les
occupants durant la deuxième guerre mondiale avait
pris l'habitude de prendre des repas à l'Auberge des
Chevaliers avec des amis qui eux aussi eurent des
relations troubles avec le régime nazi. Quel était
donc le terrible secret de l'Auberge des Chevaliers?
Les tueurs disparaissent. Il n'y aura pas de témoins.
Quelques temps après, la police retrouvera dans le
coffre de son véhicule le corps d'un chauffeur de
taxi grec. Il a été abattu de la même façon que
le concierge de l'Auberge du Chevalier et avec la
même arme. Ici non plus, pas de témoins. Seul
élément concret (qui n'aura son importance que bien
plus tard) : les enquêteurs trouveront des mégots
de cigarettes fumés par le ou les tueurs.
Ensuite, la bande de
malfrats va s'essayer à des hold-ups contre des
supermarchés, préfigurant ainsi les attaques
beaucoup plus meurtrières de la seconde vague. D'abord
au Delhaize de Genval puis à celui d'Uccle (commune
de la région bruxelloise) où ils blesseront un
témoin qui avait tenté de s'interposer avec son
automobile. Puis ce sera l'attaque du supermarché
Colruyt de Hal. Ils y abattent froidement le gérant
et emportent avec eux une somme d'environ 25 000
euros. On se retouve ici face à une criminalité
assez "classique" comme l'on en rencontre
parfois en Belgique. Des truands s'attaquent à des
grands magasins, braquent les clients et le personnel,
se font remettre le coffre et l'argent des caisses.
Puis ils disparaissent avec une voiture rapide. Ici,
les tueurs utiliseront leur voiture de prédilection
: une Volkswagen Golf GTi. Pour la première fois
aussi, les tueurs utiliseront des fusils à pompe, le
riot-gun, une arme de défense (!?) redoutable
utilisée dans de nombreux pays par les forces de l'ordre.
Les attaques suivantes
seront beaucoup plus violentes encore. Le 10
septembre 1983, durant la nuit , les tueurs s'introduisent
dans une usine de textile qui fabrique entre autres
des gilets pare-balles révolutionnaires. Le jeune
concierge âgé de vingt-cinq ans est abattu sans
pitié, son épouse est gravement blessée. Quelques
gilets pare-balles sont emmenés par les tueurs.
Seront-ils utilisés lors des attaques suivantes?
A peine une semaine
plus tard aura lieu l'attaque la plus
incompréhensible, la plus violente, la plus
mystérieuse de cette première vague. Toujours
durant la nuit, les tueurs tentent de cambrioler le
supermarché Colruyt de Nivelles en s'attaquant au
chalumeau à l'une des portes métalliques des
entrepôts. Ils auraient été surpris par un couple
venant chercher de l'essence. Leux deux occupants de
la Mercedes blanche seront tués sur le champ. La
gendarmerie prévenue par l'alarme du magasin
interviendra rapidement. La camionnette de la
patrouille va tomber nez-à-nez avec les tueurs sur
le parking. Ceux-ci font directement feu avec leurs
riot-guns sur les gendarmes. Le premier gendarme
meurt immédiatement. Le second, grièvement blessé,
fait le mort. Il a le temps toutefois de donner l'alerte.
Les assassins s'enfuient dans la Mercedes de leurs
premières victimes. Ils sont pourchassés par d'autres
policiers et se paient le luxe de les...attendre! Les
policiers seront pris sous un feu nourri et seront
blessés. Plus loin, on retrouvera la Mercedes volée
par les tueurs avec le butin abandonné : moins de
1000 euros de café, de pralines et de bidons d'huile...
Cette attaque a suscité de nombreux commentaires.
Les enquêteurs et les journalistes se sont posés la
question : comment expliquer que les tueurs aient
tué trois personnes pour voler un peu de marchandise
qu'ils abandonnèrent par la suite. Et si tout cela n'avait
été qu'une mise en scène? Et si le couple d'automobilistes
abattus n'étaient pas arrivés là hasard? Avaient-ils
été emmené à cet endroit retiré pour être
exécutés? Si oui, pourquoi? Aujourd'hui encore, la
thèse officielle du cambriolage ayant mal tourné
reste difficile à croire...
C'est à partir de ce
moment que la presse francophone va commencer à
surnommer cette bande les tueurs fous du brabant
wallon (du nom de la partie sud de cette
province qui à l'époque était encore unifiée).
Cette appellation sera doublement erronée. Fous, ils
ne pouvaient pas l'être. Ils étaient trop
organisés, trop méthodiques, trop calculateurs. Et
puis, toutes les attaques n'ont pas eu
nécessairement lieu dans le Brabant wallon. Uccle,
Maubeuge, Beersel et Tamise ne se trouvent pas dans
cette région.
En octobre, les tueurs
fous du brabant wallon s'attaquent à l'auberge des
Trois Canards situé à Ohain. Ils menacent de leurs
armes le personnel et exigent d'obtenir les clefs de
la Golf GTi rouge de la fille du patron, Jacques Van
Camp. Celui-ci est emmené de force sur le parking de
l'auberge et abattu d'une balle dans la tête. Il
décédera peu après à l'hôpital. Les Tueurs
prennent la fuite dans la Golf volée. L'une des
filles de la victime a toujours prétendu avoir
reconnu l'un des tueurs à sa voix et sa taille (imposante).
Les enquêteurs se contentèrent de lui faire cette
réponse extraordinaire : "Vous avez des preuves"?
Cette Golf Gti (repeinte)
sera utilisée lors des deux attaques suivantes, les
deux dernières de la première vague. Le 7 octobre
1983, c'est l'attaque du Delhaize de Beersel (à
nouveau Beersel, encore un supermarché Delhaize). Le
gérant est froidement abattu. La victime était
aussi ce que l'on pourrait appeler le Monsieur
Sécurité de la firme. Un élément à-priori
anectdotique mais qui prendra son importance lorsque
l'on parlera plus tard de racket sur la firme
Delhaize. Butin : environ 25 000 euros.
Peu de temps après, c'est
le coup de tonnerre dans le ciel déjà fort gris de
la Justice belge. Des suspects sont arrêtés. Tous
sont originaires de la région du Borinage, une
région charbonnière frappée durement par la crise
économique. Cette piste sera appelée la filière
boraine. Longtemps, les enquêteurs seront
persuadés d'avoir mis la main sur les tueurs du
Brabant.
Arrestations ou pas,
les tueurs frapperont une ultime fois le 1 décembre
1983. A Anderlues, ils s'introduisent en plein jour
dans une bijouterie. Ils abattent immédiatement la
bijoutière. Son mari, à l'arrière-boutique, prend
une arme pour se défendre. Il n'en aura pas le temps.
Il est aussi assassiné. Que trouve-t-on dans une
bijouterie? De l'or, des bijoux, des pierres
précieuses, des montres de valeur. Mais cela n'intéresse
pas les tueurs. Ils s'emparent de quelques objets
sans valeur et repartent tranquillement. Le vol n'était
donc pas le mobile de ce double meurtre. Alors, quoi?
Les tueurs déposeront
les armes pendant près de deux ans.
La filière boraine
En main 1983 une arme
de poing (un Ruger) tombe on ne sait pas trop comment
entre les mains de la gendarmerie. Ce Ruger y aurait
été déposé par une femme, Josiane D., qui
craignait que son mari, Jean-Claude E., en fasse
usage contre elle. Pour des raisons restées encore
mystérieuses, cette arme sera soumise à des
expertises balistiques. Les experts belges en
balistique (pourtant fort mal équipé) rendront un
verdict étonnant : cette arme a plus que
probablement servie lors des attaques de Hal et de
Genval, attribuées aux tueurs du Brabant. Une vaste
opération policière est alors déclenchée. Le
propriétaire du Ruger, un ancien policier communal
du nom de Michel C., est arrêté. Interrogé sur les
deux attaques, il commence par nier puis il avoue :
oui, il a bien participé aux attaques de Hal et de
Genval mais aussi à celle du Colruyt de Nivelles.
Michel C. donne même le nom de ses complices : Jean-Claude
E., Michel B., Adriano V., Kaci B., Robert B. et d'autres
encore. La plupart de ces individus sont connus des
services de police pour divers petits larcins commis
sans violence. Interrogés à leur tour, certains
prétendus complices de Michel C. (mais pas tous)
avouent leurs méfaits. Les enquêteurs triomphent :
ils tiennent enfin les tueurs du Brabant. Mais
rapidement, c'est le désenchantement : Michel C. et
ses complices en aveux se retractent. Puis, ils
avouent à nouveau. Les Borains (tous les suspects
sont originaire du Borinage) vont ainsi jouer avec
les enquêteurs pendant plusieurs années : ils vont
avouer, se rétracter, avouer, se rétracter,...
Michel C. avouera 28 fois sa participation à la
tuerie de Nivelles. Ce qui correspond pratiquement à
vingt-huit versions différentes. Un jour, il charge
telle personne, un autre jour une autre. Un jour, il
dit avoir utilisé telle voiture, un autre fois une
autre voiture. Les enquêteurs ont dû devenir fous
à entendre les révélation de Michel C. et aussi
celles de Michel D. et d'Adriano V qui, eux aussi,
donneront des informations contradictoires. Certains
iront même jusqu'à accuser deux victimes des
tueries (le taximan grec et le patron de l'Auberge
des trois Canards) d'avoir fait partie de la bande...Pourtant,
les enquêteurs resteront longtemps persuadés de la
culpabilité de la filière boraine. Certains
suspects ont donné des détails que seuls les
auteurs pouvaient connaître. Et puis, il y a l'analyse
balistique positive. Par contre, il n'y a jamais eu d'aveux
pour les sept ou huit autres attaques. En 1986, le
juge d'instruction demande une nouvelle expertise du
Ruger à un service mondialement connu : les
Allemands de la Bundskriminalalamt de Wiesbaden. Ils
rendront leur verdict après quelques mois : le
fameux Ruger de Michel C. n'est pas l'arme qui a
servi lors des attaques. Le seul élément matériel
probant s'écroule. Pourtant, le juge d'instruction
va cacher ce rapport pendant plusieurs mois sans que
l'on sache pourquoi. Cette faute incroyable pour un
magistrat lui vaudra d'être finalement dessaisi pour
suspicion légitime. Le dossier passe du Parquet de
Nivelles à celui de Charleroi.
En 1987, les Borains
seront finalement traduis devant une Cour d'Assise.
On leur reprocha uniquement leur participation aux
attaques de Nivelles, de Hal et de Genval. Pour la
défense, la partie fut facile. Les analyses
balistiques sont négatives. Quant aux aveux de leurs
clients, ils auraient été extorqués sous la menace
et la brutalité. Aveux peu concluants et dont
certains éléments auraient été induits par les
enquêteurs.
En janvier 1988, la
filière boraine est acquittée. L'enquête aura
perdue plusieurs années.
La
seconde vague
Tout
recommencera lors d'une triste soirée de l'automne
1985. Le 27 septembre 1985, plusieurs individus
portant des masques de Carnaval surgissent
brusquement armés de fusils à pompe sur le parking
du supermarché Delhaize de Braine-l'Alleud. Pris de
frénésie, les tueurs tirent encore et encore. Ils
se font remettre l'argent des caisses puis repartent.
L'attaque aura duré quelques minutes. Trois
personnes trouveront la mort, plusieurs autres seront
très gravement blessés. Les témoins sont sous le
choc. Les forces de l'ordre et les secours arrivent
dans le plus grand désordre. Priorité est donnée
à l'aide médicale urgente aux victimes. Qui songe
à cet instant à donner l'alerte, à placer des
barrages sur les autoroutes pour intercepter les
tueurs? Grave erreur, fatale erreur. Les tueurs, eux,
n'ont pas terminé leur soirée. A tombeau ouvert,
ils se dirigent vers sur un autre supermarché
Delhaize situé à Overijse à une dizaine
kilomètres de Braine-l'Alleud. Ils lancent une
attaquent copie conforme de la première effectuée
quelques dizaines de minutes plus tôt. Bilan
terrifiant : cinq morts (dont un garçon de 13 ans)
et plusieurs blessés. Le tout pour un butin
finalement assez maigre : quelques dizaines de
milliers d'euros. Les témoins parleront d'un homme
de grande taille qui semblait être le chef du
commando. La presse le surnommera "le géant".
Les
enquêteurs prouveront très vite grâce aux analyses
balistiques que cette double tuerie a été commise
par la même bande responsable des attaques de 1982-1983.
La
Belgique est sous le choc. Pays paisible, elle n'a
jamais connu un déferlement de violence pareille.
Justice et police sont violemment attaqués. Le
gouvernement vacille. Surtout que cette double tuerie
s'ajoute aux dizaines d'attentats attribués aux
Cellules Communistes Combattantes (CCC), un groupe d'extrême-gauche
proche des Français d'Action directe. La population
prend peur. Plus personne n'ose encore fréquenter
les supermarchés le soir. En haut lieu, on craint
une nouvelle attaque des tueurs. Une décision est
prise : chaque supermarché important du pays (et
surtout ceux se trouvant à proximité d'une
autoroute) est placé sous la garde des forces de l'ordre
: gendarmes et policiers mitraillettes au poing,
tireurs d'élite sur les toits. Il faut avoir vécu
cette situation pour comprendre son surréalisme...
Cela ne
servira à rien. Le 9 novembre 1985, les tueurs
attaquent le Delhaize d'Alost. Celui-ci est pourtant
étroitement surveillé par des patrouilles de la
gendarmerie. Les tueurs n'hésitent cependant pas.
Ils font preuve d'une incroyable audace. Ils tirent
sur tous ceux qui se trouvent devant eux. A l'intérieur,
ils se font remettre le contenu des caisses. Une
caissière qui n'obtemperait pas assez vite est
abattue à bout portant d'un coup de riot-gun. Dans
le magasin, un enfant de 10 ans allongé sur le sol
croise le regard d'un tueur. L'homme dirige lentement
son arme vers le petit garçon et tire. L'enfant sera
l'un des nombreux blessés de l'attaque. Huit
personnes (dont une adolescente de quatorze ans et
une petite fille de neuf ans) trouveront la mort.
Très calmement, les tueurs quitteront les lieux. Ils
seront un temps pourchassés par la police mais celle-ci
n'a pas de véhicules suffisamment performants pour
suivre la Gti des tueurs.
La bande
disparaît dans la nuit. Pour toujours et à jamais?
Les
pistes
Huit juges d'instruction,
une centaine d'enquêteurs et deux enquêtes
parlementaires ont tenté de faire la lumière sur
ces très graves tueries. En pure perte jusqu'à
présent. Pourtant, de nombreuses pistes ont été
suivies.
La piste
noire
Pour la presse belge de
gauche et d'extrême-gauche, cela n'a jamais fait de
doute : les tueries du Brabant furent l'oeuvre de l'extrême-droite.
L'extrême-droite aurait ainsi voulut préparer un
coup d'Etat en destabilisant tout d'abord le régime
belge par des attaques sanglantes et violentes.
Il y a quelques années,
un célèbre avocat bruxellois très orienté à
gauche (une sorte de Jacques Vergès à la belge :
beaucoup d'effets d'annonces, beaucoup de
déclarations incendiaires et peu de résultats)
donna le nom d'une série de gendarmes qu'il disait
faire partie de la bande des tueurs. Certains de ces
gendarmes avaient déjà été poursuivis dans d'autres
affaires criminelles et certains ne cachaient pas
leur sympathie pour l'extrême-droite. Il annonçait
également qu'il connaissait les commanditaires des
tueries, des hommes politiques importants dont il se
préparait à citer le nom. La gendarmerie réagit
par un communiqué de presse : plusieurs des
gendarmmes cités ne faisaient plus partie de la
gendarmerie quant aux autres ils n'en avaient même
jamais été membres. Suite à ces déclarations, l'avocat
des parties civiles fut condamné pour diffamation.
Et jamais, au grand jamais, il ne cita le nom des
hommes politiques qui avaient commandité les tueries...
Il faut connaître un
peu le paysage politique belge avant de raconter n'importe
quoi et d'accuser à torts et à travers. En Flandre,
l'extrême-droite est issue de certains milieux qui
avaient collaboré avec les nazis durant la deuxième
guerre mondiale. L'extrême-droite flamande, bien que
xénophobe, tente surtout d'obtenir l'indépendance
de la Flandre. Elle se camoufle maintenant derrière
la respectabilité apparente d'un parti politique qui
attire environ 15% des électeurs flamands : le
Vlaams Blok.
Dans la partie francophone du pays, l'extrême-droite
est moins implantée et moins organisée. Il a
cependant existé (et existe encore dans une moindre
mesure) de petits groupuscules xénophobes qui
parfois aimaient à constituer des milices privées.
Les membres de ces groupes étaient peu nombreux et
surveillés de près par la Sûreté de l'Etat (les
services secrets belges) et par la police ou la
gendarmerie. Contrairement aux déclarations de
certains journalistes et de certains politiciens, la
piste de l'extrême-droite a été suivie. Ces
milieux "noirs" ont été perquisitionnés,
ses sympathisants furent interrogés. Les enquêteurs
n'ont trouvé aucun élément entre ces groupes et
les tueries. La Commssion d'enquête bis sur les
tueries arriva aux mêmes conclusions. Mais cette
piste a eu le mérite pendant longtemps d'être politiquement
correcte.
La
piste rose
Les
ballets roses. Cette histoire continue de hanter les
annales judiciaires belges depuis le début des
années 1970. A l'origine, un médecin du Brabant
wallon, le docteur Pinon, soupçonne son épouse de
le tromper. Il la fait suivre et remarque qu'elle
fréquente assidûment une luxueuse villa. Harcelée,
sa femme lui avoue participer à des orgies sexuelles
en compagnie de personnages très importants. Le
docteur va apprendre qu'au cours d'une de ces
partouzes un adolescent se serait suicidé et qu'une
femme qui participait à ces soirées aurait été
victime d'un "accident". Le conditionnel
reste de rigueur vu qu'aucune preuve n'a jamais pu
être apportée à ces affirmations. Une vidéo de
ces ébats entre personnalités importantes auraient
été filmée. Certaines personnes auraient été
mise au courant de ces ballets roses et se seraient
livrés à un chantage. Dans l'impossibilité de
payer les sommes demandées par les maîtres-chanteurs
et devant la crainte que la vérité éclate, ces
personnalités très importantes (on ne citera pas
ici les noms qui ont circulé car le principe d'innocence
doit être préservé) aurait engagé des tueurs pour
éliminer les gêneurs. C'est surtout dans l'affaire
de la tuerie de Nivelles que cette piste a été
suivie. On a raconté en effet que le couple abattu
ce jour-là possédait une copie de la vidéo et s'apprêtait
à demander une somme considérable contre leur
silence. Ce couple semblait en effet bien connaître
un gros industriel qui aurait participé à ces
soirées d'un style très particulier. Aucun
élément n'est cependant jamais venu appuyer cette
thèse. On a aussi raconté un moment qu'un certain
Claude D. aurait pu être le géant des tueries. Cet
homme avait l'habitude d'organiser des orgies. Claude
D. était (et reste?) un suspect idéal : membre de l'extrême-droite,
il aimait parader armé d'un riot-gun à des
manoeuvres paramilitaires. Sa taille aussi était
imposante. De plus, il ressemblait très étrangement
au portrait-robot du géant des tueries. Ce suspect (trop?)
idéal ne parlera plus : ilfut un jour abattu par sa
femme qui fut jugée pour ces faits.
Cette
affaire de ballets roses continuent à faire
fantasmer la poulation belge. Cette piste ne tient
cependant pas la route car elle n'explique pas les
autres tueries. La seconde commission d'enquête
parlementaire a admis que les ballets roses avaient
probablement eu lieu mais que la mort de deux
personnes n'était pas prouvée. Et si sur le plan
moral, il n'était pas admissible que des
personnalités puisent se livrer à de tels
agissements, c'était leur liberté surtout si cela
se passait entre adultes consentants. Le lien avec
les tueries n'était donc pas établi. Cependant,
dans les milieux de l'enquête, on continue de penser
que peut-être cette affaire de ballets roses
empêchent certains de dire ce qu'ils connaissent des
tueurs.
Il est à
noter que suite à l'affaire Dutroux, certaines
victimes (ou prétendues victimes) de réseaux
pédophiles ont reparlé de ces ballets roses...
La
piste du grand banditisme
S'il n'y
avait pas eu autant de victimes, on pourrait penser
que les tueurs du Brabant n'étaient qu'une bande de
malfrats "ordinaires". Ils n'ont pourtant
pas hésiter à tuer 28 personnes dont des femmes et
des enfants sans raison apparente et ce pour un butin
peu important (en tout et pour tout moins de 200 000
euros). Pourtant, la piste du grand banditisme sera
privilégiée par les enquêteurs. L'acharnement sur
la filière boraine en est la preuve. Le procureur du
roi de Nivelles Jean Deprêtre qui était chargé du
dossier entre 1983 et 1987 ne parlait-il pas de
"prédateurs"?
La piste
du grand banditisme sera réactivée avec l'arrestation
d'une bande de truands assez violents et très bien
organisés : la bande dite "de Baasrode".
La cellule d'enquête sur les tueurs découvrit des
éléments troublants liant cette bande aux tueries
du Brabant. Notamment, la découverte d'une
automobile utilisée par cette bande et qui était
modifiée comme les Gti utilisées par les tueurs (enlèvement
du siège arrière,...). Deux membres de la bande
seront fortement soupçonnés d'avoir participé aux
tueries de 1985 : Philippe D. et Apostolos P.
Philippe D. aurait été vu au Delhaize d'Alost le
jour même de la tuerie. Quant à Apostolos P., sa
taille et sa démarche faisait penser directement au
géant. Mais Apostolos P. était en prison lors de la
tuerie d'Alost. Celle-ci fut-elle organisée
uniquement pour lui fournir un alibi?
En 1987, c'est
la stupéfaction. Le juge d'instruction Troch de
Termonde place Philippe D. sous mandat d'arrêt pour
sa participation à la tuerie d'Alost. Philippe D. a,
en effet, avoué avoir pris part à cette attaque.
Malheureusement, ses aveux sont assez fantaisistes et
les enquêteurs ne trouveront aucune preuve
matérielle de sa participation aux tueries. Aucun
complice ne sera identifié. Apostolos P. ne se
trouvant même pas en Belgique lors des tueries de
Braine-l'Alleud et d'Overijse. Philippe D. va ensuite
se rétracter. Ce n'est qu'en mai 2001 qu'une
ordonnance de non-lieu le concernant sera rendue et
cela au plus grand désappointement des parties
civiles qui restent convaincues que Phillipe D.
était bien l'un des tueurs.
La
piste terroriste
La piste
du grand banditisme n'ayant abouti à rien, certains
enquêteurs ont émis l'hypothèse que les tueries
pourraient être qu'une forme de terrorisme. La
Belgique aurait été la cible d'une tentative de
destabilisation comme l'a été l'Italie avec la
"stratégie de la tension". Au début des
années 1980, le mouvement pacifiste opposé à l'installation
de missiles américains sur le sol belge était
important. On considérait dans certains milieux que
la Belgique n'en faisait pas assez pour lutter contre
la menace communiste (encore bien présente à l'époque).
Les services secrets américains et l'OTAN auraient
mis au point les tueries pour que le gouvernement
belge prennent des mesures pour renforcer les moyens
de l'armée, de la police et de la gendarmerie. Les
Américains auraient utilisé des membres de la
gendarmerie et de la Sûreté de l'Etat pour arriver
à leurs fins. A la même époque, les Cellules
Communistes Combattantes (CCC) faisaient exploser des
bombes un peu partout dans le pays. Eux aussi
auraient été manipulés par les services
américains...
Cette
thèse qui croise celle de la piste noire et où
pointe un anti-américanisme assez manichéen, ne
tient guère la route. S'il est vrai que les
pacifistes (manipulés par le KGB) organisaient des
manifestations de masse contre les missiles
américains, ce mouvement était bien moindre qu'aux
Pays-Bas par exemple qui n'ont pas connu de vague
terroriste. Dans le même ordre d'idées, le
sentiment anti-américain est bien plus implanté en
France qu'en Belgique. Mais là non plus, pas de
tueurs du Brabant.
La
Belgique n'a jamais été la maillon faible de l'Europe.
L'OTAN et le SHAPE sont installés sur le territoire
belge. De nombreuses firmes américaines y sont
implantées (Ford, Coca-Cola,...). Les Etats-Unis
sont aussi le principal fournisseur d'armes de l'armée
belge. C'est justement ces bonnes relations avec les
Etats-Unis et avec l'OTAN que dénonçaient les
terroristes des CCC...
Si les
tueurs du Brabant ont voulu destabiliser l'Etat belge,
ils ont échoué. La démocratie belge a repris son
cours avec ses défauts et ses affaires (comme dans d'autres
pays européens).Si les tueurs avaient voulu muscler
l'Etat et instaurer un pouvoir politique fort de
droite, ils ont échoués. Lors des élections
législatives de 1987, le gouvernement de centre-droit
(sociaux-chrétiens+libéraux) sera remplacé par un
gouvernement de centre-gauche (sociaux-chrétiens+socialistes)
qui par nature est beaucoup plus critique envers les
Américains. Si le but des tueurs était d'instaurer
un Etat policier, ils ont échoué. Les tueries n'ont
pas permis de donner plus de moyens à la Justice et
la police. Dix ans plus tard, l'affaire Dutroux
démontrera par l'odieux la complète déliquescence
du système judiciaire en Belgique...
La
piste des cadavres exquis
Les
cadavres exquis (outre le fait d'être un procédé
poétique) désigne une stratégie menée par
certains groupes terroristes en Italie notamment.
Elle consiste à tuer un maximum d'innocents alors qu'en
fait une seule personne est visée. Est-ce que ce fut
le cas durant les tueries (surtout en 1983)? Certains
éléments tentent à le prouver.
Lors de la
première vague, il apparaît que certaines victimes
aient été l'objet d'une exécution. On pense
évidemment ici au taximan grec, au concierge de l'Auberge
des Chevaliers, au couple du Colruyt de Nivelles et
au patron de l'Auberge des trois Canards. Tous furent
tués sans raison. Quel était le dénominateur
commun entre ces personnes? Les enquêteurs ont
recherché les liens pouvant exister entre les
victimes. Apparemment, il n'en existait pas.
Apparemment.
Les autres attaques de 1983 faisaient-elles partie de
cette stratégie du cadavre exquis c'est à dire des
agressions commises dans le but d'égarer les
enquêteurs?
La thèse
des exécutions camouflées par d'autres massacres
pourrait donc expliquer les tueries de 1983. Elle
devient plus difficile pour expliquer les tueries de
1985. Cependant, des éléments sont troublants. A
Overijse, c'est un indicateur de police qui fut
abattu. Plus étonnant encore et toujours à Overijse,
c'est un membre de la famille du procureur du Roi de
Nivelles Jean Depêtre, qui était au sommet de l'enquête
sur les tueries du Brabant, qui trouva la mort. A
Alost, les tueurs abattirent un homme dont on a dit
qu'il fut longtemps mêlé à un gros trafic de
diamants en Afrique. Il reste toutefois difficile de
croire qu'en 1985 les tueurs aient pris le risque de
mener de telles opérations destinées à exécuter
des personnes bien précises. Le risque pour eux de
rater leur "cible" était beaucoup trop
grand.
La
piste mafieuse
En 1998,
un certain Albert Mahieu convoqua des journalistes
pour leur faire des révélations stupéfiantes sur
les tueries. Selon Mahieu, les tueries du Brabant ne
seraient rien d'autre qu'un réglement de compte de
la mafia contre la firme Delhaize. En ce qui concerne
la première vague (1983), Albert Mahieu affirma que
deux membres du Conseil d'Administration de la firme
Delhaize auraient fait l'acquisition de deux maisons
dans une célèbre rue chaude de la capitale belge.
Ils y auraient fait travailler des prostituées. Cela
a fortement déplu à certains milieux mafieux qui
ont la réputation de contrôler ce marché très
lucratif. La mafia aurait donc engager des tueurs
afin d'user de chantage sur ces administrateurs.
Toutes les autres attaques n'auraient été menées
que pour faire diversion dans l'enquête.
En 1985,
on remarque que les trois supermarchés attaqués
étaient des Delhaize. Cette firme belge avait des
succursales aux Etats-Unis. Mahieu affirma que
Delhaize n'aurait pas respecté certaines closes lors
d'une vente de filiales aux USA. La mafia américaine
aurait donc utilisé des tueurs pour que Delhaize
leur paie une somme importante. Mais même après les
attaques de Braine et d'Overijse, Delhaize refusa de
céder au chantage. Ce n'est qu'après la tuerie d'Alost
que la firme de supermarché accepta de verser les
sommes demandées. La mafia aurait alors ordonné aux
tueurs d'arrêter les attaques.
Cette
double thèse était séduisante, terriblement
séduisante. Mais elle se heurte à des difficultés
majeures...
- Les
tueurs auraient reçu 25 000 dollars par personnes
tuées lors des attaques contre les supermarchés. On
peut se demander dès lors pourquoi les tueurs du
Brabant n'auraient-ils assassinés "que" 16
personnes alors qu'ils pouvaient faire beaucoup plus
de victimes?
- Mahieu n'apporte aucune preuve de ses dires.
- Mahieu s'est considérablement discrédité en une
seule phrase : "On a même voulu me donner le
nom des tueurs, mais moi ce qui m'intéressait c'était
les commanditaires". Là, on ne comprend plus.
Pourquoi avoir refusé de connaître les noms des
tueurs alors que l'on le lui proposait?
- La thèse du racket sur Delhaize n'était pas neuve.
L'enquête n'a rien pu démontrer.
Mais qui
donc était Albert Mahieu? C'est en fait un simple
administrateur de société qui parfois aime
dénoncer certains scandales. C'est lui qui fut à la
base d'un procès gigantesque contre une grande
compagnie d'assurances belge qui aurait floué ses
clients. L'assurance perdit son procès en première
instance mais le gagna en appel. En 1998, Albert
Mahieu était candidat aux élections qui devaient se
tenir l'année suivante. Il se présentait sur la
liste du petit parti VIVANT, créé par un
milliardaire de l'électronique. Il n'est donc pas
impensable que cette conférence de presse rentrait
dans sa stratégie de campagne électorale. Pour
Mahieu, son affirmation sur les tueries fut un coup
de maître. Il fut le seul élu (conseil régional
bruxellois) de ce parti. Beaucoup de gens ont dû
très certainement voter pour lui suite à ses "révélations".
Notons au passage que ce n'est pas la première fois
qu'un candidat aux élections utilisent l'affaire
dite "du Brabant wallon" pour se faire
"mousser" électoralement. Au début des
années 1990, c'est le pittoresque milliardaire
anversois Jean-Pierre Van Rossem qui prétendait qu'une
fois élu député, il ferait des révélations sur
les tueries. Il fut élu à la Chambre des
Représentants à la surprise générale.
Depuis
lors, plus personne n'a jamais entendu parler des
révélations extraordinaires promises par MM. Van
Rossem et Mahieu...
L'enquête
a également suivi d'autres axes. On a vu un lien
entre les tueries et l'assassinat d'Olof Palme, avec
l'extrême-gauche, avec des groupes terroristes
européens (ETA, IRA,...),avec les phalanges
libanaises, avec le SAC français,...
Cela fait beaucoup de pistes. Trop en réalité. Or,
quel est le moyen le plus facile pour faire échouer
une enquête? Tout simplement en lançant les
enquêteurs sur une multitude de fausses pistes. Le
juge d'instruction Lacroix, chargé du dossier, a d'ailleurs
avoué que les enquêteurs avaient été plus que
probablement manipulés...
Découvrir qui a manipulé les enquêteurs et l'enquête
sera sans doute dans sa phase finale...
Nouvelles
techniques policières versus tueurs fous
L'enquête
policière classique ayant échoué, les enquêteurs
ont tenté d'utiliser ces dernières années de
nouvelles techniques d'investigation faisant appel à
des technologies de point.
-
le polygraphe: Cet appareil, mieux
connu sous le nom de détecteur de mensonges, a été
utilisé pour interroger certains suspects. Pour ce
faire, la cellule d'enquête Brabant wallon a fait
appel à un polygraphe canadien qui s'est déplacé
spécialement en Belgique. Cela n'a donné aucun
résultat. De toute manière, cette méthode est
critiquable d'un point de vue scientifique et ne peut
être utilisée comme preuve devant un tribunal.
-
l'analyse d'ADN : Les enquêteurs ne
possèdent que peu d'indices matériels si ce n'est
les douilles retrouvées après les attaques, une
empreinte de paume qui a longtemps "tourné"
dans les services judiciaires en Europe et deux
couvre-chefs bizarrement perdus par les tueurs.
Lorsqu'en 1983, le corps d'un chauffeur de taxi grec
est retrouvé dans le coffre de son véhicule, le
laboratoire de la police judiciare retrouve des
mégots de cigarettes qui auraient été laissés là
par les tueurs. Ces mégots seront conservés dans
des conditions qui n'étaient sans doute pas idéales.
A l'époque, on ne connaissait pas encore l'analyse d'ADN..
Ce n'est que durant les années 90 que des
spécialistes sont parvenus à extraire des traces d'ADN
à partir de la salive laissé sur les cigarettes. L'ADN
de plusieurs suspects sera prélevé et comparé à l'ADN
retrouvé. Les enquêteurs allèrent même jusqu'à
déterrer les cadavres de plusieurs individus
décédés dont le nom revenait dans le dossier. Cela
n'a toujours rien donné mais cet ADN de référence
est-il bien celui d'un tueur? Rien ne le prouve.
-
les portraits-robots : Très vite après les
tueries de 1985 la presse publia plusieurs portraits-robots
d'individus ayant un comportement suspect dans les
heures ou les jours précédant les attaques.
Curieusement, ces portraits-robots sombrèrent
rapidement dans un oubli qui parut arranger tout le
monde. Ces portraits-robots étaient-ils "bidons",
uniquement destinés à faire croire à l'opinion
publique que l'enquête progressait
Au milieu des années 90, d'autres portraits-robots,
non pas de suspects mais bien des auteurs, furent
obtenus par hypnose (une technique très
controversée) et très largement diffusés dans les
grands magasins et les bureaux de Poste.
A l'examen de ces portraits, on est pris d'un
étrange malaise. Tout d'abord, aucun d'entre-eux ne
correspond à la première série, ce qui tend à
confirmer ce qui a été dit plus haut. Ensuite, on s'étonnera
que les portraits-robots soient aussi nombreux alors
qu'un certain nombre d'attaques n'eurent pas de
témoins et que lors d'autres tueries, les auteurs
étaient masqués. Une autre chose qui est frappante
également est le fait que plusieurs portraits-robots
se ressemblent très fort et font donc double emploi
(n°4, 10 et 14, n°9 et 9 bis ainsi que dans une
moindre mesure les n°7 et 20). Enfin, pourquoi avoir
attendu 10 ans pour publier ces portraits?
La diffusion de ces portraits a suscité de nombreux
témoignages. Une aubaine pour ceux qui prennent un
malin plaisir à mettre les enquêteurs sur de
fausses pistes...
-
Internet : La cellule d'enquête Brabant
wallon basée à Jumet (Charleroi) a créé depuis
plusieurs années son propre site Internet. Autant le
dire tout de suite, la déception à la lecture de ce
site est grande. Hormis les fameux portraits-robots
et la reproduction d'une carte de stationnement
abandonnée par les tueurs dans un des véhicules
utilisés par la bande, on ne retrouve aucun autre
éléments. Pourquoi ne pas avoir remis les portraits-robots
dans leur contexte, les reproductions des objets
volés par les tueurs (armes, auto-radio,...), leurs
vêtements, la liste des armes utilisées,... Ces
éléments ont quand même été publiés dans la
presse. Il est donc fortement regrettable que ce site
soit si pauvre et surtout si mal connu du grand
public. (http://corporate.skynet.be/killersbrabant.be). Précision que suite à une
émission de la RTBF (voir plus bas) des éléments
très intéressants ont été rajoutés au site.
-
les profileurs : En 2002, le juge d'instruction
(le huitième) a fait appel à des spécialistes
criminels français pour examiner le dossier. Ces
profileurs sont en fait des analystes capables d'établir
un profil des auteurs des attaques. Ces profileurs
sont arrivés à la conclusion que les tueries
auraient pu être provoquées par un tueur en série
entouré de deux ou trois complices. On imagine
aisément que les deux spécialistes français ont
passé des semaines voire des mois pour rencontrer
les enquêteurs, interroger les témoins, visiter les
lieux, prendre connaissance de ce dossier de 500 000
pages. Pas du tout. Les profileurs français ont
passé en tout pour tout...48 heures en Belgique. Les
échecs des profileurs sont hélas plus nombreux que
leurs réussites...
Aujourd'hui, l'enquête est au point mort. Les
enquêteurs tentent en désepoir de cause de
réactiver les vieilles pistes de l'extrême-droite
et de la filière boraine. En Belgique, la population
est persuadée que l'on ne mettra jamais la mains sur
la bande. Or, s'il y a bien un domaine où il ne faut
jamais dire jamais, c'est bien celui d'une enquête
judicaire! Il reste au moins trois raisons d'espérer
:
1. Les
tueurs peuvent tomber par... hasard. Un banal
contrôle, une arrestation ou une perquisition menée
dans une autre enquête peuvent mener à l'authentification
des auteurs de ces tueries. Les annales judiciares
regorgent de ce type de coïncidences.
2. Les parties civiles ont obtenu du pouvoir
législatif le vote d'une loi portant le délai de
prescription des crimes de sang de 20 à 30 ans. Ces
mêmes parties civiles continuent à faire pression
pour obtenir une loi sur les repentis. Certains
partis politiques s'y opposent pour des raisons
morales. Mais est-il moral de laisser ces tueurs
impunis? Il faut espérer que la raison l'emporte et
que cette loi voit enfin le jour.
3. Depuis les attaques de 1985, les supermarchés
visés offrent une prime de 250 000 euros à
quiconque fournira des informations susceptibles de
mener à l'arrestation des auteurs de ces attaques
folles. Que ceux qui savent parlent enfin!
Les tueurs
fous du brabant wallon doivent être identifiés.
Les familles des victimes ont droit à la vérité.
Pour la Justice, c'est une question d'éthique et de
morale. Pour les enquêteurs, il s'agit tout
simplement d'une question d'honneur. L'enquête ne
peut pas échouer.
Derniers
rebondissements
Le 30
octobre 2002, la cellule d'enquête Brabant wallon
utilisait ses dernières cartouches en participant à
l'émission APPEL A TEMOINS de la RTBF. Le but de la
CBW était de susciter des témoignages tardifs. Le
chef d'enquête allait en effet rendre public des
éléments étonnants.
A Ohain,
en octobre 1983, les tueurs volent la golf gti rouge
de la fille du patron de l'Auberge des trois Canards.
Cette voiture repeinte en noir fut ensuite utilisée
lors des attaques de Beersel et d'Anderlues. Le soir
du massacre de la bijouterie d'Anderlues, cette
voiture fut retrouvée brûlée dans un bois tout
proche. C'est sur cette voiture que les enquêteurs
concentrent leurs efforts. Les tueurs, d'habitude si
organisés et si prudents, ont commis des erreurs
totalement incompréhensibles et qui auraient dû
leur être fatales.
La golf gti repeinte fut en effet remarquée entre
les deux attaques par plusieurs témoins à Namur
notamment. Mais c'est surtout un incident d'apparence
assez banal qui relance l'enquête. En octobre 1983,
une altercation éclata entre un passant et le
conducteur de la fameuse golf (reconnaissable à un
autocollant). Le conducteur, probablement un des
tueurs, sortit même du véhicule et menaça le
passant. Coïncidence extraordinaire, ce même
passant revit le conducteur agressif quelque temps
après au volant d'une autre automobile au centre de
contrôle technique de Lobbes. Cette piste fut suivie
à l'époque par les enquêteurs mais fut rapidement
abandonnée car elle n'avait aucun lien avec la
filière boraine dont on était encore certain de la
culpabilité.
Ce n'est
qu'en 2001 que cette piste sera réouverte suite à
une relecture du dossier. Ce double témoignage
permettra la publication d'un nouveau portrait-robot.
Les enquêteurs pensent également avoir localiser la
zone géographique où devait résider le mystérieux
conducteur. Le contrôle technique de Lobbes n'accueille
que des visiteurs domiciliés dans une région bien
délimitée entre Mons et Charleroi.
Ces
éléments seront-ils décisifs? Vingt ans après.
Vingt ans trop tard?
Après
cette émission, les observateurs du dossier
sentirent comme un frémissement. Pour la première
fois depuis longtemps, on crut que, peut-être, la
vérité était sur le point d'éclater. Mais il
semblerait que cette piste pourtant prometteuse n'a
pas abouti. L'homme de la Golf noire n'est toujours
pas identifié. Il semblerait que dans la région de
Lobbes personne n'ose parler, probablement par peur.
Cependant
cette émission ne fut peut-être pas totalement
inutile. Un témoin surprise allait en effet se
manifester. Le 27 septembre 1985, cet homme a suivi
une Golf gti verte sur la route qui menait de Braine
à Overijse. Le témoin observa qu'à l'arrière du
véhicule se trouvait un homme fort agité qui lui
fit signe de tenir ses distances. Un peu plus loin,
le témoin vit à nouveau l'homme qui venait de
mettre un masque. La Golf se dirigea à toute allure
vers le Delhaize d'Overijse avec les conséquences
que l'on sait. A l'époque, ce témoin ne crut pas qu'il
était nécessaire de prévenir la police. Ce n'est
qu'en 2002 qu'il vint témoigner à la cellule d'enquête.
Son témoignage permit l'élaboration d'un nouveau
portrait-robot. Ce ne sera que le 23ième...
Ce témoignage est à prendre avec prudence. Le
témoin s'est manifesté 17 ans après les faits. La
nuit venait de tomber et le témoin n'a aperçu le
visage du tueur que pendant quelques secondes.
La CBW
informa la presse de cet élément fin janvier 2003.
Les enquêteurs firent également état qu'en
novembre 1985 divers documents et des chèques volés
à Overijse furent retrouvés brûlés dans un bois.
Parmi ces documents se trouvait une encyclopédie sur
les munitions : Les cartouches militaires
éditée en 1983 par De Vecchi. Ce détail
prend de l'intérêt une fois que l'on sait que ce
livre fut distribué à moins de 50 exemplaires en
Belgique.
Par
coïncidence, le jour même où la presse diffusait
ces deux informations, la Libre Match (édition
belge de Paris-Match) faisait des
révélations "exclusives" sur les tueries.
Cet article nous apprend l'identité des deux
profileurs français : un général, psychiatre des
armées et un psychologue, tous deux spécialistes en
criminologie. Ces deux experts persistent et signent
: le chef des tueurs serait un psychopathe ayant agit
pour le plaisir de tuer. Ses complices ne seraient
que de simples marginaux attirés par le butin. Cette
thèse pose cependant plus de questions qu'elle n'apporte
de réponses...
!ATTENTION!
Les auteurs n'étant
toujours pas identifiés, la récompense de 250 000 euros est
encore disponible. Toute information peut
être communiquée à la cellule d'enquête
Brabant wallon :
http://corporate.skynet.be/killersbrabant
La fille d'une
des victimes des tueurs, madame Patricia
Finné, lance également un appel afin de
récolter des éléments nouveaux. Elle a
créé dans cette optique un blog :
http://tueriesbrabant.skynetblogs.be/
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