Les Tueurs du Brabant

La Justice est supérieure à la vie.
Les Justes
Albert Camus


Entre 1982 et 1985, une bande de malfaiteurs, toujours pas identifiés à l'heure actuelle a semé la mort et la terreur en Belgique. Ils ont laissé derrière eux 28 morts et plusieurs dizaines de blessés lors d'attaques de supermarchés ( ou autres : auberges, armurerie, bijouterie) ou de cambriolages.
Cette énigme judiciaire commence à devenir une véritable énigme historique vu que les premières attaques attribuées à ceux qui ont été surnommés les Tueurs fous du Brabant wallon remontent à plus de vingt ans déjà... Normalement, les crimes de sang sont prescrits après vingt années en Belgique. Les tueurs auraient donc déjà pu bénéficier de la prescription pour leurs premiers méfaits. Heureusement, le législateur belge a eu l'excellente idée de porter le délais de prescription à trente ans. Il reste donc moins de dix ans aux enquêteurs pour mettre la main sur les tueurs.

Chronologie des faits

DATE LIEU CIBLE VICTIMES
13 août 1982 Maubeuge (F) épicerie 1 blessé
30 septembre 1982 Wavre armurerie Dekaize 1 mort
23 décembre 1982 Beersel auberge du Chevalier 1 mort
12 janvier 1983 Mons assassinat d'un taximan 1 mort
11 février 1983 Genval supermarché Delhaize /
25 février 1983 Uccle supermarché Delhaize 1 blessé
3 mars 1983 Hal supermarché Colruyt 1 mort
10 septembre 1983 Tamise usine textile 1 mort
17 septembre 1983 Nivelles supermarché Colruyt 3 morts
2 octobre 1983 Ohain auberge des 3 canards 1 mort
7 octobre 1983 Beersel supermarché Delhaize 1 mort
1 décembre 1983 Anderlues bijouterie 2 morts
27 septembre 1985 Braine l'Alleud supermarché Delhaize 3 morts
27 septembre 1985 Overijse supermarché Delhaize 5 morts
9 novembre 1985 Alost supermarché Delhaize 8 morts


La première vague (1982-1983)

Tout a commencé en...France en 1982. A Maubeuge, près de la frontière belge, durant les grandes vacances scolaires, plusieurs individus tentent de cambrioler durant la nuit une modeste épicerie. Prévenue par un appel anonyme, la police française envoie une des ses patrouilles. Immédiatement, les gardiens de la Paix sont pris pour cible par les malfrats. L'un des policiers sera blessé par balle. Les auteurs du cambriolage prennent la fuite vers la Belgique en emportant avec eux un butin dérisoire : quelques boîtes de thé et quelques bouteilles de vin...
Ce sera la première attaque officiellement attribuée à la bande.

Fin septembre 1983 à Wavre , un armurier Daniel Dekaize a pignon sur rue. Il s'est spécialisé depuis longtemps dans la fabrication d'armes spéciales et son commerce est très connu et ce y compris à l'étranger. Ce jour-là, pendant qu'ils parlent avec des clients, deux hommes non masqués entrent en trombe dans le magasin et menacent le gérant de leur arme. Ils prennent une série d'armes bien particulières. Alerté par des passants, un policier communal s'approche de l'armurerie et veut s'interposer. Il n'aura même pas le temps de comprendre ce qui se passe. Il est abattu par le chauffeur de la voiture qui attendait les tueurs. Ceux-ci prennent la fuite. Ils sont cependant poursuivis par une patrouille de la gendarmerie. Les truands, sans la moindre hésitation, ouvrent le feu et blessent grièvement les deux représentants des forces de l'ordre. Les deux gendarmes blessés ont toujours été persuadé que ceux qui leur avaient tiré dessus étaient des collègues vu la façon dont ils maniaient leurs armes... Interrogé plus tard par les enquêteurs, l'armurier Dekaize donnera une description de ses assaillants : un homme portant moustache et un jeune maghrébin.

Juste avant la Noël 1983, les tueurs qui avaient frappé à Wavre s'introduisent dans l'Auberge des Chevaliers située juste à côté du château féodal de Beersel. A cette heure, seul le concierge de l'auberge se trouve encore à l'intérieur. Les tueurs l'emmènent à l'étage, le ligotent au lit, le torturent avant de lui tirer six balles de revolver en pleine tête. Leur forfait accompli, les tueurs prennent le temps de manger sur place et de boire du champagne. Ils voleront seulement quelques assiettes. Il semble cependant qu'ils aient dérobé des documents à la victime. On a raconté que le concierge avait eu des sympathies pour le régime de Franco et qu'il avait fréquenté Léon Degrelle. Coïncidence, dans les années 1960, un célèbre artiste belge soupçonné d'avoir collaboré avec les occupants durant la deuxième guerre mondiale avait pris l'habitude de prendre des repas à l'Auberge des Chevaliers avec des amis qui eux aussi eurent des relations troubles avec le régime nazi. Quel était donc le terrible secret de l'Auberge des Chevaliers? Les tueurs disparaissent. Il n'y aura pas de témoins.
Quelques temps après, la police retrouvera dans le coffre de son véhicule le corps d'un chauffeur de taxi grec. Il a été abattu de la même façon que le concierge de l'Auberge du Chevalier et avec la même arme. Ici non plus, pas de témoins. Seul élément concret (qui n'aura son importance que bien plus tard) : les enquêteurs trouveront des mégots de cigarettes fumés par le ou les tueurs.

Ensuite, la bande de malfrats va s'essayer à des hold-ups contre des supermarchés, préfigurant ainsi les attaques beaucoup plus meurtrières de la seconde vague. D'abord au Delhaize de Genval puis à celui d'Uccle (commune de la région bruxelloise) où ils blesseront un témoin qui avait tenté de s'interposer avec son automobile. Puis ce sera l'attaque du supermarché Colruyt de Hal. Ils y abattent froidement le gérant et emportent avec eux une somme d'environ 25 000 euros. On se retouve ici face à une criminalité assez "classique" comme l'on en rencontre parfois en Belgique. Des truands s'attaquent à des grands magasins, braquent les clients et le personnel, se font remettre le coffre et l'argent des caisses. Puis ils disparaissent avec une voiture rapide. Ici, les tueurs utiliseront leur voiture de prédilection : une Volkswagen Golf GTi. Pour la première fois aussi, les tueurs utiliseront des fusils à pompe, le riot-gun, une arme de défense (!?) redoutable utilisée dans de nombreux pays par les forces de l'ordre.

Les attaques suivantes seront beaucoup plus violentes encore. Le 10 septembre 1983, durant la nuit , les tueurs s'introduisent dans une usine de textile qui fabrique entre autres des gilets pare-balles révolutionnaires. Le jeune concierge âgé de vingt-cinq ans est abattu sans pitié, son épouse est gravement blessée. Quelques gilets pare-balles sont emmenés par les tueurs. Seront-ils utilisés lors des attaques suivantes?

A peine une semaine plus tard aura lieu l'attaque la plus incompréhensible, la plus violente, la plus mystérieuse de cette première vague. Toujours durant la nuit, les tueurs tentent de cambrioler le supermarché Colruyt de Nivelles en s'attaquant au chalumeau à l'une des portes métalliques des entrepôts. Ils auraient été surpris par un couple venant chercher de l'essence. Leux deux occupants de la Mercedes blanche seront tués sur le champ. La gendarmerie prévenue par l'alarme du magasin interviendra rapidement. La camionnette de la patrouille va tomber nez-à-nez avec les tueurs sur le parking. Ceux-ci font directement feu avec leurs riot-guns sur les gendarmes. Le premier gendarme meurt immédiatement. Le second, grièvement blessé, fait le mort. Il a le temps toutefois de donner l'alerte. Les assassins s'enfuient dans la Mercedes de leurs premières victimes. Ils sont pourchassés par d'autres policiers et se paient le luxe de les...attendre! Les policiers seront pris sous un feu nourri et seront blessés. Plus loin, on retrouvera la Mercedes volée par les tueurs avec le butin abandonné : moins de 1000 euros de café, de pralines et de bidons d'huile...
Cette attaque a suscité de nombreux commentaires. Les enquêteurs et les journalistes se sont posés la question : comment expliquer que les tueurs aient tué trois personnes pour voler un peu de marchandise qu'ils abandonnèrent par la suite. Et si tout cela n'avait été qu'une mise en scène? Et si le couple d'automobilistes abattus n'étaient pas arrivés là hasard? Avaient-ils été emmené à cet endroit retiré pour être exécutés? Si oui, pourquoi? Aujourd'hui encore, la thèse officielle du cambriolage ayant mal tourné reste difficile à croire...

C'est à partir de ce moment que la presse francophone va commencer à surnommer cette bande les tueurs fous du brabant wallon (du nom de la partie sud de cette province qui à l'époque était encore unifiée). Cette appellation sera doublement erronée. Fous, ils ne pouvaient pas l'être. Ils étaient trop organisés, trop méthodiques, trop calculateurs. Et puis, toutes les attaques n'ont pas eu nécessairement lieu dans le Brabant wallon. Uccle, Maubeuge, Beersel et Tamise ne se trouvent pas dans cette région.

En octobre, les tueurs fous du brabant wallon s'attaquent à l'auberge des Trois Canards situé à Ohain. Ils menacent de leurs armes le personnel et exigent d'obtenir les clefs de la Golf GTi rouge de la fille du patron, Jacques Van Camp. Celui-ci est emmené de force sur le parking de l'auberge et abattu d'une balle dans la tête. Il décédera peu après à l'hôpital. Les Tueurs prennent la fuite dans la Golf volée. L'une des filles de la victime a toujours prétendu avoir reconnu l'un des tueurs à sa voix et sa taille (imposante). Les enquêteurs se contentèrent de lui faire cette réponse extraordinaire : "Vous avez des preuves"?

Cette Golf Gti (repeinte) sera utilisée lors des deux attaques suivantes, les deux dernières de la première vague. Le 7 octobre 1983, c'est l'attaque du Delhaize de Beersel (à nouveau Beersel, encore un supermarché Delhaize). Le gérant est froidement abattu. La victime était aussi ce que l'on pourrait appeler le Monsieur Sécurité de la firme. Un élément à-priori anectdotique mais qui prendra son importance lorsque l'on parlera plus tard de racket sur la firme Delhaize. Butin : environ 25 000 euros.

Peu de temps après, c'est le coup de tonnerre dans le ciel déjà fort gris de la Justice belge. Des suspects sont arrêtés. Tous sont originaires de la région du Borinage, une région charbonnière frappée durement par la crise économique. Cette piste sera appelée la filière boraine. Longtemps, les enquêteurs seront persuadés d'avoir mis la main sur les tueurs du Brabant.

Arrestations ou pas, les tueurs frapperont une ultime fois le 1 décembre 1983. A Anderlues, ils s'introduisent en plein jour dans une bijouterie. Ils abattent immédiatement la bijoutière. Son mari, à l'arrière-boutique, prend une arme pour se défendre. Il n'en aura pas le temps. Il est aussi assassiné. Que trouve-t-on dans une bijouterie? De l'or, des bijoux, des pierres précieuses, des montres de valeur. Mais cela n'intéresse pas les tueurs. Ils s'emparent de quelques objets sans valeur et repartent tranquillement. Le vol n'était donc pas le mobile de ce double meurtre. Alors, quoi?

Les tueurs déposeront les armes pendant près de deux ans.


La filière boraine

En main 1983 une arme de poing (un Ruger) tombe on ne sait pas trop comment entre les mains de la gendarmerie. Ce Ruger y aurait été déposé par une femme, Josiane D., qui craignait que son mari, Jean-Claude E., en fasse usage contre elle. Pour des raisons restées encore mystérieuses, cette arme sera soumise à des expertises balistiques. Les experts belges en balistique (pourtant fort mal équipé) rendront un verdict étonnant : cette arme a plus que probablement servie lors des attaques de Hal et de Genval, attribuées aux tueurs du Brabant. Une vaste opération policière est alors déclenchée. Le propriétaire du Ruger, un ancien policier communal du nom de Michel C., est arrêté. Interrogé sur les deux attaques, il commence par nier puis il avoue : oui, il a bien participé aux attaques de Hal et de Genval mais aussi à celle du Colruyt de Nivelles. Michel C. donne même le nom de ses complices : Jean-Claude E., Michel B., Adriano V., Kaci B., Robert B. et d'autres encore. La plupart de ces individus sont connus des services de police pour divers petits larcins commis sans violence. Interrogés à leur tour, certains prétendus complices de Michel C. (mais pas tous) avouent leurs méfaits. Les enquêteurs triomphent : ils tiennent enfin les tueurs du Brabant. Mais rapidement, c'est le désenchantement : Michel C. et ses complices en aveux se retractent. Puis, ils avouent à nouveau. Les Borains (tous les suspects sont originaire du Borinage) vont ainsi jouer avec les enquêteurs pendant plusieurs années : ils vont avouer, se rétracter, avouer, se rétracter,... Michel C. avouera 28 fois sa participation à la tuerie de Nivelles. Ce qui correspond pratiquement à vingt-huit versions différentes. Un jour, il charge telle personne, un autre jour une autre. Un jour, il dit avoir utilisé telle voiture, un autre fois une autre voiture. Les enquêteurs ont dû devenir fous à entendre les révélation de Michel C. et aussi celles de Michel D. et d'Adriano V qui, eux aussi, donneront des informations contradictoires. Certains iront même jusqu'à accuser deux victimes des tueries (le taximan grec et le patron de l'Auberge des trois Canards) d'avoir fait partie de la bande...Pourtant, les enquêteurs resteront longtemps persuadés de la culpabilité de la filière boraine. Certains suspects ont donné des détails que seuls les auteurs pouvaient connaître. Et puis, il y a l'analyse balistique positive. Par contre, il n'y a jamais eu d'aveux pour les sept ou huit autres attaques. En 1986, le juge d'instruction demande une nouvelle expertise du Ruger à un service mondialement connu : les Allemands de la Bundskriminalalamt de Wiesbaden. Ils rendront leur verdict après quelques mois : le fameux Ruger de Michel C. n'est pas l'arme qui a servi lors des attaques. Le seul élément matériel probant s'écroule. Pourtant, le juge d'instruction va cacher ce rapport pendant plusieurs mois sans que l'on sache pourquoi. Cette faute incroyable pour un magistrat lui vaudra d'être finalement dessaisi pour suspicion légitime. Le dossier passe du Parquet de Nivelles à celui de Charleroi.

En 1987, les Borains seront finalement traduis devant une Cour d'Assise. On leur reprocha uniquement leur participation aux attaques de Nivelles, de Hal et de Genval. Pour la défense, la partie fut facile. Les analyses balistiques sont négatives. Quant aux aveux de leurs clients, ils auraient été extorqués sous la menace et la brutalité. Aveux peu concluants et dont certains éléments auraient été induits par les enquêteurs.

En janvier 1988, la filière boraine est acquittée. L'enquête aura perdue plusieurs années.

 

La seconde vague

Tout recommencera lors d'une triste soirée de l'automne 1985. Le 27 septembre 1985, plusieurs individus portant des masques de Carnaval surgissent brusquement armés de fusils à pompe sur le parking du supermarché Delhaize de Braine-l'Alleud. Pris de frénésie, les tueurs tirent encore et encore. Ils se font remettre l'argent des caisses puis repartent. L'attaque aura duré quelques minutes. Trois personnes trouveront la mort, plusieurs autres seront très gravement blessés. Les témoins sont sous le choc. Les forces de l'ordre et les secours arrivent dans le plus grand désordre. Priorité est donnée à l'aide médicale urgente aux victimes. Qui songe à cet instant à donner l'alerte, à placer des barrages sur les autoroutes pour intercepter les tueurs? Grave erreur, fatale erreur. Les tueurs, eux, n'ont pas terminé leur soirée. A tombeau ouvert, ils se dirigent vers sur un autre supermarché Delhaize situé à Overijse à une dizaine kilomètres de Braine-l'Alleud. Ils lancent une attaquent copie conforme de la première effectuée quelques dizaines de minutes plus tôt. Bilan terrifiant : cinq morts (dont un garçon de 13 ans) et plusieurs blessés. Le tout pour un butin finalement assez maigre : quelques dizaines de milliers d'euros. Les témoins parleront d'un homme de grande taille qui semblait être le chef du commando. La presse le surnommera "le géant".

Les enquêteurs prouveront très vite grâce aux analyses balistiques que cette double tuerie a été commise par la même bande responsable des attaques de 1982-1983.

La Belgique est sous le choc. Pays paisible, elle n'a jamais connu un déferlement de violence pareille. Justice et police sont violemment attaqués. Le gouvernement vacille. Surtout que cette double tuerie s'ajoute aux dizaines d'attentats attribués aux Cellules Communistes Combattantes (CCC), un groupe d'extrême-gauche proche des Français d'Action directe. La population prend peur. Plus personne n'ose encore fréquenter les supermarchés le soir. En haut lieu, on craint une nouvelle attaque des tueurs. Une décision est prise : chaque supermarché important du pays (et surtout ceux se trouvant à proximité d'une autoroute) est placé sous la garde des forces de l'ordre : gendarmes et policiers mitraillettes au poing, tireurs d'élite sur les toits. Il faut avoir vécu cette situation pour comprendre son surréalisme...

Cela ne servira à rien. Le 9 novembre 1985, les tueurs attaquent le Delhaize d'Alost. Celui-ci est pourtant étroitement surveillé par des patrouilles de la gendarmerie. Les tueurs n'hésitent cependant pas. Ils font preuve d'une incroyable audace. Ils tirent sur tous ceux qui se trouvent devant eux. A l'intérieur, ils se font remettre le contenu des caisses. Une caissière qui n'obtemperait pas assez vite est abattue à bout portant d'un coup de riot-gun. Dans le magasin, un enfant de 10 ans allongé sur le sol croise le regard d'un tueur. L'homme dirige lentement son arme vers le petit garçon et tire. L'enfant sera l'un des nombreux blessés de l'attaque. Huit personnes (dont une adolescente de quatorze ans et une petite fille de neuf ans) trouveront la mort. Très calmement, les tueurs quitteront les lieux. Ils seront un temps pourchassés par la police mais celle-ci n'a pas de véhicules suffisamment performants pour suivre la Gti des tueurs.

La bande disparaît dans la nuit. Pour toujours et à jamais?

Les pistes

Huit juges d'instruction, une centaine d'enquêteurs et deux enquêtes parlementaires ont tenté de faire la lumière sur ces très graves tueries. En pure perte jusqu'à présent. Pourtant, de nombreuses pistes ont été suivies.

La piste noire

Pour la presse belge de gauche et d'extrême-gauche, cela n'a jamais fait de doute : les tueries du Brabant furent l'oeuvre de l'extrême-droite. L'extrême-droite aurait ainsi voulut préparer un coup d'Etat en destabilisant tout d'abord le régime belge par des attaques sanglantes et violentes.

Il y a quelques années, un célèbre avocat bruxellois très orienté à gauche (une sorte de Jacques Vergès à la belge : beaucoup d'effets d'annonces, beaucoup de déclarations incendiaires et peu de résultats) donna le nom d'une série de gendarmes qu'il disait faire partie de la bande des tueurs. Certains de ces gendarmes avaient déjà été poursuivis dans d'autres affaires criminelles et certains ne cachaient pas leur sympathie pour l'extrême-droite. Il annonçait également qu'il connaissait les commanditaires des tueries, des hommes politiques importants dont il se préparait à citer le nom. La gendarmerie réagit par un communiqué de presse : plusieurs des gendarmmes cités ne faisaient plus partie de la gendarmerie quant aux autres ils n'en avaient même jamais été membres. Suite à ces déclarations, l'avocat des parties civiles fut condamné pour diffamation. Et jamais, au grand jamais, il ne cita le nom des hommes politiques qui avaient commandité les tueries...

Il faut connaître un peu le paysage politique belge avant de raconter n'importe quoi et d'accuser à torts et à travers. En Flandre, l'extrême-droite est issue de certains milieux qui avaient collaboré avec les nazis durant la deuxième guerre mondiale. L'extrême-droite flamande, bien que xénophobe, tente surtout d'obtenir l'indépendance de la Flandre. Elle se camoufle maintenant derrière la respectabilité apparente d'un parti politique qui attire environ 15% des électeurs flamands : le Vlaams Blok.
Dans la partie francophone du pays, l'extrême-droite est moins implantée et moins organisée. Il a cependant existé (et existe encore dans une moindre mesure) de petits groupuscules xénophobes qui parfois aimaient à constituer des milices privées. Les membres de ces groupes étaient peu nombreux et surveillés de près par la Sûreté de l'Etat (les services secrets belges) et par la police ou la gendarmerie. Contrairement aux déclarations de certains journalistes et de certains politiciens, la piste de l'extrême-droite a été suivie. Ces milieux "noirs" ont été perquisitionnés, ses sympathisants furent interrogés. Les enquêteurs n'ont trouvé aucun élément entre ces groupes et les tueries. La Commssion d'enquête bis sur les tueries arriva aux mêmes conclusions. Mais cette piste a eu le mérite pendant longtemps d'être politiquement correcte.

 

La piste rose

Les ballets roses. Cette histoire continue de hanter les annales judiciaires belges depuis le début des années 1970. A l'origine, un médecin du Brabant wallon, le docteur Pinon, soupçonne son épouse de le tromper. Il la fait suivre et remarque qu'elle fréquente assidûment une luxueuse villa. Harcelée, sa femme lui avoue participer à des orgies sexuelles en compagnie de personnages très importants. Le docteur va apprendre qu'au cours d'une de ces partouzes un adolescent se serait suicidé et qu'une femme qui participait à ces soirées aurait été victime d'un "accident". Le conditionnel reste de rigueur vu qu'aucune preuve n'a jamais pu être apportée à ces affirmations. Une vidéo de ces ébats entre personnalités importantes auraient été filmée. Certaines personnes auraient été mise au courant de ces ballets roses et se seraient livrés à un chantage. Dans l'impossibilité de payer les sommes demandées par les maîtres-chanteurs et devant la crainte que la vérité éclate, ces personnalités très importantes (on ne citera pas ici les noms qui ont circulé car le principe d'innocence doit être préservé) aurait engagé des tueurs pour éliminer les gêneurs. C'est surtout dans l'affaire de la tuerie de Nivelles que cette piste a été suivie. On a raconté en effet que le couple abattu ce jour-là possédait une copie de la vidéo et s'apprêtait à demander une somme considérable contre leur silence. Ce couple semblait en effet bien connaître un gros industriel qui aurait participé à ces soirées d'un style très particulier. Aucun élément n'est cependant jamais venu appuyer cette thèse. On a aussi raconté un moment qu'un certain Claude D. aurait pu être le géant des tueries. Cet homme avait l'habitude d'organiser des orgies. Claude D. était (et reste?) un suspect idéal : membre de l'extrême-droite, il aimait parader armé d'un riot-gun à des manoeuvres paramilitaires. Sa taille aussi était imposante. De plus, il ressemblait très étrangement au portrait-robot du géant des tueries. Ce suspect (trop?) idéal ne parlera plus : ilfut un jour abattu par sa femme qui fut jugée pour ces faits.

Cette affaire de ballets roses continuent à faire fantasmer la poulation belge. Cette piste ne tient cependant pas la route car elle n'explique pas les autres tueries. La seconde commission d'enquête parlementaire a admis que les ballets roses avaient probablement eu lieu mais que la mort de deux personnes n'était pas prouvée. Et si sur le plan moral, il n'était pas admissible que des personnalités puisent se livrer à de tels agissements, c'était leur liberté surtout si cela se passait entre adultes consentants. Le lien avec les tueries n'était donc pas établi. Cependant, dans les milieux de l'enquête, on continue de penser que peut-être cette affaire de ballets roses empêchent certains de dire ce qu'ils connaissent des tueurs.

Il est à noter que suite à l'affaire Dutroux, certaines victimes (ou prétendues victimes) de réseaux pédophiles ont reparlé de ces ballets roses...

La piste du grand banditisme

S'il n'y avait pas eu autant de victimes, on pourrait penser que les tueurs du Brabant n'étaient qu'une bande de malfrats "ordinaires". Ils n'ont pourtant pas hésiter à tuer 28 personnes dont des femmes et des enfants sans raison apparente et ce pour un butin peu important (en tout et pour tout moins de 200 000 euros). Pourtant, la piste du grand banditisme sera privilégiée par les enquêteurs. L'acharnement sur la filière boraine en est la preuve. Le procureur du roi de Nivelles Jean Deprêtre qui était chargé du dossier entre 1983 et 1987 ne parlait-il pas de "prédateurs"?

La piste du grand banditisme sera réactivée avec l'arrestation d'une bande de truands assez violents et très bien organisés : la bande dite "de Baasrode". La cellule d'enquête sur les tueurs découvrit des éléments troublants liant cette bande aux tueries du Brabant. Notamment, la découverte d'une automobile utilisée par cette bande et qui était modifiée comme les Gti utilisées par les tueurs (enlèvement du siège arrière,...). Deux membres de la bande seront fortement soupçonnés d'avoir participé aux tueries de 1985 : Philippe D. et Apostolos P.
Philippe D. aurait été vu au Delhaize d'Alost le jour même de la tuerie. Quant à Apostolos P., sa taille et sa démarche faisait penser directement au géant. Mais Apostolos P. était en prison lors de la tuerie d'Alost. Celle-ci fut-elle organisée uniquement pour lui fournir un alibi?

En 1987, c'est la stupéfaction. Le juge d'instruction Troch de Termonde place Philippe D. sous mandat d'arrêt pour sa participation à la tuerie d'Alost. Philippe D. a, en effet, avoué avoir pris part à cette attaque. Malheureusement, ses aveux sont assez fantaisistes et les enquêteurs ne trouveront aucune preuve matérielle de sa participation aux tueries. Aucun complice ne sera identifié. Apostolos P. ne se trouvant même pas en Belgique lors des tueries de Braine-l'Alleud et d'Overijse. Philippe D. va ensuite se rétracter. Ce n'est qu'en mai 2001 qu'une ordonnance de non-lieu le concernant sera rendue et cela au plus grand désappointement des parties civiles qui restent convaincues que Phillipe D. était bien l'un des tueurs.

La piste terroriste

La piste du grand banditisme n'ayant abouti à rien, certains enquêteurs ont émis l'hypothèse que les tueries pourraient être qu'une forme de terrorisme. La Belgique aurait été la cible d'une tentative de destabilisation comme l'a été l'Italie avec la "stratégie de la tension". Au début des années 1980, le mouvement pacifiste opposé à l'installation de missiles américains sur le sol belge était important. On considérait dans certains milieux que la Belgique n'en faisait pas assez pour lutter contre la menace communiste (encore bien présente à l'époque). Les services secrets américains et l'OTAN auraient mis au point les tueries pour que le gouvernement belge prennent des mesures pour renforcer les moyens de l'armée, de la police et de la gendarmerie. Les Américains auraient utilisé des membres de la gendarmerie et de la Sûreté de l'Etat pour arriver à leurs fins. A la même époque, les Cellules Communistes Combattantes (CCC) faisaient exploser des bombes un peu partout dans le pays. Eux aussi auraient été manipulés par les services américains...

Cette thèse qui croise celle de la piste noire et où pointe un anti-américanisme assez manichéen, ne tient guère la route. S'il est vrai que les pacifistes (manipulés par le KGB) organisaient des manifestations de masse contre les missiles américains, ce mouvement était bien moindre qu'aux Pays-Bas par exemple qui n'ont pas connu de vague terroriste. Dans le même ordre d'idées, le sentiment anti-américain est bien plus implanté en France qu'en Belgique. Mais là non plus, pas de tueurs du Brabant.

La Belgique n'a jamais été la maillon faible de l'Europe. L'OTAN et le SHAPE sont installés sur le territoire belge. De nombreuses firmes américaines y sont implantées (Ford, Coca-Cola,...). Les Etats-Unis sont aussi le principal fournisseur d'armes de l'armée belge. C'est justement ces bonnes relations avec les Etats-Unis et avec l'OTAN que dénonçaient les terroristes des CCC...

Si les tueurs du Brabant ont voulu destabiliser l'Etat belge, ils ont échoué. La démocratie belge a repris son cours avec ses défauts et ses affaires (comme dans d'autres pays européens).Si les tueurs avaient voulu muscler l'Etat et instaurer un pouvoir politique fort de droite, ils ont échoués. Lors des élections législatives de 1987, le gouvernement de centre-droit (sociaux-chrétiens+libéraux) sera remplacé par un gouvernement de centre-gauche (sociaux-chrétiens+socialistes) qui par nature est beaucoup plus critique envers les Américains. Si le but des tueurs était d'instaurer un Etat policier, ils ont échoué. Les tueries n'ont pas permis de donner plus de moyens à la Justice et la police. Dix ans plus tard, l'affaire Dutroux démontrera par l'odieux la complète déliquescence du système judiciaire en Belgique...

La piste des cadavres exquis

Les cadavres exquis (outre le fait d'être un procédé poétique) désigne une stratégie menée par certains groupes terroristes en Italie notamment. Elle consiste à tuer un maximum d'innocents alors qu'en fait une seule personne est visée. Est-ce que ce fut le cas durant les tueries (surtout en 1983)? Certains éléments tentent à le prouver.

Lors de la première vague, il apparaît que certaines victimes aient été l'objet d'une exécution. On pense évidemment ici au taximan grec, au concierge de l'Auberge des Chevaliers, au couple du Colruyt de Nivelles et au patron de l'Auberge des trois Canards. Tous furent tués sans raison. Quel était le dénominateur commun entre ces personnes? Les enquêteurs ont recherché les liens pouvant exister entre les victimes. Apparemment, il n'en existait pas. Apparemment.
Les autres attaques de 1983 faisaient-elles partie de cette stratégie du cadavre exquis c'est à dire des agressions commises dans le but d'égarer les enquêteurs?

La thèse des exécutions camouflées par d'autres massacres pourrait donc expliquer les tueries de 1983. Elle devient plus difficile pour expliquer les tueries de 1985. Cependant, des éléments sont troublants. A Overijse, c'est un indicateur de police qui fut abattu. Plus étonnant encore et toujours à Overijse, c'est un membre de la famille du procureur du Roi de Nivelles Jean Depêtre, qui était au sommet de l'enquête sur les tueries du Brabant, qui trouva la mort. A Alost, les tueurs abattirent un homme dont on a dit qu'il fut longtemps mêlé à un gros trafic de diamants en Afrique. Il reste toutefois difficile de croire qu'en 1985 les tueurs aient pris le risque de mener de telles opérations destinées à exécuter des personnes bien précises. Le risque pour eux de rater leur "cible" était beaucoup trop grand.

La piste mafieuse

En 1998, un certain Albert Mahieu convoqua des journalistes pour leur faire des révélations stupéfiantes sur les tueries. Selon Mahieu, les tueries du Brabant ne seraient rien d'autre qu'un réglement de compte de la mafia contre la firme Delhaize. En ce qui concerne la première vague (1983), Albert Mahieu affirma que deux membres du Conseil d'Administration de la firme Delhaize auraient fait l'acquisition de deux maisons dans une célèbre rue chaude de la capitale belge. Ils y auraient fait travailler des prostituées. Cela a fortement déplu à certains milieux mafieux qui ont la réputation de contrôler ce marché très lucratif. La mafia aurait donc engager des tueurs afin d'user de chantage sur ces administrateurs. Toutes les autres attaques n'auraient été menées que pour faire diversion dans l'enquête.

En 1985, on remarque que les trois supermarchés attaqués étaient des Delhaize. Cette firme belge avait des succursales aux Etats-Unis. Mahieu affirma que Delhaize n'aurait pas respecté certaines closes lors d'une vente de filiales aux USA. La mafia américaine aurait donc utilisé des tueurs pour que Delhaize leur paie une somme importante. Mais même après les attaques de Braine et d'Overijse, Delhaize refusa de céder au chantage. Ce n'est qu'après la tuerie d'Alost que la firme de supermarché accepta de verser les sommes demandées. La mafia aurait alors ordonné aux tueurs d'arrêter les attaques.

Cette double thèse était séduisante, terriblement séduisante. Mais elle se heurte à des difficultés majeures...

- Les tueurs auraient reçu 25 000 dollars par personnes tuées lors des attaques contre les supermarchés. On peut se demander dès lors pourquoi les tueurs du Brabant n'auraient-ils assassinés "que" 16 personnes alors qu'ils pouvaient faire beaucoup plus de victimes?
- Mahieu n'apporte aucune preuve de ses dires.
- Mahieu s'est considérablement discrédité en une seule phrase : "On a même voulu me donner le nom des tueurs, mais moi ce qui m'intéressait c'était les commanditaires". Là, on ne comprend plus. Pourquoi avoir refusé de connaître les noms des tueurs alors que l'on le lui proposait?
- La thèse du racket sur Delhaize n'était pas neuve. L'enquête n'a rien pu démontrer.

Mais qui donc était Albert Mahieu? C'est en fait un simple administrateur de société qui parfois aime dénoncer certains scandales. C'est lui qui fut à la base d'un procès gigantesque contre une grande compagnie d'assurances belge qui aurait floué ses clients. L'assurance perdit son procès en première instance mais le gagna en appel. En 1998, Albert Mahieu était candidat aux élections qui devaient se tenir l'année suivante. Il se présentait sur la liste du petit parti VIVANT, créé par un milliardaire de l'électronique. Il n'est donc pas impensable que cette conférence de presse rentrait dans sa stratégie de campagne électorale. Pour Mahieu, son affirmation sur les tueries fut un coup de maître. Il fut le seul élu (conseil régional bruxellois) de ce parti. Beaucoup de gens ont dû très certainement voter pour lui suite à ses "révélations". Notons au passage que ce n'est pas la première fois qu'un candidat aux élections utilisent l'affaire dite "du Brabant wallon" pour se faire "mousser" électoralement. Au début des années 1990, c'est le pittoresque milliardaire anversois Jean-Pierre Van Rossem qui prétendait qu'une fois élu député, il ferait des révélations sur les tueries. Il fut élu à la Chambre des Représentants à la surprise générale.

Depuis lors, plus personne n'a jamais entendu parler des révélations extraordinaires promises par MM. Van Rossem et Mahieu...

 

L'enquête a également suivi d'autres axes. On a vu un lien entre les tueries et l'assassinat d'Olof Palme, avec l'extrême-gauche, avec des groupes terroristes européens (ETA, IRA,...),avec les phalanges libanaises, avec le SAC français,...
Cela fait beaucoup de pistes. Trop en réalité. Or, quel est le moyen le plus facile pour faire échouer une enquête? Tout simplement en lançant les enquêteurs sur une multitude de fausses pistes. Le juge d'instruction Lacroix, chargé du dossier, a d'ailleurs avoué que les enquêteurs avaient été plus que probablement manipulés...
Découvrir qui a manipulé les enquêteurs et l'enquête sera sans doute dans sa phase finale...

Nouvelles techniques policières versus tueurs fous

L'enquête policière classique ayant échoué, les enquêteurs ont tenté d'utiliser ces dernières années de nouvelles techniques d'investigation faisant appel à des technologies de point.

- le polygraphe: Cet appareil, mieux connu sous le nom de détecteur de mensonges, a été utilisé pour interroger certains suspects. Pour ce faire, la cellule d'enquête Brabant wallon a fait appel à un polygraphe canadien qui s'est déplacé spécialement en Belgique. Cela n'a donné aucun résultat. De toute manière, cette méthode est critiquable d'un point de vue scientifique et ne peut être utilisée comme preuve devant un tribunal.

- l'analyse d'ADN : Les enquêteurs ne possèdent que peu d'indices matériels si ce n'est les douilles retrouvées après les attaques, une empreinte de paume qui a longtemps "tourné" dans les services judiciaires en Europe et deux couvre-chefs bizarrement perdus par les tueurs. Lorsqu'en 1983, le corps d'un chauffeur de taxi grec est retrouvé dans le coffre de son véhicule, le laboratoire de la police judiciare retrouve des mégots de cigarettes qui auraient été laissés là par les tueurs. Ces mégots seront conservés dans des conditions qui n'étaient sans doute pas idéales. A l'époque, on ne connaissait pas encore l'analyse d'ADN.. Ce n'est que durant les années 90 que des spécialistes sont parvenus à extraire des traces d'ADN à partir de la salive laissé sur les cigarettes. L'ADN de plusieurs suspects sera prélevé et comparé à l'ADN retrouvé. Les enquêteurs allèrent même jusqu'à déterrer les cadavres de plusieurs individus décédés dont le nom revenait dans le dossier. Cela n'a toujours rien donné mais cet ADN de référence est-il bien celui d'un tueur? Rien ne le prouve.

- les portraits-robots : Très vite après les tueries de 1985 la presse publia plusieurs portraits-robots d'individus ayant un comportement suspect dans les heures ou les jours précédant les attaques. Curieusement, ces portraits-robots sombrèrent rapidement dans un oubli qui parut arranger tout le monde. Ces portraits-robots étaient-ils "bidons", uniquement destinés à faire croire à l'opinion publique que l'enquête progressait
Au milieu des années 90, d'autres portraits-robots, non pas de suspects mais bien des auteurs, furent obtenus par hypnose (une technique très controversée) et très largement diffusés dans les grands magasins et les bureaux de Poste.
A l'examen de ces portraits, on est pris d'un étrange malaise. Tout d'abord, aucun d'entre-eux ne correspond à la première série, ce qui tend à confirmer ce qui a été dit plus haut. Ensuite, on s'étonnera que les portraits-robots soient aussi nombreux alors qu'un certain nombre d'attaques n'eurent pas de témoins et que lors d'autres tueries, les auteurs étaient masqués. Une autre chose qui est frappante également est le fait que plusieurs portraits-robots se ressemblent très fort et font donc double emploi (n°4, 10 et 14, n°9 et 9 bis ainsi que dans une moindre mesure les n°7 et 20). Enfin, pourquoi avoir attendu 10 ans pour publier ces portraits?
La diffusion de ces portraits a suscité de nombreux témoignages. Une aubaine pour ceux qui prennent un malin plaisir à mettre les enquêteurs sur de fausses pistes...

- Internet : La cellule d'enquête Brabant wallon basée à Jumet (Charleroi) a créé depuis plusieurs années son propre site Internet. Autant le dire tout de suite, la déception à la lecture de ce site est grande. Hormis les fameux portraits-robots et la reproduction d'une carte de stationnement abandonnée par les tueurs dans un des véhicules utilisés par la bande, on ne retrouve aucun autre éléments. Pourquoi ne pas avoir remis les portraits-robots dans leur contexte, les reproductions des objets volés par les tueurs (armes, auto-radio,...), leurs vêtements, la liste des armes utilisées,... Ces éléments ont quand même été publiés dans la presse. Il est donc fortement regrettable que ce site soit si pauvre et surtout si mal connu du grand public. (http://corporate.skynet.be/killersbrabant.be). Précision que suite à une émission de la RTBF (voir plus bas) des éléments très intéressants ont été rajoutés au site.

- les profileurs : En 2002, le juge d'instruction (le huitième) a fait appel à des spécialistes criminels français pour examiner le dossier. Ces profileurs sont en fait des analystes capables d'établir un profil des auteurs des attaques. Ces profileurs sont arrivés à la conclusion que les tueries auraient pu être provoquées par un tueur en série entouré de deux ou trois complices. On imagine aisément que les deux spécialistes français ont passé des semaines voire des mois pour rencontrer les enquêteurs, interroger les témoins, visiter les lieux, prendre connaissance de ce dossier de 500 000 pages. Pas du tout. Les profileurs français ont passé en tout pour tout...48 heures en Belgique. Les échecs des profileurs sont hélas plus nombreux que leurs réussites...


Aujourd'hui, l'enquête est au point mort. Les enquêteurs tentent en désepoir de cause de réactiver les vieilles pistes de l'extrême-droite et de la filière boraine. En Belgique, la population est persuadée que l'on ne mettra jamais la mains sur la bande. Or, s'il y a bien un domaine où il ne faut jamais dire jamais, c'est bien celui d'une enquête judicaire! Il reste au moins trois raisons d'espérer :

1. Les tueurs peuvent tomber par... hasard. Un banal contrôle, une arrestation ou une perquisition menée dans une autre enquête peuvent mener à l'authentification des auteurs de ces tueries. Les annales judiciares regorgent de ce type de coïncidences.
2. Les parties civiles ont obtenu du pouvoir législatif le vote d'une loi portant le délai de prescription des crimes de sang de 20 à 30 ans. Ces mêmes parties civiles continuent à faire pression pour obtenir une loi sur les repentis. Certains partis politiques s'y opposent pour des raisons morales. Mais est-il moral de laisser ces tueurs impunis? Il faut espérer que la raison l'emporte et que cette loi voit enfin le jour.
3. Depuis les attaques de 1985, les supermarchés visés offrent une prime de 250 000 euros à quiconque fournira des informations susceptibles de mener à l'arrestation des auteurs de ces attaques folles. Que ceux qui savent parlent enfin!

Les tueurs fous du brabant wallon doivent être identifiés. Les familles des victimes ont droit à la vérité. Pour la Justice, c'est une question d'éthique et de morale. Pour les enquêteurs, il s'agit tout simplement d'une question d'honneur. L'enquête ne peut pas échouer.

Derniers rebondissements

Le 30 octobre 2002, la cellule d'enquête Brabant wallon utilisait ses dernières cartouches en participant à l'émission APPEL A TEMOINS de la RTBF. Le but de la CBW était de susciter des témoignages tardifs. Le chef d'enquête allait en effet rendre public des éléments étonnants.

A Ohain, en octobre 1983, les tueurs volent la golf gti rouge de la fille du patron de l'Auberge des trois Canards. Cette voiture repeinte en noir fut ensuite utilisée lors des attaques de Beersel et d'Anderlues. Le soir du massacre de la bijouterie d'Anderlues, cette voiture fut retrouvée brûlée dans un bois tout proche. C'est sur cette voiture que les enquêteurs concentrent leurs efforts. Les tueurs, d'habitude si organisés et si prudents, ont commis des erreurs totalement incompréhensibles et qui auraient dû leur être fatales.

La golf gti repeinte fut en effet remarquée entre les deux attaques par plusieurs témoins à Namur notamment. Mais c'est surtout un incident d'apparence assez banal qui relance l'enquête. En octobre 1983, une altercation éclata entre un passant et le conducteur de la fameuse golf (reconnaissable à un autocollant). Le conducteur, probablement un des tueurs, sortit même du véhicule et menaça le passant. Coïncidence extraordinaire, ce même passant revit le conducteur agressif quelque temps après au volant d'une autre automobile au centre de contrôle technique de Lobbes. Cette piste fut suivie à l'époque par les enquêteurs mais fut rapidement abandonnée car elle n'avait aucun lien avec la filière boraine dont on était encore certain de la culpabilité.

Ce n'est qu'en 2001 que cette piste sera réouverte suite à une relecture du dossier. Ce double témoignage permettra la publication d'un nouveau portrait-robot. Les enquêteurs pensent également avoir localiser la zone géographique où devait résider le mystérieux conducteur. Le contrôle technique de Lobbes n'accueille que des visiteurs domiciliés dans une région bien délimitée entre Mons et Charleroi.

Ces éléments seront-ils décisifs? Vingt ans après. Vingt ans trop tard?

Après cette émission, les observateurs du dossier sentirent comme un frémissement. Pour la première fois depuis longtemps, on crut que, peut-être, la vérité était sur le point d'éclater. Mais il semblerait que cette piste pourtant prometteuse n'a pas abouti. L'homme de la Golf noire n'est toujours pas identifié. Il semblerait que dans la région de Lobbes personne n'ose parler, probablement par peur.

Cependant cette émission ne fut peut-être pas totalement inutile. Un témoin surprise allait en effet se manifester. Le 27 septembre 1985, cet homme a suivi une Golf gti verte sur la route qui menait de Braine à Overijse. Le témoin observa qu'à l'arrière du véhicule se trouvait un homme fort agité qui lui fit signe de tenir ses distances. Un peu plus loin, le témoin vit à nouveau l'homme qui venait de mettre un masque. La Golf se dirigea à toute allure vers le Delhaize d'Overijse avec les conséquences que l'on sait. A l'époque, ce témoin ne crut pas qu'il était nécessaire de prévenir la police. Ce n'est qu'en 2002 qu'il vint témoigner à la cellule d'enquête. Son témoignage permit l'élaboration d'un nouveau portrait-robot. Ce ne sera que le 23ième...
Ce témoignage est à prendre avec prudence. Le témoin s'est manifesté 17 ans après les faits. La nuit venait de tomber et le témoin n'a aperçu le visage du tueur que pendant quelques secondes.

La CBW informa la presse de cet élément fin janvier 2003. Les enquêteurs firent également état qu'en novembre 1985 divers documents et des chèques volés à Overijse furent retrouvés brûlés dans un bois. Parmi ces documents se trouvait une encyclopédie sur les munitions : Les cartouches militaires éditée en 1983 par De Vecchi. Ce détail prend de l'intérêt une fois que l'on sait que ce livre fut distribué à moins de 50 exemplaires en Belgique.

Par coïncidence, le jour même où la presse diffusait ces deux informations, la Libre Match (édition belge de Paris-Match) faisait des révélations "exclusives" sur les tueries. Cet article nous apprend l'identité des deux profileurs français : un général, psychiatre des armées et un psychologue, tous deux spécialistes en criminologie. Ces deux experts persistent et signent : le chef des tueurs serait un psychopathe ayant agit pour le plaisir de tuer. Ses complices ne seraient que de simples marginaux attirés par le butin. Cette thèse pose cependant plus de questions qu'elle n'apporte de réponses...

Mon forum de discussion sur les Tueries du Brabant : http://tueriesdubrabant.be.cx (créé en novembre 2005)

 

!ATTENTION!

Les auteurs n'étant toujours pas identifiés, la récompense de 250 000 euros est encore disponible. Toute information peut être communiquée à la cellule d'enquête Brabant wallon :

http://corporate.skynet.be/killersbrabant

La fille d'une des victimes des tueurs, madame Patricia Finné, lance également un appel afin de récolter des éléments nouveaux. Elle a créé dans cette optique un blog :

http://tueriesbrabant.skynetblogs.be/