LE ROEULX: le village de Ville-sur-Haine

Ville-sur-Haine est sans doute un des villages les plus anciens de la région. Situé au sud-ouest de l'entité, séparé du Roeulx et de Gottignies par l'autoroute de Wallonie et de l'entité de Mons par le canal, Ville-sur-Haine a une vie et une histoire propres.


La Chapelle de Creuse

A proximité de l'autoroute, pas très loin de l'église, se trouve le Val de Creuse (ainsi qualifié depuis 1347 au moins...). On raconte que, jadis, un pâtre qui venait faire boire son troupeau, trouva à proximité d'une source une statuette en chêne noirci de la Vierge. Il ramena cet objet à l'église mais, le lendemain, celui-ci avait disparu et fut retrouvé près de la source. Le phénomène se reproduisit trois fois. Y voyant un signe divin, la population décida d'y élever un piédestal pour y mettre la statuette, dont l'époque et l'origine nous sont donc inconnues. En 1820, un vacher renversa méchamment le piédestal ; il fut aussitôt atteint de fièvres malignes dont il ne put guérir. Il fut décidé d'ériger la première chapelle, financée par Mr le Bourgmestre Desenfants et un fermier du village, Mr Lunthier, mais aussi par les offrandes des habitants : elle fut bénie le jour de l'Ascension.


La première chapelle (1820)

Détériorée, elle fut reconstruite en 1912 selon les plans de l'architecte Emile Deltenre, habitant de la paroisse. Ce fut fait à nouveau le jour de l'Ascension, le 16 mai, par le Doyen du Roeulx, juste après les Vêpres, en présence d'une foule nombreuse et recueillie.


La seconde chapelle (1912)

Le dernier et troisième édifice de la chapelle de Creuse date de 1991 (inaugurée le 8 décembre en présence de nombreuses personnalités dont le Bourgmestre de l'entité, Albert Tesain): il comporte deux fontaines où de nombreux croyants viennent régulièrement prélever de l'eau, car la tradition lui accorde des vertus miraculeuses.


La chapelle actuelle et sa double fontaine (1991)

Cette eau protège, paraît-il, des fièvres malignes (croyance sans doute renforcée grâce à la mésaventure du vacher indélicat en 1820). Les anciens villageois racontent volontiers qu'il y a eu de nombreuses guérisons obtenues grâce à l'intercession de Notre-Dame de Creuse. Il y a encore quelques années, les fidèles récompensés de leurs prières avaient pris l'habitude d'attacher des petites banderoles de tissu coloré aux branches des conifères se trouvant devant la chapelle, un peu comme des ex-voto, pour remercier la Vierge pour les grâces obtenues. L'eau de la source fait aujourd'hui l'objet d'analyses régulières : elle est la plupart du temps potable (voir l'information qui est affichée sur place), mais elle subit de temps à autre une pollution par l'usage d'engrais dans les environs immédiats, ce qui entraîne un taux de nitrates qui dépasse alors les normes légales. L'ensemble de l'édifice, de style résolument contemporain, fut construit grâce à de nombreux dons et à diverses bonnes volontés.


La statuette légendaire
de Notre-Dame de Creuse

La statuette originale ne s'y trouve plus : elle est en effet conservée dans le tabernacle de l'Eglise Saint-Lambert à Ville-sur-Haine : malgré les portes de la chapelle précédente, aussi épaisses et bien fermées que celles d'un coffre-fort, la statuette a en effet été volée en 1980 et retrouvée, heureusement, par la police judiciaire à Bruxelles, chez un receleur d'objets d'art religieux, en 1981 ; mais l'avertissement fut suffisamment sévère pour que cette mesure soit prise. L'objet original, en chêne noirci par le temps, mesure 18,5 cms de haut et est finement sculpté : on en ignore l'époque exacte et l'origine. Elle est légèrement abîmée : la tête de la Vierge est endommagée et il manque la main droite à l'enfant Jésus qu'elle porte. La Vierge porte une couronne en argent, ainsi que l'enfant. Les différentes parties de bois composant le socle sont plus récentes. Statuette et socle mesurent ensemble 36,5 cms.

Un pèlerinage se déroule chaque année, le jour de l'Ascension : c'est devenu une tradition depuis la bénédiction de la première chapelle en 1820.


Le mémorial "Georges Price"

Le 11 novembre 1918, quelques courtes minutes avant 11 heures et la fin de la guerre, les armées allemandes battent en retraite vers les hauteurs de Ville-sur-Haine. Un régiment canadien, normalement caserné à Mons, atteint le canal du Centre. Un certain Georges PRICE, du 28ème bataillon d'infanterie, originaire de Nouvelle-Ecosse, franchit le pont-levis et atteint la première habitation. Les Allemands s'étaient cachés dans les habitations voisines et le long d'un sentier proche du côté nord du canal. C'est de ce sentier qu'un tireur d'élite tire très inutilement les dernières munitions de la "grande guerre" et abat Georges PRICE d'une balle dans la poitrine. Un homme du quartier essaye courageusement de relever le soldat canadien ; une dame sort de sa maison et reçoit de ses mains une fleur de tissu qu'il avait dans sa poche, maintenant maculée de son sang. George Price décède quelques instants plus tard sous leurs yeux. Dans les minutes qui suivent, la fin de la guerre est annoncée. George Price n'a vraiment pas eu de chance…

Un mémorial a été érigé par ses camarades en 1968; déplacé deux fois à la suite d'importants travaux d'aménagement, il se trouve actuellement au pied de la grande passerelle pour piétons qui passe au-dessus du canal du Centre et qui a été inaugurée en 1991. Cette passerelle s'appelle d'ailleurs passerelle Georges PRICE: son assise nord se situe à l'endroit où est tombé le courageux soldat canadien.

Le corps du soldat canadien repose au cimetière de Saint-Symphorien, après avoir été enlevé de celui de Ville-sur-Haine où il avait d'abord été inhumé.

En 1990, le Cercle d'histoire, à la recherche d'un descendant de George Price, a retrouvé son neveu au Canada. Monsieur Barkhouse reçut la lettre du Cercle début janvier 1990. Il y répondit aussitôt, un peu étonné du fait qu'il s'agissait d'honorer son oncle de l'autre côté de l'Atlantique. Il est en fait le fils de la soeur du soldat, Florence Price Barkhouse, et était son plus proche parent encore vivant ; sa mère âgée alors de 83 ans infirme et résidait dans une maison de repos.

Et Georges Barkhouse et son épouse se déplacèrent un an plus tard, en 1991, pour l'inauguration de la passerelle dédiée à l'oncle George, décédé plus de 70 ans avant, dans notre petite ville de Belgique. Les cérémonies furent soignées et le couple fut accueilli à bras ouverts. Ensuite ils retournèrent au Canada et nous les perdîmes un peu de vue.

En 1999, par l'intermédiaire d'un internaute de Nouvelle Ecosse, Michael Moss, m'ayant demandé des informations sur l'histoire de Georges Price pour l'écriture d'un scénario de film, je reçus un message de Georges Barkhouse. Je reprends ici la version originale en anglais, ainsi que la traduction française, aussi fidèle que possible.

"Memories of George Barkhouse on trip to Belgium, 1991

In 1991, I traveled to Belgium for November 11th, when my uncle George would be honored.

A new footbridge built across the new canal was to be named “The George Price Bridge” in honour of the last Commonwealth soldier killed at the end of the war, 1914-1918.

I had expected only a service in the area of the bridge on November 11th 1991, but much more had been arranged! On that day, we started out with a church service at 9 am, then attended a parade to honour the Belgian soldiers who lost their lives in two wars. From there we went to the area where uncle George was shot. We laid wreaths at both places; I laid wreaths at the church and at uncle George’s cairn.

From there we moved inside for speeches and a presentation of a keepsake from 1918.

A framed picture, containing a small crocheted flower which uncle George was wearing at the time of his death, was presented to me by the daughter of the lady who had received it from him.

I could never describe the feelings that came over me, that complete strangers could be so wonderful, showing such love and respect to men who were foreign to them, and that they continued to remember and pay their respects years after they were gone, keeping the flame of life alive. It filled me with love and respect for them, as well as making me more humble than I have ever been in my life.

From there we went to a seven-course meal, that lasted over six hours, where we were also honored more than once. Tears have come to my eyes many times over these last few years when I remember all the wonderful things that the Belgian people did for us, from the mayor and his wife, to the lady who puts flowers on my uncle’s grave. Everyone was more wonderful than I can say in words. I also know that they still honour George Price, from the pictures, newspaper clippings of dedications, such as on November 11th, 1998, when even the Prince put flowers on the grave.

I will never be able to say how much all these things have meant to me, and also to my mother, George Price’s sister. All I can say is: many, many thanks from the bottom of my heart. May God bless you all.

In deepest love and respect,
(signed) George Barkhouse.
"

"Souvenirs de George Barkhouse en voyage en Belgique, 1991

En 1991, je suis me rendu en Belgique pour le 11 novembre, date à laquelle un hommage à mon oncle George était prévu.

Une nouvelle passerelle construite sur le nouveau canal allait être baptisée "passerelle George Price" en l'honneur du dernier soldat du Commonwealth tué à la fin de la guerre 14-18.

Je m'attendais seulement à une cérémonie à proximité du pont le 11 novembre 1991, mais de nombreuses autres choses avaient été organisées ! Ce jour-là, nous avons démarré avec un office religieux à 9 heures du matin, et ensuite, nous avons participé à un défilé en l'honneur de soldats belges qui sont morts pendant les deux guerres. De là, nous nous sommes rendus à proximité de l'endroit où oncle George a été abattu. Nous avons déposé des couronnes aux deux endroits : j'ai déposé des couronnes à l'église et au mémorial d'oncle George.

De là, nous sommes revenus à l'intérieur pour les discours et une présentation d'un souvenir de 1918.

Une image encadrée, contenant une petite fleur crochetée qu'oncle George portait au moment de sa mort, m'a été offerte par la fille de la dame qui l'a reçue directement de lui.

Je ne pourrai jamais décrire les sentiments que j'ai ressentis, que des gens totalement étrangers puissent être aussi merveilleux, montrant un tel amour et un tel respect à des hommes qui leur sont étrangers et dont ils continuent à se souvenir et auxquels ils témoignent encore du respect, des années après qu'ils soient disparus, gardant présente la flamme de la vie. Cela me remplit d'amour et de respect pour eux, et me rendit également plus humble que je ne l'ai jamais été dans ma vie.

De là, nous nous sommes rendus à un repas de sept services, qui a duré plus de 6 heures, où nous avons aussi été honorés plus d'une fois. Les larmes me sont montées aux yeux plusieurs fois au cours de ces dernières années quand je me souviens de toutes les merveilleuses choses que le peuple belge fit pour nous, du Bourgmestre et de son épouse à la dame qui met des fleurs sur la tombe de mon oncle. Chacun a été plus merveilleux que je ne puis le décrire avec des mots. Je sais aussi qu'ils honorent encore Georges Price, d'après les photos et coupures de journaux qui lui sont consacrés, comme le 11 novembre 1998, quand même le Prince a mis des fleurs sur la tombe.

Je ne pourrai jamais dire tout ce que ces événements ont signifié pour moi et aussi pour ma mère, la soeur de George Price. Tout ce que je puis dire est merci, mille fois merci du fond de mon cœur. Puisse Dieu vous bénir tous.

Avec l'amour et le respect les plus profonds,
(signé) George Barkhouse.
"


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