INTERVIEW DE CLAUDE LEDOUX  

                                            par Catherine De Poortere



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Peinture de Claude Ledoux

   

La rencontre, d’une façon bien particulière, modifie l’écoute. Elle opère un resserrement, pareil à celui que produit la photographie sur un paysage observé à l’œil nu. Par un effet de cadrage et de mise au point, certains éléments se précisent, d’autres s’estompent. En regard de la perception musicale qui précède l’entrevue, celle qui lui succède s’enrichit d’un discours, d’une pensée et d’une vive chaleur humaine. L’enthousiasme, la curiosité intellectuelle et le plaisir de communiquer caractérisent Claude Ledoux, compositeur belge né en 1960. La musique peut-elle concilier abstraction et exploration physique de la matière ? Le son parvient-il à exprimer le geste humain ? D’Orients sonde la musique sous toutes ses coutures. Sensuelle et conceptuelle, l’œuvre parle d’un monde luxuriant, de substance et d’idées, de significations et d’empreintes.

 

Vous êtes peintre, musicien et professeur…

Je fus peintre, je ne peins plus, par manque de temps, malheureusement. J’ai étudié les beaux-arts parallèlement à la musique, mais j’ai dû choisir. Entre la vie de famille, la vie professionnelle et la composition, il ne restait plus de place. Cela fait quinze ans que je ne peins plus.

 

Le fait d’être peintre et musicien, n’était-ce pas deux façons complémentaires de vous exprimer ?

Non. Personnellement, ce qui m’intéresse, c’est la créativité. Que ce soit dans la peinture, dans la composition… Cela aurait pu être autre chose. À un moment donné, j’ai pensé faire des études de physique, parce que la science permet également une certaine forme de créativité. Tout se rejoint. L’expression de mon imagination, c’est la composition. Elle n’est pas tant l’élément fondamental de ma vie, que la créativité. La matière à communiquer, la matière à créer, peu importe ce qu’elle est. La composition est un médium possible parmi d’autres, comme la peinture, la science – autant de manières d’exprimer l’être et sa position dans le monde. Finalement un artiste, qu’est-ce que c’est ? C’est quelqu’un qui a une subjectivité, une manière de penser le monde, qui ose affirmer sa subjectivité et communique son point de vue dans l’espoir de susciter une discussion, une rencontre, un échange.

Mais le mode de communication que vous avez choisi est particulièrement abstrait, aussi bien dans la peinture que dans la musique.

Qu’est-ce que l’abstraction ? Cette notion est assez problématique. Si j’ai envie de vous offrir une expérience de vie, une découverte, un émerveillement, comment puis-je les transmettre ? Adolescent, je lisais Mallarmé, (sans tout comprendre, d’ailleurs) et j’ai vu la manière dont le poète disposait les mots dans l’espace. Cette poésie était pour moi totalement nouvelle. J’avais l’habitude de textes linéaires, et là le placement d’un mot – dentelle par exemple – à un endroit bien précis, faisait tout d’un coup exploser son champ sémantique. Par conséquent, on se met à imaginer un autre monde, et la poésie de Mallarmé nous ouvre une fenêtre sur cet autre monde, que l’on doit réinventer, recréer. Adolescent, j’étais vraiment passionné par ce poète dont je comprenais à peine la poésie.

 

Peut-être précisément parce que votre compréhension n’était pas rationnelle… cela stimulait votre imagination.

Justement. C’est abstrait parce que cela ne reproduit pas un objet concret. L’abstraction, c’est de la matière disposée de façon inattendue, en dehors de toute référence culturelle, qui suscite la curiosité, donne envie d’approfondir, de prendre conscience du fait qu’il existe un au-delà de nous-même. À l’opposé, elle peut se poser en miroir de notre intimité, parfois difficile à regarder. C’est un révélateur. La frontière est ténue, qui sépare la matière de l’abstraction. Par exemple en peinture. Au début, j’utilisais des pinceaux, des couteaux. Mais le pinceau et le couteau ne sont pas assez révélateurs de l’acte humain. Or la figure ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était l’énergie qu’on pouvait ressentir à travers un acte humain. La peinture de Lucio Fontana, peintre italien aujourd’hui décédé, est à cet égard extraordinaire. Je l’ai découvert à Beaubourg et c’est un de mes grands chocs d’existence. Ce sont des peintures trouées. Des couleurs sur la toile et puis des trous, avec des couteaux, avec la main. Il déchirait ses peintures. On a l’impression d’avoir le peintre en face de soi. C’est-à-dire plutôt le plasticien. L’acte devient perceptible dans la toile. Alors qu’on parlait d’abstraction, c’était un acte profondément humain. C’est ainsi que je me suis mis à peindre avec les doigts. Je me mettais de la peinture sur les mains et je faisais une série de mouvements. Le but, c’était de rendre à travers la matière picturale le mouvement corporel. Il y a une sorte de sensualité, de volupté du corps qui s’inscrit alors dans la toile. De nouveau, ce n’est plus de l’abstraction. Comment rendre l’idée d’une volupté humaine? Au niveau de la musique, c’est la même chose. Je ne veux pas reproduire des conventions culturelles, mais créer un objet sonore nouveau, qui réclame une écoute attentive, reflet d’une action humaine perceptible. Il faut s’arrêter, se demander ce que ça signifie, oublier ses modèles classiques, en se disant qu’il y a quelque chose d’autre, une sensibilité qui renvoie à soi-même ou à un au-delà du monde. Je n’ai pas envie de décrire le monde dans sa brutalité matérielle.

Vous préférez le révéler…

Une révélation oui, à laquelle s’ajoutent parfois des actions politiques, idéologiques. Pour le moment, je suis en train de faire des recherches sur les idéologies sous-jacentes dans l’œuvre de Mozart. Trop souvent jugé apolitique. Je ne suis pas d’accord. Dès qu’un musicien pose une note, c’est un geste politique. Je lisais chez Frédéric Schlegel, un philosophe du XVIIIe, que la caractéristique de l’esprit germanique, c’est de penser la politique; aux autres nations de la rendre concrète! À cette époque, il existe une pensée politique qui ne participe pas de l’action réelle. C’est le cas de Mozart, dont la musique comporte une grande part d’implications révolutionnaires. Certes, il ne dit pas : "il faut faire la révolution", il dit plutôt : "il faut penser et examiner les idées d'autrui, quelqu'il soit, quelque soit la couche sociale dont il provient". Prenez pour exemple, un des quatuors écrits dans sa jeunesse. Ce sont des compositions destinées à faire office de "musique de fond". Au sein de leurs quatre mouvements, elles comportent traditionnellement un menuet. Et dans le Köchel 171, aux quatre mesures d’usage, en rapport avec une sensation physique de la danse, Mozart en rajoute une. Cela n’a pourtant l’air de rien. Mais à l’oreille de ceux qui écoutent, et dans leur rapport à la temporalité de cette danse dans l'air du temps, cela dérange ; c’est une grande surprise… Donc, il faut accepter les idées d'autrui... y comprises celles du compositeur !

Vous pensez qu’à l’heure actuelle, un musicien peut avoir un impact politique sur son époque ?

Bien sûr. Mais on opère par métaphores. Affirmer littéralement que quelque chose ne va pas dans la société n’est pas très intéressant. La musique ne formule pas, n’emploie ni mots ni phrases. D’où la nécessité de travailler par métaphores. Les métaphores sont là pour révolutionner notre sensibilité. Et puis, il y a cet autre problème, qui a toujours existé – celui du public. Avoir une large audience ou non. On ne pourra jamais dans le domaine de la musique contemporaine, toucher un grand public. C’est vrai aussi pour une certaine musique pop, dont les critères esthétiques sont définis par les majors, pour des motifs purement commerciaux. Pourtant les sociologues me donnent confiance, lorsqu’ils affirment que ce qui révolutionne le monde, ce ne sont pas les phénomènes de masse. Les masses sont de toute façon conservatrices. Il leur faut toujours une matière identifiable. Ce sont les petites choses qui bousculent le monde. On parle de la révolution de la physique quantique, qui connaît la physique quantique ? Ou bien les théories fractales – omniprésentes dans la conception des jeux vidéo. Galilée lui-même ne signifiait rien pour son époque. C’est le petit grain de sable qui va bouleverser les choses. L’inertie du grand public s’inscrit dans des jeux de pouvoir, et les changements font leur chemin de proche en proche, en touchant des niveaux de pouvoir de plus en plus importants. Galilée a fait réfléchir un petit nombre de personnes qui avaient du pouvoir. Cela rejoint une discussion que j’ai eue avec Ligeti, qui a été mon professeur et m’a beaucoup bousculé. On s’est aussi pas mal disputé… Il disait : « je suis un grain de sable » et, passionné d’horlogerie, il ajoutait : « mais un petit grain de sable dans un rouage se transmet à un autre rouage et ainsi de suite, finalement ça peut avoir son impact sur le monde ».

C’est donc le rôle que vous donnez à l’artiste: quelqu’un qui bouleverse l’ordre établi.

Ça dépend, notamment dans le domaine de la musique. Par exemple, certaines musiques sont de l’ordre du rituel, où elles ont une fonction métaphysique. Elles permettent de prendre conscience d’une transcendance. Il y a les chamans, bien sûr, mais au moyen-âge aussi, à travers des jeux de proportions, d’écriture, s’exprime l’idée d’un au-delà. Un motet de Dufay, la musique de Guillaume de Machaut sont conçus pour rendre manifeste l’existence de Dieu. Aujourd’hui, cet aspect de la musique nous échappe, on ne perçoit plus que des qualités esthétiques, mais à cette époque-là, c’était un objet profondément ressenti. Il s’agit d’un autre temps, d’une autre manière de penser le temps, n’ayant rien à voir avec le temps quotidien. Mais il y a aussi une musique fonctionnelle, faite pour la détente. Moi-même je n’écoute pas Boulez tous les jours! J’ai aussi besoin d’écouter de la musique pop, de la musique de variété, de divertissement. Il y a toujours eu ce voyage entre la spiritualité, une musique du quotidien, et une musique de divertissement. Encore aujourd’hui. Un compositeur se demande où il veut se situer. Tout est possible.

Dans votre utilisation d’instruments ethniques, classiques et aussi de musique électronique, on sent que vous avez envie d’éviter les catégorisations.

On a la chance de vivre au XXIesiècle, où l’on dispose de moyens de communication extraordinaires - la médiathèque, par exemple. Combien de musiques n’ai-je pas découvertes grâce aux disques que j’ai empruntés. C’est sincère, pas de la pub! La culture devient de plus en plus accessible, notamment grâce à Internet; je suis en contact avec des artistes du monde entier. Récemment, je discutais avec un danseur de Bornéo qui m’expliquait la structure des danses de là-bas. On a des outils fabuleux pour interagir avec le monde: c’est le bon côté de la mondialisation. Il y a deux types de mondialisation: l’une tend à ramener toutes les diversités à une pensée unique, comme tous les stéréotypes du film américain que vous trouvez à Bollywood, Hong Kong ou dans les films sud-américains; l’autre donnant accès à des singularités culturelles qui constituent la diversité de ce monde. Je n’ai pas envie de pasticher, parce que le monde est suffisamment merveilleux, mais j’ai envie de dire à quel point il me fascine, me touche justement par ses aspects les plus variés qui me nourrissent. Je ne tente pas de reproduire ces singularités, j’offre un témoignage de l’émotion qu’elles soulèvent en moi, développant ma compréhension de la musique, du monde.

Et en ce qui concerne la musique électronique? L’utilisation de l’ordinateur dans votre travail ?

C’est un médium comme un autre. L’ordinateur est un crayon très perfectionné. Si Mozart avait connu l’ordinateur, il l’aurait utilisé. Personnellement, il me permet d’analyser le son. Dans Sanaalijal, il y a des chants diphoniques. Pour connaître les qualités du son, j’utilise des outils d’analyse acoustique, qui me permettent de rentrer visuellement dans le son, de voir quels en sont les composants, comment ils évoluent au cours du temps. En allant à l’intérieur du son, je peux créer des objets nouveaux, hybrides, déconcertants. À partir de cette connaissance de la musique ethnique, je peux fabriquer de nouveaux sons qui, en retour vont renvoyer aux musiques originelles et aider à les faire connaître. La musique menant à la culture, la culture à la politique, par une sorte de mise en situation en cascade, j’essaye de faire réfléchir au monde dans lequel on vit.

Je cite une autre interview où vous dites : « Je n’écris pas de musique intellectuelle. Ma musique part toujours d’une expérience personnelle parfois extra-musicale, souvent émotionnelle. C’est une communication, fruit d’un rapport humain ou d’une réflexion sur le monde qui m’environne. » On sent l’importance pour vous des aspects humains et émotionnels. Pourtant, ce que vous m’expliquez sur le son est très intellectuel.

Si vous voulez créer quoi que ce soit, votre pensée passe forcément par un stade d’intellectualisation. C’est la cuisine interne. En Inde, la cuisine utilise une grande quantité d’épices. Pour savourer un plat, il faut prendre le temps, laisser chaque épice diffuser ses saveurs l’une après l’autre. Les épices donnent une dynamique de la saveur par rapport au temps. Pour y parvenir, il a fallu conceptualiser, analyser les propriétés de chaque épice. L’Inde m’a appris la lenteur.

En cuisine, il y a pourtant une grande part d’intuition…

C’est vrai, mais la conceptualisation permet d’aller plus loin, de dynamiser les choses. L’art est un équilibre entre intuition et concept. Le concept renforce l’intuition, permet de la dépasser. Il faut comprendre que l’intuition est une construction de notre acquis ou de ce qui est inné. C’est limité. L’intuition seule permet de créer, mais on finit par se répéter. Cela arrive à certains improvisateurs, qui ne se fient qu'à l'intuition et font des choses extraordinaires sans parvenir à se renouveler. C’est là qu’intervient la réflexion, permettant de dépasser cet écueil. Mettre ensemble des éléments étrangers. Galilée a développé son système en mettant en relation des concepts que son époque dissociait a priori: attraction et gravitation. C’est le système solaire, mais aussi le système tonal: un pôle central et des éléments qui gravitent autour (le père de Galilée était aussi musicien). On voit ainsi que les musiciens ne s’intéressent pas uniquement à la musique, mais au monde – à la cuisine!

On voit dans l’intitulé de nombre de vos compositions que la langue a beaucoup d’importance à vos yeux. J’aurais aimé connaître vos goûts littéraires – si vous avez le temps de lire…

J’avais le temps de lire…

D’où la présence de poésie dans les titres…

La poésie fait partie de ce monde, elle transcende le quotidien. Mallarmé, Baudelaire. Elle révèle le monde que l’on voit, simplement. On en revient à Kant : le monde existe par la subjectivité de nos perceptions. La poésie donne raison à Kant. L’esprit critique sert à orienter notre vision des choses.

En matière de perception du réel, il y a aussi les sagesses orientales…

J’ai beaucoup voyagé en Orient. Ces sagesses sont passionnantes, mais gênantes en un point: leur passivité. Laissez les choses venir à vous: ce sont des philosophies de la pensée et non de l’action. Il a fallu Marx, en Occident, pour avoir une véritable philosophie de l’action. Par contre, les philosophies orientales enjoignent de se laisser bercer par le flot de la vie. J’ai rencontré un moine en Inde qui m’a donné une belle métaphore. L’homme occidental, s’il tombe dans un torrent, va se débattre et résister tant et si bien qu’il va foncer droit sur les écueils. S’il se laissait entraîner simplement par le courant, il les éviterait sans mal. En découle une inertie. Là-bas, les mendiants ne cherchent pas à sortir de leur condition. Dans une certaine mesure, se laisser submerger peut permettre d’accéder à un certain niveau de conscience, mais il faut maintenir un équilibre avec l’action. D’après certains psychologues, la mémoire vive ne retiendrait que les expériences négatives, pour nous prémunir, en quelque sorte, des dangers. On oublie les expériences positives, parce que tout ce qu’elles peuvent offrir, c’est un état (de joie, d’apaisement…) qui ne stimule pas l’action. Cette idée de lutte revient souvent, aussi dans l’histoire de la musique. La musique de Beethoven est une lutte permanente, contre la matière, la technique. Bien sûr l’œuvre transcende toutes ces tensions, parvient à en faire une synthèse.

Quel est le rôle de la mémoire dans votre œuvre? De l’histoire de la musique, de votre mémoire personnelle ?

Mon travail est nourri par ma mémoire, ma culture, mon vécu, comment cela va-t-il être perçu par quelqu’un qui a un autre acquis ? Quels sont les mécanismes qui nous dirigent ? Il y a des phénomènes de mémoire et différentes manières de mémoriser. Il y a des éléments inoubliables, que l’on aimerait transposer musicalement. Un compositeur est un magicien. Un artiste connaît son pouvoir de manipulation. Quand une dictature se met en place, elle s’empresse d’éliminer les poètes, les écrivains, les cinéastes et les musiciens. On en parle moins, mais eux aussi on les met en prison. J’ai un ami chilien qui est resté enfermé pendant 10 ans. Le musicien est un manipulateur de la mémoire et de la pensée; il peut orienter l’opinion des gens. Il y a des musiques nazies, idéologiquement dangereuses. La radio moderne a été mise au point par les nazis. Avant 1933, la radio véhiculait une subjectivité du monde: musique, théâtre, variété. Elle diffusait des objets de culture qu’il fallait écouter attentivement. Les gens se rassemblaient autour de la radio et passaient leur soirée à l’écouter. Les nazis ont imaginé une radio qui occupe l’espace. Pour ce faire, on baisse la qualité, on diffuse des musiques de moindre intérêt. C’est un environnement sonore proche du bruit de fond. L’intérêt, c’est qu’il ne faut plus éteindre la radio. Ce qui permet de diffuser sournoisement des messages propagandistes. Bien sûr les Américains se sont empressés de reprendre le système, et après eux, le monde entier. Ce système s’est généralisé, et seule la nature des messages s’est modifiée: ce sont désormais des messages publicitaires. Il faut se méfier du cadre dans lequel s’insère toute musique. L’artiste qui n’est pas conscient du pouvoir de son œuvre court le risque d’être récupéré. Toute note inscrite sur une partition implique un rapport idéologique, politique. Pour couper court à toute tentative récupératrice, l’artiste peut choisir l’hermétisme. Mais face à la décadence culturelle occidentale, il peut aussi fonder un foyer de résistance, inciter à penser, comprendre les autres cultures… J’essaye par ma musique de transmettre ce sentiment d’émerveillement par rapport à la diversité du monde.

Claude Ledoux, D’Orients

Interview réalisée le 05/08/08, par Catherine De Poortere.




Claude LEDOUX
D'ORIENTS - FL3078

Musiques Nouvelles
Nao Momitani, piano / Berten D'Hollander, flûtes / Jean-Paul Dessy, violoncelle
direction : Jean THOREL - Patrick DAVIN




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