LEGENDES D'AUTREFOIS

Sous ce titre, vous trouverez des articles concernant le passé du 3ème Lanciers.

Chaque trimestre verra l'ajout d'une nouvelle chronique.

Toute ressemblance avec du vécu n'est aucunement de la fiction!

N°7

Le tir anti-avions

Ceci se passait à l'époque du Patton, en 1965.

En ces temps là, les périodes de tir pour chars n'étaient pas organisées comme aujourd'hui, ou l'on tire sur ses propres chars.

Chaque Brigade organisait à tour de rôle une période de tir au camp de Bergen-Höne pour l'ensemble des unités blindées du Corps d'Armée. cette organisation nécessitait les effectifs de deux bataillons chars et d'un bataillon de reconnaissance, avec renforts en Ordonnance, QM, Médical etc.

S'il s'agissait d'une Brigade ou d'un Groupement Blindé articulé à deux bataillons chars, seul l'appoint d'un bataillon de reconnaissance était nécessaire; s'il s'agissait, par contre, d'une Brigade d'Infanterie ne comportant qu'un seul bataillon de chars, l'appoint d'un second bataillon tanks d'une autre Brigade était indispensable.

Les toutes premières périodes de tir pour chars avaient été organisées à Baumholder, au sud de Trèves; le camp était administré par l'Armée Française, mais une Division Blindée américaine au complet, la division "Hell on Wheels",  y avait établi ses quartiers.

La première période de tir fut organisée par le 1er Guides durant l'été 1955. La seconde période fut organisée en 1956 par le 3e Lanciers, en été également. L'État-Major du Corps ne tenait guère compte des périodes de vacances en ce temps là.

A cette époque, c'était celle de la 16e Division Blindée, un seul bataillon chars organisait la période avec certains renforts logistiques, période destinée uniquement aux unités chars, aussi bien des Troupes blindées que de l'Infanterie. En effet, la 1er Division d'Infanterie possédait encore ses propres unités chars, un bataillon à l'échelon division, le 1er Bataillon Tanks, qui se faisait appeler "1er Texas", et une compagnie de chars par brigade, les 1re, 4e et 7e Compagnies Tanks.

La 16e Division Blindée comptait, elle, quatre bataillons chars, les 1er, 2e et 3e Lanciers et le 1er Guides.

Le régiment de reconnaissance du Corps d'Armée, le 2de Jagers te Paard, comportait également un escadron chars.

Le Camp de Baumholder offrait seulement deux stands pour chars, un sigle tankrun et un stand de classifications; c'est la raison pour laquelle il fut abandonné l'année suivante au profit du Camp de Bergen-Höne qui offrait infiniment plus de possibilités. Au début, ce dernier était administré par les anglais, mais il fut repris par après par les allemands de la toute jeune Bundeswehr.

Or donc, durant la période qui nous occupe, durant l'années 1965, le 3e Lanciers organisait une période de tir à Bergen-Höne; était-ce avec la 7e Brigade ou en renfort d'une autre brigade, je ne m'en souviens plus.

Ce dont je me souviens, c'est que le soleil était resplendissant et que l'escadron du 3e Lanciers qui nous intéresse ici, organisait un des deux stands de classifications.

L'Arme Blindée comptait à l'époque huit régiments chars, les 1er, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e Lanciers, les 1er et 2e Guides, et les trois régiments de reconnaissance, les 1ste et 2de Jagers te Paard et le 4e Chasseurs à Cheval.

Ce jour là, l'escadron tirait avec ses propres équipages et tout s'était très bien passé quand... une colonne de véhicules hollandais débouche de la gauche sur le champ de tir et emprunte imperturbable, la route qui défile devant les cibles !

Le Commandant d'escadron, l'œil rivé à ses jumelles, observait les tirs de son escadron et donnait à tour de rôle l'indicatif du char qui devait tirer; tous les chars étaient, bien entendu, sur la même fréquence radio et un système bricolé par le sous-officier transmission de l'escadron permettait, par l'intermédiaire d'une centrale téléphonique branchée sur le réseau interphone de tous les chars, d'écouter à volonté les ordres de tir des chefs de char...

D'un vigoureux coup de coude dans les côtes, le SSM arrache le Capitaine, un tant soit peu énervé, à ses observations, et désigne du doigt les intrus en criant: "Mon Capitaine cessez le tir, ils vont défiler devant les cibles !"

"Stoppez immédiatement les tirs, déchargez vos armes, fanion vert, canon en élévation maximum !"

Puis saisissant le micro raccordé au haut parleur: "Officier de tir, inspection des armes !"

S'adressant ensuite à son SSM, en oubliant de lâcher le pressel-switch le Capitaine ajoute : "Non de Dieu, cette bande de cons doit quand même se rendre compte qu'on leur tire dessus !"

Sourires sur la position...

Successivement, un drapeau vert remplace le drapeau rouge sur toutes les tourelles et les canons se pointent vers le ciel.

Que s'était-il passé ?

Je ne sais plus exactement, mais comme nous étions à vingt minutes de la fin des tirs, il est possible qu'un stand voisin qui avait déjà terminé, avait replié ses cliques et ses claques...ainsi que la sentinelle de faction à la route fatidique qui menait aux cibles du stand qui nous concerne.... heureusement sans dommages, puisque la réaction immédiate du chef de stand, alerté par son SSM, avait évité le pire.

 

 Quand soudain ... BANG !!!

 

Le Commandant d'escadron a juste le temps de voir une flamme rouge crachée par le dernier char de la position, et ce, en élévation maximum... heureusement pour les hollandais !

Il se retourne précipitamment vers la carte de la plaine, affichée dans la cahute de la tour de contrôle, ou le feldwebel de service hausse les épaules d'un air fataliste; avec le pouce et l'index écartés, il mesure rapidement la distance fatidique, portée d'un perforant d'exercice tiré en élévation maximum, et constate que le projectile a dû atterrir dans les environs du stand 20, donc dans la plaine et non sur un village des environs... Heureusement, le stand 20, surtout réservé aux tirs Honest Jones, n'était pas utilisé ce jour là !

Les hollandais, eux, toujours imperturbables, défilent devant les cibles avec leur camions DAF.

 

Deuxième acte :

Le chef de char, tout penaud, est appelé à la tour de contrôle.

Par paresse ou désinvolture, il s'était contenté d'arborer un fanion vert tout en laissant un obus engagé dans la culasse.

Un moment donné, il appelle son canonnier pour je ne sais quelle raison et ce dernier, en se retournant sur son siège, accroche avec la manche la détente manuelle...

L'officier de tir qui avait commencé son inspection des armes par la gauche, en était à son troisième char quand l'incident se produisit.

A la réunion de coordination du soir, le S3 Brigade semblait serein et l'on ne sut jamais où l'obus était tombé exactement....ou si, satellisé, il continuait à tourner autour de la terre !

Le chef de char, lui s'en souvient sûrement !

Toute ressemblance entre ces évènements légèrement romancés et des évènements qui se seraient réellement passés ne serait que pure vérité.

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N° 6

UNE HISTOIRE DE MUNITIONS

En février 1957, après avoir passé six ans au sein de la 16ème Division Blindée, le 3ème Lanciers, cantonné à cette époque à Althenrath, était passé à la 1ère Division d’Infanterie  pour être affecté à la 7ème Brigade d’Infanterie, qui, à cette occasion, avait été rebaptisé 7ème Groupement d’Infanterie.

Jusqu’à cette date, l’Infanterie disposait de ses propres chars, à raison d’un Bataillon Tanks par Division d’Infanterie et d’une Compagnie Tanks par Brigade. Ces unités Tanks, dont le personnel était instruit à l’Ecole des Troupes Blindées, appartenaient à l’Arme Infanterie, et leur personnel portait les collets rouge écarlate passepoils bleu de roi et le béret brun désert de l’Infanterie.

Le 1er Bataillon Tanks, ancienne unité de chars de la 1er Division d’Infanterie, était passé à l’Arme blindée en troquant ses collets rouges contre les collets blancs passepoils rouges des anciennes « auto-canons » de 1923, et arborait désormais le béret noir, tout en conservant son ancien insigne et son ancienne appellation.

Les compagnies Chars de Brigade avaient été dissoutes et avaient réparti la majeure partie de leur personnel entre les unités chars de Cavalerie.

Le 7ème Groupement d’Infanterie comportait désormais trois Bataillons d’Infanterie, 1er Cyclistes, 12ème de Ligne et le 1er Chasseurs Ardennais, deux Bataillons Chars, 3ème Régiment de Lanciers et 1er Bataillon Tanks, plus quelques compagnies indépendantes.

L’ambiance de l’Infanterie était différente de celle que nous avions connue à la 16ème Division Blindée, mais nous jouissions d’une certaine considération.

Or, depuis quelques années déjà, l’armée Belge était repassée du pied de Guerre sur le pied de Paix, et les munitions qui étaient jadis stockées en permanence dans les chars, avaient été reléguées dans les dépôts de munitions.

Le cher PATTON M47, dont nous étions équipés à l’époque, avait une dotation de 72 obus, 60 dans les soutes, et 11 dans les râteliers de première intervention. Sur pied de Guerre, 60 obus étaient disposés en permanence dans les soutes de chaque char, et les obus de première intervention, normalement répartis à l’intérieur de la tourelle, étaient les seuls à être stockés au dépôt munitions. En cas d’alerte, le Peloton Ravitaillement les amenait dans la zone de dispersion avec les munitions des mitrailleuses. L’entretien des munitions était régulièrement prévu au programme d’instruction de chaque Peloton.

Depuis le passage sur pied de Paix, seules quelques bandes de mitrailleuses étaient encore stockées aux QM des Escadrons et embarquées par les équipages de manière à ne pas partir tout nus vers les zones de dispersion qui, en tant de guerre, étaient prévues dans les villages des environs, mais coïncidaient en cas « d’Alerte Exercice », avec la WAHNERHEIDE, la plaine d’exercice du Camp d’Althenrath. Tous les obus étaient désormais stockés dans les dépôts.

Ce devait être en automne, je ne sais plus exactement de quelle année, le Commandant de Brigade conçut le projet machiavélique de tester le chargement des munitions à bord des chars, en vue de chronométrer le temps réel nécessaire à un Bataillon Tanks pour être opérationnel.

Cela partait, certes, d’une intention louable, mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ? A cette époque, en cas d’ALERTE, le Quartier, considéré comme une cible potentielle, devait être évacué en moins de deux heures. Comme une partie importante du cadre vivait au Quartier en célibataire, et que l’on disposait à l’époque d’équipages de miliciens dont les co-chauffeurs étaient brevetés en conduite char, la chose était possible. Le personnel de carrière marié, rameuté dans les différentes cités militaires, rejoignait bien souvent dans la zone de dispersion.

Or donc, en cette journée automnale et brumeuse, l’ALERTE avait été déclenchée vers 04.00 Hr, et docilement, sans gros problèmes, le Régiment s’était dispersé dans la WAHNERHEIDE dans les délais voulus. Normalement, le chargement des munitions se faisait sous forme de simulacre, et tout le monde sait que les simulacres marchent toujours bien, quand… message radio :

« de Comd 7Gpt Inf pour Comd 3L (.) chargement immédiat des munitions à bord des chars (.) »

Consternation à l’Etat-Major, et principalement dans la branche 4. Prudent, le S4, par le réseau logistique, demande confirmation au S4 de Brigade en lui demandant de préciser s’il s’agit d’un chargement fictif. Réponse : « Chargement réel et immédiat(.) »

Les Escadrons sont immédiatement sollicités pour fournir un complément de corvées et la ronde infernale commence à s’organiser.

Les caisses (explosifs et fumigènes) et les containers (perforants) s’empilent dans le noir, dans la zone de dispersion de chaque Peloton, à la lueur des lampes torches occultées, mais avec l’ordre impératif du S4, relayé par les QM d’Escadrons :  « interdiction d’ouvrir les caisses ».

Les commandants en second d’Escadron orientent les divers camions et tiennent un décompte des munitions à raison de 50 HE (explosifs), 10 APC (perforants), 10 HVAP (perforants à grande vélocité) et 2 SMOKE (fumigènes) par char.

Les contrôleurs de la Brigade circulent dans les différents bivouacs et après une discussion animée entre les deux S4, celui de la Brigade et celui du Régiment, l’ordre est donné d’ouvrir les caisses et de charger un char par Peloton.

Ainsi dit, ainsi fait ; les caisses sont ouvertes avec toutes les précautions voulues, mais papillons de fermeture avec rondelles, protège-culots et protège-fusées en caoutchouc, roulent dans l’herbe et dans la boue et les obus sont engouffrés dans les soutes ou fixés dans les râteliers de première intervention.

Les contrôleurs circulent toujours, l’air satisfait, et la fin de l’ALERTE ayant « sonné » vers 16.00 Hr, retournent à la brigade pour comparer leurs chiffres et discuter leurs chronométrages devant une pinte de bière.

A cette époque, la grande piste du champ d’aviation de WAHN n’était pas encore construite, et une bonne partie de la WAHNERHEIDE, principalement en face du quartier, était un infâme marais à l’eau rougeâtre d’où s’exhalaient en fin de journées automnales, d’épaisses nappes de brouillard. Vers 16.30 Hr, un brouillard dépassant en opacité toutes les statistiques météorologiques des dix dernières années, recouvrit de son épais manteau la majeure partie de la zone de dispersion du Régiment et les tas de munitions, à peine débarquées des chars et non encore empaquetées.

Je vous laisse deviner la suite des événements : des camions perdus dans la nature, embourbés dans les marais, des munitions enfournées vaille que vaille dans les containers ou des caisses non appropriées…

Tard dans la soirée, après avoir finalement rameuté toutes les ouailles  et ramené tous les obus en vrac, au dépôt de munitions, tout le monde put enfin jouir d’un repos réparateur, mais le S4 s’arrachait les cheveux car, après plusieurs décomptes, deux HE étaient manquants à l’appel… et ne seront jamais retrouvés !

Le lendemain, le programme d’instruction normal fut suspendu, et tous les Escadrons fournirent un maximum de personnel pour remettre de l’ordre dans les munitions et les stocker à nouveau dans les différents abris, en respectant les emballages prévus pour chaque munition, préalablement graissée… cela prit une semaine !

Une inspection de l’ORDONNANCE vint ensuite contrôler le travail : les lots marqués sur les obus ne correspondaient pas aux lots marqués sur les emballages ; il manquait des rondelles de caoutchouc sur les culots, des embouts en caoutchouc sur les fusées, des rectangles de carton à l’intérieur des couvercles, des rondelles de fer derrière les papillons, et j’en passe et des meilleures…

Durant un mois, chaque Escadron dût fournir une corvée de vingt hommes pour remettre tout en état, conformément aux exigences des inspecteurs, qui intimèrent l’ordre formel aux différents échelons hiérarchique de ne plus jamais renouveler ce genre d’exercice… !

Du côté de la Brigade, c’était SILENCE RADIO…

Toute ressemblance de ces événements romancés  avec des événements qui se seraient réellement passés, ne serait que réalité !

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N°5

Où il est question de dragon...

Fanion de l'escadron D du 3e Lanciers
Insigne de béret du 1er bataillon Tanks

Ce devait être en 1958, le 3e Lanciers avait quitté la 16e Division Blindée l'année précédente pour passer à la 1er Division d'Infanterie. Il avait été affecté au 7e Groupement d'Infanterie.

Le 1er Bataillon Tanks était passé la même année à l'Arme Blindée et avait troqué son béret brun désert et ses collets écarlates de l'Infanterie contre le béret noir des troupes Blindées et des collets blancs à passepoil rouge.

Son badge était toujours celui des tanks de l'Infanterie, un char vu de face, reposant sur deux fusils croisés, le tout cerclé de lauriers surmontés d'une couronne royale, et souligné par une banderole portant la devise

" AGE QUOD AGIS ".

Mais son Chef de Corps aurait bien voulu une appellation plus cavalière pour son Régiment.

A l'époque; il n'était pas encore question de le baptiser 5e Lanciers comme ce fut le cas en 1960.

Le général Honoraire Baron Verhaegen, ancien Chef du Service Historique de l'Armée et auteur d'articles et d'un fascicule sur la Cavalerie belge, avait été sollicité par le Chef de Corps et lui avait suggéré d'appeler son Régiment "Premiers Dragon", en souvenir des Dragons de Ligne qui se distinguèrent à Dettingen en 1743, à Fontenoy en 1745 et surtout à Kollin en 1757, où les "blancs becs" emportèrent la victoire par une charge mémorable contre les Prussiens, au prix de 9 officiers, 147 dragons et300 chevaux.

Évidemment, cette suggestion de donner au nouveau venu des traditions remontant à 1725, ne plaisait que médiocrement aux 1er Lanciers, 3e Lanciers et 2de Jagers te Paard, dont les ancêtres, Chevaux-Légers Van Der Burch, Carabiniers Belges et Hussards de Croy remontaient à ...1814.

De toute façon, le Colonel qui régnait à cette époque sur le Service Historique de l'Armée était foncièrement allergique à toute tradition ou filiation antérieure à 1830.

Entre-temps, en septembre 1957, le 1e bataillon Tank passe aux ordres du 7e Groupement d'Infanterie, qui compte désormais deux bataillons chars et trois bataillons d'Infanterie, les 12e Li, 1er ChA et 1er Cy, venu également de la 16e Division Blindée.

On a donc, en cette année mémorable de 1958, à l'automne, la Brigade au complet effectuant une période de camp à Vogelsang. Ces périodes comprenaient toujours un FTX et les forces du 7e groupement d'Infanterie étaient divisées en un parti rouge et un parti bleu, comme il se doit.

Le 3e Lanciers constituait le parti rouge avec le 1er Cyclistes, si j'ai bon souvenir.

La manoeuvre se déroulait du Sud vers le Nord, le parti rouge pratiquant le combat retardateur, en "cédant de l'espace pour gagner du temps", selon la formule consacrée.

Pour ceux qui connaissent la plaine de Vogelsang de l'époque - ils doivent être encore assez nombreux parmi les lecteurs de notre revue  "Les Cuirassiers" -, la plaine d'exercices était alors barrée de quelques coupures profondes et marécageuses qui étaient enjambées par un passage obligé constitué d'une dalle de béton, qu'il valait mieux ne pas déborder si l'on ne voulait pas être embourbé jusqu'à la tourelle !

Le repli du 3L était couvert par l'escadron D qui bougeait ses pions en saute puce, en engageant l'ennemi à longue distance pour l'obliger à se déployer, comme le disait le règlement sur l'emploi tactique des unités blindées.

Dans ce repli, le char du commandant d'escadron était tombé en panne, et le TRV l'avait pris en remorque avec un triangle. Mais à l'approche de l'un des fameux passages obligés, le TRV qui peinait sous l'effort, risquait de se faire dépasser par l'ennemi, ce qu'il fallait éviter à tout prix.

Le commandant en second de l'escadron eut alors une idée géniale qu'il proposa à son commandant d'escadron : abandonner le char en panne en travers du passage obligé pour bloquer l'avance des chars ennemis... suggestion aussitôt adaptée !

Le TRV descend donc dans le passage obligé en question, en serrant bien à droite avec sa remorque, le Patton M47 du commandant de l'escadron D, portant les indicatifs 66 bleu bordés de blanc, de chaque côté de la tourelle.

Le dernier peloton de l'escadron, canons vers l'arrière face à l'ennemi, plonge dans le fond vers le passage obligé, double le char en panne et le TRV, et remonte sur l'autre versant, protégé par le reste de l'escadron en "Hull down".

Aussitôt à l'abri des vues et des coups dans le fond de la vallée le TRV fait pivoter le char 66 d'un quart de tour pour bloquer complètement le passage, et remonte dare-dare sur l'autre versant.

Seul le chauffeur est resté à bord, car nous sommes quand même en temps de paix, et il faut veiller au matériel !

Une demi-heure plus tard, sous la protection de deux escadrons du 1e Bataillon Tanks, un peloton ennemi fonce vers le fond de la vallée... butte sur l'obstruction, les chars s'arrêtent dans leur élan à moins d'un mètre l'un de l'autre en créant un gigantesque embouteillage et en bloquant l'avance du parti bleu durant plusieurs heures.

Il fallut d'abord dégager les cinq chars de pointe qui, tant bien que mal, cherchèrent portion à gauche et à droite du passage, l'un d'eux s'embourbant jusqu'aux coffre à outillages.

Ensuite, un TRV ennemi descendit jusqu'au fond, pour atteler l'encombrant obstacle et le tracter jusqu'au sommet pour permettre le passage du 1e Bataillon Tanks.

Et ce faisant, il défile devant le char du Chef de Corps du dit Bataillon qui n'en croit pas ses yeux en lisant le nom inscrit sur la tourelle : "DRAGON".

Évidemment, les chars des commandants d'escadrons portent d'habitude le nom du totem de l'escadron, AIGLE pour le A, BISON pour le B, CONDOR pour le C et... DRAGON pour le D ! Il s'agissait d'un pur hasard, mais le Chef de Corps du 1er Bataillon Tanks ne le crut jamais et considéra que c'était une offense personnelle que le 3e Lanciers avait voulu lui faire, parce qu'il souhaitait appeler son bataillon "1er DRAGON" !

Toute ressemblance entre ce récit et des faits réels ne serait que pure vérité.

Le risque de déborder du passage obligé

 

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N°4

ÉPOPÉE DES TRAINS DE COMBAT

 

Pour les non-initiés éventuels, quelques éclaircissements d’abord sur la signification de  « TRAINS DE COMBAT » : contrairement à ce que ce terme pourrait suggérer, il ne s’agit pas d’un train blindé mis à la disposition du Régiment, mais bien d’une partie des moyens logistiques directement disponibles au bénéfice des unités de première ligne.

Les « Trains » en général, terme englobant l’ensemble des moyens logistiques d’un Régiment, sont habituellement répartis au combat en Trains de Combat d’Escadrons, Trains de Combat Régiment (Bataillon pour les non-puristes !) et Trains de Campagne.

Dans la première catégorie, figurent la Section Maintenance de l’escadron et le SAMARITAN, CVR-T aménagé pour l’évacuation des blessés. Les Trains de Combat d’Escadrons sont sous contrôle du Commandant en Second d’Escadron, fonction n’existant à  cette époque que sur pied de guerre, ou du SSM.

Les Trains de Combat d’Escadron se trouvent immédiatement derrière chaque escadron.

Dans la deuxième catégorie figurent une partie du Peloton Maintenance, dont les deux BERGEPANZER et le SPARTAN qui constituent le Point de Retrait Véhicules aux ordres du Chef de Peloton maintenance, le Poste de Secours avec un médecin, une petite réserve de munitions et carburants, le tout aux ordres du Commandant de l’Escadron Etat-major et Services (EMS) aidé de son SSM.

Les Trains de Combat du Régiment se trouvent en général en un point central, à proximité du PC du Régiment.

Aux Trains de Campagne, se trouvent le reste du Peloton Maintenance, les camions vivres, équipements, munitions et carburants, les cuisines et les ravitailleurs d’escadron avec leurs véhicules, le tout aux ordres du Commandant en Second de l’EMS, s’il y en a un, ou du Chef du Peloton Ravitaillement.

N’ayez aucune crainte, je ne vais pas continuer à vous reproduire, ici, une partie de mon cours BM… !

Les faits relatés ci-dessous, doivent se passer en 1978 ou 1979.

Le 3ème Lanciers venait de passer aux ordres du Commandement RECCE qui coiffait désormais deux Bataillons de Reconnaissance, le 1ste Jagers te Paard et le 4ème Chasseurs à Cheval, et deux Bataillons de Chars LEOPARD, le 2de Jagers te Paard et notre cher vieux 3ème Lanciers.

Seuls collets blancs parmi les jonquilles, les Lanciers gardent un excellent souvenir de cette période ou ils purent déployer tout leur savoir-faire dans des manœuvres de couverture, très mobiles, combien plus intéressantes et enrichissantes que les contre-pénétrations et les contre-attaques exécutées au sein d’une Brigade !

Or, le cher vieux Régiment était engagé au-delà de la WESER, au sud-est de KASSEL, face à un ennemi agressif représenté par la Bundeswehr. Deux escadrons étaient en position sur une crête, en châssis masqué, les Trains de Combat du Régiment occupant un hameau dans la vallée, en arrière des escadrons et du PC/3L. Le troisième escadron était aux ordres d’un Régiment Recce avec un renfort en moyens logistiques, dont l’un des deux BERGEPANZER du Peloton Maintenance.

Mais contourné par un ennemi entreprenant, le 3ème Lanciers est contraint au repli et occupe deux mamelons plus en retrait, de part et d’autre du hameau occupé par les trains. Le cantonnement de ces derniers est traversé en trombe par le PC du Régiment qui prend position sur un troisième mamelon boisé, situé plus à l’ouest et en retrait par rapport à la position des deux Escadrons Chars. Le Commandant des Trains, estimant que les MAG du BERGEPANZER et du SPARTAN sont insuffisantes pour attribuer  une mission de combat à des trains portant ce nom, demande au S4, dans le réseau logistique, de lui indiquer une nouvelle position. « Restez provisoirement en place » est la réponse.

 Trouvant la situation un peu scabreuse, puisque les Trains de Combat sont désormais alignés en première ligne avec le Poste de Secours du Régiment, le Point de Retrait Véhicules, et une réserve de munitions et d’essence, le Commandant de l’EMS prend contact avec le Chef du Peloton Maintenance, également présent, et ce dernier dispose les deux véhicules blindés à l’entrée du hameau, avec quelques hommes de part et d’autre du chemin d’accès. Tout au long de l’après-midi, les mécaniciens et chauffeurs observateurs signalent des tentatives d’infiltrations, par des « LUCHS » ou des patrouilles allemandes à pied, dans les intervalles entre le hameau occupé par les Trains et les mamelons occupés par les deux escadrons Chars. Ces infiltrations sont chaque fois repoussées par le tir de nos chars et l’intervention des arbitres. La situation devenant franchement critique, le Commandant des Trains tente à nouveau de provoquer le déplacement de ses ouailles à l’abri de la colline occupée par le PC, mais sans résultat, quand tout à coup… BANG, BANG, BANG, la série caractéristique des trois coups de canon 20mm d’un LUCHS…

Une colonne de LUCHS suivie par une « SCHWERE » patrouille de LEOPARD 2, traverse le hameau en bousculant la maigre résistance des trains ; l’arbitre hausse les épaules devant ce déséquilibre manifeste des forces, mais le Commandant des Trains à le temps de lancer un message : « Colonne de véhicules blindés ennemis se dirige vers le PC… »

Branle-bas de combat au PC qui fait mouvement sur les chapeaux de roues, abandonnant une partie de son matériel. Les Escadrons Chars se replient rapidement, pour ne pas être contournés, abandonnant les pauvres trains à leur triste sort ! Mais, grisé par son succès, l’ennemi continue son avance, sans prêter attention à ces quelques véhicules sans intérêt ! Les trains ne s’avouent pas vaincus et décident de se replier et de se regrouper sur la butte boisée, à l’emplacement déserté par le PC, où ils récupèrent le matériel qui traîne, et un SCIMITAR du Peloton Eclaireur, abandonné sans directives lors du repli précipité. A la faveur de la nuit, en strict silence radio, les Trains se forment en colonne, SCIMITAR et SPARTAN en tête, BERGEPANZER en queue, et progressent vers la WESSER, où était-ce la FULDA ? Où ils savent que des MOFAB du Génie ont organisé un point de passage pour les Troupes de Couverture. En ce faisant, ils traversent un village et un peloton de LEOPARD allemands, dont les équipages sont couchés sur la plage arrière… « on fonce » lance le Commandant des Trains à la radio… les charistes allemands demeurent ébahis et sans réactions au passage en trombe de la colonne. A proximité de la rivière, contact radio est repris avec le S4, heureux d’avoir des nouvelles de ses enfants perdus ; il nous indique une position d’attente en vue de traverser la voie d’eau.

Aucune reconnaissance préalable n’ayant pu être faite, en cours de passage le Commandant des Trains reçoit ordre de s’enrouler sur l’autre rive… boueuse à souhait ! D’où embourbages successifs et coup de gueule de l’officier du C Recce en charge du point de passage. L’habileté de l’équipage du BERG libère rapidement la rampe d’accès permettant au flux des véhicules de s’écouler à nouveau normalement. Mais pour éviter de se retrouver une nouvelle fois au milieu du jeu de quille, le Commandant de l’EMS fatigué, demande par radio au S4, fatigué également, de lui indiquer son nouvel emplacement.

A cette époque, et peut-être le fait-on encore maintenant, plutôt que d’utiliser le « SLIDEX » ou « l’UNICODE » compliqué pour coder des coordonnées, chaque Régiment utilisait un mot-clef de 10 lettres, correspondant aux chiffres 0 à 9, et dont l’ordre variait chaque jour à 24.00 Hr… or, il était… 00.15 Hr !

La réponse arrive bientôt : « Rendez-vous en coordonnées BRAVO, LIMA, OSCAR, OSCAR, ECHO, LIMA ». Après avoir marqué la réponse au crayon gras (Eh oui !!!) sur le mica de son porte-cartes, le Commandant de Trains s’affaire à déchiffrer les coordonnées quand, le Chef du Peloton maintenance, plus rapide, répond au message : « Vérify vos coordonnées car nous sommes au beau milieu d’une grande ville commençant par K… » il s’agissait de KASSEL.

Long silence radio, puis nouveau message fatigué : « Coordonnées BRAVO, LIMA, OSCAR, ECHO, ECHO, LIMA ». Réponse immédiate du Chef du Peloton maintenance : « Nous nous trouvions en face du BOBY BAR, nous sommes maintenant en face du STRIPTEASE BAR, toujours dans la grande ville commençant par K… Je vous signale qu’il est 00.20 Hr, et que le code a changé !’ »

Toute ressemblance entre les événements relatés ci-dessus et des événements qui se seraient réellement passés, ne serait purement que la réalité !!!

Cartes, réglettes et règlement du SLIDEX CODE

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 N°3
Les Remorques a essence


Quand la GTA fut dissoute, l’armée belge se retrouva avec un nombre important de véhicules sur les bras. Mais qu’était la GTA ?
C’était une garde territoriale, formée peu après la guerre au moyen de jeunes gens dispensés du Service Militaire et astreints en contrepartie, durant un certain nombre de mois, à des prestations d’entraînement militaire organisées le samedi après-midi.


La Garde Territoriale Anti-avions, encadrée par du personnel d’active, avait un recrutement essentiellement régional et desservait principalement des canons AA BOFORS de 40 mm. Les munitions, comme dans toute unité d’Artillerie, étaient transportées sur camions équipés de remorques 1Tonne de fabrication belge ; tout ce matériel avait été stocké dans des dépôts. Quand il fut question de mettre en vente cet excédent de véhicules, quelqu’un de l’Etat-Major Général songea à l’intérêt… qu’il y aurait à utiliser les remorques 1T promises à la vente, pour augmenter le rayon d’action de nos chars Patton M47, gros consommateurs de carburant.


A l’époque qui nous concerne, c’est à dire peu après 1960, les Bataillons chars étaient cantonnés à Düren, pour le 1er Lanciers et le 1er Guides et à Euskirchen pour le 2ème Lanciers et le 2ème Guides.
Au-delà du Rhin, le 3ème Lanciers et un escadron du 6ème Lanciers étaient cantonnés à Altenrath, le 5ème Lancier à Lüdenscheid, le 6ème Lanciers (-) à Siegen et le 4ème Lanciers à Werl.


Le Groupement de Couverture, chargé de protéger la mise en place du 1er Corps d’Armée (1ère et 16ème Divisions), avait ses moyens répartis entre Werl (4ème Chasseurs à Cheval), Arolsen (1ste Jagers te Paard) et Kassel (2de Jagers te Paard plus un escadron du 6ème Lanciers). Plus de 200 Km séparaient donc les éléments les plus éloignés du 17ème Groupement Blindé (Düren) des éléments les plus avancés du Groupement de Couverture (Kassel). Plusieurs Bataillons Tanks avaient donc pratiquement un à deux pleins à effectuer pour rejoindre leur zone de combat. En effet, le Patton M47 avait une capacité de réservoirs de 881 litres d’essence et consommait théoriquement la bagatelle de 120 litres à l’heure et 7,5 litres au kilomètre, ce qui lui donnait une autonomie pratique d’un peu plus de 100 Km, 140 Km en conditions optimales d’après « l’aide-mémoire du Blindé » édité en mars 1954 par l’ETBl ; autrement dit, il arriverait sur sa position de combat les réservoirs vides… !


Un replein rapide nécessiterait un camion de jerrycans par Peloton, trois par Escadron, environ douze pour le Régiment, Escadron EMS compris. Le Régiment chars disposait à l’époque d’une réserve d’essence de quatorze camions, soit 48.000 litres d’essence plus une réserve d’huile et à cette époque, le plein des chars s’effectuait au jerrycan car le « Sealdrum » n’existait pas encore.


La solution proposée était séduisante : chaque char partirait en opération en tractant une remorque chargée de 50 jerrycans d’essence, soit une réserve de 1000 litres qui pourrait être utilisée en deux repleins de 500 litres, permettant ainsi au Régiment d’arriver sur les positions de combat les réservoirs pleins et la réserve du Peloton Ravitaillement pratiquement intacte. A l’approche de la zone de combat, les chars devaient dételer et abandonner les remorques, après avoir fait un dernier plein. Pour éviter aux remorques de prendre feu sous l’effet de la chaleur dégagée par les pots d’échappement, des coudes furent fixés à la sortie de ces derniers afin de dévier latéralement les gaz dégagés. Un système de remorque bien plus sophistiqué, était déjà utilisé depuis longtemps par les Britanniques sur leurs chars Centurion ; les Russes, depuis la guerre déjà, équipaient leurs chars de deux à quatre fûts de 200 litres de mazout, fixés latéralement et à l’arrière de chaque char et largables au contact de l’ennemi.


Ainsi dit, ainsi fait, chaque régiment reçut un appoint de 57 remorques 1T, pour ses trois escadrons de 17 chars et les 6 de l’escadron EMS. Un complément de jerrycans permit de charger toutes les remorques de 1000 litres d’essence.
Les unités ne disposaient pas de hangar pour abriter ce complément de carburant : des parcs à l’air libre furent donc constitués et celui du 3ème Lanciers se trouvait sur le talus, en bordure de la plaine des QM, à proximité immédiate des garages chars. Ces derniers, en cas de nécessité, n’avaient qu’à faire un détour par le parc pour atteler leur remorque avant de sortir du quartier. Une sentinelle qui montait de garde aux garages tout proches, devait également jeter une bille sur les remorques, mais il n’était pas rare de découvrir des jerrycans vides ; l’évaporation semblait très forte… !


A l’issue d’une inspection de l’Ordonnance - c’est ainsi que l’on appelait la Logistique à l’époque -, des directives spéciales furent édictées pour éviter l’affaissement des lames ressort et la détérioration des pneus de ces remorques, dont certaines étaient déjà passablement rouillées, suite à un séjour prolongé à l’extérieur dans certains dépôts mobilisateurs. La chaîne logistique fournit des morceaux de chevrons, coupés à mesure et qui devaient être placés à l’aide d’un cric, entre la caisse et les ressorts, de manière à éviter l’avachissement de ces derniers ; d’autre part, les pneus préalablement marqués des chiffres 1 à 4, peints à la couleur blanche sur leurs flancs, devaient être tournés chaque mois d’un quart de tour pour éviter leur détérioration : cette manœuvre, exécutée à bras d’hommes, nécessitait un minimum de six personnes qui soulevaient la remorque d’un côté, tandis qu’une septième personne tournait d’un quart de tour la roue ainsi dégagée, pour amener au sol le chiffre correspondant au mois en cours, soit 1 pour janvier, mai et septembre, 2 pour février… et ainsi de suite !! Il fallait en plus forer des trous dans le plancher, aux quatre coins de la caisse, pour éviter la stagnation de l’eau de pluie et le pourrissement du bois, car ces remorques étaient en bois et non bâchées !  Un entretien régulier imposait un graissage périodique, la vérification des feux qui ne servaient à rien car non raccordables à un char, la vérification des pieds rétractables montés sur le timon pour maintenir la remorque horizontale au repos, le grattage et la peinture des taches de rouilles…


Les escadrons avaient d’autres soucis matériels plus urgents et se faisaient régulièrement rappeler à l’ordre pour l’entretien de ces foutues remorques ! Or, lors d’une ALERTE – c’est comme l’histoire des obus-, un Commandant de Brigade exigea l’évacuation de toutes les remorques par les chars. Ces derniers passèrent donc par le parc pour atteler leur appendice encombrant et sortirent du quartier sans la moindre difficulté. Mais c’est ici que le problème se corsa : comme nous étions en temps de Paix et de nuit et qu’aucune demande d’autorisation spéciale n’avait été introduite auprès des autorités allemandes, il fallait impérativement quitter la route au plus tôt, d’autant plus que les remorques roulaient en « Blackout » puisque aucune prise de raccordement n’était prévue sur le char. Les chars empruntèrent donc la plaine pour se rendre à leurs emplacements « d’Alerte Exercice » dans la Wahnerheide !
Quiconque a roulé en char sait qu’à la longue les pistes chars en terre se transforment en montagnes russes, dont l’amplitude évolue avec le temps et où les buttes succèdent aux dépressions qui deviennent rapidement des mares de boues. Dans ce genre de terrain, les timons des remorques, non prévus pour cet usage, subissent des efforts de torsion et de flexion pour lesquels ils n’ont pas été calculés !! La fin d’alerte se solda par une catastrophe, les remorques étant crottées de haut en bas, les blocs en bois perdus tout au long des pistes chars, les prises arrachées, certains planchers défoncés par les chocs, de nombreux timons pliés ou franchement cassés, bon nombre de pieds perdus dans la plaine ou dans les flaques, écrasés par le passage des chars…  Il fallut près d’un mois pour tenter de réparer les dégâts, pendant que des équipes armées de détecteurs de mines, partaient à la pêche aux timons ! A partir de ce jour, interdiction de sortir les fameuses remorques.


Mais, lors de chaque inspection de Brigade, les remorques avaient droit à une attention particulière. Il fallait donc que les chiffres au sol correspondent au mois en cours…


Un jour, un Adjoint de Peloton responsable de la « Corvée Remorques », qui ne disposait pas du personnel indispensable pour effectuer la rotation des roues et à qui on avait dit : « Débrouillez-vous ! », trouva astucieux de repeindre le bandage des pneus en noir et d’y retracer au pochoir de nouveaux chiffres dans la position adéquate, sans avoir à tourner les roues. Cette trouvaille se transmit de bouche à oreille et désormais cette corvée se composa de deux « peintres ! » La brigade n’y vit jamais rien.


Parfois, un pneu oublié laissait apparaître un nombre anormal de chiffres peints sur tout le pourtour de sa carcasse, car la pluie aidant, les couches de peintures se désagrégeaient en laissant transparaître les anciens chiffres.


Mais les remorques, toujours exposées aux intempéries, se dégradaient de plus en plus et cédaient sous le poids des Jerrycans. Enfin, il devint finalement évident qu’il serait franchement dangereux d’encore les atteler à un char.


A partir de 1968, les chars furent progressivement équipés de supports arrières, destinés à recevoir des fûts largables de 200 litres d’essence.
C’était en fait une adaptation du système soviétique, mais les chars Patton n’en profitèrent guère car l’année suivante, ils furent graduellement remplacés par des Léopards.


Toute ressemblance entre ce texte et des faits réels ne serait que pure réalité !!!

Le support des fûts largables
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N°2

La Petite histoire du 1er Peloton de l'Escadron ''D''

                          

Ceci se passe vers le milieu des années 50. J’étais, à l’époque, jeune Chef de Peloton Chars à l’Escadron ‘D’’ du 3ème Lanciers, aux ordres du Capitaine Noël.


A cette époque bénie, les Régiments, équipés de Patton M47, étaient encore articulés à quatre escadrons de cinq chars à cinq hommes d’équipage. Le jeune Maréchal des Logis Pigneur était mon Adjoint de Peloton, le Brigadier Bemelmans mon chauffeur et le Cavalier Milicien Gudely, un liégeois, mon canonnier. Mon char s’appelait DANTESQUE II, ce qui laisse supposer qu’il avait été précédé d’un DANTESQUE I.


Durant ces années, la guerre froide faisait rage et le 1er Corps d’Armée belge, installé en Allemagne, comptait encore deux Divisions : la 16ème Division Blindée et la 1ère Division d’Infanterie. Les équipages des chars étaient composés majoritairement de miliciens qui effectuaient un Service Militaire de 18 mois, si j’ai bon souvenir.


Le 3ème Lanciers, qui venait de quitter la Division Blindée pour passer à la 1ère Division d’Infanterie, était alors en garnison à Altenrath, aux abords du champ d’aviation de Wahn.
L’Escadron ‘’D’’ effectuait une période de camp à Vogelsang en renfort de je ne sais plus quelle brigade d’Infanterie, qui comportait le Régiment de Carabiniers.


Mon Peloton, dont la période d’instruction touchait à sa fin, passait des journées entières en ''opération Infanterie-Chars’’. C’était la grande folie de l’époque, et cela consistait à attaquer le Ritzenberg ou autre Kluzenberg, par le Nord, le Sud, l’Est ou l’Ouest, en accompagnement d’une Compagnie de Carabiniers, qui à l’époque, était toujours à pieds, car seuls les Cyclistes étaient montés sur Half-Tracks.


Les Carabiniers KLEIN maar DAPPER, crapahutaient à longueur de journée, en expérimentant les divers procédés d’attaques Infanterie-Chars, attaque convergente, accompagnement et dépassement sur l’objectif, et méthode russe avec les fantassins montés sur les chars, ce qui forçait mes chauffeurs, par prudence et sécurité, de rouler au pas d’homme.


C’était en été, le soleil brillait et tannait la peau, il faisait terriblement chaud ! Les équipages avaient garni de bouteilles de Coca – les cannettes n’existaient pas encore à l’époque -, les obus à blanc qui garnissaient la tourelle. A l’époque, il s’agissait de douilles en cuivre de récupération, remplies de poudre aux deux tiers, qu’un bouchon en carton maintenait en place.
Une fois l’objectif conquis, les équipages se désaltéraient devant le regard envieux des fantassins. Parfois un Carabinier assoiffé escaladait un char pour acheter une bouteille, le camion de la CMC du camp ne passait qu’occasionnellement.
Je ne sais plus dans quel esprit tordu naquit l’idée de jouer cantine pour les fantassins, au profit de la caisse de Peloton, alimentée jusque là par la vente de Cocas dans la baraque des garages, et par la vente de vidanges abandonnées et ramassées dans le camp.


Ces cantines, bien entendu interdites, mais sur lesquelles les Commandants d’Escadron fermaient les yeux, vu leur utilité cruciale, permettaient aux Pelotons de payer les PV en cas de perte de matériel ou d’équipement.
Il faut dire, qu’à l’approche de chaque démobilisation, les sentinelles de garde aux garages, en profitaient pour ‘’récupérer’’ dans un autre Escadron, leur outillage manquant.
A l’origine, les coffres à outillage de nos Patton, étaient fermés par de solides cadenas en laiton, Made in US, mais, au fur et à mesure de la perte ou de la destruction de ces derniers, ils étaient remplacés, dans la chaîne logistique belge, par de vulgaires cadenas métalliques de pacotille, fournis à l’armée par des margoulins quelconques, et qu’un coup de pied suffisait à ouvrir !


Notez qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil ! Avant la guerre, à l’époque ou notre Cavalerie était encore montée, quand un militaire était désarçonné au Camp de Beverloo, un Escadron ou un Régiment voisin rabattait le cheval esseulé vers une écurie, d’où il ressortait ‘’à poil’’, sans plus aucun harnachement, qui allait garnir le magasin du Sous-Officier Fourrier débrouillard !


Mais revenons à nos moutons ! Chaque matin, le chargeur de chaque char avait pour mission de déposer sur le plancher de tourelle, une caisse d’obus à blanc, vide de son contenu, et remplie de bouteilles de coca, achetées à un prix préférentiel à la cantine du Camp.
A l’issue de chaque assaut, un membre de l’équipage vidait goulûment et ostensiblement une bouteille du précieux breuvage pour appâter le gibier qui accourait immédiatement pour escalader les chars. Je ne sais plus à quel prix était vendu cette boisson, mais ce devait certainement être un taux usuraire !
A l’issue du camp, le 1er Peloton était doté de magnifiques cadenas ‘’ ABUS ‘’, en laiton, qui brillaient au soleil, faisant la fierté du Peloton et assuraient la sécurité de son outillage.


Je plaide coupable, Votre Honneur, mais il y a prescription !

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N°1

LA MORT DU LOCUST

m22 locust

Le M22 LOCUST, tank très léger et très petit.

 

Cliquez sur le lien ci-dessous pour une petite vidéo concernant le LOCUST

http://www.youtube.com/watch?v=a6EHUOzsS98&NR=1


La réalité dépasse parfois la fiction ! A l’époque de la formation du 2ème Lanciers, premier régiment de chars d’après-guerre, suivi ensuite par les 1er Lanciers, 1er Guides, les régiments de chars belges seront équipés de chars Sherman, abandonnés par les Alliés sur le continent, le prix du retour aux États-unis étant trop onéreux.

Ils seront conduits par les Alliés à un marchand de ferraille d’Anvers, chez qui l’Armée Belge en racheta certains au kilo, pour en doter ses premiers régiments.

L’Arme Blindée fixa son choix sur des chars réarmés par les Britanniques avec leur excellent canon de 17 livres.

La ‘’petite histoire’’ raconte que la commission d’achat de l’Armée Belge se disputait les chars avec des Israéliens !

Bref, la première organisation de l’époque (TO 22/1) prévoyait des régiments à deux escadrons de trois pelotons de quatre chars. Quatre chars étaient également prévus à l’État-major des régiments, dont deux avec canon de 17 livres et deux avec canon de 105 mm.

Le tableau d’organisation prévoyait également deux chars légers de liaison dans ce même État-major.

En quête de ‘’chars de liaison’’, le Colonel Henon acheta, pour la modique somme de 8.000 francs belges, chez le ferrailleur Anversois, trois chars légers de Parachutistes du type LOCUST.
Le TO étant modifié, peu après, ces chars serviront de chars d’écolage au Groupe Chars, installé à Bourg-Léopold.

En 1951, le 3ème Lanciers, quatrième régiment de chars est formé à Bourg-Léopold, au Groupe Chars, succursale de l’École des Troupes Blindées de Flawinne, et entraîne dans son sillage une bonne partie du cadre du Groupe Chars. Contrairement aux autres régiments de la Brigade Blindée, équipés de chars ‘’Firefly’’ armés d’un canon de 17 livres, le 3ème Lanciers est équipé de chars armés de canon américain de 76mm.

On ne sait trop pourquoi et comment un des trois chars LOCUST de Bourg-Léopold atterrit au 3ème Lanciers, et suit le régiment dans son déménagement de Vogelsang à Altenrath, où il reprend, détourellé, sa fonction de char d'écolage.

Amusant à conduire, le petit char circule souvent dans le quartier fréquemment à une vitesse excessive, jusqu’au jour ou, pris en grippe par le Commandant en second, ce dernier déclare « je ne veux plus le voir » !

Pris au mot par le Chef de Peloton Maintenance de l’époque, dont je tairai le nom, le char est vendu au kilo, pour un bon prix, à un marchand de ferraille allemand qui le découpe au chalumeau !

Avec le prix de la transaction, le Peloton Maintenance achète une machine à vapeur destinée à dégraisser et nettoyer les moteurs.

Tout semblait tomber dans l’oubli, à la satisfaction générale quand un membre de la Prévôté s’inquiète de la présence de matériaux militaires chez un ferrailleur allemand.

Après enquête, le fait est envoyé à la commission de l’Auditeur Militaire qui envoi un de ses substituts à Altenrath, pour investiguer sur les faits.

Mais, où la réalité surpasse la fiction, c’est que les trois LOCUST n’avaient jamais été inscrits au listing du matériel de l’Armée Belge car ce dernier n’existait pas encore en 1948 et n’avaient donc aucune existence légale.

Comme il n’a jamais été possible de prouver que ce LOCUST était du matériel militaire, toute poursuite en justice a été suspendue.

Spécifications du M22 Locust

Équipage: 3 hommes
Moteur: Lycoming O-435-T 6-cylindres
Dimensions/Masses : Hauteur: 1.82 m
Largeur: 2.16 m
Longueur: 3.93 m
Poids: 7400 kg
Blindage Maximum: 25mm - Minimum: 9.53 mm
Performances

Vitesse maximum: 64 km/h

Autonomie: 217 km

Armement Canon: 1 x .37mm M6
Mitrailleuse: 1 x .30cal  M1919A4 MG
Radio SCR-510
Munitions

Canon 37mm - 50 coups

Mitrailleuse .30 - 2500 coups

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